Lire le texte

rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission des affaires étrangères visant à apporter une contribution parlementaire à la définition des contours d’un accord de paix entre la Serbie et le Kosovo

Rapport d'information 30/09/2025 N° 1889 RINFANR5L17B1889
Article 1

Article 1

#

Le Kosovo et la Serbie développeront entre eux des relations normales et de bon voisinage, fondées sur l’égalité des droits.

Article 2

Article 2

#

Le Kosovo et la Serbie seront guidés par leurs aspirations mutuelles à l’adhésion à l’UE.

Article 3

Article 3

#

Conformément aux ASA [accords de stabilisation et d’association] signés par les deux parties, le Kosovo et la Serbie régleront leurs différends exclusivement par des moyens pacifiques et s’abstiendront de recourir à toute menace ou usage de la force.

Elles réaffirment l’inviolabilité, aujourd’hui et à l’avenir, de la frontière/séparation existant entre elles et s’engagent à respecter pleinement l’intégrité territoriale de l’autre.

Article 4

Article 4

#

Le Kosovo et la Serbie partent du principe qu’aucune des deux parties ne peut représenter l’autre dans la sphère internationale ni agir en son nom.

La Serbie ne s’opposera pas à l’adhésion du Kosovo à une quelconque organisation internationale.

Article 5

Article 5

#

Le Kosovo et la Serbie favoriseront les relations pacifiques dans les Balkans occidentaux et contribueront à la sécurité régionale et à la coopération en Europe.

Article 6

Article 6

#

Le Kosovo et la Serbie agissent dans le respect mutuel de la juridiction de chaque partie.

Article 7

Article 7

#

 

Article 7

Le Kosovo et la Serbie se déclarent prêts à régler les questions pratiques et humanitaires dans le cadre du processus de normalisation de leurs relations. Ils concluent des accords en vue de développer et de promouvoir, sur la base de ce Traité et dans leur intérêt mutuel, la coopération dans les domaines de l’économie, de la science et de la technologie, des transports, des relations judiciaires, des postes et télécommunications, de la santé, de la culture, du sport, de la protection de l’environnement et d’autres domaines. Les détails ont été établis dans le Protocole additionnel.

Article 8

Article 8

#

Le Kosovo et la Serbie échangent des missions permanentes. Elles sont établies au siège du gouvernement respectif.

Les questions pratiques relatives à l’établissement des missions sont traitées séparément.

Article 9

Article 9

#

Le Kosovo et la Serbie conviennent que ce Traité n’affecte pas les traités et accords internationaux bilatéraux et multilatéraux déjà conclus par eux-mêmes ou les concernant.

—  1  —

   ANNEXE N° 3 : L’accord de bruxelles-ohrid
du 27 février 2023

The Contracting Parties,

Conscious of their responsibility for the preservation of peace,

Committed to contribute to fruitful regional co-operation and security in Europe and to overcome the legacy of the past,

Aware that the inviolability of frontiers and respect for territorial integrity and sovereignty and the protection of national minorities are a basic condition for peace,

Proceeding from the historical facts and without prejudice to the different view of the Parties on fundamental questions, including on status questions,

Desirous to create the conditions for cooperation between the Parties for the benefit of the people,

Have agreed as follows:

Article 1

Article 1

#

The Parties shall develop normal, good-neighbourly relations with each other on the basis of equal rights.

Both Parties shall mutually recognise their respective documents and national symbols, including passports, diplomas, licence plates, and customs stamps.

Article 2

Article 2

#

Both Parties will be guided by the aims and principles laid down in the United Nations Charter, especially those of the sovereign equality of all States, respect for their independence, autonomy and territorial integrity, the right of self-determination, the protection of human rights, and non-discrimination.

Article 3

Article 3

#

In conformity with the United Nations Charter, the Parties shall settle any disputes between them exclusively by peaceful means and refrain from the threat or use of force.

Article 13

Article 13

#

 

Article 4

The Parties proceed on the assumption that neither of the two can represent the other in the international sphere or act on its behalf.

Serbia will not object to Kosovo’s membership in any international organisation.

Article 5

Article 5

#

Neither Party will block, nor encourage others to block, the other Party’s progress in their respective EU path based on their own merits. Both Parties shall respect the values referred to in Articles 2 and 21 of the Treaty of the European Union.

Article 6

Article 6

#

While the present Agreement constitutes an important step of normalization, both Parties will continue with new impetus the EU-led Dialogue process which should lead to a legally binding agreement on comprehensive normalization of their relations.

The Parties agree to deepen future cooperation in the fields of economy, science and technology, transport and connectivity, judicial and law enforcement relations, posts and telecommunications, health, culture, religion, sport, environmental protection, missing persons, displaced persons and other similar areas through the conclusion of specific agreements.

The details will be agreed in additional agreements facilitated by the EU-led Dialogue.

Article 7

Article 7

#

Both Parties commit to establish specific arrangements and guarantees, in accordance with relevant Council of Europe instruments and by drawing on existing European experiences, to ensure an appropriate level of self-management for the Serbian community in Kosovo and ability for service provision in specific areas, including the possibility for financial support by Serbia and a direct communication channel for the Serbian community to the Government of Kosovo.

The Parties shall formalise the status of the Serbian Orthodox Church in Kosovo and afford strong level of protection to the Serbian religious and cultural heritage sites, in line with existing European models.

Article 8

Article 8

#

The Parties shall exchange Permanent Missions. They shall be established at the respective Government’s seat.

Practical questions relating to the establishment of the Missions shall be dealt with separately.

Article 9

Article 9

#

Both Parties take note of the EU’s and other donors’ commitment to establish a special investment and financial support package for joint projects of the Parties in economic development, connectivity, green transition and other key areas.

Article 10

Article 10

#

The Parties shall establish a joint Committee, chaired by the EU, for monitoring the implementation of this Agreement.

Both Parties confirm their obligation to implement all past Dialogue agreements, which remain valid and binding.

Article 11

Article 11

#

Both Parties commit to respect the Implementation Roadmap annexed to this Agreement.

—  1  —

Annexe n° 4 : ANNEXE sur la MISE EN ŒUVRE À L’ACCORD de bruxelles-OHRID, PUBLIÉE LE 18 MARS 2023

Cette annexe fait partie intégrante de l’accord.

Le Kosovo et la Serbie s’engagent pleinement à respecter tous les articles de l’accord ainsi que cette annexe, et à mettre en œuvre toutes leurs obligations respectives découlant de l’accord et de cette annexe rapidement et de bonne foi.

Les parties prennent note que l’accord et l’annexe de mise en œuvre feront partie intégrante des processus respectifs d’adhésion à l’Union européenne (UE) pour le Kosovo et la Serbie. Les Parties notent qu’immédiatement après l’adoption de l’accord et de cette annexe, le facilitateur de l’UE entamera le processus d’amendement des critères du chapitre 35 pour la Serbie afin de refléter les nouvelles obligations de la Serbie découlant de l’accord et de cette annexe. L’ordre du jour du groupe spécial de normalisation pour le Kosovo reflétera également les nouvelles obligations du Kosovo découlant de l’accord et de cette annexe.

Les parties conviennent d’approuver la déclaration sur les personnes disparues, telle que négociée dans le cadre du dialogue facilité par l’UE, comme une question d’urgence.

Pour mettre en œuvre l’article 7, le Kosovo lance immédiatement des négociations dans le cadre du dialogue facilité par l’UE en vue d’établir des arrangements et garanties spécifiques pour assurer un niveau approprié d’autogestion pour la communauté serbe au Kosovo, en conformité avec les accords de dialogue précédents pertinents, tels que déterminés par le Facilitateur de l’UE.

Les parties conviennent de créer un comité de suivi conjoint, présidé par l’UE, dans un délai de 30 jours. La mise en œuvre de toutes les dispositions sera assurée et supervisée par le Comité de suivi conjoint.

Pour mettre en œuvre l’article 9, l’UE organisera une conférence de donateurs dans un délai de 150 jours afin de mettre en place un programme d’investissement et d’aide financière pour le Kosovo et la Serbie. Aucun versement n’aura lieu avant que l’UE ne détermine que toutes les dispositions de l’accord ont été pleinement mises en œuvre.

Le Kosovo et la Serbie conviennent que tous les articles seront mis en œuvre indépendamment les uns des autres.

L’ordre des paragraphes de cette annexe ne préjuge pas de l’ordre de leur mise en œuvre.

Le Kosovo et la Serbie conviennent de ne pas bloquer la mise en œuvre d’aucun des articles.

Toutes les discussions liées à la mise en œuvre de l’accord auront lieu dans le cadre du dialogue facilité par l’UE.

Le Kosovo et la Serbie reconnaissent que tout manquement à leurs obligations découlant de l’accord, de cette annexe ou des accords de dialogue précédents pourrait avoir des conséquences négatives directes sur leurs processus respectifs d’adhésion à l’UE et sur les aides financières qu’ils reçoivent de l’UE.

—  1  —

   Contribution complémentaire portée à titre personnel par M. Frédéric Petit, député de la 7ème circonscription des Français établis à l’étranger (Allemagne, Europe centrale et Balkans)

Les Balkans sont l’avenir de l’Union européenne. Ces pays qui constituaient l’ancienne Yougoslavie se posent aujourd’hui les mêmes questions que celles qui traversaient les membres fondateurs de l’UE, hier : peut-on construire des lendemains communs en s’unissant à son ennemi d’hier ? Sur quels sujets avancer ? À quel rythme ? De la réponse à ces questions dépend sans doute la pertinence de la réponse que nous avons apportée ici. Faut-il rappeler qu’au moment où Français et Allemands décident de s’engager dans la construction européenne, la Sarre est encore française ?

Dans sa stratégie pour les Balkans occidentaux lancée en 2019, déjà, la France reconnaissait qu’une grande partie de l’avenir et de la cohésion européenne se joue dans les Balkans. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que le contexte géopolitique a profondément changé depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, en 2022 et davantage encore depuis l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. L’Europe ne peut plus compter désormais sur son allié américain face à l’impérialisme du Kremlin de plus en plus menaçant. Elle a un impérieux et urgent besoin de sécuriser son flan Est en intégrant les pays des Balkans, et donc, la Serbie et le Kosovo.

Les poches de conflits encore existantes entre les deux entités serbes et kosovares, ne sont pas insurmontables : les deux nations partagent des lieux d’histoire commune ; lors de notre mission, nous avons pu visiter Mitrovica, où les Serbes du Kosovo subissent certes des provocations, voire connaissent le harcèlement, mais ils ne sont pas en état de siège, ni même menacés d’exactions ou de crimes. En réalité, le conflit est non seulement largement instrumentalisé, mais également maintenu sur le feu de manière artificielle, des deux côtés, répondant de facto à des enjeux de politique intérieure et de compétition électorale ou de lutte de pouvoir à court terme.

Boycotter les élections municipales dans ces municipalités, sous prétexte de la fragilité et du délai des engagements du gouvernement Kosovar était une erreur, mais c’était tout aussi préjudiciable d’en valider les résultats sous prétexte de « constitutionnalité » et de prendre en otage les électeurs qui avaient été poussés au boycott.

Bien plus préoccupants sont les vrais sujets dont on ne parle pas ou peu, cachés derrière des lieux communs et les divisions soi-disant irréductibles que certains ont plaisir à monter en épingle. Que l’on soit officiellement membre, comme la Bulgarie ou la Croatie, ou simplement candidat à l’adhésion, le rôle de l’Union européenne, et c’est la première de ses valeurs, est d’œuvrer à la résolution des conflits par le haut, par la mise en commun d’enjeux stratégiques et vitaux pour la jeunesse, pour les sociétés civiles. Plutôt que de compter les virgules dans les statuts de la fameuse association des municipalités, il est urgent de s’occuper par exemple du retour des Serbes, ceux qui y étaient installés depuis des générations, dans tout le Kosovo ; de s’attaquer de concert au fléau du grand banditisme qui défie les autorités tant kosovares que serbes, voire même internationales, en jouant sur les zones grises du droit et des frontières.

Il revient à l’Europe d’anticiper ces situations et de proposer dès maintenant les réponses adéquates, à même de fédérer les sociétés civiles et les « libérer » des vieilles querelles. La France a d’importants atouts dans cette diplomatie des sociétés civiles : lutte contre les armes de petits calibres, lycées français établis de chaque côté de la haine, coopération anti-mafia, soutien au RYCO, qui est aux Balkans ce que l’OFAJ a représenté dans la réconciliation franco-allemande.

([1]) Ushtria Çlirimtare e Kosovës, soit l’Armée de libération du Kosovo, organisation paramilitaire qui a combattu pour l’indépendance du Kosovo.

([2]) « Serbia-Kosovo relations : confrontation and normalisation », Parlement européen, briefing, 12 février 2019.

([3]) Le mandat initial de la mission EULEX couvre deux objectifs opérationnels : un objectif de suivi, d’encadrement et de conseil, pour apporter son soutien aux institutions du Kosovo chargées de faire respecter l’État de droit et le dialogue entre Belgrade et Pristina, et un objectif exécutif visant à soutenir les décisions judiciaires en matière de justice constitutionnelle et de justice civile, à engager des poursuites et à statuer dans certaines affaires pénales. Le 8 juin 2018, le Conseil a décidé de recentrer le mandat de la mission et de mettre un terme au volet exécutif judiciaire d’EULEX pour ne conserver que la seule mission « État de droit » (EULEX KOSOVO).

([4]) Décision (PESC) 2025/1161 du Conseil.

([5]) Au cours de la guerre du Kosovo (1998-1999), plusieurs milliers de personnes, principalement issues de minorités ethniques, ont été déplacées au sein du territoire kosovar ou ont fui vers d’autres territoires de l’ex-Yougoslavie. Si beaucoup sont revenues, certaines demeurent aujourd’hui encore réfugiées ou déplacées, parfois sans logement permanent à l’intérieur ou à l’extérieur du Kosovo.

([6]) Ces difficultés sont, par exemple, rapportées dans le Memorandum following the Commissioner’s mission to Kosovo from 30 May to 3 June 2022 de la commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, publié le 18 octobre 2022 : https://rm.coe.int/1680a88e42

([7]) « Serbie et Kosovo : un accord historique qui trace la voie à des avancées décisives dans leurs perspective européennes », communiqué de presse de la Commission européenne, 22 avril 2013. Consultation en ligne : https://ec.europa.eu/commission/presscorner/api/files/document/print/fr/ip_13_347/IP_13_347_FR.pdf

([8]) « Serbie et Kosovo : l’ambiguïté constructive », compte rendu du déplacement du groupe interparlementaire d’amitié France-Balkans occidentaux du Sénat en Serbie et au Kosovo entre le 16 et 20 septembre 2013.

([9]) Nom de l’entité serbe de Bosnie-Herzégovine dirigée par Milorad Dodik. Suite à sa condamnation, le 26 février 2025, à six ans d’interdiction d’exercer un mandat public et à un an de prison, Dodik a plongé le pays dans une grave crise politique et constitutionnelle en multipliant les initiatives et mesures visant à une sécession pacifiste de la Republika Srpska du reste du pays.

([10]) Le processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP) constitue, depuis le lancement de cette initiative en 1996, la seule forme de coopération issue de l’Europe du Sud-Est, regroupant les pays de la région c’est‑à‑dire l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, le Kosovo, la Macédoine du Nord, la Moldavie, le Monténégro, la Serbie, la Slovénie, la Roumanie et la Turquie. Depuis 2008, le dispositif de la coopération régionale a été revalorisé du point de vue institutionnel par la mise en place du conseil de coopération régionale dont le secrétariat siège à Sarajevo et constitue le volet opérationnel de SEECP. L’objectif de cette instance, qui dispose aussi d’un bureau de liaison à Bruxelles, est de promouvoir la coopération régionale spécialisée à travers la mise en œuvre des programmes régionaux dans six domaines prioritaires (croissance économique et sociale, infrastructures, sécurité, justice et affaires intérieures, développement des ressources humaines et coopération parlementaire).

([11]) Milan Radoičić est notamment soupçonné d’avoir organisé l’attaque du 24 septembre 2023 contre la police du Kosovo, qui a fait un mort et deux blessés.

([12]) Ces termes sont ceux retenus, le 5 août 2025, par le tribunal de première instance de Pristina qui a condamné Igor Popović à six mois de prison. Cette peine sanctionne sa prise de position lors d’un discours prononcé le 18 juillet 2025 à Hoçë e Madhe, dans lequel il a notamment qualifié l’Armée de libération du Kosovo d’« organisation terroriste ».

([13]) « Ce que nous enseigne le conflit avec la Serbie au Kosovo sur notre souveraineté », Hysamedin Feraj et Elvis Hoxha, fondation Jean Jaurès, 5 septembre 2024.

([14]) La Serbie nie son implication et a proposé sa coopération à l’enquête. Aucune information ne permet à ce stade d’incriminer les autorités serbes.

([15]) Selon les informations transmises à la délégation par la commission du Parlement serbe pour le Kosovo et la Métochie, 654 attaques auraient été perpétrées contre les Serbes du Kosovo, dont 33 contre des enfants. La délégation n’a pas pu vérifier ces informations qui n’ont pas été corroborées par d’autres sources.

([16]) Certains interlocuteurs en Serbie ont fait état de viols qui auraient été commis par des policiers kosovars contre des jeunes filles et des femmes d’origine serbe. Ces informations n’ont pas été transmises à la délégation par les Serbes du Kosovo rencontrés en territoire kosovar et n’ont pas pu être vérifiées.  

([17]) S’y ajoute la mort de sept journalistes kosovars albanais et de trois journalistes allemands d’après les informations rapportées à la délégation.

([18]) La délégation aurait souhaité rencontrer des membres du parti Srpska Lista mais ceux-ci n’ont pas souhaité donner suite à sa demande d’entretien.

([19]) À ce jour, 117 États reconnaissent l’indépendance du Kosovo, dont la France, les États-Unis, le Canada, vingt-deux États membres de l’Union européenne, le Japon et la Turquie.

([20]) Le Quint désigne le groupe formé par la France, la République fédérale d’Allemagne, l’Italie, le Royaume‑Uni et les États-Unis.

([21]) Membre (1959) puis secrétaire de la ligue des communistes de Yougoslavie (LCY) à partir de 1987, il fonde et préside, après l’éclatement de cette dernière en janvier 1990, le parti socialiste de Serbie. Président de la République de Serbie (1990-1997) puis de la République fédérale de Yougoslavie (1997-2000), il mène une politique fondée sur l’exaltation du nationalisme serbe. Inculpé en 1999 par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre en raison de la politique de terreur et de violences menée à l’encontre des civils albanais au Kosovo, il est poursuivi dans son pays pour abus de pouvoir et malversations financières, incarcéré puis transféré au TPIY en juin 2001. Il est successivement inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité pour son rôle dans la guerre en Croatie (1991-1992) et de génocide pour sa responsabilité dans la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992‑1995). L’ouverture de son procès (février 2002) – le premier depuis ceux de Nuremberg et de Tokyo à juger un ancien chef d’État devant une cour internationale – marque une étape importante de l’application du droit international, n’empêchant pas sa réélection à l’Assemblée serbe en 2003. Il meurt toutefois en détention, peu avant le terme du procès. Source : notice biographique du dictionnaire Larousse.

([22]) « Poll shows Serbians divided over Kosovo », Fonet, 17 août 2022.

([23]) Il est à noter que l’Église orthodoxe serbe du Kosovo est très opposée à cette solution qui aboutirait à sa marginalisation.

([24]) Rappelons que c’est une administration démocrate qui a participé à l’intervention de l’OTAN en 1999 et reconnu l’indépendance du Kosovo en 2008.

([25]) Les relations entre la Serbie et la Chine ont été renforcées par le bombardement de l’OTAN en 1999, lequel a détruit l’ambassade de Chine à Belgrade. Cet événement est utilisé dans le narratif pro-BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) en Serbie comme le signe d’une communauté de destin entre Belgrade et Pékin. Entre 2009 et 2021, la Chine a investi 32 milliards d’euros dans les Balkans occidentaux, dont près d’un tiers (10,3 milliards d’euros) en Serbie. Depuis 2021, Pékin est même le principal investisseur étranger et le deuxième partenaire commercial de la Serbie. L’influence de Pékin en Serbie s’est intensifiée depuis la pandémie de 2020 après que la Chine a fourni une aide médicale significative à Belgrade, l’Allemagne ayant interdit toute exportation d’équipements de protection vers le pays. La diplomatie chinoise poursuit deux objectifs concrets dans la région. Le premier est le maintien du contrôle exercé par Pékin sur les ressources minières, en particulier le cuivre et l’or en Serbie. En plus d’être lucratif, il permet à la Chine de priver l’Union européenne de ressources stratégiques localisées dans son environnement proche, tout en consolidant ses réseaux dans le pays. Le second est la pénétration du marché européen des infrastructures, en particulier dans le secteur ferroviaire à grande vitesse. Le cas du corridor X, programme européen qui doit relier la Grèce à l’Autriche, en est révélateur. En Serbie, la Chine est parvenue à imposer ses normes de construction sur le segment Belgrade-Novi Sad, qu’elle a financé, et pourrait soumettre sa candidature pour un appel d’offres financé par l’Union sur le segment reliant Belgrade à la Macédoine du Nord.

([26]) La résolution 78/282 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée le 23 mai 2024, fait du 11 juillet la Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica en 1995.

([27]) Richard Grenell a publié sur son compte X, le 7 février 2025, un message agressif à l’encontre du premier ministre kosovar: « Delusional. Relations have never been lower. Albin Kurti has been condemned by the first Trump Administration, the Biden Administration, NATO, the EU, the U.S. Embassy, Anthony Blinken, etc. ».

([28]) Créée le 10 juin 1999 par la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, la MINUK a initialement eu pour objectif de refonder les institutions d’un pays dévasté par la guerre et d’y établir une gouvernance démocratique. Elle poursuit désormais ses actions visant à renforcer la confiance entre les parties, principalement à travers le centre Barabar de Pristina, dédié à la promotion du dialogue interethnique, ainsi que celles en faveur des femmes et des jeunes via les agendas dits Femmes, paix et sécurité et Jeunes, paix et sécurité.

([29]) « Trump’s tinderbox : US politics and the next war in the Balkans », Adan Cerimagic et Majda Ruge, policy brief, European Council on Foreign Relations, 29 octobre 2024.

([30]) L’idée d’un échange de territoires consisterait, pour le Kosovo, à abandonner la partie Nord du pays autour de Mitrovica, adossée à la Serbie et peuplée principalement de Serbes, contre la région de Presevo dans le Sud‑Est de la Serbie, habitée en majorité par des Albanais. Une autre hypothèse serait l’annexion pure et simple du Nord du Kosovo par la Serbie avec le soutien américain.

([31]) En Bosnie-Herzégovine, le président de l’entité́ serbe menace depuis des années de faire sécession pour rejoindre la Serbie. En Macédoine du Nord, les Albanais pourraient être tentés de faire de même avec Tirana, alors qu’ils avaient renoncé́ à ce projet après plusieurs années de tensions. Enfin, dans le Nord de la Serbie, les Hongrois de Voïvodine pourraient demander leur retour sous souveraineté hongroise.

([32]) Rappelons que la Serbie ne compte que 6,6 millions d’habitants, preuve de l’importance du mouvement.

([33]) Cette décision n’est pas sans conséquence sur l’agenda du Parlement. La reprise des travaux sur la réforme de l’autorité de régulation des médias électroniques (REM), attendue dans les négociations d’adhésion à l’Union européenne, est à nouveau suspendue faute de participants. Les organisations non gouvernementales et sociétés civiles sollicitées ne sont pas non plus désireuses de participer à une initiative portée par la présidente du Parlement dans ce contexte dégradé.

([34]) Les prochaines élections sont normalement prévues en 2027.

([35]) Le président serbe s’est rendu aux commémorations du 9 mai 1945 organisées par la Russie à Moscou.

([36]) Jens Sørensen a occupé plusieurs postes dans les Balkans au sein de la mission d’administration intérimaire des Nations unies au Kosovo, en Serbie, en Bosnie-Herzégovine ainsi qu’en Macédoine du Nord et a été le chef de la délégation de l’Union européenne auprès des Nations unies à Genève. Il succède au Slovaque Miroslav Lajčák dont le mandat a pris fin le 1er février 2025. Ce dernier, d’un grand professionnalisme, a toutefois souffert d’une certaine défiance de la part du Kosovo qui reprochait à son pays d’origine, la Slovaquie, de ne pas reconnaître son indépendance.

([37]) Cette décision a été très ouvertement critiquée par la présidente du Kosovo lors de son entretien avec la délégation.

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

Voir le glossaire complet