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L’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et leur contribution au financement des services publics

Rapport 19/02/2026 N° 2512 RAPPANR5L17B2512
Exposé des motifs

assignent à la commission d’enquête un champ d’investigations précis.

En effet, selon l’

Article 137

Article 137

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Les propositions de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sont déposées sur le bureau de l’Assemblée. Elles doivent déterminer avec précision soit les faits qui donnent lieu à enquête, soit les services ou entreprises publics dont la commission doit examiner la gestion. Elles sont examinées et discutées dans les conditions fixées par le présent Règlement.

Article 138

Article 138

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1. Est irrecevable toute proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête ayant le même objet qu’une mission effectuée dans les conditions prévues à l’article 145-1 ou qu’une commission d’enquête antérieure, avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux de l’une ou de l’autre.

2. L’irrecevabilité est déclarée par le Président de l’Assemblée. En cas de doute, le Président statue après avis du Bureau de l’Assemblée.

Article 139

Article 139

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1. Le dépôt d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête est notifié par le Président de l’Assemblée au garde des Sceaux, ministre de la Justice.

2. Si le garde des Sceaux fait connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en discussion. Si la discussion est déjà commencée, elle est immédiatement interrompue.

3. Lorsqu’une information judiciaire est ouverte après la création de la commission, le Président de l’Assemblée, saisi par le garde des Sceaux, en informe le président de la commission. Celle‑ci met immédiatement fin à ses travaux.

Source : Règlement de l’Assemblée nationale.

● En premier lieu, une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête doit satisfaire à l’exigence d’une détermination précise des faits donnant lieu à enquête. Tel est le cas en l’espèce puisque l’article unique ainsi que l’exposé des motifs assignent à la commission d’enquête un champ d’investigations précis.

En effet, selon l’article unique, la commission d’enquête serait chargée « d’étudier l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et leur contribution au financement des services publics ».

L’exposé des motifs précise par ailleurs que les travaux de la commission porteraient plus spécifiquement sur le « niveau d’imposition effectif des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés, en tenant compte de l’ensemble des prélèvements auxquels ils sont soumis ».

Il indique nommément certains champs qui feront l’objet d’une analyse spécifique, à l’image des « assiettes réellement taxées, [des] taux effectifs d’imposition, ainsi que [des] interactions entre fiscalité des revenus, du patrimoine et des transmissions ».

La proposition de résolution est donc conforme aux dispositions de l’article 137 du Règlement de l’Assemblée nationale.

● En second lieu, la proposition de résolution définit un champ d’investigations qui ne paraît pas de nature à interférer avec celui d’une mission d’information investie des prérogatives d’une commission d’enquête ou d’une commission d’enquête dont les travaux se seraient achevés dans les douze derniers mois.

En effet, le recensement des commissions d’enquête créées depuis plus d’un an à l’Assemblée nationale montre qu’aucune ne présente le même objet ([3]), bien que les travaux menés par la commission des finances, de l’économie générale et du contrôle budgétaire aient pu, en plusieurs occasions, aborder certaines thématiques évoquées par la présente proposition de résolution.

Ainsi, la présente proposition de résolution remplit la condition de recevabilité prévue à l’article 138 du Règlement de l’Assemblée nationale.

● En dernier lieu, la proposition de résolution ne doit pas contrevenir à l’interdiction faite aux assemblées parlementaires de créer des commissions d’enquête portant sur des faits donnant lieu à des poursuites judiciaires.

Dans sa réponse en date du 10 février 2026 adressée à la Présidente de l’Assemblée nationale, le garde des Sceaux indique que « le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée est susceptible de recouvrir des procédures en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition ». Il rappelle donc que l’enquête parlementaire ne doit pas « donner lieu à des investigations sur des aspects relevant de la compétence exclusive de l’institution judiciaire ».

La commission d’enquête devra donc veiller, tout au long de ses travaux, à ne pas interférer avec ces procédures judiciaires. Sous cette réserve, la proposition de résolution satisfait à la condition de recevabilité visée à l’article 139 du Règlement de l’Assemblée nationale.

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Aussi, il résulte de l’analyse qui précède que la proposition de résolution n° 2418 est juridiquement recevable au regard des exigences de l’article 6 de l’ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et des articles 137 à 139 du Règlement.

   EXAMEN EN COMMISSION

Au cours de sa séance du mercredi 11 février matin, la commission a procédé à l’examen de la présente proposition de résolution.

M. le président Éric Coquerel. Nous devons examiner, en application de l’article 140 alinéa 2 de notre règlement, la recevabilité de la proposition de résolution n° 2418 « tendant à la création d’une commission d’enquête chargée d’étudier l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et leur contribution au financement des services publics », pour laquelle le groupe LIOT a souhaité exercer son droit de tirage.

Je vous rappelle que, conformément à l’article 140, alinéa 2, du règlement, il convient de vérifier que les conditions requises pour la création de la commission d’enquête sont réunies, sans se prononcer sur son opportunité.

Sur cet examen, il convient de nommer un rapporteur, qui entrera en fonctions aussitôt après avoir été nommé. Conformément à l’usage, il est proposé de choisir un membre du groupe qui est à l’origine de la demande de création de la commission d’enquête. Je suis donc saisi de la candidature de M. Charles de Courson.

S’il n’y a pas d’opposition, il en est ainsi décidé.

M. Charles de Courson, rapporteur. Le groupe LIOT auquel j’appartiens a souhaité faire usage de son droit de tirage pour demander, à mon initiative, la création d’une commission d’enquête sur l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et leur contribution au financement des services publics. Nous partageons la conviction qu’il est nécessaire de faire la lumière sur le niveau d’imposition effectif des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés.

L’article 13 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce un principe fondamental : « Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés. » Or il semblerait que les contribuables qui jouissent des plus hauts patrimoines et des plus hauts revenus contribuent moins, en proportion, au financement des dépenses publiques que le reste de leurs concitoyens.

Ce constat ne vient pas de moi, il a été documenté par des observateurs indépendants. L’Institut des politiques publiques (IPP) indique ainsi, dans une note de 2023 intitulée « Quels impôts les milliardaires paient-ils ? », que, si le taux d’imposition effectif – englobant tous les impôts directs – des ménages français est progressif jusqu’à des niveaux élevés de revenus, il devient régressif parmi les 0,1 % les plus riches : il passe ainsi de 46 % pour les 0,1 % les plus riches à 26 % pour les 0,0002 % les plus riches, c’est-à-dire les milliardaires.

Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) a également estimé, dans un rapport de décembre 2025 intitulé « Corriger les principales distorsions de l’imposition du patrimoine », que les réformes successives de la fiscalité du patrimoine ont renforcé la dégressivité de la fiscalité sur les hauts patrimoines. En particulier, depuis la transformation de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) en IFI (impôt sur la fortune immobilière), la taxation du stock de patrimoine en France se caractérise par un écart élevé entre patrimoine immobilier et patrimoine mobilier au bénéfice de ce dernier.

Même notre ancien ministre de l’économie, M. Éric Lombard, a déclaré – sans toutefois en apporter les preuves – que « parmi les personnes les plus fortunées, des milliers […] ne paient aucun impôt sur le revenu ».

La moindre taxation des hauts revenus et des hauts patrimoines s’explique par de nombreux facteurs. Cette commission d’enquête sera chargée d’en évaluer le poids, d’en décortiquer les mécanismes et d’y apporter des pistes de résolution. Il s’agit, ce me semble, d’un enjeu majeur pour la lisibilité de notre système fiscal, pour l’équité devant les charges publiques et pour la qualité du débat démocratique.

Il est primordial, d’abord, que la commission d’enquête puisse apprécier de manière globale et objective le niveau réel d’imposition supporté, compte tenu de la diversité des sources de revenus, de la structure des patrimoines et de l’empilement des prélèvements. C’est sur cette base que la commission d’enquête pourra rechercher les causes de la moindre taxation des hauts patrimoines et des hauts revenus.

Ce travail permettra de mettre en exergue certaines différences de taxation injustifiées en matière d’assiette, de taux effectif ou d’interaction entre fiscalité des revenus, du patrimoine et des transmissions.

La commission devra également se pencher sur les mécanismes juridiques complexes qui permettent aux personnes les plus aisées, qui sont souvent aussi les mieux informées, d’échapper à l’impôt. Il conviendra de faire toute la lumière sur les phénomènes d’évasion fiscale, leur nature, leur ampleur et leurs conséquences sur les recettes publiques, ainsi que sur les moyens juridiques, administratifs et internationaux mobilisés par l’État pour les prévenir, les détecter, voire les sanctionner.

Cette analyse globale pourra ensuite permettre à la commission d’apprécier la contribution effective des détenteurs des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés au financement des services publics, au regard de l’ensemble des prélèvements obligatoires. L’appréciation de cette contribution devra également se faire par comparaison avec les choix opérés par d’autres États en matière d’imposition des hauts patrimoines et des hauts revenus, afin de situer la France par rapport aux pratiques étrangères documentées et d’éclairer utilement notre réflexion collective.

Ce travail de longue haleine, que j’appelle de mes vœux, donnera une grille de lecture indispensable à notre assemblée en vue de l’examen du budget pour 2027.

En effet, il est à déplorer que, malgré plusieurs propositions de nos collègues, la loi de finances pour 2026 n’ait finalement proposé que bien peu de changements du cadre fiscal applicable aux hauts revenus et aux hauts patrimoines : elle s’est contentée de reconduire la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) créée en 2025 et dont le rendement a été presque cinq fois moins élevé qu’attendu – elle a engendré 369 millions de recettes fiscales pour l’État au 15 janvier 2026 contre 1,9 milliard prévu dans le PLF (projet de loi de finances), montant réajusté à 1,35 milliard en loi de fin de gestion. L’incapacité à prévoir le rendement de l’impôt illustre d’ailleurs remarquablement les comportements d’évitement que la commission d’enquête tâchera de mettre au jour.

Les propositions que formulera la commission d’enquête pourraient se traduire par l’adoption de mesures dans la loi de finances pour 2027, ce qui permettrait de dégager de nouvelles marges de manœuvre budgétaires pour le financement de nos services publics.

Il me semblait nécessaire d’éclairer notre commission sur les raisons qui motivent la proposition de résolution de mon groupe, même si l’unique objet de cette réunion est d’en vérifier la recevabilité. Le groupe LIOT ayant fait usage de son droit de tirage, la commission d’enquête sera en effet créée de droit, pour peu que les trois conditions de recevabilité sur lesquelles je m’apprête à revenir soient respectées – et il me semble qu’elles le sont.

La première d’entre elles est l’exigence d’une détermination précise des faits donnant lieu à enquête. C’est tout à fait le cas ici : les faits en question sont dûment constatés et quantifiés par de nombreux observateurs. L’objet de la création de la commission d’enquête est de s’intéresser à des faits précis et aux effets déterminés qu’ils produisent sur certains contribuables ainsi que sur le financement des services publics. Ces faits relèvent du champ le plus évident et le plus fondamental de notre contrôle.

Deuxièmement, la commission d’enquête ne doit pas porter sur un sujet pour lequel les pouvoirs d’enquête reconnus aux parlementaires ont été mobilisés au cours des douze derniers mois. En l’occurrence, aucune commission d’enquête ni aucune mission d’information dotée de pouvoirs d’enquête n’ont porté de près ou de loin sur le champ de la fiscalité des hauts revenus et des hauts patrimoines depuis le début de la XVIIe législature.

Enfin, la commission d’enquête ne doit pas porter sur des faits pour lesquels une procédure judiciaire est en cours. Au moment où je vous parle, le garde des Sceaux n’a pas encore envoyé à la présidente de l’Assemblée nationale de courrier faisant état de l’absence de procédure judiciaire sur ce sujet, mais nous n’avons guère de doutes à cet égard : tout porte à penser qu’il ne s’opposera pas à la création de cette commission d’enquête. Par ailleurs, je rappelle qu’aux termes de l’article 139 de notre règlement, l’absence de réponse du garde des Sceaux ne fait pas obstacle à ce que les travaux de la commission d’enquête débutent. Dans le cas, bien improbable, où celui-ci ferait connaître que des poursuites judiciaires en cours empêcheraient la création de cette commission, les travaux de cette dernière seraient immédiatement interrompus.

Toutes les conditions de recevabilité prévues par notre règlement sont donc a priori remplies.

Il me reste à accompagner de mes vœux le succès de ces travaux, dont le rapport permettra, je l’espère, de nous éclairer tous en vue du projet de loi de finances pour 2027 et des suivants.

M. le président Éric Coquerel. Les conditions de recevabilité de la proposition de résolution me semblent en effet remplies. Il me paraît important de créer cette commission pour les raisons énoncées par Charles de Courson. Ses travaux permettront, je l’espère, d’éclairer la représentation nationale avant l’examen du prochain budget sur un sujet qui revient de manière récurrente dans le débat, de manière de plus en plus insistante depuis 2017.

Les modifications fiscales intervenues depuis cette date ayant largement diminué la taxation du capital, quelques centaines, voire quelques milliers de personnes paient beaucoup moins d’impôts proportionnellement à leur richesse que la moyenne de nos concitoyens. Non seulement cela produit des inégalités qui vont directement à l’encontre de la promesse républicaine mais cela représente des pertes de recettes pour l’État qui se chiffrent en dizaines de milliards.

Charles de Courson a cité l’étude de l’IPP de 2023, dont les résultats sont incontestables. À la suite des déclarations d’Éric Lombard, je me suis rendu à Bercy, où l’on m’a confirmé que cette étude ne prêtait pas à discussion puisque le ministère de l’économie et des finances a participé à son élaboration. Elle établit que les milliardaires français ne paient pas leur juste part d’impôt : le taux d’imposition global, qui s’élève à 46 % pour les 0,1 % les plus riches, n’est plus que de 26 % pour les 0,0002 % les plus fortunés. Les zéros sont importants parce qu’on parle d’un très petit nombre de personnes qui monopolisent beaucoup d’argent et qui ne sont pas imposées au niveau auquel elles devraient l’être, proportionnellement à leur richesse, pour les raisons que j’ai exposées.

Bien que certains jugeront sans doute le propos polémique, j’estime que l’on assiste à la constitution d’une noblesse d’argent. Les personnes concernées accumulent, de leur vivant, des richesses à un niveau que l’on a rarement vu depuis la première moitié du XXe siècle et les transmettent à leurs héritiers, grâce à d’autres mécanismes d’exonération. Un grand nombre de personnes bénéficient ainsi de richesses non pas en raison de leur mérite mais grâce à l’héritage. C’est un problème de fond qui nous coûte très cher.

Des études réalisées par Bercy lorsque nous avons travaillé sur la contribution sur les hauts revenus, sur la taxe holding et sur la contribution sur les hauts patrimoines – qui n’a jamais vu le jour – montrent que plusieurs milliers de personnes, au moins, ne payaient pas le montant d’impôt sur le revenu (IR) qu’elles devraient acquitter eu égard à leur fortune estimée. La chose m’a été confirmée lorsque je m’y suis rendu. En revanche, le propos selon lequel des milliers de gens ne paient pas du tout d’IR est exagéré : ils ne sont que quelques-uns dans ce cas.

J’espère que la commission d’enquête permettra de résoudre un problème auquel Bercy est confronté, et qu’il reconnaît lui-même : la plupart des études qui sont faites reposent sur la situation existante en 2016 car c’était la dernière année d’application de l’ISF ; autrement dit, la dernière au cours de laquelle des déclarations de patrimoine non professionnel ont été faites. La directrice du Trésor que j’ai rencontrée m’a dit que l’on serait peut-être avisé, même si l’on ne rétablit pas l’ISF, de restaurer l’obligation déclarative. Cela permettrait d’expliquer pourquoi certains outils fiscaux ratent leur cible, à l’image de la CDHR, dont on espérait un rendement de 1,5 milliard alors qu’elle n’a engendré que 400 millions de recettes. Cet outil ne permettait pas, manifestement, d’atteindre les personnes dont je parle.

Nous faisons face, ici, à un véritable problème. Nous n’avons pas d’estimation des patrimoines professionnels, puisqu’en 1981 on a exclu les biens professionnels de l’assiette de l’ISF – au moyen d’une disposition que vous avez appelée, monsieur de Courson, « l’amendement Bettencourt », qui dit assez bien l’origine de la mesure. En outre, depuis 2016, nous n’avons plus d’estimation des patrimoines non professionnels.

J’avais pensé que la commission des finances aurait pu reprendre la proposition du groupe LIOT et se doter des prérogatives d’une commission d’enquête sur ce sujet – de la même manière que nous avions repris la proposition du groupe UDR pour enquêter sur les causes des variations et des écarts des prévisions fiscales en 2023 et 2024 – mais le groupe LIOT a préféré s’en tenir à l’exercice de son droit de tirage, ce qui est évidemment son droit le plus absolu. En tout état de cause, j’ai l’intention de m’impliquer fortement dans les travaux de la commission d’enquête, qui est à mes yeux essentielle.

M. Philippe Juvin, rapporteur général. Comme l’a dit M. de Courson, aucun élément ne pourrait nous faire douter de la recevabilité de la proposition de résolution.

La question sur laquelle vous nous invitez à travailler est essentielle : elle a nourri nombre de nos débats lors de la discussion du PLF. L’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés est présentée par certains de nos collègues comme la solution principale pour réduire le déficit. Il est fondamental que nous ayons tous les idées claires. Les ménages les plus riches sont, massivement, les plus taxés, en pourcentage du revenu disponible brut. Le taux des impôts directs – IR, CSG (contribution sociale généralisée), CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale), taxe foncière… – pesant sur les ménages français est, en moyenne, de 18,5 % contre 42 % pour le dernier décile. Si l’on y ajoute les cotisations des indépendants et des salariés, le chiffre monte à 54 % pour les 10 % plus riches.

Certains parlent de régressivité de l’impôt : il faudra que nous ayons les idées claires à ce sujet – c’est tout l’intérêt d’instituer cette commission d’enquête. La régressivité s’applique probablement à une part très limitée de la population, c’est-à-dire aux 0,1 % les plus riches. La définition de la richesse est un sujet clé. Il faudra déterminer où commence la régressivité, quelle est son ampleur et quels sont les enjeux en matière de recettes fiscales nouvelles. La commission d’enquête aura la vertu de faire émerger la vérité : à ce titre, je soutiens sa constitution.

Présidence de M. Philippe Brun, vice-président de la commission

M. Charles de Courson, rapporteur. Il est dans l’intérêt de toutes les familles politiques représentées à l’Assemblée nationale d’y voir clair. Il faut arrêter de fabuler dans un sens ou dans l’autre. Comme l’a dit le rapporteur général, l’une des premières questions qui se poseront à la commission d’enquête sera de déterminer à quelles tranches nous devons nous intéresser. Autrement dit, qu’entend-on par les très hauts revenus ? S’agit-il des milliardaires, qui sont au nombre d’environ 400 ? Doit-on se concentrer sur les 0,1 % les plus fortunés, ce qui représente 40 000 familles ?

Par ailleurs, on constate parfois une confusion entre les très hauts revenus et les très hauts patrimoines. Seules 7 000 familles font partie à la fois des 40 000 familles qui ont les revenus les plus élevés et des 40 000 qui détiennent les patrimoines les plus importants. Autrement dit, le patrimoine d’un certain nombre de familles est sans proportion avec les revenus qu’elles perçoivent, ce qui soulève beaucoup de questions s’agissant du système fiscal.

Il sera également très intéressant de se pencher sur la rentabilité des patrimoines. D’après les premiers travaux qui ont été réalisés, celle-ci est extraordinairement variée. Il n’y a pas de taux standard, de péréquation des taux de profit au sein des patrimoines. Certains patrimoines, à dominante foncière, ont des taux de rentabilité très faibles ; d’autres, majoritairement immobiliers, se situent un cran au-dessus, tandis que les fortunes mobilières sont les plus rentables. Il faut donc distinguer le patrimoine des revenus. Nous aurons à travailler sur toutes ces questions, qui sont très complexes.

Il serait également souhaitable que nous comparions notre dispositif à celui des grandes démocraties occidentales.

J’espère que ces travaux nourriront les débats que nous consacrerons à la loi de finances pour 2027 à partir de la fin du mois de septembre ou du début du mois d’octobre.

M. Philippe Brun, président. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

Mme Claire Marais-Beuil (RN). Nous sommes favorables à la création de cette commission d’enquête. La difficulté, comme vous l’avez dit, est de distinguer revenu et richesse. Nous devons nous pencher sur la question des hauts revenus, qui a occupé une place importante dans nos débats budgétaires, en nous départissant de nos a priori. Il nous appartient de déterminer la contribution réelle des personnes concernées au financement des services publics, au même titre que les autres contribuables.

M. Daniel Labaronne (EPR). Le groupe Ensemble pour la République est favorable à la création de cette commission d’enquête qui ne se heurte à aucun problème de recevabilité. Il nous faut, me semble-t-il, aborder la question posée sous trois angles.

Premièrement, il convient de poser clairement la question de la contribution des détenteurs de hauts patrimoines et de hauts revenus à l’effort collectif, mais la réponse ne peut être, de notre point de vue, ni caricaturale ni idéologique. La vraie question est de savoir combien les milliardaires paient d’impôts, sur quoi et avec quel taux effectif.

Deuxièmement, il nous appartiendra de regarder les chiffres et de prendre en compte les stocks comme les flux. Un milliardaire peut détenir un patrimoine considérable tout en déclarant relativement peu de revenus imposables certaines années.

Troisièmement, il est de notre responsabilité de ne pas alimenter de slogans mais d’établir des taux effectifs, d’évaluer d’éventuels mécanismes d’optimisation et de voir si le système garantit une contribution équitable au financement des services publics. C’est sur la base de faits consolidés et non de perceptions que nous devrons travailler dans le cadre de la commission d’enquête. Je ne doute pas que vous mènerez ses travaux en ce sens.

Mme Claire Lejeune (LFI-NFP). En 2017, le candidat Emmanuel Macron disait : « Je ne crois pas à la jalousie française qui consiste à dire : "Il y a des riches, taxons-les, nous nous porterons mieux". Pour que notre société aille mieux, il faut que les gens réussissent et il ne faut pas être jaloux d’eux. »

Rassurons M. Macron : depuis 2017, les riches réussissent extrêmement bien et les 53 milliardaires français sont désormais plus riches que plus de 32 millions de nos compatriotes réunis. Sous sa présidence, ces fortunes ont doublé et se concentrent désormais sur 32 personnes environ, grâce aux multiples largesses fiscales qu’il leur a accordées : la suppression de l’ISF, la flat tax, etc.

L’étude de l’IPP est très claire : en 2023, le taux effectif d’imposition sur le revenu économique des 378 ménages les plus riches était de 2 %, soit vingt fois moins que le taux moyen s’appliquant au reste de la population. Nous sommes donc très loin de la classe aisée assommée par les impôts, décrite par le rapporteur général.

La société, en revanche, ne va pas mieux : le taux de pauvreté a explosé pour atteindre un niveau inédit depuis 1996, le chômage réapparaît, la désindustrialisation se poursuit, la bifurcation écologique est à l’arrêt et la croissance stagne. Conclusion : les cadeaux fiscaux faits aux plus aisés coûtent énormément au pays.

N’en déplaise à notre président, ce n’est pas la jalousie qui pousse les Françaises et les Français à s’intéresser à la fiscalité des plus aisés, mais les principes qui fondent la promesse républicaine : le principe de justice, la participation équitable à la solidarité nationale et l’égalité devant l’impôt.

Nous saluons donc la création de cette commission d’enquête et espérons que ses travaux permettront d’élucider quelques mystères résultant d’une forme de magie fiscale : le revenu fiscal de référence égal à zéro de quelques ménages parmi les plus aisés ; la disparition de 1,5 milliard de recettes de la CDHR, qui n’a rapporté que 400 millions sur les 2 milliards attendus.

Mme Christine Pirès Beaune (SOC). Le groupe socialiste est très favorable à cette commission d’enquête, qui permettra certainement d’objectiver certaines données fiscales – il s’agira de déterminer qui paie quoi et qui échappe à quoi.

J’espère que ces travaux permettront également de mettre en évidence le manque de données, notamment celles relatives aux donations et aux successions, inexistantes depuis 1964. Les parlementaires, comme les chercheurs, ont besoin de données fiables pour mener un travail sérieux.

M. Nicolas Ray (DR). Le groupe de la Droite républicaine, très attaché au droit de tirage des groupes parlementaires, ne s’opposera évidemment pas à la création de cette commission d’enquête.

L’imposition des plus aisés revient régulièrement dans nos débats en commission, notamment lors de l’examen des projets de loi de finances. Ce sujet a récemment fait l’objet de plusieurs articles de presse relatant que certains ménages aisés échapperaient à l’impôt ; il suscite beaucoup de confusion et, parfois, de fantasmes.

Rappelons que notre pays applique l’un des taux de prélèvement obligatoire les plus élevés de l’OCDE, avec des barèmes d’impôt progressifs, des contributions exceptionnelles sur les revenus et, désormais, une contribution différentielle sur les hauts revenus prévoyant une imposition minimale.

Cette commission d’enquête nous offrira l’occasion de mettre à plat le système d’imposition des plus aisés, d’établir des faits précis et de dresser un tableau fidèle de la situation. La suroptimisation fiscale sera probablement au cœur de ses travaux ; le gouvernement devait proposer un outil visant à lutter contre cette pratique. La fameuse taxe sur les holdings, qu’il a d’abord présentée, n’était pas adaptée : non seulement elle était insuffisante, mais elle provoquait des effets de bord et risquait d’avoir un impact sur les outils économiques. Les travaux de cette commission pourraient être l’occasion de corriger les quelques problèmes existants ; un bon système fiscal doit reposer sur une assiette large et un taux modéré.

En tout état de cause, nous comptons sur cette commission et notamment sur votre expertise, monsieur le rapporteur, pour mener ces travaux avec sérieux et sans parti pris. Notre groupe y prendra toute sa part.

Mme Eva Sas (EcoS). Le groupe Écologiste et social remercie le groupe LIOT de cette proposition de commission d’enquête, à laquelle il souscrit pleinement. Elle prolonge les débats sur la taxe Zucman que nous avons fait adopter à l’Assemblée il y a tout juste un an.

Il s’agit d’une initiative d’utilité publique, rendue nécessaire par le refus persistant du gouvernement de contrer réellement les schémas d’optimisation fiscale des plus riches, pourtant largement documentés : les travaux de l’IPP montrent que les plus riches ne s’acquittent en moyenne que de 2 % d’impôts personnels sur leur revenu réel, tandis que le Conseil des prélèvements obligatoires appelle à une contribution accrue des plus hauts patrimoines.

L'expérience le confirme : la taxation des seuls revenus est inefficace. La contribution différentielle sur les hauts revenus ne rapportera sans doute pas plus de 400 millions, pour un rendement annoncé de 1,9 milliard ; un échec, que l’on pourrait même qualifier de fiasco.

Face à ce déni, j’espère que cette commission d’enquête constituera un point de bascule et que les propositions qui en découleront feront écho à celles que nous défendons depuis des années : sortir d’un système reposant presque exclusivement sur la fiscalité des revenus ; intégrer pleinement les biens professionnels à la taxation du patrimoine, puisqu’ils composent l’essentiel du patrimoine des plus riches ; encadrer l’usage des holdings patrimoniales, afin qu'elles ne servent plus de cash box permettant d’éviter l’impôt ; surtout, mettre fin à la désinformation sur les conséquences prétendument néfastes pour l’économie d’une juste taxation des plus riches.

Le bricolage du gouvernement en la matière n’est plus acceptable et s’apparente à des manœuvres dilatoires. Il est temps de remettre la justice fiscale au cœur de l’action publique ; les Français y sont prêts et l’attendent. Cette commission d’enquête est donc essentielle.

M. Jean-Paul Mattei (Dem). Le groupe Démocrate se réjouit de la création de cette commission d’enquête, dont le périmètre est ambitieux. Pour traiter celui-ci, il nous faudra explorer différents champs et mener une réflexion apaisée sur des aspects à la fois techniques et juridiques tels que le droit positif, la notion de personnalité morale et la frontière entre le patrimoine professionnel et le patrimoine privé. Nous devrons mener ces débats à leur terme, afin d’éclairer au mieux nos concitoyens.

Notre groupe s’impliquera dans cette commission d’enquête à la hauteur de l’importance des enjeux, afin de faire la lumière sur la fiscalité des plus hauts patrimoines.

M. Christophe Plassard (HOR). Le groupe Horizons souscrit pleinement à l’objectif de cette commission d’enquête et soutiendra ses travaux. Demandée par le groupe LIOT conformément à ses prérogatives, elle remplit les critères nécessaires.

Cette commission d’enquête vise à recueillir des éléments factuels sur la fiscalité des hauts patrimoines. Elle devrait, à notre sens, s’assigner trois objectifs.

Premièrement, il importe qu’elle nous offre une photographie aussi sincère et complète que possible de la situation fiscale. En effet, il nous manque des éléments et certaines données ne sont pas toujours qualifiées.

Deuxièmement, il s’agira de faire une distinction claire entre ce qui relève des biens personnels et des biens professionnels, entre les stocks et les flux, entre les revenus du capital et ceux du patrimoine. Ce travail de pédagogie permettra de réfuter les arguments, parfois populistes, utilisés pour stigmatiser les hauts patrimoines.

Troisièmement, la commission d’enquête devra mettre en lumière, dans le cadre d’une analyse dynamique, la façon dont les patrimoines évoluent sur une durée suffisamment longue, ce qui nous permettra de porter le regard le plus juste possible sur la situation.

M. Michel Castellani (LIOT). Vous ne serez pas étonnés que le groupe LIOT soutienne la proposition de Charles de Courson – et l’en remercie. Toutefois, ce n’est pas uniquement par solidarité de groupe que j’émets un avis favorable, mais parce qu’elle présente un réel intérêt.

Les travaux de la commission d’enquête devront se dérouler non dans un esprit punitif, mais de justice sociale. Nous y participerons, en espérant qu’ils nous permettent d’y voir plus clair sur un sujet essentiel : l’égalité devant l’impôt.

M. Emmanuel Maurel (GDR). Nous serons évidemment favorables à cette commission d’enquête, pas uniquement parce que nous respectons le droit de tirage des groupes parlementaires mais aussi parce que son objet fait écho à des débats que nous avons depuis plusieurs années.

Elle permettra également de vérifier si les propos de M. Éric Lombard, qui avaient fait grand bruit, étaient fondés et pertinents.

Je tiens à rassurer nos collègues du groupe EPR, qui craignent que nous versions dans la caricature ou l’idéologie – il est d’ailleurs curieux de constater à quel point cette inquiétude se manifeste dès qu’on s’intéresse au patrimoine des plus riches ! Il est tout à fait possible d’être objectif et de mener une analyse documentée pour démontrer l’existence d’un problème de justice. En matière de fiscalité, nous sommes motivés par la correction des inégalités et des injustices, que nos concitoyens ressentent de façon très criante.

M. Philippe Brun, président. Nous en venons aux interventions des autres orateurs.

Mme Marie-Christine Dalloz (DR). Le débat est intéressant et j’espère que cette commission d’enquête nous permettra d’en finir avec les clichés évoqués lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2026.

Afin d’éviter tout amalgame, monsieur le rapporteur, je vous invite à vous appuyer sur la notion de suroptimisation fiscale. En effet, si l’optimisation fiscale est légale, la suroptimisation soulève de réelles difficultés et nous devrons concentrer nos travaux sur ce point.

En revanche, je ne comprends pas pourquoi vous établissez un lien entre l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés, d’une part, et le financement des services publics, d’autre part. Bien sûr, la fiscalité finance l’ensemble des services publics, mais ne devrait-on pas plutôt parler de la contribution aux recettes fiscales de l’État ?

M. Charles de Courson, rapporteur. Cette commission d’enquête a pour but d’apporter de la clarté sur ces différents sujets. Pourquoi s’intéresser au financement des services publics ? Parce que cette notion englobe non seulement le budget de l’État, mais aussi ceux de la sécurité sociale et des collectivités territoriales.

Les plus hauts revenus perçoivent-ils des contreparties en matière de dépenses publiques ? En d’autres termes, quelle est leur contribution brute et leur contribution nette ? Des travaux menés sur nos concitoyens les plus modestes montrent qu’en tenant compte des contreparties – c’est-à-dire des prestations gratuites ou à tarif symbolique –, les réponses à ces questions ne sont pas les mêmes.

C’est un sujet très délicat, mais il nous semble intéressant de nous y intéresser, en élargissant notre point de vue au-delà des seules contributions fiscales. À ma connaissance, en la matière, très peu de travaux se sont penchés sur les très hauts revenus et les très hauts patrimoines.

M. Daniel Labaronne (EPR). Une étude de l’Insee montre que l’écart entre les plus hauts et les plus bas revenus bruts est de l’ordre de 1 à 18 ; lorsque les cotisations sociales versées par les uns et les prestations sociales reçues par les autres sont prises en compte, il est de l’ordre de 1 à 8 ; enfin, lorsqu’on tient compte des services publics non marchands, dont les plus bas revenus bénéficient davantage, cet écart n’est plus que de 1 à 3.

Si vous parvenez à mettre ces éléments en évidence dans vos analyses, cela nous apportera un éclairage tout à fait précieux.

Mme Christine Arrighi (EcoS). N’entamons pas les débats avant d’avoir connaissance des conclusions du rapport ! Chacun exprime ses convictions ; la plupart sont fondées sur les travaux d’éminents économistes qui, depuis de nombreuses années, font état d’un écart significatif entre le niveau de richesse et la participation à la solidarité par l’impôt.

La suppression de l’ISF, qui a été évoquée par le président Coquerel, a eu des effets non seulement sur le rendement de l’impôt mais aussi sur la documentation et l’information de l’administration fiscale. En effet, des applications informatiques de la direction générale des impôts ont été élaborées à partir de l’analyse des revenus et de leur comparaison avec les montants de l’ISF, afin de contrôler la situation fiscale des contribuables concernés. En supprimant l’ISF, nous nous sommes donc privés de connaissances sur les revenus et les patrimoines. Depuis lors, les holdings se sont développées et désormais, grâce à l’optimisation et à la suroptimisation fiscale – sans parler de la fraude, dans les îles Vierges par exemple –, les ultrariches échappent à l’impôt.

M. Jean-Paul Mattei (Dem). Avant l’évolution de l’ISF en IFI (impôt sur la fortune immobilière), nous ne disposions pas des données relatives au patrimoine professionnel lorsqu’il correspondait à l’outil de travail. Dans le cadre de cette commission d’enquête, nous aurons une vision beaucoup plus large, qui s’étendra à l’ensemble du patrimoine des contribuables.

M. Philippe Juvin, rapporteur général. Tout le monde semble très satisfait de la création de cette commission d’enquête parce qu’elle nous permettra de connaître les chiffres exacts, de différencier patrimoine et revenus, et de distinguer les contribuables moyennement riches, riches, très riches et ultrariches. Grâce à M. de Courson, la prochaine discussion budgétaire se tiendra sur des bases objectives.

M. Charles de Courson, rapporteur. Je remercie l’ensemble des groupes de l’intérêt qu’ils portent à cette commission d’enquête, dont les résultats faciliteront nos débats budgétaires.

Les commissions d’enquête ne comptent que trente membres ; j’invite donc tous les groupes parlementaires à mobiliser leurs députés les plus impliqués dans ces sujets, qui sont vastes et posent des problèmes méthodologiques redoutables. Si nous voulons terminer nos travaux en septembre, c’est-à-dire avant d’entamer l’examen du projet de loi de finances, nous devrons travailler intensément, y compris, pour ceux qui ne sont pas candidats, pendant la suspension liée aux élections municipales.

En application de l’article 140, alinéa 2, du Règlement, la commission constate que les conditions requises pour la création de la commission d’enquête, relative à l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics, sont réunies.

*

*     *

La commission déclare recevable la proposition de résolution.

Annexe :
Lettre du garde des sceaux, ministre de la justice

([1]) Aux termes de l’alinéa 2 de l’article 141 du Règlement de l’Assemblée nationale, « chaque président de groupe d’opposition ou de groupe minoritaire obtient, de droit, une fois par session ordinaire, à l’exception de celle précédant le renouvellement de l’Assemblée, la création d’une commission d’enquête satisfaisant aux conditions fixées par les articles 137 à 139. Par dérogation à l’alinéa 1 du présent article, la Conférence des présidents prend acte de la création de la commission d’enquête si les conditions requises pour cette création sont réunies. »

([2]) Article 6 de l’ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires.

([3]) Voir sur le site Internet de l’Assemblée nationale la liste des commissions d’enquête closes à l’adresse suivante : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/autres-commissions/commissions-enquete?statut=termine&limit=12

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

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