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Liens existants entre les représentants de mouvements politiques et les organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste

Rapport 03/06/2025 N° 1488 RAPPANR5L17B1488
Exposé des motifs

qu’un parti politique particulier est visé, au travers de multiples références :

– « Dès novembre 2019, des élus, notamment de la France insoumise, ont signé un appel à une “marche contre l’islamophobie”, dont l’un des initiateurs était le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Un groupuscule, réputé proche de l’idéologie des Frères musulmans, dissous en 2020 par le ministère de l’intérieur pour ses liens avec l’islamisme radical » ;

– « Plus récemment, d’autres manifestations ont réuni des membres de la France insoumise et des individus ou organisations de la mouvance islamiste » ;

– « Le 3 novembre 2024, des élus de la France insoumise étaient présents à une manifestation de soutien à la Palestine et au Liban à Paris » ;

– « Au-delà de ces manifestations publiques, toute la lumière doit être faite sur les relations nouées et les rencontres avérées entre des représentants de la France insoumise et des individus ou organisations impliqués dans la diffusion de propagande islamiste ou liés à des réseaux terroristes » ;

– « À ce titre, tant la présentation par un député de la France insoumise d’une liste à l’élection municipale de Villeneuve-Saint-Georges sur laquelle figurait un individu ayant soutenu publiquement l’action du Hamas, que l’investiture par la France insoumise, aux élections législatives de juin 2024, d’un ancien responsable de la section locale des Jeunes Musulmans de France (organisation réputée proche de la mouvance des Frères Musulmans), nécessitent le recueil d’éléments d’information complémentaires quant aux liens existants entre un mouvement politique et des réseaux islamistes dans le cadre d’élections passées ou à venir ».

Ainsi, l’exposé sommaire mentionne à sept reprises le parti La France insoumise, sans qu’aucun autre parti ne soit mentionné. Il ressort donc clairement qu’un seul mouvement politique est ciblé par l’objet de la commission d’enquête. Par ailleurs, si les auteurs de la proposition de résolution ne citent pas directement de parlementaires, certains d’entre eux n’en sont pas moins clairement identifiables. Il convient, à cet égard, de rappeler que l’

Article 6

Article 6

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(extraits)

Les commissions d’enquête sont formées pour recueillir des éléments d’information soit sur des faits déterminés, soit sur la gestion des services publics ou des entreprises nationales, en vue de soumettre leurs conclusions à l’assemblée qui les a créées.

Il ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours. Si une commission d’enquête a déjà été créée, sa mission prend fin dès l’ouverture d’une information judiciaire relative aux faits sur lesquels elle est chargée d’enquêter.

2.      Règlement de l’Assemblée nationale

Article 137

Article 137

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Les propositions de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sont déposées sur le bureau de l’Assemblée. Elles doivent déterminer avec précision soit les faits qui donnent lieu à enquête, soit les services ou entreprises publics dont la commission doit examiner la gestion. Elles sont examinées et discutées dans les conditions fixées par le présent Règlement.

Article 138

Article 138

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1. Est irrecevable toute proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête ayant le même objet qu’une mission effectuée dans les conditions prévues à l’article 145-1 ou qu’une commission d’enquête antérieure, avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux de l’une ou de l’autre.

2. L’irrecevabilité est déclarée par le Président de l’Assemblée. En cas de doute, le Président statue après avis du Bureau de l’Assemblée.

Article 139

Article 139

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1. Le dépôt d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête est notifié par le Président de l’Assemblée au garde des Sceaux, ministre de la justice.

2. Si le garde des Sceaux fait connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en discussion. Si la discussion est déjà commencée, elle est immédiatement interrompue.

3. Lorsqu’une information judiciaire est ouverte après la création de la commission, le Président de l’Assemblée, saisi par le garde des Sceaux, en informe le président de la commission. Celle-ci met immédiatement fin à ses travaux.

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  La précision des faits donnant lieu à enquête est incertaine

En premier lieu, la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête doit déterminer de façon précise les faits donnant lieu à enquête.

À cet égard, la présente proposition de résolution vise les « liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Cette description apparaît problématique à plusieurs égards.

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  L’obsession vis-à-vis d’un parti politique en particulier

D’abord, si elle vise les « représentants de mouvements politiques » sans donner d’identité ou de parti, il ressort clairement de l’exposé des motifs qu’un parti politique particulier est visé, au travers de multiples références :

– « Dès novembre 2019, des élus, notamment de la France insoumise, ont signé un appel à une “marche contre l’islamophobie”, dont l’un des initiateurs était le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF). Un groupuscule, réputé proche de l’idéologie des Frères musulmans, dissous en 2020 par le ministère de l’intérieur pour ses liens avec l’islamisme radical » ;

– « Plus récemment, d’autres manifestations ont réuni des membres de la France insoumise et des individus ou organisations de la mouvance islamiste » ;

– « Le 3 novembre 2024, des élus de la France insoumise étaient présents à une manifestation de soutien à la Palestine et au Liban à Paris » ;

– « Au-delà de ces manifestations publiques, toute la lumière doit être faite sur les relations nouées et les rencontres avérées entre des représentants de la France insoumise et des individus ou organisations impliqués dans la diffusion de propagande islamiste ou liés à des réseaux terroristes » ;

– « À ce titre, tant la présentation par un député de la France insoumise d’une liste à l’élection municipale de Villeneuve-Saint-Georges sur laquelle figurait un individu ayant soutenu publiquement l’action du Hamas, que l’investiture par la France insoumise, aux élections législatives de juin 2024, d’un ancien responsable de la section locale des Jeunes Musulmans de France (organisation réputée proche de la mouvance des Frères Musulmans), nécessitent le recueil d’éléments d’information complémentaires quant aux liens existants entre un mouvement politique et des réseaux islamistes dans le cadre d’élections passées ou à venir ».

Ainsi, l’exposé sommaire mentionne à sept reprises le parti La France insoumise, sans qu’aucun autre parti ne soit mentionné. Il ressort donc clairement qu’un seul mouvement politique est ciblé par l’objet de la commission d’enquête. Par ailleurs, si les auteurs de la proposition de résolution ne citent pas directement de parlementaires, certains d’entre eux n’en sont pas moins clairement identifiables. Il convient, à cet égard, de rappeler que l’article 26 de la Constitution dispose qu’« Aucun membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou votes émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ».

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  Une référence à « l’idéologie islamiste » comme prétexte

● Ensuite, la proposition de résolution évoque les « organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Or, la référence à ces deux notions peut poser problème pour la définition du champ de la commission d’enquête.

La notion d’« action terroriste » peut être rapprochée de celle d’« actes de terrorisme » réprimés par le chapitre Ier du titre II du livre IV du code pénal, qui incluent notamment les entreprises individuelles ou collectives ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur conduisant à la commission d’un certain nombre d’infractions (article 421-1) ou encore le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes (article 421-2-5).

Or, la référence à cette notion pose problème au regard du troisième critère de recevabilité de la proposition de résolution (voir infra), à savoir l’absence de procédures judiciaires sur les faits visés par la commission d’enquête. En effet, la commission d’enquête ne pourra mener de travaux sur de tels faits et, si elle est amenée à évoquer des faits ne faisant pas l’objet de procédures judiciaires mais qui peuvent relever des actes de terrorisme, elle sera contrainte d’interrompre ses travaux en cas d’ouverture d’une information judiciaire.

● Par ailleurs, la notion « d’idéologie islamiste » apparaît ambiguë. L’exposé des motifs de la proposition de résolution cite uniquement l’organisation des Frères musulmans, fondée en 1928 en Égypte par Hassan al-Banna, qui résumait sa pensée de la façon suivante : « l’islam dans lequel croient les Frères musulmans voit dans le pouvoir politique l’un de ses piliers. Car l’islam est à la fois l’injonction et l’exécution, tout comme il est la législation et l’enseignement, la loi et le tribunal, pas l’un sans l’autre » ([2]). Il s’agit ainsi d’une référence à ce que les chercheurs qualifient plus volontiers « d’islam politique » ou « d’islamisme ».

À cet égard, la pluralité des mouvements et organisations qui relèvent de cette notion « d’islam politique » est bien plus importante que la seule référence aux Frères musulmans. Un rapport de l’Institut Montaigne de 2018 ([3])  recensait les quatre « usines de production de l’islamisme » au niveau international :

– Les Frères musulmans et le salafisme d’État saoudien, ou « wahhabisme », qui seraient les deux principales idéologies islamistes ;

– L’islamisme d’État turc et celui de la République islamiste d’Iran, à l’influence plus limitée.

En France, le même rapport distingue en particulier l’influence de trois idéologies principales :

– Le mouvement Tabligh et les Frères musulmans, dont l’influence se serait largement essoufflée ;

– Le salafisme, qui serait aujourd’hui en situation « de monopole idéologique » sur l’islam politique dans notre pays.

Il est regrettable que l’exposé des motifs de la proposition de résolution ne cite pas la principale tendance de l’islam politique en France. Afin de répondre au critère de précision imposé par le Règlement, il eût été préférable que la proposition de résolution évoque les différentes tendances et mouvements sur lesquels la commission est censée enquêter.

Par ailleurs, le rapport récemment remis au ministre de l’intérieur sur l’influence des Frères musulmans en France ([4]) relève que des pays comme le Qatar, le Koweït et l’Arabie saoudite ont pu financer des associations relevant de l’islamisme politique en France. De plus, le rapport de 2018 précité considère que les liens du salafisme avec l’Arabie saoudite « sont si importants que salafisme quiétiste et wahhabisme peuvent être considérés comme des synonymes ».

Aussi, à des fins d’exhaustivité, il conviendrait donc que les travaux de la commission d’enquête portent également sur les liens entre ces différents pays et les mouvements politiques français. La mention du Hamas au sein de l’exposé des motifs plaide pour cette prise en compte des enjeux internationaux dans les travaux de la commission d’enquête. Or, cet axe de travail représenterait un périmètre indéniablement plus large que celui évoqué par la proposition de résolution.

La rapporteure considère donc que la présente proposition de résolution, par sa présentation largement insuffisante de « l’idéologie islamiste » sur laquelle elle entend enquêter et par l’obsession dont elle témoigne vis-à-vis d’un parti politique en particulier semble d’avantage inspirée par une démarche politicienne que par une volonté de faire le point sur les différentes traductions de l’islam politique en France et la réalité de leur influence.

En l’absence d’explications complémentaires sur l’objectif et le cadre des travaux d’enquête, le respect du premier critère de recevabilité tenant à la précision des faits n’apparaît donc pas évident à la rapporteure.

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  L’absence de travaux d’enquête ayant le même objet au cours de l’année écoulée

En deuxième lieu, est irrecevable toute proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête ayant le même objet qu’une mission d’information investie des prérogatives d’une commission d’enquête ou qu’une commission d’enquête antérieure, avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux de l’une ou de l’autre.

Or, le recensement des commissions d’enquête créées depuis plus d’un an à l’Assemblée nationale indique qu’aucune de celles ayant rendu leurs conclusions dans les douze derniers mois n’a porté sur le même objet ([5]).

Aussi, ce deuxième critère de recevabilité apparaît respecté.

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  Des poursuites judiciaires en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition de résolution

● Enfin, l’article 139 impose la notification, par le Président de l’Assemblée, du garde des Sceaux, ministre de la justice. Si ce dernier « fait connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en discussion. Si la discussion est déjà commencée, elle est immédiatement interrompue ». Il s’agit d’une contrainte évidente liée au principe de séparation des pouvoirs.

Sollicité par la Présidente de l’Assemblée nationale, le garde des Sceaux, ministre de la justice, a répondu par un courrier en date du 20 mai 2025. Il y indique que « le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée est susceptible de recouvrir des procédures en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition » et appelle l’attention « sur l’articulation de l’enquête parlementaire avec ces procédures judiciaires ou toute autre procédure, celle-ci ne devant pas donner lieu à des investigations sur des aspects relevant de la compétence exclusive de l’institution judiciaire ».

Il apparaît, de façon évidente, que cette réponse doit inciter la commission des lois à la plus grande prudence au moment d’examiner la recevabilité de cette proposition de résolution. En effet, la commission d’enquête ne pourra pas enquêter sur des faits faisant l’objet de procédures judiciaires et, comme rappelé supra, elle devra cesser ses travaux en cas d’ouverture d’une information judiciaire.

Il semble donc délicat, pour les travaux d’une telle commission d’enquête, de respecter le troisième critère de recevabilité tenant à l’absence de procédures judiciaires en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition.

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La rapporteure considère, au regard des éléments développés supra, que les critères de recevabilité de la proposition de résolution ne sont pas respectés.

S’il s’agit d’une commission d’enquête sur l’influence de l’islam politique en France, le périmètre explicité par l’exposé des motifs est trop imprécis pour cadrer les travaux à réaliser. Il aurait fallu, dans ce cas, que les auteurs définissent la notion d’« idéologie islamiste » sur laquelle ils entendent enquêter, le périmètre des mouvements politiques et des organisations concernés et les enjeux internationaux sur lesquels la commission d’enquête serait amenée à travailler.

La réalité, toutefois, est qu’il s’agit d’une commission d’enquête portant sur des faits précis et un parti en particulier. Au-delà de l’inélégance de la mise en cause de collègues députés – de tels propos et insinuations pouvant faire l’objet de sanctions disciplinaires lorsqu’ils sont prononcés en séance publique ([6]) –, les travaux à mener apparaissent difficilement compatibles avec les procédures judiciaires mentionnées par le ministre de la justice.

Enfin, la rapporteure rappelle qu’une telle commission d’enquête associerait des membres appartenant au parti visé par les auteurs de la proposition de résolution. Il semble délicat, dans ces conditions, de procéder à une enquête portant sur un tel sujet avec la sérénité requise pour des travaux parlementaires.

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   Compte rendu des débats

Lors de sa réunion du mardi 3 juin, la Commission examine la recevabilité de la proposition de résolution de M. Laurent Wauquiez et plusieurs de ses collègues tendant à la création d’une commission d'enquête sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste (n° 1382).

Lien vidéo : https://assnat.fr/6R2erm

M. le président Florent Boudié. Nous examinons la recevabilité de la proposition de résolution de M. Laurent Wauquiez tendant à la création d’une commission d’enquête sur les liens existant entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste.

Le groupe Droite républicaine ayant demandé l’utilisation de son droit de tirage pour la création de cette commission d’enquête, en application de l’article 141 du règlement, notre commission doit vérifier que les conditions de recevabilité sont réunies, sans se prononcer sur son opportunité politique.

Mme Léa Balage El Mariky, rapporteure. Les critères de recevabilité d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sont au nombre de trois : la détermination avec précision soit des faits donnant lieu à enquête, soit des services ou entreprises publics dont la commission doit examiner la gestion ; l’absence de travaux d’enquête ayant le même objet et dont les conclusions auraient été rendues dans les douze mois précédents ; l’absence de poursuites judiciaires en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition.

Je cantonnerai mon intervention à l’examen du respect de ces trois critères.

D’abord, la précision des faits donnant lieu à enquête apparaît incertaine. L’exposé des motifs de la proposition de résolution jette le trouble sur les intentions de ses auteurs. Si l’article unique de la proposition vise les « représentants de mouvements politiques » sans donner plus de précisions, l’exposé des motifs cite à sept reprises le parti La France insoumise. Aucun autre parti ou mouvement politique n’est évoqué. Certaines allusions sont d’ailleurs transparentes et visent directement plusieurs de nos collègues, comme celle-ci : « la présentation par un député de La France insoumise d’une liste à l’élection municipale de Villeneuve Saint-Georges […] ». Je note que les auteurs ont eu au moins l’élégance de ne pas donner de nom.

Je relève au passage que l’exposé des motifs contient des insinuations, concernant notamment les liens supposés de certains politiques avec des mouvements terroristes, qui pourraient faire l’objet de sanctions pour mise en cause personnelle si elles étaient énoncées dans l’hémicycle.

La commission d’enquête apparaît donc bien dirigée contre un unique parti politique, et non contre plusieurs mouvements comme le suggère son intitulé.

Les auteurs de la proposition de résolution pourraient se défendre en soutenant qu’ils entendent enquêter sur l’influence des mouvements incarnant l’islam politique ou l’islamisme – expressions que les chercheurs préfèrent à celle d’idéologie islamiste. Il s’agirait probablement d’un sujet de travail pertinent pour une commission d’enquête. Or, de ce point de vue également, l’exposé des motifs pose problème. Il n’évoque en effet que l’organisation des Frères musulmans alors que les acteurs de l’islam politique sont bien plus divers ; il oublie en particulier que le salafisme est aujourd’hui beaucoup plus développé en France que les mouvances fréristes. Un rapport produit pour l’Institut Montaigne en 2018 soulignait d’ailleurs que l’influence des Frères musulmans en France avait décliné au cours des décennies précédentes au profit de celle des mouvements salafistes, lesquels seraient en situation de monopole idéologique en matière d’islam politique dans notre pays.

Il est regrettable du point de vue du critère de précision que l’exposé des motifs ne cite pas la principale incarnation de l’islam politique en France. Encore une fois, cette omission jette le doute sur les intentions véritables des auteurs de la proposition de résolution.

Par ailleurs, une commission d’enquête portant sur l’influence de l’islam politique en France devrait également s’intéresser aux aspects internationaux. Le rapport sur les Frères musulmans remis ce mois-ci au ministre de l’intérieur souligne l’implication de l’Arabie Saoudite et du Qatar dans le financement de l’islam politique en France. Dans un souci d’exhaustivité, il conviendrait donc d’enquêter sur les mouvements politiques français ayant ou ayant eu des liens privilégiés avec ces pays. Or la proposition de résolution ne mentionne à aucun moment ces éléments pourtant déterminants.

Il me semble donc que le premier critère n’est pas respecté, en raison notamment d’une présentation insuffisante de ce que les auteurs entendent par « idéologie islamiste » et qui masque, en réalité, l’obsession vis-à-vis d’un unique parti.

Le deuxième critère pose moins de difficultés. Aucun travail d’enquête portant sur le même sujet n’a rendu ses conclusions dans les douze derniers mois.

Quant au troisième critère, il n’apparaît pas respecté. Sollicité par la présidente de l’Assemblée, le garde des Sceaux a répondu que le périmètre de la commission d’enquête était susceptible de recouvrir celui de procédures en cours, appelant l’attention sur l’articulation nécessaire de ses travaux potentiels avec toute procédure. Il a aussi rappelé que l’enquête parlementaire ne devait pas donner lieu à des investigations sur des aspects relevant de la compétence exclusive de l’institution judiciaire.

Cette réponse doit inciter la commission des lois à la plus grande prudence. Les auteurs de la proposition de résolution souhaitent enquêter sur un parti politique en particulier, et même sur certains de nos collègues. Il me semble donc que, si elle doit éviter les procédures judiciaires en cours – par exemple celles pour apologie du terrorisme ou, à l’inverse, pour diffamation –, la commission d’enquête aura un périmètre particulièrement restreint.

En conclusion, je considère que cette initiative du groupe Droite républicaine et de son président Laurent Wauquiez ne respecte ni le critère de précision des faits donnant lieu à enquête, compte tenu des intentions troubles de ses auteurs, ni celui de l’absence d’empiétement sur des procédures judiciaires en cours. Au vu des intentions affichées dans l’exposé des motifs, nous ne pouvons pas considérer que c’est une commission d’enquête sur l’influence de l’islam politique en France qu’il est proposé de créer. Il s’agirait dès lors d’une commission d’enquête sur des faits particuliers, dont le périmètre pourrait difficilement préserver la compétence de l’autorité judiciaire. À mon sens, la commission des lois ne peut pas valider la recevabilité de cette initiative auprès de la conférence des présidents.

Je voudrais enfin prendre un peu de hauteur pour souligner que cette proposition représenterait un grave dévoiement de la procédure des commissions d’enquête. Une telle commission peut bien évidemment être inspirée par des motifs politiques, au sens noble du terme, mais elle ne peut être dictée par des manœuvres politiciennes. Elle est et doit rester un outil de contrôle par le Parlement du gouvernement et des grands enjeux auxquels notre société fait face. Nous ne pouvons en faire un outil de règlement de comptes politiques entre nous. Par ailleurs, je ne peux m’empêcher de relever que cette commission serait composée de membres appartenant au parti visé par les auteurs de la proposition de résolution. Il me semble qu’il serait dès lors délicat pour elle de mener ses travaux avec la sérénité requise.

M. le président Florent Boudié. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

Mme Edwige Diaz (RN). Nous ne sommes pas dupes du calendrier choisi par l’auteur du texte, M. Wauquiez, qui était jusqu’à récemment candidat à la présidence de son parti politique en concurrence avec le ministre de l’intérieur – dont tout le monde sait qu’il parle comme le Rassemblement national tout en siégeant chaque mercredi en conseil des ministres aux côtés des socialistes et des macronistes, c’est-à-dire de ceux qui ont une responsabilité dans le développement de l’idéologie islamiste sur notre territoire.

Malgré ces arrière-pensées politiciennes, le Rassemblement national se réjouit cependant qu’après tant d’années de cécité, de mutisme et de stratégie électoraliste, pour ne pas dire clientéliste, les Républicains envisagent de s’attaquer à l’obscurantisme islamiste. Sur la forme, nous considérons que cette proposition de résolution est recevable ; je ne vais pas m’arrêter à ces considérations techniques, car ce n’est pas le plus important. Sur le fond, l’honnêteté intellectuelle qui caractérise le RN m’oblige à rappeler que Les Républicains ont l’habitude de s’allier avec toute la classe politique lors des élections, de l’extrême gauche au centre, mais qu’ils reprennent à leur compte le programme du Rassemblement national à chaque fait d’actualité.

Trois choses nous interpellent particulièrement. Tout d’abord, l’exposé des motifs est essentiellement tourné vers la légitime dénonciation des liens obscurs de La France insoumise avec des mouvances islamistes. Pourtant – est-il encore besoin de le rappeler ? –, lors des élections législatives, 127 candidats du Nouveau Front populaire se sont retirés pour permettre l’élection de candidats LR ou du centre. L’attitude des LR confine à l’ingratitude à l’égard de ceux qui leur ont permis de conserver leurs postes – signe que l’indignation à l’égard de l’islamisme peut parfois être reléguée au second plan.

Ensuite, je suis interloquée par le néant de ce texte : celui-ci se base sur un rapport qui ne nous a rien appris et qui ne propose rien pour lutter contre le fléau islamiste. Au Rassemblement national, cela fait plusieurs années que nous nommons ce monstre qui gangrène notre pays : Marine Le Pen avait déposé une proposition de loi visant à combattre les idéologies islamistes en février 2021, il y a plus de quatre ans. Alors stop à la politique politicienne, aux gesticulations et à la mousse médiatique ! Cessez de perdre du temps, collègues, et soutenez le texte de Marine Le Pen, qui contient des mesures concrètes comme l’interdiction de la manifestation et de la diffusion de ces idéologies dans tous les domaines, l’empêchement de leur financement, la lutte contre le prosélytisme dans la fonction publique, l’expulsion des islamistes étrangers, la dissolution des organisations complices ou encore la fermeture des lieux de culte qui répandent ce poison.

Enfin, le texte ne parle pas de l’islamo-droitisme. M. Wauquiez a raison de dénoncer en LFI un cheval de Troie de l’islamisme, mais il oublie de dire que de nombreux élus dits de droite succombent au chant des sirènes de l’islam radical. Sur ce sujet, les élus du RN sont là pour démontrer l’hypocrisie de LR, qui devrait s’inquiéter des révélations que cette commission d’enquête pourrait permettre. En 2015, Sébastien Chenu dénonçait le soutien apporté à des radios communautaires islamiques par le président de la région Hauts-de-France avec l’argent de ses habitants. En 2016, Jordan Bardella, alors conseiller régional d’Île-de-France, dénonçait la venue programmée d’un prêcheur islamiste dans la commune d’Aulnay-sous-Bois. En 2021, Laurent Jacobelli dévoilait les liens entre Jean Rottner, maire LR de Mulhouse et président de la région Grand Est, et une association rigoriste pro-Erdoğan. En 2021, Julien Odoul révélait au grand jour l’islamo-droitisme de l’ancien député LR Damien Abad, allié avec une mosquée salafiste de l’Ain. Je pourrais aussi parler de Valérie Pécresse et de sa défense du voile, ainsi que de bien d’autres cas encore.

Si nous sommes favorables au déploiement des moyens d’investigation d’une commission d’enquête, ne serait-ce que pour confirmer ce que l’on sait déjà, nous rappelons avec force que le RN est prêt à faire la guerre à l’islamisme et que notre programme n’attend qu’une seule chose : être appliqué. Cela permettra aux 88 % de Français favorables à l’interdiction des Frères musulmans et aux 75 % qui estiment la France trop laxiste en matière de lutte contre l’islamisme de retrouver un peu d’espoir en attendant l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir.

M. Sébastien Huyghe (EPR). Je mesure combien ce sujet peut susciter de vives réactions au sein de notre commission et m’en tiendrai strictement au cadre qui nous est fixé aujourd’hui. La proposition de résolution vise à créer une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur d’éventuels liens de complaisance, voire de soutien, entre des élus de la République et des réseaux islamistes, y compris terroristes. Le débat public sur ce sujet, qui existe depuis plusieurs années, a connu un regain d’intensité depuis l’attaque terroriste du 7 octobre 2023.

Ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est la recevabilité de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête. Or les conditions de recevabilité inscrites dans le règlement de l’Assemblée nationale sont bien satisfaites. Le groupe Ensemble pour la République ne s’opposera donc pas à la création de cette commission – certains d’entre nous y seront même favorables –, puisque le groupe de la Droite républicaine fait ici usage de son droit de tirage. Sans préjuger des conclusions auxquelles cette commission d’enquête pourrait aboutir, il nous semble qu’un tel sujet mérite d’être abordé dans un cadre institutionnel clair et au moyen des outils d’investigation que le Parlement peut mobiliser.

Sur le fond, les travaux préalables semblent s’intéresser beaucoup aux Frères musulmans et à des associations en lien avec cette mouvance. La progression de l’islamisme observée aujourd’hui en France ne pouvant se résumer à l’action d’une seule organisation, il apparaîtrait pertinent que la commission d’enquête élargisse son champ d’analyse à d’autres structures actives dans la diffusion de l’idéologie islamiste.

Se pose par ailleurs la question d’une éventuelle interférence entre les travaux de la future commission d’enquête et certaines procédures en cours, qu’elles soient administratives – en vue notamment de la dissolution d’associations – ou judiciaires. Nous espérons que ce point sera pris en compte dans les futurs travaux.

Mme Gabrielle Cathala (LFI-NFP). Nous aurions pu discuter de pouvoir d’achat, de dérèglement climatique, de nos services publics ou d’antiracisme, mais non : nous sommes réunis pour débattre d’une commission d’enquête chargée de « faire la lumière sur les liens existant entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Ses auteurs, issus de la Droite républicaine, qui n’a de républicain que le nom, entendent instrumentaliser notre assemblée pour alimenter les pires fantasmes sur de supposés liens entre La France insoumise, le mouvement politique auquel j’appartiens, et les réseaux terroristes islamistes. Oui, collègues, ce débat digne du Gorafi vous est offert par M. Wauquiez, prétendant déchu au congrès de son parti, ayant recueilli à peine 25 % des voix, venu servir son agenda islamophobe et salir ses opposants pour espérer exister médiatiquement dans la course à l’échalote sponsorisée par l’extrême droite.

On sera prié d’excuser M. Wauquiez, qui s’est visiblement trompé d’adresse, à quelques kilomètres près, entre l’Assemblée nationale et un plateau de CNews. Pour le reste, une énigme subsiste et mériterait à elle seule une commission d’enquête. Celle-ci s’intitulerait « commission d’enquête visant à éclairer les raisons pour lesquelles le parti Les Républicains s’est effondré à 4,78 % dans l’électorat ». On y aborderait la façon dont un parti jusque-là hégémonique à droite est devenu un désert d’idées, véritable repaire d’opportunistes quand il n’est pas un vivier de repris de justice. On parlerait de la déconnexion sociale de ses politiciens professionnels, des dépenses somptuaires de M. Wauquiez, qui invite la France entière à se serrer la ceinture et à comprimer la dépense publique sauf quand il s’agit de ses dîners au sommet à 100 000 euros. On parlerait de la disparition de toute idée ou de tout programme différenciant ce parti du Rassemblement national. Avons-nous d’ailleurs déjà entendu M. Wauquiez formuler une idée, hormis la déportation d’étrangers à Saint-Pierre-et-Miquelon ? Cette question devrait être éclairée par la commission. On parlerait de l’obsession de ce parti pour la sécurité, alors qu’il est inaudible sur la sécurité des femmes victimes de violences conjugales et sexuelles ou sur celle des enfants, surtout lorsque ceux-ci sont victimes de violence dans des établissements scolaires catholiques.

On parlerait de leur mansuétude à l’égard de l’extrême droite, dont ils rêvent de récupérer l’électorat en restant silencieux sur les violences de leurs réseaux qui menacent les corps des plus faibles, des personnes racisées, des juifs et des musulmans. On parlerait évidemment de leur obsession des musulmans, devenus l’épouvantail commode de tous les politiciens sans idée ni discernement. En bref, on parlerait de la déroute d’un parti et du déshonneur de ses dirigeants, qui gonfleront assurément les rangs du RN à la prochaine élection ; tout cela n’est qu’une question de temps.

Pour le reste, ne vous en déplaise, La France insoumise poursuivra son engagement antiraciste et antifasciste – à contre-courant, certes, de l’air du temps nauséabond auquel vous contribuez. Dire qu’il existe de l’islamophobie en France, ce n’est en rien prêter le flanc à un quelconque islamisme ; en entretenant la confusion, vous créez une chasse aux sorcières et un précédent dangereux au service de vos intérêts médiocres.

Nos pensées vont aux proches d’Hichem Miraoui, victime d’un abominable meurtre raciste dans le Var, tué parce que Tunisien par un admirateur du Rassemblement national qui, dans ses vidéos, appelle les Français à commettre d’autres attentats racistes et à « bien voter », en citant le RN de Mme Le Pen. Nos pensées vont aux victimes de discriminations, qui savent qu’elles nous trouveront toujours à leurs côtés. Pour finir, une recommandation très claire s’imposera à l’issue de notre commission d’enquête fictive : La République mérite mieux que le parti Les Républicains.

M. Paul Christophle (SOC). Les commissions d’enquête parlementaires constituent un important moyen de contrôle à la disposition du Parlement. Elles ont été créées pour enquêter sur des faits précis concernant la gestion d’un service public ou d’une entreprise nationale, ou bien sur des questions de société. Elles sont un outil de travail sérieux qui ne doit pas être dévoyé, sous peine d’affaiblir la qualité du travail parlementaire et la confiance que les Français accordent à leurs représentants. La commission d’enquête demandée par le groupe de la Droite républicaine ne satisfait aucune de ces exigences.

Votre demande est triplement indigne : indigne de notre assemblée, indigne du débat démocratique et indigne d’un parti politique qui n’a de républicain que le nom et dont les dérives répétées et incontrôlées lui tiennent désormais lieu de ligne politique.

La lutte contre les séparatismes sectaires et religieux ne doit faire l’objet d’aucune hésitation, d’aucun atermoiement, mais elle ne doit pas être instrumentalisée à des fins politiciennes. Or, comme vous le reconnaissez vous-mêmes, cette commission d’enquête aurait pour seule finalité de viser spécifiquement les élus d’un parti politique – La France insoumise, on le devine. En outre, vous ne précisez à aucun moment les faits établissant les liens entre ce parti et des organisations terroristes. Ce seul constat suffirait à acter l’irrecevabilité de votre demande.

Les désaccords politiques sont sains et souhaitables en démocratie, mais cela ne peut en aucun cas justifier qu’un groupe politique, quel qu’il soit, tente de se substituer à la justice pour enquêter sur un adversaire, alimentant une confusion des genres qui ne peut que renforcer la défiance envers nos institutions et abîmer la séparation des pouvoirs à des fins politiciennes. Le fait d’accepter cette commission d’enquête créerait un précédent très dangereux.

Peut-on encore parler de droite républicaine quand on observe la dérive idéologique totale du groupe, incarnée par son président, Laurent Wauquiez ? Pour notre part, nous considérons que vous êtes également un danger pour la République et pour son unité. Votre droite brise l’unité nationale en faisant de nos régions d’outre-mer des zones de second rang, servant à se débarrasser de populations que vous considérez comme dispensables. Votre droite brise l’unité républicaine quand le président de votre parti profère des propos incontestablement racistes en parlant de « régression vers les origines ethniques » des descendants d’immigrés. Votre droite brise le front républicain quand vos membres se font applaudir par le Rassemblement national à la tribune de l’Assemblée. Votre droite brise les institutions républicaines en dénonçant à longueur de journée de prétendus gouvernements des juges dont vous savez très bien qu’ils n’existent pas.

Le républicanisme, c’est le respect de la démocratie parlementaire et de la séparation des pouvoirs. Rien ne peut davantage l’abîmer que son instrumentalisation. Vous détruisez des institutions que votre famille politique a construites. En votant contre la création de votre commission d’enquête, nous nous faisons les garants de leur préservation démocratique.

M. Vincent Jeanbrun (DR). La France est une République – une République fière, forte, mais aussi meurtrie. Depuis des années, elle subit les coups répétés du terrorisme islamiste. Des vies ont été brisées, des familles ont été endeuillées, des symboles de notre liberté ont été attaqués ; à chaque fois, collectivement, nous avons tenu bon. Mais à chaque fois, l’ennemi a changé de visage, de méthode, de terrain. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement des bombes ou des armes que nous devons affronter, mais des idées antirépublicaines et une idéologie qui avance masquée, qui s’infiltre, qui séduit, qui corrompt. Elle ne s’attaque pas frontalement à nos institutions, elle les fragilise de l’intérieur. Au passage, elle fragmente notre pacte social et stigmatise ceux qu’elle prétend défendre.

Ces nouveaux suprémacistes, les défenseurs de l’idéologie islamiste, mènent campagne. Dans certains discours et certaines alliances, il y a quelque chose qui inquiète. Ce n’est pas une simple divergence d’opinions, c’est bien plus grave. Il y a des accointances, des silences complices, voire des proximités assumées avec des mouvements qui défendent une idéologie radicale contestant les valeurs de la République.

Rappelons-nous les soupçons portés sur certains anciens élus, accusés d’avoir défendu des positions particulièrement favorables à des puissances étrangères. Ce fut le cas il y a quelque temps avec l’ancien député Buon Tan, dont les prises de position concordaient fréquemment avec les intérêts stratégiques de la Chine populaire. Ce n’était pas une anecdote : c’était un signal. C’est une réalité : ici même, dans notre assemblée, certains peuvent choisir de se mettre au service de puissances étrangères. Cette réalité, nous devons la nommer et la combattre. Ne pas le faire, ce serait faillir à notre mission ; ce serait fermer les yeux par confort ou par calcul sur une menace qui s’installe.

Un récent rapport sur les Frères musulmans détaille avec précision cette menace. Ce rapport nous oblige : il doit désormais avoir des suites. Soyons clairs : les réseaux islamistes qui agissent sur notre territoire sont structurés et financés. Ils savent que, pour affaiblir la République, il ne suffit pas d’attaquer des civils, il faut s’infiltrer dans nos institutions. Nous devons comprendre comment ces réseaux s’enracinent et surtout comment certains acteurs politiques, par naïveté ou par idéologie, deviennent leur relais. L’islam politique ne se contente pas de remettre en cause notre laïcité, il défie notre modèle démocratique, notre État de droit et nos libertés fondamentales.

Certains groupes d’amitié parlementaires sont devenus parfois, inconsciemment, des caisses de résonance d’intérêts étrangers. L’affaire dite de la diplomatie du caviar, impliquant l’Azerbaïdjan, a révélé comment des cadeaux ou des financements pouvaient être utilisés pour influencer des élus français ou européens. Cela n’est clairement pas tolérable dans un État de droit. Nous avons tous une responsabilité immense, celle de défendre la cohésion nationale, de ne pas laisser prospérer des idéologies qui n’ont qu’un objectif : abattre notre République. Nous ne pouvons plus tolérer les ambiguïtés. Nous ne pouvons plus laisser le doute s’installer sur les liens entre certains responsables politiques et des organisations qui contestent les fondements mêmes de notre démocratie. Comment ignorer, que récemment encore, un parlementaire européen était mis en cause dans le Qatargate, une affaire de corruption dans laquelle des valises de billets auraient été remises pour orienter des prises de position politiques ? Pensons-nous vraiment être à l’abri de telles tentatives d’influence sur notre propre sol, dans notre propre assemblée ?

Certains nous opposeront que des procédures judiciaires sont déjà en cours et qu’il serait donc impossible de mettre en place une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet, mais cet argument ne résiste pas à l’examen des précédents. En 2024, la proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur l’organisation des élections en France, déposée par Antoine Léaument, a été jugée recevable malgré l’existence de procédures judiciaires en cours.

M. Pouria Amirshahi (EcoS). Décidément, cela devient presque une habitude : l’auteur d’une proposition de loi – en l’occurrence M. Wauquiez – énonce à coups de menton, à la télévision et à la radio, sa fermeté et sa détermination, mais il ne vient même pas défendre son texte en commission des lois. À la place, il envoie des seconds couteaux défendre ce qui constitue une manœuvre pathétique et une instrumentalisation dangereuse des procédures parlementaires.

Si l’on veut vraiment s’attaquer au fondamentalisme religieux – un combat dans lequel je crois être assez bien placé pour dire qu’il faut être résolu –, on commence par balayer devant sa porte. Et lorsque l’on a été au pouvoir sous Nicolas Sarkozy en particulier, que l’on a favorisé une géopolitique turbulente ayant permis à des pays de basculer – en allant notamment faire la danse du ventre en Arabie Saoudite, cœur névralgique du djihad – et que l’on n’a jamais remis en cause cette doctrine diplomatique, on commence par s’excuser de ce que l’on a fait. Car le débat n’est pas seulement français : en agissant ainsi, on a contribué, sur le continent africain en particulier, à favoriser la dissémination de l’idéologie que l’on prétend maintenant combattre.

C’est un sujet suffisamment grave – au sujet duquel nous pourrions soumettre la création d’une commission d’enquête à nos collègues des affaires étrangères – pour ne pas plonger de façon si médiocre dans les remugles de la politique politicienne, comme on dit.

En vérité, la seule cible de M. Wauquiez est un parti politique : La France insoumise. En général, un dirigeant politique qui tente de faire interdire un parti n’est plus tout à fait un démocrate… Alors que nous guettent les vents mauvais des tentations autoritaires et des propositions liberticides encouragées par le trumpisme ambiant, ceux qui remettent en cause les partis politiques – lesquels, aux termes de la Constitution, concourent à la vie politique – nous assènent chaque jour leur vulgate dangereuse.

Je pourrais vous faire la liste de toutes les dictatures – URSS, Chili… – qui, par facilité, par fainéantise intellectuelle et par dangerosité d’esprit, ont voulu interdire purement et simplement les partis politiques. Combattre des idées et des adversaires de cette façon est le signe que l’on ne sait comment faire pour masquer ses propres turpitudes.

En l’occurrence, c’est précisément ce que je reproche à M. Wauquiez : avoir progressivement insufflé dans la société française et dans le débat public l’idée d’essentialiser nos compatriotes musulmans dans le cadre de la lutte contre l’islamisme et le fondamentalisme. Il n’est pas le seul à agir ainsi, malheureusement : c’est un discours que l’on entend matin, midi et soir.

Il faut absolument dire à M. Wauquiez de réviser la procédure parlementaire.

Mme Blandine Brocard (Dem). Le groupe Droite républicaine fait usage de son droit de tirage pour proposer la création de cette commission d’enquête. Conformément à l’esprit de notre démocratie parlementaire et dans le respect des prérogatives reconnues aux groupes politiques par le règlement de notre assemblée, notre groupe ne s’y opposera pas, loin des polémiques que les uns et les autres agitent déjà.

Cela étant, nous souhaitons formuler plusieurs observations importantes, tant sur le fond que sur la forme. Tout d’abord, nous devons prendre conscience de la multiplication des commissions d’enquête ces derniers mois. Pas moins de huit commissions sont en cours, ce qui soulève des interrogations. Il est de notre responsabilité collective de veiller à ne pas banaliser ce qui doit rester un outil exceptionnel de contrôle parlementaire. La création en série de telles commissions finit par affaiblir leur portée en diluant leur impact, en accaparant nos agendas et en rendant difficile l’exercice normal de notre mandat de législateur. Le travail parlementaire perd en clarté ce qu’il gagne en apparence de réactivité.

Nous voulons, en outre, rappeler avec force ce que doit être et ne pas être une commission d’enquête parlementaire. Elle a vocation à faire la lumière sur des dysfonctionnements et à permettre au Parlement de jouer pleinement son rôle de contrôle de l’exécutif. Toutefois, il ne s’agit pas d’une juridiction parallèle : elle ne saurait donc devenir un instrument de règlement de comptes politique, ni se substituer à l’autorité judiciaire. La jurisprudence constitutionnelle et les principes qui fondent la séparation des pouvoirs imposent de ne pas interférer dans des procédures judiciaires en cours. Nous serons particulièrement attentifs au respect strict de cette ligne rouge.

Enfin, nous appelons à une conduite rigoureuse, méthodique et impartiale des travaux qui pourraient être menés dans ce cadre. Si cette commission voit le jour, elle devra s’en tenir à des faits objectivés, à des auditions utiles et à une méthodologie sérieuse. Elle devra préserver la neutralité que notre mandat nous impose.

Nous devons être clairs : si l’objectif affiché est la transparence sur certains réseaux d’influence ou de financement liés à l’islamisme radical, nous n’avons rien à y redire. Mais si cette démarche devait glisser vers une logique de règlement de comptes politique, alors notre vigilance s’imposera.

En conclusion, nous approuverons le principe de la création de cette commission d’enquête dans le cadre du droit de tirage reconnu au groupe DR, mais nous appelons à la responsabilité dans l’usage de nos outils parlementaires, dans le respect des principes de l’État de droit et dans la conduite des travaux à venir.

M. Xavier Albertini (HOR). La proposition de résolution déposée par le groupe Droite républicaine est conforme aux critères fixés par l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, ainsi qu’au règlement de l’Assemblée nationale. La commission d’enquête envisagée vise en effet à recueillir des éléments d’information sur des faits déterminés et aucune poursuite judiciaire n’est en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition.

Celle-ci s’inscrit par ailleurs dans le cadre du droit de tirage annuel du groupe Droite républicaine. J’ai entendu divers arguments juridiques anticipant ab initio les conclusions de la commission. On ne peut faire de procès d’intention à personne : tous les éminents parlementaires – nul n’est un second couteau ici – doivent pouvoir compter sur la neutralité de la commission, indispensable pour qu’elle puisse mener sa mission à terme.

Le groupe Horizons°&°indépendants prend donc acte du choix du groupe DR de recourir à son droit de tirage et votera en faveur de la recevabilité de la proposition de résolution.

M. Paul Molac (LIOT). Si j’en crois les conclusions qui se trouvent dans le projet de rapport qui nous a été transmis, plusieurs points soulèvent des problèmes, notamment l’imprécision du périmètre des travaux, l’obsession des auteurs de la proposition de résolution vis-à-vis d’un parti politique – cité au moins sept fois – et l’incompatibilité des travaux de la commission proposée avec des procédures judiciaires en cours.

L’exposé des motifs donne plus l’impression d’une cabale politicienne que de réels travaux sur l’entrisme islamiste dans la société française. Cela me rappelle certaines périodes de l’histoire – le maccarthysme ou la Révolution culturelle – où l’objectif était de faire taire les gens.

Je regrette que vous n’ayez pas axé votre résolution sur l’entrisme islamiste dans la société française. Cela resterait un peu limité – on ne pourrait pas évoquer les soupçons de financement de la campagne électorale d’un ancien président de la République, prédécesseur de M. Wauquiez à la tête de l’UMP, par un sombre dictateur terroriste salafiste, car une information judiciaire est en cours –, mais cela nous permettrait de mettre au jour la manière dont ce même président de la République a ouvert les portes de notre pays à l’entrisme islamiste en favorisant l’émergence sur la scène internationale du Qatar, qui, je le rappelle, est l’un des principaux pays finançant le terrorisme islamiste.

Je proposerais bien à M. le rapporteur de se mettre au vert à Saint-Pierre-et-Miquelon, où Stéphane Lenormand se fera un plaisir de l’accueillir : il y retrouvera peut-être son sens de la mesure.

M. le président Florent Boudié. Pour l’instant, nous avons une rapporteure – je crois que vous anticipez sur la possible nomination d’un rapporteur de la commission d’enquête.

Mme Elsa Faucillon (GDR). Je n’avais pas prévu d’intervenir, seulement de voter contre la recevabilité de la proposition de résolution. Je veux toutefois rappeler que, lorsque la commission des lois avait examiné la proposition de création d’une commission d’enquête déposée par Danielle Simonnet concernant les Uber Files et les liens entre Emmanuel Macron et l’installation d’Uber en France, le groupe majoritaire de l’époque, Renaissance, avait trouvé beaucoup d’arguments en faveur de l’irrecevabilité : à défaut de courage, il avait fait preuve d’une forte mobilisation pour protéger le président de la République.

Aujourd’hui, alors qu’il s’agit de protéger la cohésion nationale, les éléments pourtant probants en faveur de l’irrecevabilité qui viennent d’être présentés ne convainquent pas les mêmes de trouver le courage de voter contre la création de cette commission d’enquête.

Mme Brigitte Barèges (UDR). Je n’avais pas non plus prévu de prendre la parole, mais je suis éclairée par les précédents orateurs. Il nous est simplement demandé d’examiner la recevabilité d’une proposition de résolution déposée en application du droit de tirage du groupe DR et à laquelle nous ne devrions pas a priori nous opposer.

Le sujet me paraît important. Je comprends qu’il puisse inquiéter ; toutefois, on peut espérer d’une commission d’enquête qu’elle se montre objective, sans parti pris mais aussi sans tabou. Nous devons ouvrir les yeux sur un danger mis au jour tout récemment dans un rapport sur l’entrisme des Frères musulmans. Celui-ci est suffisamment inquiétant pour que le gouvernement – mais pas seulement lui – s’en préoccupe. Cela justifie d’autant plus la création de la commission d’enquête : il convient de dévoiler les liens existant entre les Frères musulmans et des mouvements politiques, ainsi que, surtout, l’organisation de leurs réseaux et de l’action terroriste, dont on voit tous les jours les méfaits – nous avons encore eu l’occasion de le constater, hélas, dans le cadre des récentes émeutes.

Il ne faut jamais avoir peur de la vérité, même si elle dérange. Il faut lever les tabous et faire cesser le déni pour mieux combattre ce danger, qui est réel. Il faut en finir avec l’angélisme : la République est en danger, comme l’a très bien dit M. Jeanbrun, qui connaît le danger du terrorisme islamiste pour l’avoir vécu de très près dans sa commune.

Parce que chaque groupe a le droit, dans le cadre de son droit de tirage, de choisir ses sujets, parce que le thème retenu me paraît d’actualité, parce que nous avons besoin d’être éclairés pour protéger notre république, nous ne nous opposerons pas à la création de la commission d’enquête.

Mme Léa Balage El Mariky, rapporteure. Monsieur Jeanbrun, si vous aviez voulu faire une commission d’enquête sur l’islam politique ou sur l’ingérence étrangère dans les partis politiques, vous auriez pu réunir les conditions de recevabilité. Or aucun de ces deux sujets n’a été retenu par votre président, M. Wauquiez, qui a déposé une proposition de résolution dont les contours sont flous et empiètent sur des procédures judiciaires en cours. C’est la raison pour laquelle j’ai considéré que la création de cette commission d’enquête n’était pas recevable.

Monsieur Huyghe, vous vous êtes contredit dans l’exposé de la position de votre groupe. Vous indiquez que les critères sont satisfaits, mais vous tempérez votre affirmation en soulignant l’insuffisance du périmètre de la commission concernant les organisations de l’islam politique visées et l’empiétement possible avec des procédures en cours.

Ensuite, le droit de tirage n’est pas absolu : il dépend de trois conditions. En 2020, le groupe La République en marche s’était opposé avec force et vigueur à une proposition de création d’une commission d’enquête du groupe socialiste sur la question des retraites en faisant valoir que les groupes n’avaient pas de droit de tirage absolu.

Il n’y a de ma part aucun procès d’intention : les intentions sont clairement affichées dans l’exposé des motifs de la proposition de résolution de M. Wauquiez.

J’en appelle à votre responsabilité : il ne s’agit pas d’espérer que le périmètre d’une commission d’enquête sera bien respecté, ni que les rapporteurs de la future commission d’enquête voudront bien respecter la séparation des pouvoirs ou l’État de droit, dont le président du parti politique concerné dit qu’il n’est pas intangible.

M. le président Florent Boudié. Le vote sur la recevabilité de la proposition de résolution a recueilli vingt-trois voix pour et vingt-trois voix contre. L’égalité équivaut à un rejet.

La commission ne considère pas que les conditions requises pour la création de la commission d’enquête sont réunies.

   Lettre du garde des Sceaux

([1])  Le relevé de conclusion de cette réunion de la Conférence des Présidents est consultable en suivant ce lien : https://www2.assemblee-nationale.fr/17/la-conference-des-presidents/releve-de-conclusions/reunion-du-mardi-13-mai-2025.

([2]) MM. Olivier Carré et Michel Seurat, Les Frères musulmans : Égypte, Syrie (1928-1982), 1983, cité par M. Hakim El Karoui, « La Fabrique de l’islamisme », rapport à l’Institut Montaigne, septembre 2018.

([3]) M. Hakim El Karoui, « La Fabrique de l’islamisme », rapport à l’Institut Montaigne, septembre 2018.  

([4])  « Frères musulmans et islamisme politique en France », rapport au ministre de l’intérieur, publié le 21 mai 2025.

([5]) Ce recensement est disponible sur la page suivante : https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/autres-commissions/commissions-enquete.

([6])  Conformément à l’article 70, alinéa 3, du Règlement de l’Assemblée nationale.

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

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