Lire le texte

Les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs

Rapport 05/03/2025 N° 1030 RAPPANR5L17B1030
Exposé des motifs

et à la différence de la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok ([2]), la commission d’enquête dont la création est demandée s’attachera exclusivement à l’étude des effets psychologiques du réseau social sur les mineurs. Conformément à la condition de recevabilité posée par l’

Article 137

Article 137

#

Les propositions de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sont déposées sur le bureau de l’Assemblée. Elles doivent déterminer avec précision soit les faits qui donnent lieu à enquête, soit les services ou entreprises publics dont la commission doit examiner la gestion. Elles sont examinées et discutées dans les conditions fixées par le présent Règlement.

Article 138

Article 138

#

1. Est irrecevable toute proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête ayant le même objet qu’une mission effectuée dans les conditions prévues à l’article 145-1 ou qu’une commission d’enquête antérieure, avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux de l’une ou de l’autre.

2. L’irrecevabilité est déclarée par le Président de l’Assemblée. En cas de doute, le Président statue après avis du Bureau de l’Assemblée.

Article 139

Article 139

#

1. Le dépôt d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête est notifié par le Président de l’Assemblée au garde des sceaux, ministre de la justice.

2. Si le garde des sceaux fait connaître que des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition, celle-ci ne peut être mise en discussion. Si la discussion est déjà commencée, elle est immédiatement interrompue.

3. Lorsqu’une information judiciaire est ouverte après la création de la commission, le Président de l’Assemblée, saisi par le garde des sceaux, en informe le président de la commission. Celle‑ci met immédiatement fin à ses travaux.

Source : Règlement de l’Assemblée nationale.

● En premier lieu, en application de l’article 137 du Règlement, une commission d’enquête peut être créée « pour recueillir des éléments d’information soit sur des faits déterminés, soit sur la gestion des services publics ou des entreprises nationales, en vue de soumettre leurs conclusions à l’assemblée qui les a créées ».

En l’espèce, la commission d’enquête se donne pour objet d’étudier les faits précis permettant d’établir un lien entre le réseau social TikTok et les répercussions psychologiques pour les utilisateurs mineurs.

Comme l’indique l’exposé des motifs et à la différence de la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok ([2]), la commission d’enquête dont la création est demandée s’attachera exclusivement à l’étude des effets psychologiques du réseau social sur les mineurs. Conformément à la condition de recevabilité posée par l’article 137 du Règlement, la commission d’enquête dont la création est proposée vise donc bien à « recueillir des éléments d’information sur des faits déterminés » c’est-à-dire l’incidence du réseau social TikTok sur l’altération de la santé psychique des utilisateurs mineurs.

En effet, plusieurs travaux récents accréditent l’hypothèse d’un lien précis et déterminé entre l’utilisation du réseau social TikTok et les répercussions psychologiques pour les utilisateurs, notamment les mineurs.

En particulier, la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok ([3]) qui est citée dans l’exposé des motifs de la proposition de résolution, a documenté dès 2023 trois catégories de risques psychologiques résultant du fonctionnement même de l’application : la captation de l’attention poussée à l’extrême, la mise en avant de contenus dangereux ou hyper sexualisés et l’insuffisante prise en compte des risques pour la santé publique.

Les faits étudiés par cette commission d’enquête concernent les biais de fonctionnement du réseau social TikTok ayant des répercussions sur le psychisme, singulièrement celui des mineurs. Les trois risques identifiés par la commission d’enquête sénatoriale précitée invitent à penser que le réseau social TikTok recèle des dysfonctionnements singuliers, qui pourraient s’avérer particulièrement nocifs pour les jeunes utilisateurs.

Selon ce rapport, la captation de l’attention poussée à l’extrême et la mise en exergue de contenus dangereux ou hyper sexualisés constatés sur TikTok sont liés au fonctionnement même de l’algorithme, conçu pour proposer à un rythme très rapide de courtes vidéos ce qui permet de cerner très rapidement les intérêts des utilisateurs et de capter leur attention avec une additivité débattue au sein de la communauté scientifique. Ce réseau social se singularise également par une insuffisante prise en compte de l’impact de son utilisation sur la santé publique. Ce biais résulte notamment de l’échec patent des mesures de protection à l’égard des plus jeunes : qu’il s’agisse des alertes relatives au temps excessif passé sur l’application, du contrôle parental ou encore du contrôle d’âge qui ne parviennent pas à garantir l’effectivité de l’interdiction de l’application aux mineurs de moins de 13 ans puisque 45 % des mineurs de 11 à 12 ans sont inscrits sur TikTok.

Compte tenu de l’enjeu de santé publique que représente la santé mentale des plus jeunes, ainsi que des faits et questions précisément soulevés dans l’exposé des motifs de la présente proposition de résolution, il ne fait aucun doute que la première condition de recevabilité est pleinement satisfaite.

● Aux termes de l’article 138 du Règlement, il est interdit de créer une commission d’enquête qui aurait le même objet qu’une précédente commission d’enquête – ou mission d’information, lorsqu’elle s’est dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête – avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme des travaux.

Depuis le début de la XVIIe législature, aucune commission d’enquête n’a porté sur les effets psychologiques des réseaux sociaux, ni sur la santé mentale des mineurs. Deux commissions d’enquête en cours sont susceptibles d’aborder le thème de la santé mentale des mineurs mais uniquement de manière indirecte : l’une porte sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité ([4]), l’autre porte sur les dysfonctionnements des politiques publiques de protection de l’enfance : soit un lien très indirect dans les deux cas avec l’objet de la présente proposition de résolution ([5]).

Il est ainsi manifeste qu’il n’a pas été fait usage des pouvoirs d’une commission d’enquête au cours de la période récente pour explorer le champ visé par la présente proposition de résolution.

La circonstance qu’une commission d’enquête sénatoriale a été consacrée en 2023 à l’influence du réseau social TikTok, ne contrevient par ailleurs ni aux dispositions du Règlement de l’Assemblée nationale ni à celles de l’ordonnance du 17 novembre 1958. En effet, l’Assemblée nationale est souveraine dans le choix de ses travaux de contrôle.

Il ne fait guère de doute, au regard de ces éléments, que la condition de recevabilité posée par l’article 138 du Règlement est donc satisfaite.

● L’article 6 de l’ordonnance précitée de 1958 dispose en outre qu’il « ne peut être créé de commission d’enquête sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours ». Il s’agit là d’une exigence ferme, qui vise à garantir l’effectivité de la séparation des pouvoirs constitutionnels et à éviter tout empiètement du pouvoir politique sur le domaine judiciaire.

Pour en garantir l’application, l’article 139 du Règlement prévoit que « le dépôt d’une proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête est notifié par le Président de l’Assemblée au garde des sceaux, ministre de la justice », afin que ce dernier manifeste, le cas échéant, que « des poursuites judiciaires sont en cours sur les faits ayant motivé le dépôt de la proposition ». Dans cette hypothèse, la proposition de résolution ne peut être mise en discussion.

Interrogé par la Présidente de l’Assemblée nationale conformément au premier alinéa de l’article 139 précité, le garde des sceaux lui a fait savoir, dans un courrier en date du 12 février 2025, annexé au présent rapport, qu’il n’avait pas « connaissance de procédure en cours susceptible de recouvrir le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée ».

L’article 64 de la Constitution consacre le principe d’indépendance de l’autorité judiciaire, et la jurisprudence du Conseil constitutionnel rattache le respect des droits de la défense et en particulier le principe d’impartialité et d’indépendance des juridictions ([6]) à l’article 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789.

La commission d’enquête devra donc veiller, tout au long de ses travaux, à ne pas faire porter ses investigations sur des faits relevant de la compétence exclusive de l’autorité judiciaire. Il s’agit d’une précaution nécessaire au regard du caractère exorbitant des prérogatives reconnues aux commissions d’enquête parlementaires par l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 précitée :

« Toute personne dont une commission d’enquête a jugé l’audition utile est tenue de déférer à la convocation qui lui est délivrée, si besoin est, par un huissier ou un agent de la force publique, à la requête du président de la commission. À l’exception des mineurs de seize ans, elle est entendue sous serment. Elle est, en outre, tenue de déposer [...].

« La personne qui ne comparaît pas ou refuse de déposer ou de prêter serment devant une commission d’enquête est passible de deux ans d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Le refus de communiquer les documents visés au deuxième alinéa du II est passible des mêmes peines. Dans les cas visés aux deux précédents alinéas, le tribunal peut en outre prononcer l’interdiction, en tout ou partie, de l’exercice des droits civiques. »

Compte tenu de l’ensemble de ces remarques, et sous les réserves tenant aux actions judiciaires en cours et au respect de la séparation des pouvoirs, il résulte de l’analyse qui précède le caractère juridiquement recevable de la proposition de résolution.

II.   L’opportunitÉ de la crÉation de la commission d’enquÊte

● Si la santé mentale des jeunes s’impose aujourd’hui comme un enjeu de santé publique incontestable, et malgré un large consensus quant à l’influence délétère des réseaux sociaux sur le bien‑être psychique des jeunes gens, force est de constater que ces derniers sont de plus en plus exposés aux réseaux sociaux et que la souffrance psychique des mineurs et jeunes adultes connaît une nette aggravation depuis quelques années. Chez les 18-24 ans, la prévalence des épisodes dépressifs est passée de 11,7 % à 20,8 % entre 2017 et 2021, soit une hausse de 77 % en quatre ans ([7]). Les jeunes femmes sont spécialement touchées : les hospitalisations liées aux gestes auto-infligés (tentatives de suicide et auto‑agressions) chez les femmes âgées de 10 à 19 ans ont progressé de 133 % depuis 2020 et de 570 % depuis 2007 ([8]). Dans le même temps, la consommation de médicaments psychotropes chez les adolescents et les jeunes adultes a augmenté de façon inquiétante : en 2023, 936 000 jeunes de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un psychotrope. Cela correspond à 144 000 patients de plus qu’en 2019, soit une augmentation de 18 %, touchant elle aussi particulièrement les jeunes femmes ([9]).

● Dans ce contexte, le réseau social TikTok incarne un paradoxe mortifère singulier puisque ce réseau social celui-ci s’avère particulièrement addictif avec un temps moyen par utilisateur passé sur la plateforme de 95 minutes (soit quatre fois plus que Snapchat et trois fois plus que Twitter) ([10]) , tout en confrontant le public le plus vulnérable aux biais de fonctionnement les plus délétères des réseaux sociaux. En effet, ce paradoxe tient au fait que TikTok se distingue d’une part par une audience particulièrement juvénile, et d’autre part par la faiblesse remarquable de la modération des contenus et à l’inverse une amplification de l’exposition aux contenus violents, à caractère sexuel et relatifs à la souffrance psychique. En effet, la commission d’enquête sénatoriale précitée ([11]) a permis d’établir l’enjeu de santé publique que recouvre l’utilisation du réseau social TikTok par la jeunesse. Selon le rapport, 70 % des utilisateurs français ont moins de 24 ans, et près de la moitié de la classe d’âge 16-25 ans (40 %) sont des utilisateurs quotidiens. De plus, les enfants de 4 à 18 ans consacrent en moyenne quotidiennement 1 heure 47 à l’utilisation de TikTok. Ce dernier chiffre ne peut qu’interpeller dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants de moins de 13 ans.

● Les premières conclusions et recommandations de cette commission d’enquête sur l’influence de TikTok, bien qu’essentielles et structurantes pour améliorer la connaissance du phénomène et permettre des avancées en la matière, n’a pas abordé de manière spécifique les répercussions psychologiques de TikTok sur les mineurs. Il semble dès lors qu’une nouvelle commission d’enquête centrée sur ce sujet permettrait d’utiles approfondissements. De plus, ses conclusions rendues en 2023 présentent d’ores et déjà une relative ancienneté par rapport à la rapidité qui caractérise l’évolution des usages numériques – notamment au sein de la jeune génération – et du rythme effréné de développement des algorithmes.

● L’exposé des motifs mentionne plusieurs études formulant diverses hypothèses qui auront vocation à structurer les axes de travail de la commission d’enquête. Ainsi, cette commission, une fois constituée, s’emploiera à recueillir les informations nécessaires et actuelles permettant d’établir – le cas échéant – la réalité des risques associés à un usage de TikTok par les mineurs, ainsi que les moyens efficaces d’y remédier.

Parmi les hypothèses de travail, il s’agira notamment de déterminer :

– si l’application propose davantage de contenus dangereux aux individus vulnérables comme l’affirme une étude publiée en décembre 2022 par le Center for Countering Digital Hate ([12]). Ainsi, comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale seraient douze fois plus exposés à des vidéos traitant du suicide ;

– si l’application encourage le passage à l’acte suicidaire et l’automutilation, comme le dénonce un rapport de l’organisation non gouvernementale Amnesty International publié en novembre 2023 ([13]) ;

– si l’application amplifie la mise à disposition de contenus hyper sexualisés qui déstabiliseraient les utilisateurs les plus jeunes et favoriserait le développement de troubles tels la dysmorphophobie ([14]), ou encore les désordres alimentaires comme l’indique le rapport de la commission d’enquête sénatoriale publié en juillet 2023 sur l’influence du réseau social TikTok ([15]).

● Le dispositif de la présente proposition de résolution souligne qu’il s’agira en outre « de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes, dans la lignée de ceux proposés par la commission du Sénat » tout en soulignant la nécessité « de se concentrer sur les effets de TikTok sur la santé des enfants et adolescents ». À cette fin, la commission d’enquête aurait notamment vocation à :

– étudier les dispositifs de captation de l’attention utilisés par TikTok, ainsi que leurs effets psychologiques, en particulier sur les mineurs ;

– examiner les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ;

– proposer des mesures concrètes visant à protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus, de sécurité numérique et de modération des pratiques de la plateforme.

L’opportunité de la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs résulte donc à la fois de l’enjeu de santé publique que représente la place prépondérante de ce réseau social dans les usages numériques des jeunes dans un contexte de nette dégradation de la santé mentale des mineurs dont il est aujourd’hui communément admis qu’elle est pour partie liée à une forte exposition aux réseaux sociaux.

Cette commission d’enquête permettra d’utiles approfondissements et une actualisation de travaux déjà engagés ces dernières années, dans une approche à la fois transversale à l’ensemble des risques et centrée sur les effets psychologiques chez les utilisateurs mineurs.

L’opportunité de cette commission d’enquête est d’autant plus évidente qu’au-delà des constats qu’elle permettra d’opérer, le travail mené sera à même de faire émerger des solutions pratiques aux problèmes soulevés.

III.   Les MODIFICATIONS APPORTÉES PAR LA commission

La commission des affaires sociales a modifié l’alinéa 2 de l’article unique de la proposition de résolution en adoptant trois amendements de M. Arthur Delaporte et plusieurs de ses collègues du groupe Socialistes et apparentés :

● l’amendement AS18, qui ajoute la mention d’une évaluation quantitative, par la commission d’enquête, des dispositifs de captation de l’attention utilisés par TikTok ;

● l’amendement AS8, qui illustre les effets psychologiques étudiés par la commission d’enquête par l’ajout d’une référence aux « pensées » et aux « comportements suicidaires » ;

● l’amendement AS9, qui précise que les effets psychologiques étudiés comprennent notamment les répercussions sur les « relations sociales intrafamiliales et extrafamiliales ».

La commission a adopté la proposition de résolution ainsi modifiée.

—  1  —

   Travaux de la commission

Lors de sa seconde réunion du mercredi 5 mars 2025, la commission examine la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (n° 783) (Mme Laure Miller, rapporteure) ([16]).

Mme la rapporteure. « J’ai empêché mes enfants d’aller trop sur les réseaux sociaux avant qu’ils n’aient 14 ans ou 15 ans et j’essayais de suivre ce qu’ils faisaient. Et, je pense qu’il faut en faire plus dans ce domaine. On a été un peu naïfs sur l’impact de ces outils » a déclaré Bill Gates lors d’une interview sur France Inter le 3 février dernier. Malgré un large consensus quant à l’influence délétère des réseaux sociaux sur le bien-être psychique des jeunes gens, force est de constater que ces derniers sont de plus en plus exposés aux réseaux sociaux.

Actuellement, 35 % des jeunes âgés de 7 à 12 ans possèdent un smartphone. Ce taux atteint 89 % entre 13 et 19 ans. Les dernières études de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail et de Santé publique France font état d’un temps moyen d’écran quotidien en augmentation continue. Entre 2014 et 2016, il était estimé à 4 heures 11 par jour pour les mineurs. Une étude de l’association e‑Enfance, rendue publique fin 2023, montre que 86 % des jeunes âgés de 8 à 18 ans sont inscrits sur les réseaux sociaux. L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a signalé que 45 % des jeunes de 11 et 12 ans étaient inscrits sur l’application TikTok.

Dans le même temps, la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur de santé publique : sa dégradation fait figure d’inexorable fatalité. La très récente mission d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques, rapportée par Nicole Dubré‑Chirat et Sandrine Rousseau, a montré que la prévalence des épisodes dépressifs avait augmenté de 77 % entre 2017 et 2021 chez les 18-24 ans. Les jeunes femmes sont particulièrement touchées : les hospitalisations liées aux tentatives de suicide et aux automutilations ont progressé de 133 % depuis 2020 et de 570 % depuis 2007 chez les jeunes filles âgées de 10 à 19 ans. La consommation de médicaments psychotropes par les adolescents et les jeunes adultes a crû de près de 20 % entre 2019 et 2023 et près d’un million de jeunes âgés de 12 à 25 ans ont bénéficié du remboursement d’au moins un psychotrope en 2023.

Dans ce contexte, le réseau social TikTok incarne un paradoxe particulièrement morbide, puisqu’il confronte le public le plus vulnérable aux biais de fonctionnement les plus délétères. En effet, TikTok se distingue par une audience particulièrement juvénile, mais également par la faiblesse remarquable de la modération des contenus et, à l’inverse, par l’amplification de l’exposition aux contenus violents, à caractère sexuel et relatifs à la souffrance psychique.

Selon la commission d’enquête sénatoriale sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence, qui a mené ses travaux en 2023, 70 % des utilisateurs français ont moins de 24 ans, et près de la moitié des 16-25 ans sont des utilisateurs quotidiens. Dernier chiffre, les enfants âgés de 4 à 18 ans consacrent en moyenne 1 heure 47 par jour à l’utilisation de TikTok : cela ne peut qu’interpeller, dans la mesure où l’application est interdite en France aux enfants âgés de moins de 13 ans.

Je vais tâcher de vous convaincre que la proposition de résolution que je défends, tendant à la création d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs, est non seulement recevable, mais qu’elle est aussi opportune, sinon indispensable.

Selon l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 et les articles 137 à 139 du Règlement de l’Assemblée nationale, une commission d’enquête doit porter sur des faits précis ou sur la gestion d’un service public. On peut difficilement prétendre que ce n’est pas le cas ici, puisqu’il s’agit de se focaliser sur les liens existants entre le paramétrage et les usages d’un réseau social et les répercussions psychiques associées chez une catégorie spécifique d’utilisateurs : l’objet de la commission d’enquête est donc à la fois précis et circonscrit. Je détaille par ailleurs dans mon rapport les différentes hypothèses de travail que la commission d’enquête s’attachera à explorer.

En outre, une commission d’enquête ne doit pas porter sur des faits pour lesquels une procédure judiciaire est en cours. Or la société TikTok fait l’objet de poursuites judiciaires mettant en cause la responsabilité du réseau social dans la dégradation de la santé mentale de plusieurs adolescentes et le suicide de deux d’entre elles. Une action en responsabilité, encore pendante devant le tribunal judiciaire de Créteil, met en cause la société TikTok. Néanmoins, interrogé sur ce point par la Présidente de l’Assemblée nationale, conformément aux dispositions de l’article 139 du Règlement, le garde des sceaux a répondu, dans un courrier en date du 12 février dernier, qu’il n’avait pas « connaissance de procédure en cours susceptible de recouvrir le périmètre de la commission d’enquête parlementaire envisagée ». La commission devra toutefois veiller, tout au long de ses travaux, à ne pas faire porter ses investigations sur des faits relevant de la compétence exclusive de l’autorité judiciaire.

Enfin, une commission d’enquête ne doit pas porter sur un objet pour lequel les pouvoirs d’enquête reconnus aux parlementaires ont été mobilisés au cours des douze derniers mois. Depuis le début de la législature, aucune commission d’enquête n’a porté sur les effets psychologiques des réseaux sociaux, ni sur la santé mentale des mineurs. Deux commissions d’enquête en cours abordent la santé mentale des mineurs de manière indirecte : l’une porte sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité, et l’autre, que je connais bien pour avoir l’honneur de la présider, étudie les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance. Toutes deux présentent un lien très indirect avec l’objet de la présente proposition de résolution.

Maintenant que nous avons traité le sujet de la recevabilité, venons-en à la question de l’opportunité d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs.

La commission d’enquête sénatoriale sur l’influence de TikTok n’a pas abordé de manière spécifique les répercussions psychologiques de ce réseau social sur les mineurs. Par ailleurs, elle a rendu ses conclusions en 2023, date relativement lointaine compte tenu de la rapidité de développement des algorithmes et de l’essor de TikTok auprès des jeunes.

La commission d’enquête s’emploiera à confirmer, ou à infirmer, les hypothèses formulées par plusieurs études, lesquelles constitueront autant d’axes de travail.

Tout d’abord, l’application propose-t-elle davantage de contenus dangereux aux individus vulnérables, comme l’affirme une étude publiée en décembre 2022 ? Comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale seraient douze fois plus exposés à des vidéos traitant du suicide. L’application encourage-t-elle le passage à l’acte suicidaire et à l’automutilation, comme le dénonce un rapport d’Amnesty International de novembre 2023 ? L’application amplifie‑t‑elle la mise à disposition de contenus hypersexualisés, qui déstabiliseraient les utilisateurs les plus jeunes et favoriseraient le développement de troubles tels que la dysmorphophobie, à savoir le trouble mental qui affecte la perception de son propre corps et notamment de ses défauts, ou encore les désordres alimentaires, comme l’indique le rapport de la commission d’enquête sénatoriale ?

La présente proposition de résolution donne à la commission d’enquête l’objectif de proposer des dispositifs concrets et de grande envergure pour protéger nos jeunes. Elle aura vocation à étudier les outils de captation de l’attention utilisés par TikTok ainsi que leurs effets psychologiques, en particulier sur les mineurs ; elle examinera les risques liés à l’exposition des jeunes utilisateurs aux contenus dangereux et à l’addiction numérique sur la plateforme ; elle proposera des mesures concrètes visant à protéger les mineurs, notamment en matière de régulation des contenus, de sécurité numérique et de modération des pratiques de la plateforme.

Il me semble que ni la recevabilité ni l’opportunité de la proposition de résolution ne font débat, ce dont atteste le nombre relativement élevé d’amendements que vous avez déposés. Je vous appelle donc, mes chers collègues, à adopter cette proposition de résolution, aujourd’hui en commission et la semaine prochaine en séance publique, et à participer activement à ses travaux pour aborder, lors des auditions, l’ensemble des points qui vous intéressent.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

Mme Caroline Parmentier (RN). TikTok est un réseau social à part, du fait des ravages qu’il occasionne chez les jeunes et même les très jeunes. En effet, 45 % des enfants âgés de 11 et 12 ans utilisent TikTok, alors que son accès est interdit aux moins de 13 ans. Des enfants âgés de 4 à 18 ans y passent en moyenne 2 heures par jour. Les effets psychologiques de cette plateforme sur les jeunes constituent une menace pour la santé publique.

Grâce à son algorithme de recommandations très performant, TikTok parvient à maintenir des heures durant ses utilisateurs devant leur écran. Cette captation de l’attention, qui tourne à l’addiction, s’accompagne d’une mise en avant et d’un enfermement des utilisateurs dans des contenus dangereux ou hypersexualisés. En novembre 2024, sept familles du collectif Algos Victima ont déposé plainte contre TikTok devant la justice française pour provocation au suicide et propagande ou publicité des moyens de se donner la mort. Parmi les sept adolescentes victimes, deux ont mis fin à leurs jours : Charlize et Marie, qui étaient âgées de 15 ans.

Dans son documentaire sur l’emprise numérique, la réalisatrice Élisa Jadot, qui s’était inscrite sur TikTok avec un profil fictif, dénonce les tutoriels vidéo qui lui indiquaient comment se pendre dans sa chambre. La bulle de filtres de TikTok peut avoir des conséquences dramatiques : harcèlement, dépression, troubles du comportement alimentaire, automutilations et pensées suicidaires. Comparativement à des profils standards, les utilisateurs manifestant un intérêt pour les questions de santé mentale peuvent se voir proposer dans leur fil douze fois plus de vidéos traitant du suicide.

Le groupe Rassemblement National soutient la proposition de résolution et la création d’une commission d’enquête chargée de se concentrer sur les effets de TikTok sur la santé des enfants et des adolescents. TikTok ne fait pas seulement le bruit d’une bombe à retardement, il en est une.

M. Jean-François Rousset (EPR). Je remercie notre collègue Laure Miller de s’emparer d’un sujet essentiel pour la protection des jeunes confrontés à la violence, celui de l’impact des réseaux sociaux. La santé mentale, grande cause nationale de 2025, a connu, selon Santé publique France, une forte dégradation entre 2018 et 2022 chez les enfants âgés de 11 à 17 ans. Environ 15 % des collégiens et des lycéens présentent un risque élevé de dépression. Par ailleurs, 90 % des adolescents âgés de 12 à 17 ans déclarent posséder un téléphone mobile, selon l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse. Le temps moyen hebdomadaire passé sur internet par les 13-19 ans dépasse 15 heures.

Dans ce contexte, la création de cette commission d’enquête permettra d’évaluer précisément l’impact négatif du réseau social TikTok sur le développement de la santé mentale des plus jeunes, sachant que ces derniers y passent en moyenne 1 heure 47 par jour. Cette application, qui compte 22 millions d’utilisateurs en France, est souvent caractérisée par un manque d’encadrement, le mésusage des données et la désinformation. L’objectif sera d’identifier les risques liés à son utilisation et d’envisager des mesures de protection des jeunes.

Le groupe Ensemble pour la République soutiendra l’adoption de cette proposition de résolution.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Le constat des effets néfastes chez les mineurs de l’utilisation prolongée et prématurée des réseaux sociaux numériques, notamment de TikTok, fait consensus et je m’en réjouis.

70 % des utilisateurs de TikTok en France ont moins de 24 ans et 40 % des 16‑25 ans l’utilisent quotidiennement. Selon l’Arcom, TikTok est une plateforme qui façonne des habitus socialement différenciés mais propres à une classe d’âge. Comme l’ensemble des réseaux sociaux, elle présente des risques psycho-sociaux, pas simplement psychologiques. Les troubles de santé mentale chez les mineurs sont accentués par l’usage des plateformes numériques, par l’enfermement dans des bulles par le biais de filtres et de dark patterns.

Une commission enquêtant sur ces réalités est donc bienvenue, mais son périmètre nous paraît en l’occurrence insuffisant. Pourquoi se concentrer sur un seul réseau social, quand bien même il est très visible dans l’espace public ? Les reels sur Instagram et sur Facebook fonctionnent pourtant de la même manière et s’en inspirent d’ailleurs. On ne peut pas s’intéresser à l’usage des réseaux sociaux et à leurs conséquences sur la santé mentale des jeunes sans évoquer les Gafam‑X. L’entreprise chinoise a sa part de responsabilité, mais les entreprises américaines doivent également, à notre sens, entrer dans le champ de la commission d’enquête, d’autant plus lorsque le dirigeant de X, officieux numéro 2 de l’exécutif des États-Unis, promet de lever les contrôles et d’accélérer la captation des esprits et lorsque le dirigeant de Facebook fait part de son intention de suivre son exemple. Notre groupe défendra un amendement en ce sens.

Par ailleurs, il nous semble essentiel que le lien avec l’école soit également questionné. Alors que de nombreux pays ont entrepris une éducation à la sobriété numérique dès le plus jeune âge, la France développe de plus en plus l’utilisation du numérique à l’école, édulcorant les discours de prévention dans la promotion de l’éducation numérique.

Au-delà de leurs effets psycho-sociologiques, il faut envisager les réseaux sociaux dans leur globalité. Ce sera le sens de nos amendements.

M. Arthur Delaporte (SOC). « Popops les gars, ils sont devant, on est devant, Coco Pops ! » Vous ne rêvez pas, je viens de vous citer un extrait d’un live TikTok de Julien Tanti – 900 000 abonnés, 5 millions de « J’aime », et sans doute beaucoup, beaucoup de mineurs. À l’instant, Coco Pops et Popops viennent de donner chacun un lion, soit 500 euros, d’un claquement de doigts.

Après la promulgation de la loi visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux, nombre d’entre eux se sont reportés sur TikTok afin de diversifier leurs sources de revenus. Audrey Chippaux décrit parfaitement les mécanismes dans son ouvrage Derrière le filtre : les réseaux sociaux suscitent un sentiment d’appartenance à une communauté, une reconnaissance sociale, de l’adrénaline, mais surtout une escalade des engagements. Chaque don mène à un engagement toujours plus fort, et des mineurs aussi y mettent de l’argent.

Les dangers des plateformes sont évidemment protéiformes. Je suis, comme vous tous, très touché par ces histoires d’enfants qui ont pu attenter à leur vie en raison d’un algorithme pernicieux. Avec Stéphane Vojetta ,nous avons rencontré l’avocate Laure Boutron‑Marmion, qui a fondé le collectif Algos Victima que vous avez cité. Nous soutenons les familles qui en font partie et l’engagement de cette démarche va dans le bon sens.

Toutes les 2,6 minutes, une vidéo sur le suicide ; toutes les 8 minutes, des contenus sur la perte de poids, l’automutilation : cette application représente un danger pour les mineurs, mais pas seulement. C’est un sujet de santé publique, notamment lorsque des tiktokeurs vantent les effets miraculeux de graines pour lutter contre les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou certains produits aux vertus amincissantes qui présentent en réalité de graves dangers. C’est aussi un sujet de société lorsque la plateforme déverse des trends antiféministes – je pense à la mode Tradwife. C’est un sujet politique : les ingérences sont nombreuses, et pas seulement dans le cas de la Roumanie. C’est enfin un sujet fiscal, car ce qui est présenté sous la forme de cadeaux constitue bel et bien des revenus.

Bref, le champ est vaste et nous avons besoin d’une commission d’enquête pour garantir un environnement numérique plus sain.

M. Thibault Bazin (DR). Le groupe Droite Républicaine soutient la création de la commission d’enquête et votera la proposition de résolution. Toutefois, plusieurs procédures judiciaires étant en cours, cette commission devra s’abstenir de cibler ces affaires et se focaliser sur le fonctionnement de la plateforme et sur ses effets, notamment sur les mineurs.

Fabien Di Filippo et moi souhaitons évoquer certaines particularités de TikTok qui peuvent accentuer sa dangerosité, comme l’ont montré plusieurs études.

Tout d’abord, l’entonnoir algorithmique a des effets délétères du point de vue cognitif et social, tels que la sédentarité, les troubles du sommeil, les troubles de l’attention, l’anxiété. Il s’agit du réseau social sur lequel les internautes français passent le plus de temps – une heure et demie en moyenne par jour, d’après une étude Ipsos de mars 2023. Des psychologues pointent le caractère addictif de TikTok ; plus inquiétant encore, un rapport de décembre 2022 du Center for Countering Digital Hate révèle que l’algorithme recommanderait des contenus dangereux aux personnes vulnérables.

Deuxièmement, le système de vérification d’âge est défaillant : alors que TikTok est interdit aux moins de 13 ans, 45 % des 11-12 ans ont un compte.

Troisièmement, la régulation manque face aux contenus hypersexualisés et à la désinformation. Une étude de Global Witness avait ainsi révélé que 90 % des contenus de désinformation créés pour l’étude avaient été validés par TikTok.

Quatrièmement, des contenus dangereux tels que des défis risqués ou des incitations au suicide sont mis en avant. Alors que l’année 2025 est dédiée à la santé mentale, comme l’a voulu l’ancien premier ministre Michel Barnier, nous devons réagir face aux vidéos qui incitent à relever des défis particulièrement dangereux ou au fil « pour toi » qui s’ouvre par défaut lorsqu’on lance l’application, qui peuvent entraîner des jeunes dans des spirales de contenus qui idéalisent, voire encouragent les pensées dépressives, l’automutilation et le suicide.

Il y va de la santé de nos jeunes et de leur protection, qui doivent tous nous rassembler.

Mme Sandrine Rousseau (EcoS). Je salue la volonté de la rapporteure de créer une commission d’enquête sur l’impact psychologique de TikTok sur les mineurs.

Le rapport sur la prise en charge des urgences psychiatriques que j’ai rédigé avec Nicole Dubré-Chirat montre une situation d’urgence. Dans ce cadre, nous avons visité des hôpitaux, discuté avec des soignants, entendu les cris d’alerte des familles et trop souvent, les réseaux sociaux revenaient dans les discussions.

TikTok, Instagram, Snapchat, ces plateformes façonnent le rapport des jeunes à eux-mêmes et au monde, souvent avec une violence inouïe. Les chiffres de la souffrance psychique des jeunes explosent ; ceux des tentatives de suicide chez les adolescentes sont catastrophiques ; la consommation de psychotropes chez les jeunes grimpe en flèche. Ce ne sont pas des statistiques abstraites, ce sont des vies, sur lesquelles TikTok a une influence directe.

En effet, TikTok n’est pas un réseau social comme les autres. Son algorithme hyperpuissant capte l’attention des jeunes comme aucun autre : 1 heure 47 par jour en moyenne chez les 4-18 ans, ce chiffre est effrayant. On peut y scroller à l’infini, regarder des vidéos calibrées pour enchaîner dopamine et frustration, avec pour conséquence une capacité de concentration qui s’effondre, une mémoire qui se fragmente et un sommeil qui disparaît.

Mais surtout, TikTok valorise le culte de l’apparence et de la performance. Il impose des normes inatteignables, amplifie la comparaison sociale, distord l’image des corps. La pression est constante, l’anxiété explose, la dysmorphie et les troubles alimentaires se généralisent. Nous avons croisé beaucoup de jeunes victimes lors de notre tour de France.

TikTok, par un effet de bulle, renforce la vulnérabilité de certains jeunes. Des études ont montré que ceux qui manifestent un mal-être reçoivent douze fois plus de vidéos sur le suicide et l’automutilation que les autres. Cette plateforme, qui se targue de connecter les jeunes, pousse certains à la destruction et à l’autodestruction.

Et que dire de la haine en ligne ! Elle est omniprésente, elle détruit l’estime de soi, enferme dans la peur et l’isolement. Elle ne concerne pas que les jeunes – je suis bien placée pour le savoir – mais pour eux, elle survient au pire moment, celui où l’on construit son identité, où chaque mot peut peser comme une condamnation.

Mon groupe soutient la création de cette commission d’enquête et attend beaucoup de ses conclusions. Nous remercions la rapporteure pour son initiative.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux interventions des autres députés.

Mme Ségolène Amiot (LFI-NFP). Je remercie Mme la rapporteure d’avoir mis ce sujet hautement important sur la table et en profite pour pousser un coup de gueule.

Au cours des deux dernières années, nous avons eu au moins quatre occasions pour substituer à l’autorégulation des plateformes des normes fixées par l’État : dans la loi visant à garantir le respect du droit à l’image des enfants, la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique, la proposition de loi relative à la prévention de l’exposition excessive des enfants aux écrans ou encore la loi sur les influenceurs. Nous avons fait des propositions, par exemple, pour interdire l’inscription sur les réseaux sociaux au-dessous d’un certain âge, qui à chaque fois ont été rejetées. À chaque fois on entend les mêmes discours et mises en garde sur le pire du pire pour nos enfants, mais quand il s’agit de voter, il n’y a plus personne !

Il va falloir passer aux actes. Un rapport, c’est bien. Il nous apportera des chiffres, des informations dont manifestement nous disposons déjà largement. Mais qu’en fera-t-on ? Allons-nous enfin protéger nos enfants ?

Mme la rapporteure. Je remercie l’ensemble des groupes pour leur soutien à cette proposition de résolution. Je suis ravie que nous partagions le constat et manifestions la même inquiétude pour l’avenir de notre jeunesse.

J’entends parfaitement la volonté d’élargir le champ de la commission d’enquête, que traduisent aussi nombre d’amendements.

Vous avez raison, madame Amiot, les travaux d’une commission d’enquête peuvent aboutir à un rapport riche en informations mais qui manque de pistes concrètes pour changer véritablement la donne. Je pense que pour éviter cet écueil, l’objet de la commission d’enquête doit être très ciblé. Plus il sera circonscrit, plus nous pourrons apporter des réponses et faire passer un message simple.

La commission d’enquête a un double objectif. Le premier est de déterminer précisément l’impact de TikTok sur la santé de nos jeunes. Si vous interrogez les gens dans la rue, ils savent que c’est un réseau social mais ils ne savent pas ce qu’il y a derrière ni quels peuvent être ses effets sur les enfants ou des jeunes qui sont vulnérables. La commission doit être l’occasion d’émettre un message politique transpartisan très fort sur le sujet.

Ensuite, il est vrai que, si les discours enjoignant aux pouvoirs publics de réguler les réseaux sociaux pour protéger nos enfants abondent, force est de constater que non, nos enfants ne sont pas protégés. Je me suis amusée à me faire passer pour une mineure en utilisant une photo d’une jeune fille libre de droits, et j’ai pu créer mon compte sans aucune difficulté. Les moyens de modération et les contrôles que TikTok et d’autres réseaux sociaux affichent sont dans les faits très faciles à contourner.

Le second objectif de la commission est d’examiner les possibilités d’intervention très concrètes des pouvoirs publics, y compris du législateur, pour changer la donne et faire en sorte de protéger vraiment nos enfants.

Je conviens bien que d’autres réseaux sociaux posent problème. Si la commission d’enquête trouve les moyens de protéger notre jeunesse et d’interdire TikTok aux plus jeunes, nous pourrons d’ailleurs les répliquer pour d’autres réseaux sociaux. Mais pour être efficaces, nous ne devons pas nous disperser : le temps dont nous disposerons sera très court.

Article 4

Article unique

#

Amendement AS18 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Il s’agit d’ajouter aux missions de la commission d’enquête celle de quantifier le nombre d’utilisateurs, notamment par tranches d’âge. Dans une classe de CM1-CM2 que j’ai visitée, près de 40 % des élèves avaient un compte TikTok. Les chiffres font l’objet de débats, et l’on ne peut pas se fier à ceux de TikTok puisque nombre de jeunes font de fausses déclarations. C’est une question importante.

Mme la rapporteure. Disposer de données de quantification les plus nombreuses et les plus précises possible est effectivement important. Avis favorable.

La commission adopte l’amendement.

Amendement AS12 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Il s’agit d’élargir le champ de la commission d’enquête à l’ensemble des plateformes, mais la rapporteure a déjà répondu sur ce point.

Mme la rapporteure. En effet, je vous invite à retirer cet amendement. Je comprends parfaitement votre intention, mais le champ doit être le plus ciblé possible. En outre, TikTok est un réseau social très singulier, avec un algorithme sans équivalent qui enferme le mineur dans une espèce de bulle délétère. Enfin, les réponses que nous aurons apportées pourront, le cas échéant, être transposées aux autres réseaux sociaux.

L’amendement est retiré.

Amendement AS16 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Cet amendement vise à ajouter une réflexion sur les algorithmes de diffusion d’affrontement verbal de plusieurs utilisateurs, pouvant générer des gains financiers.

Mme la rapporteure. Demande de retrait, car ce sujet sera bien évidemment abordé. Il ne me semble pas utile d’alourdir l’objet de la commission.

L’amendement est retiré.

Amendement AS8 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Il est important de réfléchir, parmi les effets psychologiques de TikTok, aux pensées et comportements suicidaires.

Mme la rapporteure. Je suis favorable à cet amendement, dans la mesure où il permet d’expliciter l’impact psychologique sur les jeunes, sans être limitatif.

La commission adopte l’amendement.

Amendement AS9 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Il s’agit d’inclure dans le champ d’investigation les relations intrafamiliales et extrafamiliales. Les réseaux sociaux peuvent en effet avoir des effets désocialisants.

Mme la rapporteure. La formulation n’exclut pas l’étude des effets d’autre nature, donc avis favorable.

La commission adopte l’amendement.

Amendement AS1 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Cet amendement vise à étendre le périmètre de la commission d’enquête. En effet, certains mécanismes que vous avez évoqués tels que les algorithmes de renforcement sont communs à tous les réseaux sociaux. Nous pourrons ainsi établir des comparaisons entre les différentes plateformes et mieux comprendre leurs effets spécifiques, cette construction de bulles plus ou moins parallèles dans lesquelles les mineurs vont s’enfermer.

Si nous voulons faire œuvre utile, il faut vraiment élargir le spectre de l’enquête. Cela permettra de comprendre comment fonctionnent les mécanismes auxquels ont recours toutes les plateformes, notamment les dark patterns, ces mécanismes de trucage et de manipulation.

L’idée ne fait pas consensus mais soyons audacieux en nous ouvrant aux autres réseaux sociaux numériques qui partagent nombre de caractéristiques, vous l’avez dit.

Mme la rapporteure. Je m’engage à ce que nous examinions le sujet au cours des auditions. Mais en élargissant le périmètre, nous risquerions de perdre la boussole qui nous permettra de rendre la commission d’enquête la plus concrète et efficace possible.

Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS2 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Dans le même esprit, il s’agit d’élargir le périmètre à tous les réseaux sous contrôle des Gafam-X que les adolescents utilisent aussi, de manière peut-être moins massive. Il faudra d’ailleurs quantifier l’usage de ces réseaux, en particulier par classe d’âge.

Les autres réseaux ont recours aux mêmes mécanismes de captation de l’attention et de monétisation – les reels d’Instagram ont été évoqués. Ils produisent tous des effets psycho-sociaux et pas simplement psychologiques. Il serait intéressant d’étudier les interactions qu’ils génèrent et les communautés qu’ils créent. Ces réseaux sont aussi marqués par des stratégies de monopolisation de l’attention idéologique – on pense à X – à destination des jeunes générations.

Une étude comparée de tous les réseaux serait donc très utile.

Mme la rapporteure. Je rappelle que nous disposons d’un temps très limité – six mois, pas un jour de plus – et que la fin de nos travaux coïncidera avec l’été, au cours duquel l’Assemblée est moins active. Le temps étant précieux, il me semble inopportun de nous disperser.

Par ailleurs, les solutions que nous proposerons à l’issue de nos travaux pourront certainement être transposées aux autres réseaux sociaux. Enfin, il me semble nécessaire de nous focaliser sur TikTok car ce réseau est utilisé par un public particulièrement jeune.

Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS3 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il s’agit de souligner l’importance du rôle joué par l’éducation pour sensibiliser les enfants et les jeunes aux mécanismes mis en œuvre par les acteurs du numérique qui peuvent engendrer un risque d’addiction.

En 2021, 63 % des moins de 13 ans avaient un compte sur les réseaux sociaux. Puisque l’usage des réseaux sociaux est de plus en plus précoce, en dépit de son interdiction avant 13 ans, il est impératif d’investir davantage dans l’éducation au numérique et dans la prévention des risques que présentent les différentes plateformes, dont TikTok.

Le code de l’éducation prévoit la formation des élèves à l’utilisation responsable des outils et des ressources numériques. Or, en raison du manque de moyens alloués à l’éducation nationale pour cette mission, mais aussi de la suppression sans concertation de la technologie en sixième et du manque structurel de professeurs pour enseigner cette discipline – c’est l’improvisation permanente –, les élèves ne bénéficient pas d’un enseignement à la hauteur sur cette question cruciale.

Par ailleurs, le recours aux outils éducatifs numériques à l’école, qui a bondi depuis le covid, est de plus en plus précoce. L’amendement invite donc à s’interroger sur le rôle, qui peut paraître paradoxal, de l’école dans le développement des addictions au numérique.

Mme la rapporteure. Je souscris à votre objectif. Toutefois, la prévention et l’apprentissage des usages numériques, deux missions qui ne sont peut-être pas très bien assurées aujourd’hui dans notre pays, feront évidemment partie des sujets abordés lors des auditions – je m’y engage. D’autre part, la rédaction de votre amendement semble préjuger des conclusions de la commission en imposant dès maintenant de « souligner l’importance du rôle de l’école ».

Mon avis sera donc défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS4 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il s’agit d’inciter la commission à analyser l’influence psychologique et idéologique de l’ensemble des réseaux sociaux, en particulier de leurs dirigeants, sur les publics les plus jeunes.

Les algorithmes sont biaisés et les dirigeants ont tout loisir de favoriser la diffusion de contenus dangereux ou illégaux, qui peuvent affecter la santé mentale des mineurs, en mettant leur plateforme au service de leurs idées potentiellement nauséabondes.

Le collectif Lutte HSM que j’ai reçu dénonce des groupes masculinistes et racistes, qui s’en prennent à des femmes noires par le biais de communautés sur Twitter et s’adonnent au harcèlement en ligne sans que les signalements n’y changent grand-chose.

Le harcèlement en ligne raciste et sexiste fait des victimes : je pense à Ebony, Aya Nakamura, Léna Situations, Chloé Gervais, Elsa Bois ou encore Laulevy, qui se fait carrément harceler par l’entreprise Body Minute. Ces influenceuses touchent des publics parfois très jeunes, qui assistent à leur harcèlement en ligne, donc à la diffusion d’idées masculinistes et autres.

La commission d’enquête devrait s’intéresser à la responsabilité de chacun des propriétaires des plateformes dans la diffusion des contenus dangereux ou illégaux et proposer des solutions pour réduire leur influence.

Mme la rapporteure. Pourquoi se focaliser sur les seuls dirigeants de ces plateformes ? Des personnalités politiques ou des influenceurs ont aussi une responsabilité dans ce qu’ils peuvent diffuser sur les réseaux.

En outre, les conditions de recevabilité de la proposition de résolution imposent que la commission d’enquête n’empiète pas sur le pouvoir judiciaire. Elle ne sera pas un tribunal où sera accusé tel ou tel dirigeant.

Pour le dire un peu familièrement, l’amendement tape à côté de notre cible, raison pour laquelle j’émets un avis défavorable.

M. Arthur Delaporte (SOC). Pour venir en soutien de cet amendement, si n’importe lequel d’entre nous ouvre X, l’un des quatre premiers tweets suggérés sera un tweet d’Elon Musk ; et il y a une chance sur deux pour qu’il s’agisse d’un tweet de harcèlement, raciste ou problématique. Dans le cas de cette plateforme, l’accaparement par son dirigeant est manifeste. Il est intéressant de pointer de telles logiques, même si elles n’entrent pas complètement dans le champ que vous envisagez pour la commission, car elles ont des effets sur les mineurs.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Pour comprendre ces effets, il faut s’intéresser à la source, à la matrice de ces phénomènes, de ces bulles. Il est dommage d’exclure du périmètre de la commission les mécanismes qui conduisent précisément aux phénomènes que vous entendez documenter.

Mme la rapporteure. Je suis sensible à vos arguments. Néanmoins, le fait de ne pas le mentionner dans le texte de la résolution ne nous empêchera pas d’étudier ce sujet dans le cadre de nos auditions. Nous le ferons évidemment, je m’y engage. Et lorsque nous auditionnerons les responsables de TikTok, vous aurez tout loisir de les interroger.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS29 de M. Thierry Perez

M. Thierry Perez (RN). TikTok est l’une des plateformes les plus prisées par les jeunes Français. En 2023, les enfants y ont passé en moyenne 112 minutes par jour, ce qui en fait l’application la plus utilisée. Un professeur me confiait même que ses élèves de quatrième étaient nombreux à y passer plus de 4 heures par jour. Cette popularité s’accompagne de risques accrus liés à l’exposition à des contenus inappropriés ou dangereux.

L’amendement propose que la commission d’enquête évalue l’efficacité des dispositifs de modération de TikTok ainsi que la qualité de sa collaboration avec l’État français, notamment en ce qui concerne le signalement et le retrait rapide des contenus dangereux. Cette démarche est essentielle pour assurer une protection renforcée de nos jeunes citoyens face aux dangers potentiels du numérique.

Mme la rapporteure. Je partage votre objectif. Nous examinerons évidemment ce sujet dans le cadre des auditions, sans qu’il soit besoin de le préciser. À multiplier les sujets, on risque de laisser croire que ceux qui n’auraient pas été mentionnés sont exclus de fait et de rendre incohérent l’objet de la commission. Le cadre doit rester assez général.

Demande de retrait, ou avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS30 de M. Thierry Perez

M. Thierry Perez (RN). En 2024, l’Italie a infligé une amende de 10 millions d’euros à TikTok pour avoir laissé prospérer des vidéos menaçant la sécurité des mineurs. Au Royaume-Uni, TikTok a été condamné à 12,7 millions de livres sterling d’amende pour des violations de la vie privée d’enfants. Le présent amendement vise à préciser que la commission d’enquête étudiera la responsabilité de TikTok dans la diffusion de contenus dangereux ainsi que la possibilité d’aggraver les sanctions en cas de manquement, surtout concernant de jeunes mineurs. L’objectif est d’inciter la plateforme à adopter des mesures plus strictes pour assurer la sécurité de ses utilisateurs les plus vulnérables.

Mme la rapporteure. Encore une fois, nous aborderons évidemment cette question, mais il ne faut pas alourdir le champ de la commission d’enquête. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement AS19 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Il s’agit de préciser qu’il faudra évaluer la politique de prévention menée par le ministère de l’éducation nationale sur les dangers des réseaux sociaux et les moyens qui lui sont affectés. Dans la loi sur les influenceurs par exemple, nous avions ajouté des dispositions au code de l’éducation, s’agissant en particulier de la lutte contre le harcèlement, mais leur application est difficile. Malgré les efforts consentis, par le réseau Canopé notamment, la formation des professeurs avance lentement.

Mme la rapporteure. La commission d’enquête examinera ces aspects mais, pour les mêmes raisons que précédemment, avis défavorable.

L’amendement est retiré.

Amendements AS7, AS24, AS10, AS26 et AS21 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Les amendements AS7 et AS24 concernent également le harcèlement scolaire et extrascolaire : cela entre donc dans le champ des travaux de la commission. L’amendement AS10 tend à évaluer l’incidence de TikTok sur la santé physique, l’AS26 concerne les conduites addictives, l’AS21 les pratiques sectaires. Si cela entre dans le périmètre de la commission, je les retire.

Mme la rapporteure. Je vous confirme que nous en parlerons et je vous invite à les retirer.

Les amendements sont retirés.

Amendement AS14 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). Cet amendement vise à évaluer les effets de TikTok sur le champ politique, notamment sur les élections en France. Ils sont massifs : en Roumanie, le candidat à l’élection présidentielle Calin Georgescu atteint 45 % d’intentions de vote dans les sondages contre 5 % il y a quelques mois. Dans un rapport récent, Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, montre les logiques à l’œuvre : l’ingérence peut s’effectuer par le biais des algorithmes, par celui du recrutement de certains influenceurs, mais aussi en ciblant les mineurs pour atteindre les comportements électoraux de leurs parents.

Mme la rapporteure. Avis défavorable.

Nous évoquerons sans doute l’influence de Tiktok sur les opérations électorales, mais le cœur du sujet reste la santé des mineurs – et ces derniers n’ont pas le droit de vote.

M. Arthur Delaporte (SOC). La commission ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur ce sujet, qui est loin d’être anecdotique. De plus, les mineurs sont des citoyens en formation ; ceux qui ont 16 ou 17 ans seront bientôt des électeurs.

La commission rejette l’amendement.

Amendements AS15, AS17 et AS13 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). L’amendement AS15 précise que la commission devra « examiner la conformité au droit fiscal et social français de TikTok, notamment sa juste contribution à l’impôt ». Les problèmes de fiscalité sont réels, qu’il s’agisse d’évitement de l’impôt ou de fiscalisation des revenus des influenceurs, déclarés en dollars. L’argent non perçu pourrait d’ailleurs financer la prévention. L’intérêt d’une commission d’enquête est aussi de rendre accessibles des documents qui normalement ne le sont pas.

L’amendement AS17 ajoute que la commission sera chargée de « qualifier le régime social et fiscal des revenus générés par les créateurs de contenus ». Certaines sommes présentées comme des cadeaux sont en effet des rémunérations. J’ajoute que cela servirait les travaux que je mène avec Stéphane Vojetta pour élaborer la deuxième proposition de loi « influenceurs » : en raison des déports d’Instagram vers TikTok par exemple, les influenceurs vivent de plus en plus de dons ; certains tendent à rendre leur communauté dépendante, provoquant même des dérives sectaires.

L’amendement AS13 concerne lui aussi les revenus.

Mme la rapporteure. Le problème est réel mais on s’écarte de l’objet de la commission d’enquête. Le rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’utilisation de TikTok évoque largement l’orientation et la stratégie du groupe, et vous pouvez approfondir le sujet avec M. Vojetta.

Avis défavorable.

M. Arthur Delaporte (SOC). Les mineurs sont vulnérables, et on les rend dépendants : le contrôle et la fiscalisation des sommes concernées sont donc loin d’être secondaires. De plus, la commission d’enquête dispose de pouvoirs que M. Vojetta et moi‑même n’avons pas.

Les amendements sont retirés.

Amendement AS20 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). On trouve sur TikTok des produits et des services interdits, notamment parce qu’ils nuisent à la santé. La loi « influenceurs » proscrit par exemple la promotion des actes, procédés, techniques et méthodes à visée esthétique, mais malgré les signalements, la plateforme ne retire pas les contenus problématiques. Ses actions en la matière semblent insuffisantes. Cela affecte les mineurs, et la santé publique en général.

Mme la rapporteure. L’amendement est satisfait par la rédaction de l’alinéa 3, qui prévoit que la commission examinera l’exposition des jeunes aux contenus dangereux. Si nous commençons à détailler les contenus concernés, nous risquons d’en oublier.

Je vous suggère de retirer l’amendement.

L’amendement est retiré.

Amendements AS22 et AS25 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). L’amendement AS22 précise que la commission d’enquête évaluera les actions des pouvoirs publics contre les contenus problématiques.

L’amendement AS25 concerne le respect de la propriété intellectuelle. Les influenceurs que j’ai récemment auditionnés se plaignent que leurs vidéos sont découpées et publiées par morceaux, notamment sur TikTok, ce qui provoque des piratages. Or ils ne parviennent pas à obtenir de la plateforme qu’elle retire les contenus piratés.

Mme la rapporteure. Nous pourrons évoquer ces sujets mais le lien est trop indirect pour les mentionner dans le texte. Avis défavorable.

Les amendements sont retirés.

Amendement AS11 de M. Arthur Delaporte

M. Arthur Delaporte (SOC). L’amendement AS11 vise à identifier les raisons pour lesquelles la Commission européenne n’a pas sanctionné TikTok, qui enfreint largement le règlement DSA, relatif à un marché unique des services numériques.

Mme la rapporteure. La question est pertinente mais la commission d’enquête ne peut interférer dans une procédure européenne en cours sans prendre le risque de nuire à la fois à la procédure et à la crédibilité de ses propres travaux. Nous nous intéresserons au rôle de la Commission et à l’organisation de son travail, mais il ne serait pas opportun de l’inscrire dans le texte.

M. Arthur Delaporte (SOC). Je comprends l’argument et je retire l’amendement.

J’ajoute que je retire également l’amendement AS23, qui visait à modifier le titre pour correspondre à l’élargissement du champ de la commission : il est désormais sans objet.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article unique modifié.

L’ensemble de la proposition de résolution est ainsi adopté.

*

*     *

En conséquence, la commission des affaires sociales demande à l’Assemblée nationale d’adopter la proposition de résolution dans le texte figurant dans le document annexé au présent rapport.

Texte adopté par la commission : https://assnat.fr/U2vC28

   annexe

([1]) Ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires.

([2]) Rapport fait par M. Claude Malhuret au nom de la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence, n° 831 (2022‑2023), tome I, déposé le 4 juillet 2023.

([3]) Idem.

([4]) Commission d’enquête – en cours –sur les violences commises dans les secteurs du cinéma, de l’audiovisuel, du spectacle vivant, de la mode et de la publicité, Mme Sandrine Rousseau (présidente), M. Erwan Balanant (rapporteur).

([5]) Commission d’enquête – en cours – sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, Mme Laure Miller (présidente), Mme Isabelle Santiago (rapporteure).

([6]) Décision n° 2006-545 DC du 28 décembre 2006, Loi pour le développement de la participation et de l’actionnariat salarié et portant diverses dispositions d’ordre économique et social.

([7]) Rapport d’information n° 714 fait au nom de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale par Mme Nicole Dubré-Chirat et Mme Sandrine Rousseau sur la prise en charge des urgences psychiatriques, déposé le 11 décembre 2024.

([8]) Idem.

([9]) Idem.

([10]) Nearly One-Third of TikTok’s Installed Base Uses the App Every Day, Sensor Tower, Stéphanie Chan, juillet 2022.

([11]) Rapport précité fait au nom de la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence.

([12]) Deadly by design, TikTok pushes harmful content promoting eating disorders and self‑harm into users’ feed, Center for Countering Digital Hate, 15 décembre 2022.

([13]) Poussé.e.s vers les Ténèbres, Comment le fil « Pour toi » de TikTok encourage l’automutilation et les idées suicidaires, Amnesty International, 7 novembre 2023.

([14]) La dysmorphophobie est définie par le dictionnaire Larousse comme une « préoccupation exagérée manifestée par quelqu’un au sujet de l’aspect disgracieux de tout ou partie de son corps, que cette crainte ait un fondement objectif ou non ». La dysmorphophobie est référencée comme trouble mental et du comportement dans la classification internationale des maladies (CIM-10).

([15]) Rapport précité fait au nom de la commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok, son exploitation des données, sa stratégie d’influence.

([16]) 

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

Voir le glossaire complet