Article 1
Article unique
Amendement AC3 de M. Rodrigo Arenas
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Une proposition de résolution européenne vise à indiquer la position de la France sur un sujet ; il est donc bon d’y clarifier certains éléments. De la même manière, les votes exprimés par le Parlement français sur l’accord avec le Mercosur permettent d’éclairer la position de notre pays. Aussi me semble-t-il opportun de préciser, dans la présente PPRE, qu’un forum citoyen et transpartisan s’est tenu l’an dernier à l’Assemblée nationale, avec la participation d’experts. Ses travaux ont abouti à la rédaction d’un rapport.
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. Le visa que vous souhaitez insérer n’a pas de caractère européen : il s’agit donc plutôt d’un appel adressé au gouvernement français. Sans aller jusqu’à demander le retrait de cet amendement, je m’en remets à la sagesse de la commission.
Mme Isabelle Rauch, rapporteure. Nous comprenons parfaitement le sens de votre amendement, mais nous préférerions que vous le retiriez. Il est possible d’ajouter ce visa, mais nous craignons qu’il ne vienne déséquilibrer le texte, dont la portée est strictement européenne.
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). J’entends vos arguments, et je m’attends à les voir resurgir au cours des débats. Néanmoins, je ne retirerai pas mon amendement, par souci de préserver notre relation intime avec les citoyens, auxquels nous devons tout. Les conventions citoyennes voulues par le président de la République ont d’ailleurs fortement influencé plusieurs textes proposés au Parlement européen. Mesdames les rapporteures, je vous fais confiance pour aménager le texte avec bienveillance, de sorte à le rendre compatible avec le cadre européen.
M. Philippe Fait (EPR). Nous voterons en faveur de cet amendement et des suivants, même si certains soulèvent des questions en raison de la complexité de leur application.
La commission adopte l’amendement.
Amendement AC1 de M. Arnaud Saint-Martin
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous voulons souligner le rôle majeur de l’éducation en ajoutant un considérant à ce sujet. L’usage du numérique se développe de plus en plus tôt chez les enfants ; aussi les acteurs du numérique et des réseaux sociaux adaptent-ils leurs plateformes pour capter, cannibaliser, vampiriser et même monétiser l’attention des enfants. Face à cela, l’éducation nationale et ses homologues européennes ont un véritable rôle à jouer en matière d’information, de prévention de ces risques et de traitement des conséquences qu’ils emportent. L’éducation et la socialisation au numérique doivent donc se faire le plus tôt possible et être prises en charge par ces institutions, auxquelles il faut évidemment donner les moyens de lutter contre les addictions numériques précoces.
Mme Isabelle Rauch, rapporteure. Comme certains l’avaient anticipé, nous donnons un avis défavorable à cet amendement, dont nous approuvons pourtant les objectifs, car nous devons rester dans le cadre européen.
La commission adopte l’amendement.
Amendement AC2 de M. Arnaud Saint-Martin
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il s’agit de financer prioritairement les recherches publiques indépendantes et intègres dans la lutte contre les addictions numériques. Le projet de loi de finances pour 2025 et les annulations de crédits qui l’ont précédé ont entériné des années de diminution du budget de la recherche publique, alors que les recherches privées se multiplient et que les budgets alloués aux start-up et aux cabinets de conseil sont en constante augmentation. Disséminés par appels d’offres, ces budgets rognent sur la recherche publique et universitaire, qui devrait être mobilisée pour mieux connaître ces addictions et lutter contre leurs effets. La pertinence et l’efficacité des recherches publiques en neurosciences et en sciences sociales afin de constater et d’objectiver ces tendances ne sont plus à démontrer. Il est néanmoins nécessaire de les financer réellement et de les faciliter pour développer les travaux sur les usages et la socialisation numérique. Cette question de santé publique nécessite un investissement fléché et programmé, qui peut passer par des organismes européens tels que le Conseil européen de la recherche.
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. Même si je partage vos préoccupations, je vous mets en garde contre les effets d’un tel amendement excluant la recherche privée. Cette dernière est très présente dans certains pays, et l’on ne peut pas imposer une recherche publique. Je vous propose donc de retirer votre amendement et de le retravailler dans la perspective du dépôt d’une proposition de loi transpartisane.
M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il s’agit de prioriser la recherche publique, pas d’exclure les recherches privées. C’est une question d’équilibre.
Mme Isabelle Rauch, rapporteure. Votre rédaction n’est pas totalement conforme à cette intention, que nous avons bien comprise.
M. Jérémie Patrier-Leitus (HOR). Les acteurs privés ne sont pas forcément les grandes entreprises et les grands capitalistes que la gauche imagine ; ils peuvent être petits et construits sur des modèles associatifs ou mutualistes. La majorité des think tanks européens sont d’ailleurs des associations privées. Même si votre amendement ne les exclut pas, l’exposé sommaire peut laisser penser qu’ils ne pourraient pas prendre part à ces recherches. Le groupe Horizons & indépendants votera contre cet amendement.
La commission rejette l’amendement.
Amendement AC4 de M. Rodrigo Arenas
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Il vise à prendre en compte l’usage des écrans individuels dans les établissements scolaires de notre pays. Pour qu’il soit adapté à l’échelle européenne, nous n’avons pas fait référence au respect des programmes ni à la place de l’enseignant dans cet apport éducatif.
La liberté pédagogique est reconnue en France et dans d’autres pays européens. Aussi avons-nous préféré écrire que les dispositions s’appliquent sous l’autorité de l’enseignant : les outils numériques peuvent être utiles en fonction des programmes et des supports employés. Je pense évidemment aux supports collectifs et non pas individuels, mais il appartiendra au ministère de l’éducation nationale et au Conseil supérieur des programmes de le préciser. Dans un amendement à venir, nous préconiserons autre chose pour les enfants de moins de 3 ans.
Nous devons tirer les enseignements de l’expérience de certains pays d’Europe du Nord tels que le Danemark et la Suède, qui reviennent en arrière après avoir prôné le tout-numérique. Au Danemark, le ministre de l’éducation est même allé jusqu’à présenter ses excuses aux générations qui ont servi de cobayes numériques. La France doit être en phase, synchronisée à ces pays qui mènent ce combat pour les enfants.
Mme Béatrice Piron (HOR). Il faut certes limiter le temps que les enfants passent devant les écrans à la maison et à l’école, mais l’amendement me paraît très flou. Le tableau numérique interactif (TNI) est-il considéré comme un outil à proscrire ?
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). L’amendement fait référence à « des quotas journaliers », et j’ai précisé tout à l’heure qu’il n’était pas question d’interdire les outils numériques collectifs tels que le TNI. Nous précisons d’ailleurs que la limitation du temps numérique doit être « adaptée selon les classes d’âge », comme le préconise le ministère. Elle doit également être instituée dans le cadre de la liberté pédagogique, c’est-à-dire sous l’autorité des enseignants, en qui j’ai pleine confiance pour prendre soin des enfants dans ce domaine.
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. Une fois de plus, nous sommes d’accord sur le fond, mais nous ne discutons pas d’une proposition de loi française. Nous devons resituer le débat dans le cadre européen. Je vous invite donc à retirer votre amendement, qui aura toute sa place dans les débats sur la future proposition de loi transpartisane que nous appelons de nos vœux.
Mme Isabelle Rauch, rapporteure. Si nous adoptions votre amendement, nous affaiblirions la portée de cette PPRE, par laquelle nous demandons au Gouvernement d’agir dans le cadre européen. Hier encore, preuve de notre détermination à travailler sur une proposition de loi transpartisane, nous avons rencontré le ministre à ce propos.
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Les rapporteures font des remarques très pertinentes mais, contrairement à elles, je considère cette PPRE comme un moyen d’influer sur la manière dont le gouvernement va défendre ses positions au niveau européen. La représentation nationale ne va pas lui imposer une feuille de route ni lui faire des injonctions, mais elle peut orienter les discussions à venir. Il nous est déjà arrivé de border les interventions du pouvoir exécutif, notamment dans le cadre de la commission des affaires européennes.
Si la France montre qu’elle veut d’ores et déjà agir dans les écoles, cela peut encourager d’autres pays qui tergiversent mais prennent notre système scolaire en exemple, notamment en matière de lutte contre les addictions et le harcèlement scolaire à travers les réseaux sociaux. Aucune loi n’interdit l’usage des téléphones portables dans les écoles : les interdictions sont le fait des règlements intérieurs. J’avais d’ailleurs soutenu l’interdiction au collège, peu suivie dans la société.
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. Les mesures envisagées au niveau national peuvent relever de la loi, mais aussi du règlement, en application de l’article 37 de la Constitution. On ne peut pas intégrer de tels éléments dans le droit européen, comme vous le proposez dans cet amendement et les suivants, qui traitent du carnet de santé et de la formation des enseignants – autant de sujets qui relèvent du domaine réglementaire. Ces ajouts dans tous les sens ne seront pas pris au sérieux : ils ne feront qu’affaiblir le texte, qui n’est qu’une première étape.
La commission rejette l’amendement.
Amendement AC5 de M. Rodrigo Arenas
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Nous souhaitons préconiser au niveau européen l’insertion d’une charte parentale sur le numérique dans le carnet de santé. L’amendement est en partie satisfait, puisqu’une telle information figure déjà dans les carnets de santé en France, mais l’Assemblée nationale ne s’est jamais prononcée sur cette question. Elle aurait tout intérêt à le faire dans le cadre de cette PPRE, ce qui permettrait aussi d’adresser un signal à nos partenaires européens.
Au passage, je signale que tous ces amendements ont été déclarés recevables et que rien ne vous empêche, mesdames les rapporteures, de les sous-amender dans la perspective des débats dans l’hémicycle. Dans ce cas, je les retirerais volontiers en séance.
Mme Isabelle Rauch, rapporteure. Malgré toute notre conviction, nous peinons à vous convaincre que ces mesures d’ordre réglementaire n’ont pas leur place dans le présent texte, dont la visée est européenne, mais qu’elles pourraient être utilement débattues dans le cadre d’une future proposition de loi. J’avais d’ailleurs considéré que vous aviez déposé des amendements d’appel. Demande de retrait ou avis défavorable.
La commission rejette l’amendement.
Amendement AC6 de M. Rodrigo Arenas
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Il s’agit d’instaurer une obligation de formation des enseignants aux dangers du numérique. La France pourrait ainsi jouer un rôle de précurseur à l’échelle européenne. Ce souhait d’une formation obligatoire est d’ailleurs partagé par les parlements, acteurs de la société civile et membres de la communauté éducative de nombreux pays européens. Je ne vois pas en quoi une telle disposition affaiblirait le texte. Quoi qu’il en soit, je vous tends une nouvelle fois la main : faites une proposition sur l’obligation de formation à laquelle je pourrais me rallier, ce qui me permettrait de retirer mon amendement. Si nous ne formons pas ces personnels aux dangers du numérique, comment pourrons-nous leur demander d’avoir une action éducative visant à les prévenir ?
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. En tant que membre habituelle de la commission des lois, je rappelle qu’une telle disposition relève du domaine réglementaire et non du droit européen. Avis défavorable.
La commission rejette l’amendement.
Amendement AC7 de M. Rodrigo Arenas
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Il vise à interdire l’exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans, comme cela se pratique déjà dans certains pays non européens. M. Saint-Martin a rappelé qu’une telle disposition, absente de la PPRE, faisait l’unanimité chez les scientifiques et ceux qui s’intéressent aux questions de santé publique. Elle a aussi fait l’unanimité des membres de notre commission, à chaque fois que la question a été abordée. Enfin, elle est avant tout incitative, puisqu’aucune sanction n’est prévue. Il serait intéressant que vous la repreniez dans la PPRE, quitte à ce que vous remplaciez la mention du « Gouvernement de la République française » par celle de notre Parlement national.
Mme Marietta Karamanli, rapporteure. L’adoption de l’amendement AC3, qui se réfère au forum citoyen « Nos enfants et les écrans », est suffisante : elle permet d’ouvrir le champ à toutes les propositions formulées dans le rapport remis au président de la République. Demande de retrait.
M. Rodrigo Arenas (LFI-NFP). Les propositions de mes derniers amendements figurent aussi en partie – au moins au niveau de leur sens et de leur intention – dans les travaux du forum. Je maintiens toutefois mon amendement, quitte à ce qu’il soit rejeté, parce que je veux absolument que ce sujet soit discuté en séance.
La commission rejette l’amendement.
La commission adopte l’article unique modifié.
L’ensemble de la proposition de résolution européenne est ainsi adoptée.
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En conséquence, la commission des Affaires culturelles et de l’éducation demande à l’Assemblée nationale d’adopter la présente résolution dans le texte figurant dans le document annexé au présent rapport.
– Texte adopté par la commission : https://assnat.fr/CgqSD6
– Texte comparatif : https://assnat.fr/7ccZAR
ANNEXE :
Liste des personnes ENTENDUEs par les rapporteures
Table ronde :
– M. Sébastien Bohler, docteur en neurosciences et rédacteur en chef de la revue « Cerveau & Psycho »
– M. Mehdi Khamassi, directeur de recherche en sciences cognitives au CNRS, chercheur à l’institut des systèmes intelligents et de robotique de Sorbonne Université, co-auteur de Pour une nouvelle culture de l’attention. Que faire de ces réseaux sociaux qui nous épuisent ?, paru chez Odile Jacob en 2024
– M. Stéphane Amato, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Toulon, chercheur au laboratoire IMSIC, psychologue
([1]) Article 2 du règlement (UE) 2022/1925 relatif aux marchés contestables et équitables dans le secteur numérique (règlement sur les marchés numériques).
([2]) Cette résolution a été adoptée par le Parlement européen en séance plénière le 12 décembre 2023. https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2023-0459_FR.html
([3]) Voir la condamnation du cigarettier Philip Morris par la justice américaine en 2009 : https://www.revmed.ch/revue-medicale-suisse/2009/revue-medicale-suisse-203/philip-morris-condamne-a-dedommager-la-veuve-d-un-fumeur
([4]) Voir la publication de 2013 du Collège des enseignants de pneumologie, consacrée à l’addiction au tabac : https://cep.splf.fr/wp-content/uploads/2015/01/item_73_ex_item_45_tabac.pdf
([5]) Il s’agit du Social Media addiction reduction technology Act (Smart Act), déposé au Sénat américain le 30 juillet 2019.
([6]) Voir notamment son ouvrage paru en 2019 : Left to their own devices : how digital natives are reshaping the American dream.
([7]) Voir le communiqué de presse des attorneys general Rob Bonta et Letitia James : https://oag.ca.gov/news/press-releases/attorney-general-bonta-attorney-general-james-lead-coalition-suing-tiktok
([8]) Du 9 juillet au 22 juillet 2021, Ipsos a mené une série de 2 012 entretiens avec des parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans et une série de 600 entretiens avec des enfants âgés de 7 à 17 ans.
([9]) Règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques et modifiant la directive 2000/31/CE (règlement sur les services numériques).
([10]) https://www.aph.gov.au/Parliamentary_Business/Committees/Senate/Environment_and_Communications/SocialMediaMinimumAge
([11]) Règlement (UE) 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, et abrogeant la directive 95/46/CE (règlement général sur la protection des données).
([12]) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/0530/CION-CEDU/AC3
([13]) https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/amendements/0530/CION-CEDU/AC1
([14]) Article L. 312-9 du code de l’éducation.
([15]) https://assnat.fr/h3FvwM