Mesdames, Messieurs,
Le 18 mars dernier, le gouvernement israélien a unilatéralement rompu le cessez‑le‑feu entré en vigueur le 15 janvier dans la bande de Gaza. Ce cessez‑le‑feu, première trêve depuis la guerre totale lancée contre Gaza suite à l’attaque terroriste du 7 octobre, a permis la libération de dizaines d’otages détenus par le Hamas, la libération de milliers de prisonniers politiques palestiniens et l’entrée de l’aide humanitaire. En relançant depuis mars les bombardements meurtriers dans l’enclave palestinienne, et en organisant le blocus de l’aide humanitaire, le gouvernement Israélien reprend avec une intensité inédite la guerre génocidaire qu’il mène à Gaza depuis plus d’un an. Par là même, il compromet la libération des otages détenus par le Hamas et des prisonniers politiques palestiniens.
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU w(OCHA) ([1]), plus de 52 928 Palestiniens ont été tués à Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 14 mai 2025, dont au moins 15 613 enfants ([2]), et plus de 119 846 ont été blessés. Ces chiffres incluent les 2 799 Gazaouis tués et les 7 805 blessés depuis le 18 mars, chiffres sous‑évalués car depuis le 14 mai 2025 des centaines de Palestiniens ont été tués par Tsahal ([3]). Par ailleurs, en janvier 2025, la revue médicale britannique The Lancet démontrait qu’il s’agissait de chiffres largement sous‑estimés. L’étude en question indiquait qu’au 30 juin 2024, le nombre de personnes tuées à Gaza se situait déjà entre 55 298 et 78 525 ([4]).
La situation humanitaire que connaissent les 2,4 millions de Gazaouis est catastrophique. L’armée israélienne bloque délibérément depuis le 2 mars l’accès à l’aide humanitaire, indispensable à la survie des habitants. Les pénuries de biens de première nécessité se généralisent depuis plusieurs semaines et des organisations comme le Programme alimentaire mondial (PAM), l’un des principaux fournisseurs de nourriture dans la bande de Gaza, annoncent tour à tour avoir épuisé leurs stocks d’aide humanitaire dans le territoire palestinien ([5]).
Selon les différentes agences de l’ONU et ONG menant l’analyse du risque de famine à travers le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (rapport IPC), 93 % de la population de Gaza, soit 1,95 million de personnes, sont confrontées au stade trois de l’échelle ou au‑delà. Parmi ces personnes, 1 million sont en situation d’urgence (stade quatre) et un demi‑million sont en situation de catastrophe (stade 5 sur 5), où la faim et la malnutrition entraînent un risque mortel.
Le système de production alimentaire gazaoui a été délibérément détruit. Avant octobre 2023, celui‑ci était autosuffisant avec 40 % de terres arables. Or au moins 75 % des terres agricoles sont aujourd’hui détruites. Par ailleurs, selon l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation (FAO), 97 % des bovins et 99 % des poules pondeuses et poulets ont péri ([6]).
L’usage de la faim comme arme de guerre par le gouvernement d’extrême droite israélien s’inscrit dans un plan plus large d’annexion de Gaza et de transfert forcé des populations. Lundi 5 mai, Benyamin Netanyahou a annoncé une nouvelle campagne militaire prévoyant la « conquête de la bande de Gaza », nécessitant le déplacement interne de la plupart des habitants du territoire. Le cabinet de sécurité du Premier ministre israélien a ainsi voté à l’unanimité un plan pour la conquête du territoire, prévoyant d’étendre l’offensive militaire et de déplacer la population gazaouie vers le Sud. David Spencer, porte‑parole du gouvernement israélien, a ensuite déclaré que ce dernier voulait continuer « d’explorer le plan Trump », ayant pour objectif de déplacer les Gazaouis vers l’Egypte et la Jordanie pour que les États‑Unis puissent faire du territoire palestinien une « Riviera du Moyen‑Orient ». Depuis, les autorités israéliennes ont créé une administration spéciale chargée d’organiser le départ des Palestiniens de la bande de Gaza ([7]), officialisant ainsi un nettoyage ethnique de la Palestine, qui ne cesse de s’intensifier depuis octobre 2023. Le 13 mai, le premier ministre Benyamin Netanyahu a déclaré : « il n’y a aucune situation où nous arrêterons la guerre », et renouvelé la demande faite à d’autres pays de recevoir la population gazaouie expulsée de son territoire, en contradiction des droits humains et du droit international.
La multiplication des violations des droits humains à Gaza par l’armée israélienne, des crimes de guerres et contre l’humanité, de déclarations et d’actes, a conduit la Cour internationale de justice à évoquer dès janvier 2024 un risque plausible de génocide à Gaza ([8]). La continuation de cette politique par le gouvernement israélien a amené plusieurs ONG comme Amnesty international ([9]), Humans Rights Watch, Médecins sans frontières ([10]) et un Comité spécial des Nations Unies ([11]), à affirmer qu’un génocide a bien lieu à Gaza. En parallèle, la Cour Pénale Internationale (CPI) a émis plusieurs mandats d’arrêt contre des dirigeants israéliens, dont le premier ministre.
Pourtant la France et l’Union européenne n’ont toujours pas le courage de dénoncer pour ce qu’elles sont les atrocités commises à Gaza, et encore moins de prendre des mesures contraignant le gouvernement israélien à y mettre fin, confortant le sentiment d’impunité de ce dernier.
Par ailleurs, le gouvernement israélien a profité de la guerre à Gaza pour étendre sa colonisation illégale de la Cisjordanie et compromettre de plus en plus l’établissement d’un État palestinien viable. Selon l’OCHA, entre le 7 octobre 2023 et le 2 mai 2025, 926 Palestiniens - dont au moins 196 enfants – ont été tués en Cisjordanie occupée et Jérusalem‑Est. Parmi eux, 120 Palestiniens, dont au moins 17 enfants, ont été tués depuis le début de l’année 2025 ([12]).
Face à ces atrocités, plusieurs acteurs affirmant jusqu’ici leur soutien « inconditionnel » à Israël ont émis des « préoccupations » concernant le nouveau plan israélien, à l’instar de l’Union européenne qui a exhorté « Israël à faire preuve de la plus grande retenue » ([13]). Jean‑Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a estimé le 6 mai que l’attitude d’Israël était inacceptable et il a condamné de façon « très ferme » le plan israélien ([14]). Mais c’est du côté des Pays‑Bas qu’une réponse concrète aux agissements israéliens a été formulée. En effet, le gouvernement néerlandais a demandé à la Commission européenne de réviser l’accord d’association entre l’Union européenne et l’État israélien, en demandant à ce que soit analysé le respect de l’
Article unique
L’Assemblée nationale,
Vu l’article 88‑4 de la Constitution,
Vu l’article 151‑5 du Règlement de l’Assemblée nationale,
Vu la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789,
Vu les articles 2 et 21 du Traité sur l’Union européenne,
Vu la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948,
Vu la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1948,
Vu les Conventions de Genève du 12 août 1949 et leurs Protocoles additionnels de 1977 et 2005,
Vu le Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet 1998,
Vu l’accord d’association L. 147 entre les États membres de l’Union européenne et l’État d’Israël signé en 1995 puis entré en vigueur le 21 juin 2000,
Vu les articles 2 et 82 de l’accord d’association L. 147 entre les États membres de l’Union européenne et l’État d’Israël,
Vu l’article 82 de l’accord d’association L. 147 entre les États membres de l’Union européenne et l’État d’Israël,
Vu l’article 60 de la Convention de Vienne sur le droit des traités de 1969,
Vu les résolutions 252, 446, 452, 465, 904 et 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exigent l’arrêt des pratiques israéliennes visant à établir des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens et autres territoires arabes occupés depuis 1967, qui disposent que celles‑ci violent le droit international, et qui appellent Israël à prévenir les actes de violence perpétrés par les colons israéliens sur les populations palestiniennes,
Vu la résolution n° 439 de l’Assemblée nationale portant sur la reconnaissance de l’État de Palestine du 2 décembre 2014,
Vu la résolution n° 32 du Sénat sur la reconnaissance de l’État de Palestine, adoptée le 11 décembre 2014,
Vu la résolution n° 2014/2964 du Parlement européen du 17 décembre 2014 sur la reconnaissance de l’État palestinien,
Vu l’ordonnance n° 192 du 26 janvier 2024 de la Cour internationale de justice sur l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël),
Vu l’avis rendu le 19 juillet 2024 par la Cour internationale de justice, saisie par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2022, déclarant que l’occupation israélienne ne peut plus être qualifiée de temporaire mais équivaut à une mesure d’annexion et rappelant qu’Israël n’a aucun droit à une quelconque souveraineté sur le territoire palestinien occupé,
Considérant les 17 trains de sanctions adoptés par l’Union européenne depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 ;
Considérant la crise humanitaire et la famine qui s’installe à Gaza du fait du blocus humanitaire israélien imposé depuis le 2 mars 2025 ;
Considérant le dernier bilan du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’Organisation des Nations unies, faisant état de plus de 52 928 Palestiniens tués et 119 846 blessés entre le 7 octobre 2023 et le 14 mai 2025 ;
Considérant le rapport publié le 2 novembre 2024 par le Comité spécial des Nations unies chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes, affirmant que la guerre menée par Israël à Gaza présente des éléments caractéristiques d’un génocide, au vu du très grand nombre de victimes civiles et des conditions d’existence mortifères imposées intentionnellement aux Palestiniens ;
Considérant le rapport publié le 5 décembre 2024 par l’ONG Amnesty International, dont les conclusions démontrent que les autorités israéliennes commettent un crime de génocide contre la population palestinienne de Gaza ;
Considérant les déclarations du 19 décembre 2024 des ONG Human Rights Watch et Médecins sans frontières affirmant que les actions d’Israël dans la bande de Gaza constituent des actes génocidaires à l’encontre du peuple palestinien ;
Considérant la lettre adressée à la Commission européenne par le ministre néerlandais des Affaires étrangères Caspar Veldkamp, dans laquelle il réclame une révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, conformément à son article 2 ;
Considérant les déclarations de M. Jean‑Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, jugeant « légitime » la demande du gouvernement néerlandais réclamant une révision de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, conformément à son article 2 ;
Considérant la possible remise en cause de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël évoquée par le président de la République Emmanuel Macron, lors de son entretien sur TF1 le 13 mai 2025 ;
Invite le gouvernement de la République française, ainsi que les États membres de l’Union européenne, à appliquer les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale à l’encontre de Benyamin Netanyahou, ainsi que son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, conformément à leurs obligations internationales liées au Statut de Rome ;
Invite le gouvernement de la République française, ainsi que les États membres de l’Union européenne, à décréter sans délai un embargo sur les armes exportées en Israël, y compris les biens à double usage ;
Invite le gouvernement de la République française à demander à la Commission européenne une dénonciation de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, conformément à ses articles 2 et 82 ;
Invite le gouvernement de la République française à demander à la Commission européenne d’imposer des sanctions financières, économiques et de toute autre nature pertinente à l’encontre d’Israël ;
Invite le gouvernement de la République française à demander à la Commission européenne de mettre en œuvre des sanctions à l’encontre de dirigeants israéliens de premier plan, commençant par le Premier ministre Benyamin Netanyahou.
([1]) file:///C:/Users/fonta/Downloads/Humanitarian%20Situation%20Update%20%23288%20_%20Gaza%20Strip%20_%20United%20Nations%20Office%20for%20the%20Coordination%20of%20Humanitarian%20Affairs%20-%20Occupied%20Palestinian%20Territory%20(1).pdf
([2]) file:///C:/Users/fonta/Downloads/unrwa_gaza_sitrep_170_7_may_2025_eng%20(1).pdf
([3]) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/18/l-armee-israelienne-annonce-de-vastes-operations-terrestres-a-gaza-ou-ont-eu-lieu-des-raids-meurtriers_6606931_3210.html
([4]) https://www.tf1info.fr/international/guerre-israel-hamas-le-nombre-de-morts-a-gaza-sous-estime-de-40-pourcent-selon-etude-the-lancet-2344138.html
([5]) https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-intensifie-son-offensive-avec-un-plan-de-conquete-de-gaza-2163454
([6]) https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/12/dans-la-bande-de-gaza-un-cran-de-plus-vers-une-famine-generalisee_6605532_3210.html
([7]) https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-intensifie-son-offensive-avec-un-plan-de-conquete-de-gaza-2163454
([8]) https://www.monde-diplomatique.fr/2024/02/ROBERT/66549
([9]) https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-genocide-palestiniens-gaza-commis-par-etat-israel
([10]) https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20241219-hrw-et-msf-ajoutent-leurs-voix-aux-accusations-de-g%C3%A9nocide-%C3%A0-gaza
([11]) https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2024/11/un-special-committee-finds-israels-warfare-methods-gaza-consistent-genocide
([12]) file:///C:/Users/fonta/Downloads/unrwa_gaza_sitrep_170_7_may_2025_eng%20(1).pdf
([13]) https://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/israel-intensifie-son-offensive-avec-un-plan-de-conquete-de-gaza-2163454
[14] https://www.franceinfo.fr/monde/proche-orient/israel-palestine/guerre-au-proche-orient-trois-questions-sur-le-plan-israelien-de-conquete-de-la-bande-de-gaza_7230570.html
([15]) https://www.leparisien.fr/international/israel/la-demande-de-revision-de-laccord-ue-israel-est-legitime-estime-le-chef-de-la-diplomatie-francaise-11-05-2025-IRDTEDMIX5BGXLMAKUYN32EWAA.php
([16]) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/05/14/sur-tf1-emmanuel-macron-juge-inacceptable-la-politique-de-benyamin-netanyahou-dans-la-bande-de-gaza_6605864_823448.html
([17]) https://www.lacimade.org/stop-a-laccord-dassociation-ue-israel/
([18]) https://elpais.com/internacional/2024-05-07/bruselas-deja-en-el-limbo-la-peticion-de-espana-e-irlanda-de-revisar-la-relacion-comercial-con-israel.html
([19]) https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/quelles-relations-l-union-europeenne-entretient-elle-avec-israel-et-la-palestine/#:~:text=La%20base%20l%C3%A9gale%20des%20relations,secteurs%2C%20notamment%20industriel%20et%20agricole
([20]) https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/05/14/sur-tf1-emmanuel-macron-juge-inacceptable-la-politique-de-benyamin-netanyahou-dans-la-bande-de-gaza_6605864_823448.html
([21]) https://www.mediapart.fr/journal/international/030924/opacite-sur-les-millions-d-euros-d-armes-francaises-livrees-israel
([22]) https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/israel-territoires-palestiniens/article/israel-cour-penale-internationale-27-11-24