Mesdames, Messieurs,
Depuis le 11 octobre 2023, Israël a directement causé la mort d’au moins 45 000 civils palestiniens dans la bande de Gaza et la disparition de dizaines de milliers d’autres. 70 % des victimes sont des femmes et des enfants. Selon la revue Lancet, les morts indirectes liées à la destruction de tous les services et au siège infligé aux gazaouis pourraient être 3 à 4 fois plus importantes encore ([1]). 90 % de la population gazaouie a été déplacée, et près de trois‑quarts des bâtiments ont été détruits ou endommagés. Dès février 2024, la Cour internationale de justice dénonçait le risque génocidaire ([2]) à Gaza où les Palestiniens sont enfermés, bombardés, déplacés, affamés et privés de soin.
Le cessez‑le‑feu signé entre Israël et le Hamas le 19 janvier 2025 n’est pas pour autant synonyme de paix. Alors que la trêve à Gaza était en place depuis trois jours, Israël a lancé une opération militaire « Mur de fer » dans le camp de réfugiés de Jénine, situé dans le nord de la Cisjordanie occupée ([3]). Cette opération a causé la mort de 10 personnes et en a blessé 35 autres, selon le dernier bilan du ministère de la Santé palestinien. L’armée israélienne aurait même rasé les routes menant au camp et à l’hôpital local, a procédé à de nombreuses arrestations, certaines concernant des enfants, et de nouvelles violences de colons israéliens contre des villages palestiniens en Cisjordanie ont été signalées, alors que M. Donald Trump a décidé la levée des sanctions les concernant ([4]). Plus que jamais, la situation rappelle la menace persistante d’une nouvelle « Gaza » en Cisjordanie. La rapporteure spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés a explicitement mis en garde contre le « génocide des palestiniens qui ne restera pas confiné à Gaza si on ne l’arrête pas » ([5]).
Les attaques menées le 7 octobre 2023 par plusieurs groupes armés palestiniens avec le Hamas sur le sol israélien constituent un acte terroriste qui a fait l’objet de condamnations fermes et a été qualifié de crime de guerre. Elles sont survenues dans un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem Est.
Une guerre qui dissimule l’intensification de la colonisation de la Cisjordanie
Le gouvernement de M. Benyamin Netanyahu a choisi de mener en représailles à ces attaques une offensive globale dont l’objectif affiché, « éradiquer le Hamas », a plongé la bande de Gaza dans une situation humanitaire catastrophique. Cette campagne destructrice contre Gaza s’est accompagnée d’une amplification de la politique coloniale menée par Israël en territoires palestiniens occupés, notamment en Cisjordanie.
Cette politique se déploie depuis des décennies en violation du droit international. Elle est à l’origine de graves tensions entre les populations israélienne et palestinienne et empêche la création d’un État palestinien viable et indépendant. M. Benyamin Netanyahou n’a d’ailleurs pas caché ses intentions en présentant à la télévision nationale le 2 septembre 2024 une carte d’Israël s’étendant de la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, réduisant presque à néant les territoires palestiniens.
Selon un rapport du Haut‑Commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, Volker Turk, publié en mars 2024 ([6]), les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés ont même connu une expansion record depuis octobre 2023, et constituent à elles seules un crime de guerre si l’on se réfère à la définition donnée par l’
Article unique
L’Assemblée nationale,
Vu l’article 34‑1 de la Constitution,
Vu l’article 136 du Règlement de l’Assemblée nationale,
Vu la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789,
Vu la Charte des Nations Unies de 1945, et tout particulièrement son préambule et ses chapitres I, V et XIV,
Vu la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948,
Vu la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948,
Vu la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale du 21 décembre 1965,
Vu la Convention internationale sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid du 30 novembre 1973,
Vu le Statut de Rome de la Cour pénale internationale du 17 juillet 1998,
Vu la quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949,
Vu le Traité sur le commerce des armes des Nations unies de 2013, en particulier son article 6,
Vu les résolutions 252, 446, 452, 465, 904 et 2334 du Conseil de sécurité des Nations unies qui exigent l’arrêt des pratiques israéliennes visant à établir des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens et autres territoires arabes occupés depuis 1967, qui disposent que celles‑ci violent le droit international, et qui appellent Israël à prévenir les actes de violence perpétrés par les colons israéliens sur les populations palestiniennes,
Vu la résolution 2728 du Conseil de sécurité des Nations unies du 25 mars 2024,
Vu la résolution de l’Assemblée nationale portant sur la reconnaissance de l’État de Palestine du 2 décembre 2014,
Vu la Résolution 2014/2964 du Parlement européen du 17 décembre 2014 sur la reconnaissance de l’État palestinien,
Vu la saisine de la Cour internationale de justice en décembre 2022 par l’Assemblée générale des Nations unies, qui a rendu son avis le 19 juillet 2024 déclarant que l’occupation israélienne ne peut plus être qualifiée de temporaire mais équivaut à une mesure d’annexion, et rappelant qu’Israël n’a aucun droit à une quelconque souveraineté sur le territoire palestinien occupé,
Considérant que le droit des Palestiniens à disposer d’eux‑mêmes est inaliénable ;
Considérant que la politique coloniale et d’apartheid imposée par Israël dans les territoires palestiniens occupés est une violation manifeste du droit international ;
Considérant que le droit international humanitaire proscrit les attaques délibérées contre des civils, constituant ainsi des crimes de guerre ;
Considérant que le peuple palestinien de Gaza est reconnu comme un groupe protégé en vertu de l’article II de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide ;
Considérant la position du Consul général de France à Jérusalem dénonçant la colonisation en territoires palestiniens ;
Rappelant également les mesures conservatoires prononcées par la Cour internationale de justice à l’encontre d’Israël dans la même ordonnance, notamment l’obligation de veiller à ce que son armée n’engage aucun acte constitutif de génocide, de prévenir et de punir l’incitation au génocide contre les Palestiniens de la bande de Gaza, et de permettre l’accès aux services de base et à l’aide humanitaire dans la région ;
Rappelant en outre le caractère contraignant des décisions de la Cour internationale de justice conformément à l’article 94 de la Charte des Nations unies et la responsabilité qui incombe à la France de les faire respecter en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies ;
1. Demande au gouvernement français de convoquer l’ambassadeur israélien en France pour connaître les objectifs recherchés par le gouvernement d’Israël dans son opération militaire en Cisjordanie et au Liban ;
2. Appelle le Gouvernement français à reconnaître sans délai l’État de Palestine, dans ses frontières de 1967, comme l’ont déjà fait 147 États sur les 193 qui composent l’Organisation des Nations unies ;
3. Demande au Gouvernement français de condamner publiquement, comme l’a fait le Consul général de France à Jérusalem, l’implantation de colonies israéliennes en Cisjordanie et la politique d’expropriation de terres du gouvernement israélien en territoires palestiniens occupés, et d’appeler au respect des résolutions des Nations unies qui exigent l’arrêt immédiat de nouvelles implantations ainsi que le démantèlement des colonies existantes ;
4. Demande au Gouvernement français de suspendre toute exportation d’armes et de matériel de guerre ainsi que la délivrance ou le renouvellement de licences d’exportation à destination d’Israël ;
5. Invite le Gouvernement français à décréter un embargo économique unilatéral envers Israël et défendre la suspension de l’accord d’association entre les Communautés européennes et leurs États membres et l’État d’Israël (JOCE 21 juin 2000, L. 147/3) ainsi que la suspension de toute importation de produit issu des colonies ;
6. Incite le Gouvernement à imposer des sanctions financières à l’État d’Israël et aux colons installés illégalement en Cisjordanie occupée ou dans le Golan syrien ;
7. Exhorte le Gouvernement à respecter ses obligations internationales en faisant appliquer tous les mandats d’arrêt émis par la Cour pénale internationale sans exception ;
8. Rappelle la nécessité d’une résolution diplomatique du conflit opposant Israël au Hamas sur la base du droit international et des résolutions de l’Organisation des Nations Unies, passant nécessairement par un respect strict et total de l’accord de cessez‑le‑feu qui a pris effet le 19 janvier 2025 de la part des deux parties, afin de garantir la sécurité et la coexistence pacifique de deux États israélien et palestinien ;
9. Appelle le Gouvernement français à défendre au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies l’envoi de troupes internationales mandatées pour défendre l’intégrité des frontières israélo‑palestiniennes et les populations palestiniennes.
([1]) THE LANCET, Counting the dead in Gaza : difficult but essential, 20 juillet 2024.
https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(24)01169-3/fulltext
([2]) Cour international de Justice, ordonnance du 26 janvier 2024.
https://www.icj-cij.org/fr/node/203447
([3]) Ouest France, 22 janvier 2025, L’opération militaire israélienne se poursuit à Jénine, 10 morts selon l’Autorité palestinienne
([4]) France Info, 21 janvier 2025 Donald Trump lève des sanctions à l'égard de colons israéliens de Cisjordanie, l'Autorité palestinienne s'insurge
([5]) Compte X de Francesca Albanese.
([6]) Nations Unies, Le Haut-Commissaire déplore les nouvelles mesures d’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, 8 mars 2024 https://www.ohchr.org/fr/press-releases/2024/03/un-human-rights-chief-deplores-new-moves-expand-israeli-settlements-occupied
([7]) Statut de Rome de la Cour Pénale internationale.
https://www.icc-cpi.int/sites/default/files/NR/rdonlyres/ADD16852-AEE9-4757-ABE7-9CDC7CF02886/283948/RomeStatuteFra1.pdf
([8]) Le Monde, Israël affirme avoir saisi 800 hectares de terres en Cisjordanie occupée, 22 mars 2024
https://www.lemonde.fr/international/article/2024/03/22/israel-affirme-avoir-saisi-800-hectares-de-terres-en-cisjordanie-occupee_6223564_3210.html
([9]) Avis budgétaire au nom de la commission des affaires étrangères sur le PLF 2025 “ACTION EXTÉRIEURE DE L’ÉTAT” https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_afetr/l17b0459-tii_rapport-avis#_Toc256000019
([10]) Compte X @FranceJerusalem
https://x.com/FranceJerusalem/status/1828025142422741275?t=Db5zCakTLIHyVLVu6hgEKg&s=19
([11]) Amnesty International, L’occupation israélienne : 50 ans de spoliations https://www.amnesty.org/fr/latest/campaigns/2017/06/israel-occupation-50-years-of-dispossession/
([12]) Le Figaro, Israël : «Il est temps» d'annexer des pans de la Cisjordanie, dit Nétanyahou, 17 mai 2020 https://www.lefigaro.fr/international/israel-il-est-temps-d-annexer-des-pans-de-la-cisjordanie-dit-netanyahou-20200517
([13]) Les Echos, Israël veut doubler sa population dans le Golan pour sécuriser la zone tampon avec la Syrie, 16 décembre 2024.
([14]) Le Monde, L’ONU demande à Israël de cesser immédiatement sa vaste opération militaire en Cisjordanie, 30 août 2024.
([15]) Cour Pénale Internationale, Situation dans l’État de Palestine : La Chambre préliminaire I de la CPI rejette les exceptions d’incompétence soulevées par l’État d’Israël et délivre des mandats d’arrêt à l’encontre de MM. Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, 21 novembre 2024.
([16]) RTBF, L’Union européenne craint de voir la Cisjordanie devenir "une nouvelle Gaza", 10 septembre 2024.
([17]) Le Monde, L’Espagne, l’Irlande et la Norvège décident de reconnaître ensemble la Palestine comme un Etat, 22 mai 2024
([18]) Arte, Les routes de l’annexion, 30/09/2021.
([19]) Mediapart, Opacité sur les millions d’euros d’armes françaises livrées à Israël, 3 septembre 2024.
[20] Ouest France, Mandat d’arrêt contre Netanyahou : la France « appliquera » ses obligations, affirme Michel Barnier, mardi 26 novembre 2024
https://www.ouest-france.fr/monde/israel/mandat-darret-contre-netanyahou-la-france-appliquera-ses-obligations-affirme-michel-barnier-816387f0-ac0f-11ef-9b54-3c56a96f72e2
[21] France Diplomatie, Israël - Cour pénale internationale, 27 novembre 2024
[(1)](1) Ce groupe est composé de : Mme Nadège ABOMANGOLI, M. Laurent ALEXANDRE, M. Gabriel AMARD, Mme Ségolène AMIOT, Mme Farida AMRANI, M. Rodrigo ARENAS, M. Raphaël ARNAULT, Mme Anaïs BELOUASSA-CHERIFI, M. Ugo BERNALICIS, M. Christophe BEX, M. Carlos Martens BILONGO, M. Manuel BOMPARD, M. Idir BOUMERTIT, M. Louis BOYARD, M. Pierre-Yves CADALEN, M. Aymeric CARON, M. Sylvain CARRIÈRE, Mme Gabrielle CATHALA, M. Bérenger CERNON, Mme Sophia CHIKIROU, M. Hadrien CLOUET, M. Éric COQUEREL, M. Jean-François COULOMME, M. Sébastien DELOGU, M. Aly DIOUARA, Mme Alma DUFOUR, Mme Karen ERODI, Mme Mathilde FELD, M. Emmanuel FERNANDES, Mme Sylvie FERRER, M. Perceval GAILLARD, Mme Clémence GUETTÉ, M. David GUIRAUD, Mme Zahia HAMDANE, Mme Mathilde HIGNET, M. Andy KERBRAT, M. Bastien LACHAUD, M. Abdelkader LAHMAR, M. Maxime LAISNEY, M. Arnaud LE GALL, M. Aurélien LE COQ, M. Antoine LÉAUMENT, Mme Élise LEBOUCHER, M. Jérôme LEGAVRE, Mme Sarah LEGRAIN, Mme Claire LEJEUNE, Mme Murielle LEPVRAUD, Mme Élisa MARTIN, M. Damien MAUDET, Mme Marianne MAXIMI, Mme Marie MESMEUR, Mme Manon MEUNIER, M. Jean-Philippe NILOR, Mme Sandrine NOSBÉ, Mme Danièle OBONO, Mme Nathalie OZIOL, Mme Mathilde PANOT, M. René PILATO, M. François PIQUEMAL, M. Thomas PORTES, M. Loïc PRUD’HOMME, M. Jean-Hugues RATENON, M. Arnaud SAINT-MARTIN, M. Aurélien SAINTOUL, Mme Ersilia SOUDAIS, Mme Anne STAMBACH-TERRENOIR, M. Aurélien TACHÉ, Mme Andrée TAURINYA, M. Matthias TAVEL, Mme Aurélie TROUVÉ, M. Paul VANNIER.