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Reconnaître le fleuve « Loire » et son bassin versant comme une entité naturelle juridique dotée de droits

Proposition de loi 23/06/2026 N° 2949 PIONANR5L17B2949
Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

Depuis une vingtaine d’années, une révolution juridique et philosophique bouscule notre vision du monde. De nombreuses rivières et fleuves à travers la planète sont reconnus comme personnes juridiques dotées de droits, par voie constitutionnelle, législative, ou par décision de justice. Une reconnaissance vouée à garantir une meilleure prise en compte par les communautés humaines, les agents économiques et les pouvoirs publics, des intérêts, besoins, valeurs et perspectives propres de ces écosystèmes.

Le tournant global et européen des « droits de la nature »

Cette révolution à bas bruit s’étend aujourd’hui à une vingtaine de pays : la rivière Atrato en Colombie gratifiée du statut de « sujet de droits » en 2016 par le juge constitutionnel, la rivière Whanganui en Nouvelle‑Zélande à qui le parlement a reconnu en 2017 le statut de « personne » dotée de droits, ou encore la rivière Magpie au Canada également reconnue comme personne juridique en 2021, une première pour le pays. Cette révolution est à l’œuvre sur notre continent aussi ; en Espagne, la loi de 2022 a fait de la lagune de Mar Menor et de son bassin-versant, le premier écosystème européen à accéder au statut de personne naturelle juridique. Polluée, entravée par les dysfonctionnements cumulés du tourisme, de l’agriculture intensive, et des industries minières, la loi votée par le parlement espagnol dote la lagune d’une personnalité juridique lui permettant de défendre ses droits à exister et évoluer pour se maintenir face aux pressions anthropiques et assurer sa protection réelle. En Allemagne, un jugement rendu par la Cour régionale d’Erfurt le 2 août 2024, a également créé un précédent juridique historique en reconnaissant la conformité des « droits de la nature » avec le droit allemand, s’appuyant par ailleurs sur la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, interprétée de manière à étendre la protection au‑delà des êtres humains pour inclure les « personnes écologiques ».

Cette dynamique est également perceptible sur le territoire français : en juin 2023, la province des Îles Loyauté en Nouvelle‑Calédonie avait adopté une réglementation sur le droit du vivant dans laquelle était inscrite la création d’une nouvelle catégorie de sujets de droit, les « entités naturelles juridiques ». Les requins et les tortues étaient les premières espèces vivantes à bénéficier de ce nouveau statut, avant que ces avancées ne soient annulées par une décision du Conseil d’État, établissant que les provinces de Nouvelle‑Calédonie n’ont pas compétence pour intervenir dans le domaine du droit civil pour établir une nouvelle catégorie de personnes juridiques. Il nous appartient donc de donner un nouveau souffle à la reconnaissance juridique des entités naturelles en droit français.

Actuellement, plus de la moitié des eaux des lacs, rivières et fleuves en Europe se trouve dans un état « très critique » selon les données agrégées par la Commission européenne pour l’année 2021. Cette conséquence est le résultat de multiples facteurs : concentration de polluants et débits en baisse, changement climatique, conversion et surexploitation des terres ; pourtant, de manière pragmatique, la bonne santé des écosystèmes aquatiques est vitale pour la pérennité d’une sécurité alimentaire et le maintien de la biodiversité. Le Programme des Nations unies pour l’environnement révélait en 2024 que 402 des 12 572 bassins fluviaux s’écoulant sur la planète avaient vu leur débit considérablement diminuer depuis une vingtaine d’années ; cette dégradation risquant de concourir à une intensification des conflits d’usage. Cette réalité invite à passer à un niveau supérieur de protection de ces écosystèmes. En effet, la préservation de leurs équilibres constitue un enjeu essentiel pour s’assurer que les générations futures pourront jouir de leurs droits fondamentaux dans des conditions équivalentes à celles que nous connaissons aujourd’hui. Le bien‑être des personnes humaines dépend du bien‑être des écosystèmes qui soutiennent la vie.

Partout, face aux préoccupations économiques, aux objectifs de compétitivité et de croissance, la santé des écosystèmes perd des arbitrages, au détriment de leurs équilibres biologiques et de leur capacité à se régénérer. Malgré un renforcement du droit de l’environnement ces trente dernières années en France, les atteintes aux écosystèmes et à la qualité de vie s’aggravent. Aujourd’hui sept limites planétaires sur neuf sont franchies ; ces seuils à l’échelle mondiale que l’humanité ne devrait pas dépasser si elle veut continuer à vivre dans des conditions favorables et préserver une Terre habitable - cycle de l’eau douce, changement d’usage des sols, intégrité de la biosphère, changement climatique, nouvelles pollutions chimiques, ou encore perturbations des cycles biogéochimiques. Ces dégradations menacent inconditionnellement les citoyens et les milieux de vie.

Face à l’aggravation des crises du vivant et la détérioration de la santé écologique des cours d’eau : l’urgence d’une protection accrue

La révolution juridique consistant à reconnaître des droits à la nature traduit cette urgence de protection accrue face à l’insuffisance et au non‑respect des règles environnementales existantes. La réalité des crises écologiques conduit à imaginer de nouveaux modèles, pour évoluer vers un système de réparation et de compensation des atteintes au monde vivant. C’est un véritable changement de paradigme qui s’opère, pour reconnaître l’agentivité propre des entités naturelles autres qu’humaines et les droits spécifiques de certaines espèces - animales, végétales, minérales - et de certains écosystèmes ou milieux de vie, dont les humains et une infinité de formes de vie dépendent pour leur existence. Cette révolution juridique invite à considérer les écosystèmes et les formes de vie autres qu’humaines, autrement que comme des ressources, marchés ou services. Il s’agit de leur reconnaître un droit propre à l’existence, à la santé et à l’intégrité physique et corporelle, pour rétablir avec les communautés humaines habitantes une cohabitation équilibrée et reconnaître les interrelations qui existent entre elles et la nature.

Tandis que les intérêts économiques et capitalistiques bénéficient depuis la fin du XIXᵉ siècle d’une meilleure protection à travers l’octroi d’une personnalité morale aux sociétés, et que le droit de l’environnement tel qu’il a été dessiné montre ses limites, il est urgent de reconnaître symétriquement une perspective propre aux entités naturelles non humaines. Puisque l’anthropocentrisme est souvent perçu comme la cause fondamentale de la crise écologique actuelle, cette proposition invite à repenser notre relation au vivant afin d’entendre les logiques propres des écosystèmes et des diverses espèces qui y vivent, et à construire la voie d’une reconnaissance de nouvelles « personnes écologiques ».

Ainsi, cette proposition de loi, née d’un travail collectif de citoyennes et de citoyens, vise à faire reconnaître, en droit français, le bassin-versant de « Loire » comme une entité naturelle juridique, sujet de droits, lui permettant de faire entendre sa voix. Cette reconnaissance de l’entité naturelle juridique « Loire » consiste en une incarnation humaine du bassin-versant, de sa perspective, de ses besoins, de ses valeurs, de ses intérêts et logiques propres par un « gardien de Loire », en somme un « veilleur de Loire ».

L’agentivité intégrée, vivante, du « bassin-versant » a été choisie pour constituer le corps de référence afin d’instituer « Loire » en tant qu’entité naturelle juridique. Les sciences de la vie et les sciences de la Terre ont en effet considérablement développé leurs compréhensions de la « nature » au cours des cent dernières années en documentant, notamment, son agentivité propre. La botanique a mis en lumière la densité des réseaux d’information du monde végétal et leurs mécanismes propres de régulation. Dans le domaine des sciences de la Terre, la communauté scientifique a mis en évidence les capacités de la planète à s’auto‑réguler, allant jusqu’à décrire ses capacités d’homéostasie. En hydrologie, les savoirs ont aussi fortement évolué, avec une meilleure prise en considération des comportements – et de l’importance de la « liberté » - des cours d’eau, notamment dans la prévention des crues grâce aux zones d’expansion de crue. C’est donc une vue intégrée, rhizomique des rivières qui est adoptée, révélant une interconnexion des différentes branches des hydrosystèmes et des connexions biogéophysiques de leurs bassins-versants. Le corps hydrogéologique de l’entité naturelle Loire participe au grand cycle de l’eau et à l’ensemble des conditions géophysiques planétaires auxquelles il est lié. Ce corps naturel, mouvant, indivisible et relié dans ses profondeurs comme dans ses surfaces est le milieu d’habitation et de migration d’innombrables formes de vie qui lui sont rattachés. Le « bassin-versant », notion déjà présente dans la réglementation et l’ensemble des modes de gouvernance institués en France, s’impose aussi comme l’une des échelles de l’attachement des citoyennes et des citoyens : là où ils et elles peuvent affirmer « Nous sommes la rivière et la rivière est nous » - à l’image des propos rapportés dans Le fleuve qui voulait écrire sur l’attachement des populations maories vivant le long du fleuve Whanganui en Nouvelle‑Zélande.

Un engagement historique pour imposer la perspective propre de « Loire »

En France, le bassin-versant de « Loire » porte l’empreinte d’un engagement pionnier pour imposer une perspective propre du fleuve : la lutte citoyenne pour une « Loire Vivante » dans les années 1980 et 1990 a abouti à l’abandon de l’aménagement prévu par l’Établissement Public d’Aménagement de la Loire et de ses affluents. En lieu et place des quatre grands barrages prévus, l’État a mis en place, dès 1994, le premier plan « Grands Fleuves » et le « Plan Loire Grandeur Nature ». L’histoire de « Loire vivante » est l’un des fondements historique, social et écologique de cette proposition de loi issue d’un collectif de citoyen.nes. L’expression « nul n’est censé ignorer la Loire » est d’ailleurs communément citée par les ligérien.nes, des sources jusqu’à l’estuaire. Elle fait le lien entre les combats des associations comme Loire vivante, le collectif Loire Sentinelle, les associations environnementalistes, les acteurs de la marine de Loire et du monde de la pêche pour une Loire sauvage et le vote de cette proposition de loi, pour faire évoluer le cadre législatif en reconnaissant les droits de Loire et son bassin-versant.

Au cours des six dernières années, plusieurs processus citoyens en lien avec la recherche scientifique ont nourri cette discussion publique sur une « loi à venir » pour le bassin-versant. En région Centre‑Val de Loire, le processus du Parlement de Loire a abouti à la publication du livre Le fleuve qui voulait écrire, étudiant la possibilité, en droit français, de donner des droits à des entités naturelles, et à la rédaction d’un « Manifeste de Loire », pour élargir la démarche à l’ensemble du territoire ligérien afin de faire converger diverses actions et acteur·ices. Plus bas, vers l’estuaire, à partir de la métropole de Nantes, le projet Vers une internationale des rivières et autres éléments de la nature a poursuivi ce travail de définition et de co‑écriture de la « loi à venir », afin de doter le fleuve et son bassin-versant de ce nouvel « habit juridique », et de lui permettre de défendre sa perspective dans les différentes instances existantes en charge de sa gouvernance. Par ailleurs, sur tout le territoire français, des initiatives ont vu le jour, prenant la forme d’un véritable « soulèvement légal terrestre » ([1]). Plusieurs déclarations de droits de fleuves ont ainsi vu le jour : pour le fleuve Tavignanu en Corse, le fleuve « la Têt » dans les Pyrénées Orientales, le site des Salines en Martinique, le fleuve Arc dans les Bouches du Rhône, et de la rivière Durance en Provence, avec l’appui de l’association Notre Affaire à Tous. Des discussions sont également en cours pour reconnaître des droits à la mer Méditerranée et au fleuve « Seine » via un processus citoyen porté par la mairie de Paris.

Un véritable changement de paradigme : Loire comme entité naturelle juridique

En bénéficiant du statut d’entité naturelle juridique, « Loire » est ainsi dotée de droits propres tels que le droit d’évoluer naturellement, de couler librement, le droit à la continuité et à la santé écologique, le droit à la régénération de ses cycles et processus évolutifs, et le droit d’ester en justice. Les processus évolutifs désignent les dynamiques de transformation, d’adaptation et de renouvellement par lesquelles une entité naturelle maintient son intégrité, développe ses fonctions écologiques et répond aux variations de son environnement au cours du temps. Il s’agit donc de protéger non seulement les composantes de la Nature mais aussi les dynamiques par lesquelles elles se maintiennent et se transforment dans le temps. Par la reconnaissance de ses droits – et la création d’un mode d’incarnation sociale de sa « personne » - la personne écologique « Loire » peut activement veiller au respect des diverses normes qui ont été reconnues la concernant, en agissant en justice en son nom propre ou solidairement avec des associations, des collectivités territoriales ou des citoyennes et citoyens reliés à elle, afin d’activer et de mettre en mouvement les règles existantes.

La reconnaissance d’une entité naturelle juridique « Loire » apporte une profonde nouveauté dans le tissu des règles existantes. Sans ajouter de nouvelles contraintes, elle met en mouvement ces règles par la création d’un nouvel acteur du droit qui pourra défendre ses intérêts en s’appuyant autant sur les grands textes nationaux de protection de l’eau, des milieux aquatiques et de l’environnement, sur les différentes directives et règlements européens - Directive Habitats Faune Flore, Directive‑cadre sur l’Eau, règlement européen de Conservation de la Nature - que sur les principes portés par les organismes internationaux de conservation de la nature tels que l’Union Internationale de Conservation de la Nature.

Le « visage humain » de » Loire », dénommé « gardien de Loire », coopère avec les diverses agences et établissements publics en charge de la gouvernance du bassin-versant pour contribuer à faire émerger des réflexions hors de la seule perspective utilitariste (la gestion de la ressource en eau, sur les plans qualitatifs et quantitatifs pour les seuls humains) qui prédomine depuis des décennies. Il promeut dans ces diverses instances les logiques propres et les comportements hydrogéologiques de « Loire » à la lumière des divers savoirs et connaissances soutenant son corps biogéophysique. Un processus d’information, de consultation et de dialogue noué avec les différents acteurs des territoires reliés au bassin de « Loire » permet d’incarner une perspective propre de « Loire » pour aligner ses droits avec ses besoins. Pour former ses avis ou ses décisions, le « gardien de Loire » s’appuie sur l’ensemble de la communauté scientifique, mais aussi sur les savoirs et les pratiques vernaculaires liées à l’entité naturelle.

Enfin, la personnalisation juridique du fleuve, qui acte la reconnaissance en droit français, de l’agentivité des milieux de vie - ainsi que de leurs intérêts propres et de leurs valeurs intrinsèques - permet d’incorporer, à côté du patrimoine naturel de la rivière – ses sources, ses zones humides, ses annexes hydrauliques, ses affluents, ses plaines alluviales, ses milieux en perpétuelle évolution, ses nappes d’accompagnement, les espèces végétales et animales qui en dépendent pour vivre, notamment l’anguille ou le saumon – un patrimoine immatériel lié aux cultures ligériennes en donnant une voix au temps long de nos milieux de vie, pour les générations futures.

La « nature » est toujours aujourd’hui un tiers au contrat : on ne lui demande ni son avis, ni son accord. Il n’y a pas de contre‑pouvoir au pouvoir aménageur, transformateur de notre espèce, sauf à respecter les normes qu’elle s’est fixées : des normes sur lesquelles les intérêts humains sont toujours tentés de revenir, en dépit du principe de non‑régression consacré dans le code de l’environnement. Cette logique de modération, d’équilibre et de séparation des pouvoirs vaut pour nos institutions publiques tout comme pour notre démocratie sociale avec une reconnaissance juridique des corps constitués, des syndicats, et de l’indépendance de la presse.

Pour autant, cette culture pluraliste, garante de nos libertés fondamentales et du bon fonctionnement de nos institutions, n’a pas d’équivalent quand il s’agit de réguler et modérer nos relations à nos milieux de vie et aux autres êtres vivants. L’un des objectifs de cette proposition tient donc à organiser ce contre‑pouvoir depuis la perspective propre du fleuve. La nouvelle personne écologique « Loire » pourra ainsi être un acteur à part entière, aux côtés des associations écologiques, des organisations non‑gouvernementales, des lanceurs d’alerte, des pêcheurs, des scientifiques qui documentent son évolution et son état, mais aussi des agences de l’eau et de l’ensemble des acteurs d’ores et déjà en charge de sa gouvernance, d’un âge démocratique étendu : une démocratie sociale et écologique, où le pouvoir aménageur pourra, en retour, trouver sur son chemin un contre‑pouvoir des entités naturelles.

Cette proposition de loi visant à reconnaître le statut d’entité naturelle juridique au fleuve Loire et son bassin-versant constitue ainsi une étape décisive dans le pluralisme démocratique de notre société et une nouvelle réponse pour affronter l’aggravation de la crise écologique.

L’

Article 1er

Article 1er

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L’écosystème du fleuve de la Loire et son bassin versant est reconnu comme entité naturelle juridique, dotée d’une personnalité juridique et de droits propres.

Aux fins de la présente loi, l’entité naturelle juridique nommée « Loire » s’entend comme étant composée, notamment, de :

1° Ses masses d’eau ;

2° Son lit majeur et ses lits mineurs, dont la délimitation géographique tient compte des variations de ses écoulements au cours du temps ;

3° Ses affluents, et l’ensemble des eaux profondes reliées à lui, ainsi que ses nappes d’accompagnement, les zones humides et les vals inondables associés ;

4° Son lit sédimentaire, son lit alluvial comprenant ses sables, argiles, et substances dissoutes, ses îles, et tous les éléments naturels au fil de son cours : ce qui inclut toutes les caractéristiques naturelles de l’eau ;

5° Les communautés d’organismes et les sous‑systèmes terrestres et aquatiques qui lui sont associés ;

6° Les éléments immatériels relevant des cultures ligériennes, nautiques et terrestres, actuelles et historiques. Elles sont désignées par arrêté pris par le ministre chargé de l’écologie sur la base de critères tenant à leur ancienneté, leur lien territorial, leur valeur culturelle ou historique.

L’entité naturelle Loire ne comprend pas les artefacts et aménagements humains.

Article 2

Article 2

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I. – L’entité naturelle juridique Loire est titulaire d’un patrimoine naturel.

Elle est identifiée administrativement par un numéro d’identification dans des conditions fixées par décret.

Elle dispose de ressources financières propres.

Elle dispose d’un mode d’incarnation sociale et juridique permettant d’assurer la représentation et la défense de ses droits et de ses intérêts propres devant toute autorité administrative ou juridictionnelle.

II. – En tant qu’entité naturelle juridique, Loire peut revendiquer l’ensemble des droits reconnus et qui la concernent. Il lui est reconnu, notamment :

1° Le droit d’évoluer naturellement ;

2° Le droit de couler librement ;

3° Le droit à la continuité écologique entre les divers composants de son corps hydrogéologique et tout au long de son cours ;

5° Le droit au bon état écologique et à la santé, ainsi que pour les écosystèmes qui lui sont liés ;

6° Le droit à la régénération de ses cycles et processus évolutifs ;

7° Le droit d’ester en justice.

Article 3

Article 3

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I. – L’entité naturelle juridique Loire est incarnée par deux personnes physiques, appelées « gardien de Loire », chargées d’en défendre les droits.

II. – Les deux personnes physiques formant le gardien de Loire sont tirées au sort par les membres du comité de bassin Loire‑Bretagne, au cours d’une réunion publique, parmi une liste de vingt et une personnalités qu’il établit à l’issue d’un appel public à candidatures. Cet appel à candidatures est ouvert à toute personne justifiant d’un parcours écologique, scientifique, professionnel ou un attachement reconnu avec l’entité naturelle juridique Loire.

La liste des personnalités sélectionnées est composée des candidatures présentant la meilleure adéquation avec les valeurs, besoins et intérêts de l’entité naturelle juridique Loire.

Leur mandat est de six ans, renouvelable par moitié tous les trois ans. Au moins une des deux personnes désignées est une femme.

III. – Les deux personnes physiques composant le gardien de Loire sont rémunérées au titre de leur mission d’intérêt général et protégées contre tout conflit d’intérêt et toute influence selon des modalités fixées par décret en Conseil d’État sur le modèle du statut du Défenseur des droits.

Article 4

Article 4

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I. – Le gardien de Loire incarne les perspectives, les besoins, les valeurs, les droits de l’entité naturelle juridique Loire. Il a pour mission de défendre une perspective et une voix propre du bassin-versant, indépendamment des intérêts économiques humains qui en dépendent. Il veille à rappeler, chaque fois que nécessaire, par‑delà les découpages administratifs et techniques, la logique propre de l’hydrosystème, l’unicité hydrogéologique du bassin-versant, son lien avec les grands cycles bioclimatiques, et les intérêts des diverses formes de vie végétales et animales associées à son existence.

II. – Le gardien siège de plein droit dans l’ensemble des instances existantes ayant la charge de la gouvernance du bassin-versant : établissement public Loire, agences de l’eau, comité de bassin, commissions locales de l’eau, instances compétentes des collectivités territoriales et de leurs groupements. Un décret précise la liste des instances concernées.

Les élus et agents publics de ces instances doivent informer et consulter le gardien avant toute décision susceptible d’avoir un impact environnemental significatif, respecter les droits de Loire, et participer à des espaces de dialogue avec le gardien.

III. – Le gardien peut, notamment, émettre des avis consultatifs, signaler un risque ou une irrégularité, proposer des feuilles de route à l’attention des divers acteurs des territoires reliés au bassin hydrogéologique de Loire, pour mieux coexister avec le fleuve, dans le respect de la liberté de celui‑ci. Il participe à la définition des politiques publiques liées au risque inondation dans le sens d’une plus vaste latitude offerte au fleuve.

Lorsque les instances désignées au II ne suivent pas l’avis formulé par le gardien, elles motivent leur décision par un acte écrit et rendu public.

IV. – Le gardien est le défenseur des droits de l’entité naturelle juridique et peut, à ce titre, décider seul ou avec d’autres personnes physiques ou morales, d’agir en justice.

Article 5

Article 5

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I. – L’entité naturelle juridique Loire assure une gestion rigoureuse et proportionnée des ressources qui lui sont allouées, dans un but non lucratif. Plus des deux tiers des crédits affectés à son fonctionnement sont consacrés à la préservation et à la défense des dynamiques de l’entité naturelle.

II. – Elle dispose de quatre sources de financement :

1° Une dotation annuelle, versée conjointement par l’État, les collectivités territoriales et les agences de l’eau ;

2° Les donations de personnes privées, d’entreprises, de fonds de dotations, de fondations, d’associations ;

3° Les dommages et intérêts obtenus à la suite de procès ;

4° Des redevances sont également exigibles par l’entité naturelle juridique sur la part des activités humaines qui tirent profit à des fins lucratives de l’un des éléments constitutifs de sa personne ou de son travail au sens biophysique ou thermodynamique.

Article 6

Article 6

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Tout comportement, action, installation ou aménagement qui viole les droits reconnus de l’entité naturelle juridique, de la part de toute autorité publique, entité de droit privé, personne physique ou morale, entraînera une responsabilité pénale, civile, environnementale ou administrative, et sera poursuivi et sanctionné conformément aux réglementations pénales, civiles, environnementales ou administratives en vigueur.

Article 7

Article 7

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I. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

II. – La charge pour les collectivités territoriales est compensée à due concurrence par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrélativement pour l’État, par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

([1]) Expression employée pour la première en 2018 dans le cadre des auditions du parlement de Loire par Camille de Toledo, puis explicitée dans l’ouvrage Le fleuve qui voulait écrire (éditions Manuella et les liens qui libèrent, 2021). C’est à la faveur des actions et des campagnes des soulèvements de la terre que l’expression est entrée en résonance avec ce mouvement. A ce propos, de Toledo écrit : « Il faut considérer ce temps où les entités naturelles autres qu’humaines manifestent depuis leurs besoins propres, leurs forces, leurs intensités, au point d’être entendues dans l’espace social et de produire un changement du droit. Il faut les soulèvements humains pour soutenir ce tournant du droit, car les droits à venir ne sont rien sans les forces sociales qui les portent et les demandent. »

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

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