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Mettre fin aux démolitions de logements sociaux, valoriser ce patrimoine et lutter contre l’éviction des habitantes et habitants historiques dans les projets de rénovation urbaine

Proposition de loi 17/02/2026 N° 2485 PIONANR5L17B2485
Exposé des motifs

Mesdames, Messieurs,

Dans une décision rendue en janvier 1995, le Conseil Constitutionnel réaffirmait que « disposer d’un logement décent est un objectif de valeur constitutionnelle » découlant des 10e et 11e alinéas du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ([1])°. Pourtant, un peu plus de trente ans plus tard, force est de constater que notre pays n’est pas arrivé à se mettre en conformité avec ses propres principes fondamentaux. La France compte 350 000 personnes sans‑domiciles, 4,1 millions sont mal‑logés et plus de 12,1 millions de Françaises et de Français sont en situation de fragilité vis‑à‑vis du logement (habitants dans un logement mal isolé, inadapté à leurs besoins, en situation d’impayé de loyer ou d’effort financier excessif, etc.) ([2]).

De nombreuses initiatives législatives sont venues sanctuariser et renforcer le droit au logement jusqu’à la loi n° 2007‑290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dites loi « DALO » ([3]). Ainsi, l’ineffectivité du droit au logement sur le territoire national ne vient pas d’un vide ou d’un problème juridique mais bien de défaillances dans la mise en œuvre des politiques publiques censées garantir ce droit. C’est donc de ce côté qu’il faut chercher des pistes d’amélioration et de solution.

Les grands plans de rénovation urbaine qui se sont succédé depuis 2003 et le premier programme national de rénovation urbaine (PNRU) auraient dû participer de l’effort de la Nation visant à garantir à toutes et tous un logement digne. Pourtant, entre manque de concertation avec les habitantes et les habitants, déficit d’évaluation sociale, économique et environnementale, forte pression immobilière et centralisation excessive de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) ; il est aujourd’hui nécessaire de conclure à l’échec de ces programmes en matière d’accès au logement pour toutes et tous.

1. Le couple « démolition – reconstruction » une absurdité funeste pour le droit au logement.

En effet, sur les 250 000 logements neufs prévus par le PNRU à peine plus de la moitié ont été construits d’après un rapport de la Cour des comptes datant de 2020 ([4]). Or, entre 2004 et 2021, sur la période du PNRU, ce sont plus de 164 000 logements qui ont été détruits : de quoi loger l’entièreté de la population de Nice, cinquième ville du pays ([5]) ! On se retrouve donc avec une perte sèche de 22 000 logements sociaux alors même que les besoins en la matière n’ont jamais été aussi élevés. La logique de « démolition – reconstruction », centrale dans la politique menée par l’ANRU est donc responsable de l’aggravation de la crise du logement. Pourtant, le Nouveau Plan National pour la Rénovation Urbaine (NPNRU), lancé en 2019, continue dans cette voie. Il prévoit la démolition de 65 500 logements mais seulement 53 100 reconstructions.

Le couple « démolition – reconstruction » est une aberration à plusieurs titres : sociale, économique et budgétaire, environnementale et démocratique.

a. Détruire des habitations à loyer modéré (HLM) : une catastrophe sociale.

D’un point de vue social d’abord, les destructions systématiques entravent l’accès aux logements HLM. Sur les quatre dernières décennies, la demande de logements sociaux a connu une hausse continue. On compte près d’un million de foyers demandeurs supplémentaires entre 2013 et 2023 ([6]). Il est donc absurde, dans ces conditions, de détruire des logements sociaux. Cela engendre un manque structurel de création nette de logements sociaux et conduit à la réapparition d’habitations de fortune informelles. Détruire les HLM qui ont permis de faire disparaitre les bidonvilles… fait donc réapparaitre ces mêmes bidonvilles !

Les chiffres sont édifiants. En 2024, seuls 21 000 logements réellement sociaux (prêt locatif aidé d’intégration – PLAI et prêt locatif à usage social – PLUS) ont été créés (48 000 créés contre 27 000 détruits). A ce rythme, et avec 2,7 millions de ménages en attente d’un logement social, il faudrait 128 ans pour répondre à l’ensemble des demandes. C’est ainsi que la proportion d’attribution rapportée au nombre total de demandeurs décline année après année. Elle était de 26,1 % en 2013 mais d’à peine 14,4 % en 2023.

Au‑delà de l’aspect quantitatif, ce sont les promesses qualitatives de la politique de rénovation urbaine qui ne sont pas tenues. Le PNRU et le NPNRU devaient permettre aux habitants d’habiter dans de meilleures conditions et favoriser la mixité sociale. Le constat est implacable : la population des quartiers populaires est toujours aussi marquée par le chômage, encore plus par la pauvreté et le mal‑logement, tandis que les logements construits en remplacement des HLM (PLAI, PLUS) en accès à la propriété ou les résidences plus cossues (prêts locatifs sociaux – PLS) ne sont que rarement occupés par les habitants vivant la rénovation de leur quartier.

Quant aux copropriétés existantes, elles subissent très largement une précarisation et un abandon en marge des grands travaux, et sont aussi menacées par les transitions sociologiques opérées.

De plus, la « mixité sociale » n’est un objectif que dans les quartiers populaires. Les quartiers les plus cossus restent fermés à tout mélange, en témoigne le nombre de communes ne respectant pas les 25 % de logements sociaux exigés par la loi n° 2000‑1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain, dites « Loi SRU » sans pour autant que des sanctions dissuasives ne soient mises en place.

Avec des reconstructions systématiquement inférieures au nombre initial de logements dans les quartiers populaires, on oblige une partie des populations à déménager. Or, les quartiers bourgeois leur étant toujours aussi inaccessibles, elles n’ont d’autres choix que de se rabattre sur des HLM non encore gentrifiés ou des copropriétés précarisées ce qui augmente la concentration de la pauvreté et de la précarité dans certains territoires. Cette réalité a été documentée par notre collègue François Piquemal, député de Haute‑Garonne, lors de sa tournée, effectuée en 2023, des quartiers populaires touchées par des projets ANRU sur l’ensemble du territoire national ([7]).

Au final, l’injonction officielle à la « mixité sociale » ne s’appliquant qu’aux quartiers populaires, elle conduit à une stigmatisation de ces derniers et des populations qui y vivent. L’objectif même de mixité sociale mérite d’être remis en débat. Améliorer réellement celle‑ci ne réduirait en rien la pauvreté mais aurait plutôt tendance à disperser et invisibiliser les populations précaires rendant plus difficile toute forme d’action collective visant à lutter contre la misère et l’exclusion sociale.

L’application dogmatique de la logique de « démolition – reconstruction » et l’invocation quasi‑incantatoire de l’objectif de « mixité sociale » par les pouvoirs publics conduisent donc à une véritable catastrophe sociale dans les quartiers populaires.

b. Une politique de renouvellement urbain économiquement insoutenable.

Le PNRU et le NPNRU, en promouvant systématiquement la destruction de HLM, sont également un gouffre financier et une absurdité économique.

Là encore, les données disponibles sont sans appel. Détruire puis reconstruire un logement social coute, en moyenne, 250 000 euros. C’est près de 2,5 fois plus qu’une réhabilitation équivalent neuf (109 000 euros) et 35 % plus cher qu’une construction neuve sans démolition préalable ([8]).

Les financements consentis par l’ANRU entre 2004 et 2021 pour détruire 164 000 logements représentent près de 3,35 milliards d’euros. Ces sommes auraient pu permettre la construction de 18 160 habitations ou la réhabilitation de plus de 30 800 logements ([9]). Les finances de l’État, mais aussi celles d’Action Logement, des organismes HLM et des collectivités locales sont donc rudement mises à contribution pour une politique qui accentue la crise du logement et maintient des millions de citoyennes et de citoyens dans la précarité : c’est absurde !

Le manque à gagner est également important pour les bailleurs qui ne perçoivent pas de loyer pendant toute la durée des travaux. On affaiblit ainsi leur capacité à financer de nouveaux logements sociaux ce qui aggrave, encore un peu plus, la crise du logement.

Les démolitions représentent enfin un préjudice économique important pour les habitants eux‑mêmes. C’est en effet grâce à la richesse produite par les travailleuses et les travailleurs que la construction de ces quartiers a pu être financée dans la deuxième moitié du XXe siècle (notamment via le dispositif « 1 % logement »). Détruire, au bout d’une cinquantaine d’années, des immeubles – dont le coût de construction est désormais amorti et dont la durée de vie moyenne est estimée entre 150 et 200 ans – c’est détruire le patrimoine des habitantes et des habitants des quartiers populaires. Pire, ces habitantes et ces habitants financent – par le paiement de leurs loyers mais aussi par les richesses qu’ils créent en tant que travailleuses et travailleurs – les projets de destruction de leurs propres quartiers.

Le grand Jean Jaurès disait « le service public est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas » soulignant ainsi que ces biens communs ne s’apparentaient en rien à de la charité en direction du peuple mais étaient financés par les contributions et cotisations des travailleuses et des travailleurs eux‑mêmes. Cela justifiait leur gestion directe par le peuple et le refus de toute appropriation capitaliste de cette richesse. Cette analyse peut parfaitement s’appliquer aux logements sociaux : ils sont le patrimoine des habitantes et habitants des quartiers populaires qui, génération après génération, ont financé leur construction et leur entretien. Détruire aujourd’hui ce patrimoine en faisant supporter une partie du coût de ces projets insensés aux habitantes et aux habitants traduit une volonté de dépossession et d’accaparement profondément injuste : c’est du vol !

c. Démolir pour reconstruire : une aberration écologique.

Le secteur du bâtiment, qui comprend les locaux du tertiaire et le logement résidentiel, est le troisième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre (GES) en France. Il cumule 23 % des émissions nationales ([10]).

Pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, l’ADEME recommande de réduire les émissions de gaz à effets de serre (GES) provenant des bâtiments, en les faisant passer de 75 millions de tonnes de CO2 (MtCO2) à 30 MtCO2 d’ici 2030 ([11]). Or, la logique de « démolition – reconstruction » est totalement contradictoire avec cet objectif.

En effet, Les destructions de logements et leur restitution émettent près de quatre fois plus de GES (1812 kg CO2eq/m²) que des réhabilitations sérieuses (500 kg CO2eq/m²) et 21 % de plus qu’une construction neuve (1500 kg CO2eq/m²). Les déchets générés par ces travaux et la restitution des logements pèsent sur les ressources naturelles, la biodiversité et accélèrent par la même occasion la catastrophe écologique en cours. Le bilan du PNRU illustre parfaitement ce désastre écologique. Les « démolitions / reconstructions » menée de 2004 à 2020 ont généré plus de 19,6 MtCO2, soit l’équivalent de la consommation annuelle des habitants de la ville de Paris en 2024 ([12]).

De plus, loin de certains discours politiques, la démolition n’est pas une garantie d’amélioration de l’habitat. Les logements reconstruits sont plus petits et parfois en inadéquation avec les attentes des habitants. Les reconstructions, réalisées dans l’urgence, s’avèrent souvent de mauvaise qualité (fissures fréquentes, malfaçons…) entraînant un risque de vieillissement prématuré et donc d’émissions futures de GES accrues. Bien des dossiers de démolition ne résistent pas à une contre‑expertise, prouvant que la vétusté des logements n’est pas irrémédiable et que les logements existants ne sont pas inadaptés à la demande. Alors que la durée de vie moyenne d’un immeuble est de 150 à 200 ans, la démolition de logements d’une cinquantaine d’années s’apparente plus à une absurdité environnementale, qu’à la construction des « écoquartiers » de demain.

Ainsi, la nécessité de la bifurcation énergétique pour une économie décarbonée devrait rendre exceptionnelles les opérations visant à défaire pour refaire au lieu de réparer.

d. La rénovation urbaine pensée sans et contre les habitants : un déni de démocratie permanent.  

Enfin, il faut souligner que les projets ANRU sont souvent imposés aux habitantes et aux habitants des quartiers populaires alors qu’ils devraient être les premières et les premiers à pouvoir décider des grands choix qui structurent leurs quartiers.

La loi n° 2014‑173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine, dite loi « Lamy » prévoyait certes la mise en place de « Conseils Citoyens » devant permettre la co‑construction des projets avec les premiers concernés. Cependant, ce dispositif reste souvent inabouti et dévoyé par les pouvoirs publics. Les Conseils Citoyens – mais aussi les associations de locataires et les collectifs citoyens qui sont parfois plus légitimes et représentatifs et surtout qui sont autonomes par rapport aux élus et à leurs services – manquent de ressources et de moyens pour permettre aux habitantes et habitants de réellement peser sur la définition du projet. Les expertises indépendantes à l’initiative des collectifs locaux et du secteur associatif ne sont que peu écoutées et, régulièrement, la volonté politique des collectivités locales et de l’ANRU s’impose sans concertation sérieuse. Les habitantes et habitants ont le sentiment de ne pas pouvoir faire entendre leur voix alors qu’ils sont majoritairement opposés aux démolitions.

Ce processus antidémocratique et brutal a des conséquences concrètes une fois les démolitions actées, puisque l’entretien des immeubles est abandonné par les bailleurs. Les immeubles et quartiers se dévitalisent progressivement pendant la durée des travaux.

Il parait donc primordial de démocratiser la gestion des projets de rénovation urbaine ainsi que celle du parc de logements sociaux. Il devrait tout simplement être impossible de faire sans et contre les habitantes et habitants des quartiers populaires.

2. De la résidentialisation à la privatisation : un phénomène de dépossession à l’opposé de la philosophie du logement social.

La logique de « démolition – reconstruction » est donc l’une des tares principales de la politique de rénovation urbaine des vingt dernières années. Elle accentue la crise du logement au lieu de participer à favoriser l’accès de toutes et tous à un habitat digne. Elle est imposée depuis le haut par l’ANRU et les pouvoirs publics de manière tout à fait antidémocratique et elle représente un non‑sens aussi bien écologique qu’économique et budgétaire.

Cependant, un autre phénomène, beaucoup plus insidieux, participe de la même dynamique : celui de la résidentialisation. Ce terme définit l’ensemble des mesures mises en œuvre afin de mieux séparer l’espace public de l’espace privé et fait partie des objectifs officiels de l’ANRU ([13]). Si cette résidentialisation peut paraître souhaitable au premier abord, elle peut être une manière de préparer le terrain à la privatisation, c’est‑à‑dire la vente à la découpe de pans entiers du parc locatif social pour en faire des logements privés. Les défenseurs de cette politique mettent en avant un idéal d’accès à la propriété pour toutes et tous. Mais la réalité sur le terrain est beaucoup moins glorieuse.

La privatisation ne fait qu’accentuer la compétition pour le logement et la spéculation immobilière. En effet, l’existence d’un parc important de logements sociaux permet de protéger une partie de l’offre de logements de la violence des mécanismes marchands. Mieux, la garantie de trouver une alternative au logement privé dans le parc public devrait permettre de redonner du pouvoir de négociation aux locataires pour faire baisser les prix des loyers face aux bailleurs lucratifs. La résidentialisation qui mène à la privatisation c’est donc l’inverse de ce qu’il faudrait faire ! En diminuant la part du parc social, ce phénomène accentue la demande de logement sur le marché privé et fait donc augmenter les prix tout en réduisant les marges de négociation des locataires dans le rapport de force avec les propriétaires. En vendant une partie du parc public, on fragilise donc d’autant plus les possibilités de faire du droit au logement une réalité pour toutes et tous.

La réalité c’est que notre pays produit un nombre de logements insuffisant depuis des dizaines d’années. Le fait de vendre des logements sociaux ne fait qu’augmenter la part du parc locatif soumis à la loi du marché au détriment du parc public. Cette politique ne permet donc pas de faire baisser les prix des loyers puisque le manque d’offre sur le marché est de nature structurelle. Elle transfère juste la gestion d’une partie de la demande de logement d’un cadre public avec des critères d’admission transparents et des prix régulés vers la jungle du marché avec sa loi du plus fort, son lot de violence et sa logique d’exploitation permanente des plus fragiles.

La privatisation rampante du parc social a des conséquences bien réelles sur les habitantes et habitants des quartiers populaires : éviction des populations les plus précaires de certains quartiers, restriction de l’offre de logement social et donc augmentation des délais d’attribution, possibilités accrues de spéculation pour les grands acteurs privés du secteur immobilier, etc. En cela, la privatisation produit les mêmes effets que la « démolition – reconstruction ».

Elle est d’ailleurs tout aussi absurde d’un point de vue économique et budgétaire. Quel est le sens pour les pouvoirs publics et les bailleurs sociaux de vendre des bâtiments dont le coût de construction est aujourd’hui amorti ? Quelle est même la légitimité de ces ventes ? N’est‑ce pas, une fois de plus, le patrimoine des habitantes et habitants des quartiers que l’on brade sans leur demander leur avis ? Bref, la logique de privatisation s’oppose en tout point à la philosophie qui a mené à la montée en puissance du logement sociale dans la deuxième moitié du XXe siècle. Et elle se déploie, elle aussi, sans aucun débat démocratique ; c’est‑à‑dire sans et contre les habitantes et les habitants.

La privatisation est enfin un non‑sens au regard de l’urgence écologique. En effet, comme le note l’ADEME ([14]) : « En 2022, 43 000 logements étaient engagés dans une démarche de rénovation BBC [Bâtiments Basse Consommation]. Si elle est bien engagée chez les bailleurs sociaux, qui représentent 95 % des rénovations BBC, la dynamique est encore embryonnaire sur l’habitat privé : seuls 8 000 maisons individuelles et 12 411 logements en copropriétés ont obtenu le label ». En vendant des logements sociaux que la puissance publique aurait pu rénover pour atteindre un haut niveau de performance écologique, on délègue cet impératif à des acteurs privés qui rechignent à rénover – pour des raisons évidentes de rentabilité de leur investissement – tant qu’ils ne seront pas contraints et forcés de le faire par la loi. La privatisation participe donc du retard pris par notre pays dans la rénovation énergétique des bâtiments.

Abandonner l’ambition d’un pilotage public de l’offre de logement en espérant que le marché pourvoira relève d’une paresse intellectuelle, d’un enfermement dogmatique et d’une déconnexion de plus en plus visible de gouvernants biberonnés au néolibéralisme. Dans le domaine du logement comme dans tant d’autres (bifurcation écologique, lutte contre les inégalités et la pauvreté, politique industrielle, gestion des finances publiques, etc.) l’échec complet des politiques néolibérales est flagrant. Pourtant, les gouvernements qui se sont succédé depuis 20 ans continuent à appliquer les recettes qui ne fonctionnent pas et mènent le pays dans le mur avec entrain et certitude d’avoir raison contre les faits. Il est donc tout aussi nécessaire d’abandonner la résidentialisation et la privatisation qu’elle engendre que de revenir sur la logique de « démolition – reconstruction ».

3. Pour une politique de rénovation urbaine au service de toutes et tous : mettre fin aux « démolitions – reconstruction » et à la résidentialisation² et garantir les droits des habitantes et des habitants dans les projets ANRU.

a. Face à la crise du logement il n’y a pas de fatalité.

Ainsi, le bilan de plus de 20 ans de rénovation urbaine est affligeant : le PNRU et le NPNRU n’ont pas permis de rendre effectif le droit au logement pour toutes et tous. Pire, cette politique a participé à accentuer la crise du logement et est porteuse de nombreux défauts sur les plans sociaux, économiques et budgétaires, écologiques et démocratiques.

Il n’y a pourtant pas de fatalité en la matière. Il est possible de faire mieux, beaucoup mieux. Les locataires du parc social, en tant que premiers concernés, n’ont pas attendu que le monde politique s’empare de la question pour faire des propositions concrètes et radicales. Le collectif national STOP Démolition, qui regroupe des collectifs locaux, des associations, des habitantes et des habitants des quartiers, réclame ainsi un moratoire sur les démolitions depuis plusieurs années. En 2022, un collectif d’associations composé de l’association APPUII, de la Coordination nationale Pas sans Nous, de la Fondation pour le logement des défavorisés, de l’Alliance citoyenne, et de la Commission rénovation urbaine d’Etouvie avait fait une série de propositions en vue de l’élection présidentielle et des élections législatives qui allait suivre pour démocratiser la rénovation urbaine et le logement social. Des acteurs comme la Confédération Nationale du Logement (CNL) ou l’association Droit au Logement (DAL) ont également fait des propositions.

Les solutions sont donc là, à disposition. Il ne suffit que d’un peu de volonté politique pour les mettre en œuvre. La présente proposition de loi s’inspire ainsi des travaux réalisés au plus près du terrain par les habitantes et les habitants, les collectifs, les associations mais aussi les architectes et les urbanistes qui mettent leur expertise au service d’une autre vision de la rénovation urbaine permettant de réaliser la promesse d’un droit au logement et à l’émancipation pour toutes et tous. En tant que législateurs, les députés ont le devoir de faire preuve d’humilité et d’écouter celles et ceux qui vivent les réalités souvent cruelles d’un plan de rénovation urbaine et qui, de ce fait, ont développé une expertise en la matière. C’est pourquoi la présente proposition de loi a été travaillée en coordination directe avec le collectif national STOP Démolition.

b. L’urgence : mettre fin aux « démolitions – reconstructions » et à la résidentialisation.

La présente proposition de loi propose de mettre fin aux « démolitions – reconstructions » et à la privatisation à outrance découlant de l’objectif de résidentialisation. Ces logiques, omniprésentes dans la politique menée par l’ANRU depuis 20 ans, représentent un immense gâchis et continue d’être vécues comme une insulte et un manque de considération par les habitantes et habitants des quartiers populaires.

Il est donc nécessaire de faire disparaitre les notions de démolition et de résidentialisation des textes législatifs qui instituent et régissent l’ANRU comme le NPNRU toujours en cours. De plus, si nous voulons que la politique de rénovation urbaine soit économiquement, financièrement et écologiquement viable il faut inscrire dans le droit la primauté de la rénovation et de la réhabilitation sur toutes autres formes d’intervention. Les rares cas où les démolitions peuvent s’avérer nécessaires sont donc précisés et strictement encadrés.

Mais le législateur doit aller plus loin et affirmer haut et fort les objectifs qu’il donne à la politique de rénovation urbaine. C’est pourquoi il est proposé d’inscrire dans la loi que cette politique vise à fournir à la Nation une quantité de logements suffisante pour que les droits à un logement digne et à un cadre de vie de qualité soient effectifs pour l’ensemble de la population.

c. Pour une rénovation urbaine qui garantit le droit de continuer à habiter un quartier digne et entretenu.

Comme évoqués plus haut, les habitantes et les habitants des quartiers populaires ont souvent le sentiment tout à fait justifié que les projets de rénovations urbaines sont décidés et construits sans eux voir contre eux. Les projets de rénovation aboutissent en effet régulièrement à l’éviction des populations historiquement implantées dans les quartiers.

Ce sentiment de dépossession peut être accentué par la politique du « fait accompli » poursuivie par certains organismes bailleurs. Des quartiers entiers sont parfois laissés sans entretien pendant des années conduisant ainsi à une lente dégradation du patrimoine. Il est ensuite facile pour les porteurs de projets d’expliquer que la « démolition – reconstruction » est la seule solution pour revitaliser le quartier même si celle‑ci aboutit à un remplacement de population. Il paraît donc nécessaire d’inscrire dans la loi de nouvelles obligations d’entretien pour les bailleurs sociaux, notamment concernant les parties communes, les espaces extérieurs et la structure des immeubles, afin d’assurer un cadre de vie digne aux habitantes et habitants et de prévenir la dégradation du patrimoine comme de l’environnement urbain.

Cependant, si l’on veut contrecarrer efficacement les phénomènes d’éviction et de dépossession, il faut aussi interroger les défaillances et les insuffisances des dispositifs actuels d’implication et de participation citoyennes. Les conseils citoyens, quand ils existent, ne sont pas écoutés. Ils manquent de toute façon de moyens pour réellement peser dans la discussion.

Il serait donc pertinent de flécher un certain pourcentage des financements de chaque projet de rénovation urbaine à l’organisation et à l’activité de structures réellement démocratiques et permettant l’implication des habitantes et habitants. De plus, pour que la parole émanant des locataires soit réellement écoutée par les pouvoir publics ; les actes d’expertises réalisés à l’initiative de ces structures pourraient être rendus juridiquement contraignants. En cas de conclusions contradictoires entre différentes expertises, le dernier mot devrait revenir aux citoyennes et aux citoyens via l’organisation de référendums locaux.

Là encore, les collectifs d’habitants et les associations spécialisés ne manquent pas d’idées pertinentes. Notre collège Charles Fournier, député d’Indre et Loire, travaille avec les acteurs de terrain à une proposition de loi visant à réellement démocratiser la politique de rénovation urbaine et la gestion du parc social. Les mesures proposées devront permettre une plus grande implication des habitantes et des habitants dans la gestion de leurs quartiers.

La présente proposition de loi ambitionne, modestement, de garantir aux habitantes et habitants qui vivent une opération de renouvellement urbain le droit de continuer à habiter leur quartier. Ainsi, en cas de travaux de rénovation ou de réhabilitation, le bailleur devra mettre en œuvre toutes les mesures nécessaires au maintien des locataires dans leurs logements. Si les travaux nécessitent de déplacer les locataires, cela ne doit être que temporaire et la loi doit garantir le droit à retrouver son logement une fois les travaux achevés. En cas d’opération de « démolition – reconstruction » rendue indispensable par la ruine ou l’insalubrité irrémédiable de l’immeuble, les habitantes et habitants historiques du quartier doivent également pouvoir se prévaloir du droit à être relogés dans les nouveaux logements sociaux ainsi créés.

Ces mesures simples peuvent avoir de puissantes répercussions démocratiques. Elles sont surtout un moyen d’inverser les logiques de dépossession à l’œuvre dans la rénovation urbaine depuis des dizaines d’années. Nos quartiers populaires sont un patrimoine important que les habitants et habitants chérissent et dont ils veulent prendre soin pour en faire des cadres de vie épanouissants et émancipateurs pour toutes et tous. En luttant contre les phénomènes d’évictions des classes populaires, cette proposition de loi réaffirme que le logement social est le patrimoine du peuple et qu’il est hors de question que le peuple se laisse déposséder de son bien par les spéculateurs, les rentiers et autres capitalistes véreux. Le logement digne et accessible doit être un droit en République. Il est grand temps de faire de cette promesse une réalité !

L’

Article 1er

Article 1er

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Le I de l’article 1er de la loi n° 2014‑173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine est complété par un 11° ainsi rédigé :

« 11° Fournir à la Nation une quantité de logements suffisante pour que les droits à un logement digne et à un cadre de vie de qualité soient effectifs pour l’ensemble de la population. »

Article 2

Article 2

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La loi n° 2003‑710 du 1er août 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine est ainsi modifiée :

1° L’article 6 est ainsi modifié :

a) Au deuxième alinéa, après la seconde occurrence du mot : « réhabilitation », sont insérés les mots : « , la résidentialisation, la démolition » ;

b) Le dernier alinéa est supprimé ;

2° Le I de l’article 9‑1 est ainsi modifié :

a) À la dernière phrase du deuxième alinéa, les mots : « reconstitution de l’ » et le mot : « démolis » sont supprimés ;

b) À la première phrase de l’avant‑dernier alinéa, les mots : « , la résidentialisation, la démolition » sont supprimés ;

3° Au quatrième alinéa de l’article 10, les mots : « , la résidentialisation, la démolition » sont supprimés.

4° Au troisième alinéa du I de l’article 10‑3, les mots : « , la résidentialisation, la démolition » sont supprimés.

Article 3

Article 3

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Après l’article 9‑1 de la loi n° 2003‑710 du 1er août 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, il est inséré un article 9‑1‑1 ainsi rédigé :

« Art. 9‑1‑1. – I. – Les opérations menées dans le cadre du programme mentionné à l’article 9‑1 de la présente loi et portant sur l’offre de logements locatifs sociaux consistent essentiellement en la réhabilitation et la rénovation des logements locatifs sociaux existants ainsi qu’en la production de nouveau logements locatifs sociaux.

« II. – Les opérations de démolition de logements locatifs sociaux sont interdites sauf lorsque les immeubles concernés se trouvent dans les cas mentionnés au 1° de l’article L. 511‑2 du code de la construction et de l’habitat ou au I de l’article L. 1331‑29 du code de la santé publique ou lorsque les opérations de démolition s’effectuent à la demande des habitantes et habitants concernés s’exprimant par référendum.

« III. – Les autorisations délivrées pour des projets de démolition de bâtiment à usage d’habitation appartenant à un organisme d’habitations à loyer modéré prévues à l’article L. 443‑15‑1 du code de la construction et de l’habitat dont les travaux n’ont pas commencé lors de la publication de la présente loi et ne correspondant pas aux cas définis au II du présent article, sont révoquées. »

Article 4

Article 4

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Après le titre Ier ter de la loi n° 89‑462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs et portant modification de la loi n° 86‑1290 du 23 décembre 1986, il est inséré un titre Ier quater ainsi rédigé :

« TITRE IER QUATER

« DES RAPPORTS ENTRE BAILLEURS ET LOCATAIRES DANS LES LOGEMENTS LOCATIFS SOCIAUX

« Art. 25‑19. – L’organisme d’habitations à loyer modéré ou la société d’économie mixte, agissant en tant que bailleur est obligé :

« a) D’entretenir les parties communes et les espaces extérieurs afin d’en assurer la jouissance paisible aux locataires ;

« b) D’entreprendre toute action permettant d’entretenir et d’améliorer le cadre de vie des locataires ainsi que toute action visant à valoriser les espaces et locaux mis à disposition des locataires ;

« c) D’entretenir les locaux en état de servir à l’usage prévu par les contrats et d’y faire toutes les réparations, autres que locatives, nécessaires au maintien en état et à l’entretien normal des locaux loués ;

« d) D’entretenir le bâtiment et d’effectuer toutes les réparations nécessaires afin de prévenir la ruine de l’immeuble, sa vétusté et l’insalubrité remédiable comme irrémédiable de celui‑ci. »

Article 5

Article 5

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Le livre IV du code de la construction et de l’habitation est ainsi modifié :

1° Le chapitre unique du titre Ier est complété par un article L. 411‑11 ainsi rédigé :

« Art. L. 411‑11. – I. – En cas de travaux dans un bâtiment à usage d’habitation appartenant à un organisme d’habitations à loyer modéré ou à une société d’économie mixte, toutes les mesures nécessaires sont prises par l’organisme bailleur pour garantir aux locataires le droit de continuer à jouir de leurs logements. Si des mesures de relogements s’avèrent indispensables, elles ne peuvent être que temporaires.

« II. – En cas de démolition en vue d’une reconstruction d’un bâtiment à usage d’habitation appartenant à un organisme d’habitations à loyer modéré ou à une société d’économie mixte et autorisée en vertu du II de l’article 9‑1‑1 de la loi n° 2003‑710 du 1er août 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, les locataires ont le droit d’être relogés dans le nouvel immeuble. » ;

2° L’article L. 481‑3 est abrogé.

Article 6

Article 6

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I. – La charge pour l’État est compensée à due concurrence par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

II. – La charge pour les organismes de sécurité sociale est compensée à due concurrence par la majoration de l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

III. – La charge pour les collectivités territoriales est compensée à due concurrence par la majoration de la dotation globale de fonctionnement et, corrélativement pour l’État, par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.

[1]  Conseil constitutionnel, Décision n° 94‑359 DC du 19 janvier 1995

[2]  Fondation pour le logement des défavorisés [2025], Rapport annuel 2025 sur l’État du mal‑logement en France, n° 30, 22 janvier 2025.

[3]  LOI n° 2007‑290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses
mesures en faveur de la cohésion sociale - Légifrance

[4]  ANRU et programmes de renouvellement urbain | vie‑publique.fr

[5]  ANRU [2023], Synthèse du bilan quantitatif du PNRU (2004‑2021)

[6]  Union Sociale pour l’Habitat [2024], Les HLM en chiffres. Edition 2024. Repères n° 136.

[7]  Piquemal, F. [2023]. #ALLÔANRU : 20 ans de rénovation urbaine en France. Groupe LFI‑NUPES, juin 2023.

[8]  [Étude] La construction neuve beaucoup plus consommatrice de matériaux que la rénovation - Agence de la transition écologique

[9]  ANRU [2023], op cit.

[10]  Construction et performance environnementale du bâtiment | Ministères Aménagement du territoire Transition écologique

[11]  Bâtiments - Agence de la transition écologique

[12]  Chiffres clés du logement - Édition 2022 | Données et études statistiques

[13]  LOI n° 2014‑173 du 21 février 2014 de programmation pour la ville et la cohésion urbaine (1) - Légifrance

[14]  Rénovation performante des logements : une condition nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques - Agence de la transition écologique

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

Voir le glossaire complet