Question écrite n° 9282

Pharmacie et médicaments — Impact des dérives commerciales dans la délivrance de médicaments vétérinaires

Posée le Mardi 5 août 2025 Agriculture, souveraineté alimentaire 17e législature
Réponse publiée
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Auteur
Ministère interrogé
Agriculture, souveraineté alimentaire
Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire
Ministère attributaire
Agriculture, agro-alimentaire et souveraineté alimentaire
Ministère de l’agriculture, de l'agro-alimentaire et de la souveraineté alimentaire
Chronologie
Question posée 05/08/2025
392 jours
Réponse publiée 01/09/2026
M. Julien Guibert attire l'attention de Mme la ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire sur l'évolution préoccupante de certaines pratiques observées dans le secteur vétérinaire et sur leurs conséquences économiques, sanitaires et environnementales. Dans des territoires ruraux comme la Nièvre, les vétérinaires de proximité assurent un service indispensable aux éleveurs. Leurs déplacements en élevage et les soins qu'ils prodiguent sont coûteux et peu rentables. Pour maintenir la viabilité économique de leurs cabinets, ces praticiens intègrent la vente de médicaments à leur modèle économique, dans le respect de la déontologie et après examen des animaux. Cette source de revenus est souvent incontournable pour compenser les faibles marges dégagées par les actes de terrain. Or un modèle inspiré du « vétérinaire chargé » belge se développe en France : des praticiens ou des structures commerciales multiplient les ordonnances de vaccins, d'antiparasitaires ou d'antibiotiques sans se déplacer et sans suivi clinique rigoureux, en lien avec des officines. Ce système, fondé sur des prescriptions très importantes et peu contrôlées, rompt l'équilibre entre les vétérinaires de terrain et ces nouveaux intervenants. Il accroît la concurrence déloyale : les cabinets qui se déplacent pour soigner et qui veillent à la santé des élevages sont pénalisés, tandis que les structures qui se contentent de distribuer des médicaments à distance maximisent leurs marges. À terme, ce déséquilibre économique risque de fragiliser le maillage vétérinaire dans les campagnes et de nuire aux éleveurs, privés d'un conseil individualisé. Cette dérive mercantile soulève aussi des questions sanitaires et environnementales : une multiplication des prescriptions sans examen adéquat favorise les erreurs de traitement, l'apparition de résistances antimicrobiennes et la dispersion de résidus médicamenteux dans les sols et l'eau. Toutefois, la racine du problème demeure la rupture d'équité entre les modèles économiques des vétérinaires de proximité et ceux des prescripteurs « à distance ». Dans ce contexte, il lui demande si elle entend prendre des mesures réglementaires visant à rééquilibrer la concurrence entre les vétérinaires locaux et ces nouveaux acteurs. Il souhaite savoir si l'encadrement de la vente de médicaments pourra être renforcé en subordonnant les prescriptions à un examen clinique obligatoire et en limitant la durée ou le volume des traitements délivrés. Il l'interroge sur la possibilité d'accroître les contrôles exercés par l'Agence nationale du médicament vétérinaire et sur les dispositions envisagées pour freiner l'implantation d'un modèle de prescriptions massives sans déplacement, afin de préserver la santé animale, l'équilibre économique des cabinets de proximité, la souveraineté alimentaire et la préservation de l'environnement.
Le ministère chargé de l'agriculture est pleinement conscient de la place essentielle qu'occupent les vétérinaires de proximité dans le tissu rural, tant pour la surveillance sanitaire des élevages que pour la prévention des épizooties et le maintien de la souveraineté alimentaire. Leur rôle est d'autant plus crucial dans des départements comme la Nièvre, où le maillage vétérinaire est déjà fragilisé. L'émergence de pratiques inspirées du modèle dit « vétérinaire chargé », ou « vétérinaire d'autoroute », caractérisées par des prescriptions massives de médicaments à distance sans examen clinique préalable, soulève en effet des inquiétudes légitimes. Ces pratiques contreviennent aux principes déontologiques et aux bonnes pratiques vétérinaires, créent une concurrence déloyale, et compromettent la qualité du suivi sanitaire des élevages en faisant potentiellement jouer des risques à la santé publique. Face à ces dérives, plusieurs mesures sont envisagées ou déjà en cours. Dans le cadre de la révision des conditions de prescription hors examen clinique des médicaments vétérinaires, les travaux relatifs au décret ministériel sur le suivi sanitaire permanent prévoient notamment l'introduction de la notion de vétérinaire traitant unique, qui vise à ancrer durablement le vétérinaire de proximité au sein de l'élevage. Ces travaux devraient aboutir à une limitation plus encadrée de la durée et du volume des traitements prescrits sans examen clinique systématique des animaux. En matière de contrôles, les services du ministère chargé de l'agriculture, en particulier les directions départementales et les directions régionales de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, assurent la surveillance des pratiques de prescription et de délivrance, notamment en identifiant les structures dont l'activité repose sur des volumes de prescriptions atypiques. L'agence nationale du médicament vétérinaire pour sa part, encadre l'autorisation de mise sur le marché et la qualité des médicaments vétérinaire. En cas de situation problématique, la brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires peut également intervenir. Enfin, en matière de soutien aux vétérinaires de terrain, le ministère chargé de l'agriculture œuvre à la pérennisation du maillage vétérinaire rural à travers des dispositifs incitatifs (zones d'aide à l'installation, soutien à l'exercice mixte, etc.), et en concertation avec les organisations professionnelles. Cette action s'inscrit dans le cadre plus large de la feuille de route nationale sur le maillage vétérinaire, qui vise à renforcer l'attractivité et la stabilité de l'exercice vétérinaire en milieu rural. Le ministère chargé de l'agriculture reste déterminé à garantir un exercice vétérinaire fondé sur la rigueur, la proximité et l'éthique, au service des éleveurs, de la santé animale et de l'environnement.
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