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Indemnisation des victimes du chlordécone

Rapport 27/05/2026 N° 2837 RAPPANR5L17B2837
Article 1er

Article 1er

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Reconnaissance de la responsabilité de l’État dans les préjudices liés au chlordécone

Article 1er

Article 1er bis

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 A Demande de rapport sur l’extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides aux victimes non professionnelles du chlordécone

Article 1er

Article 1er bis

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Demande de rapport sur la présence de chlordécone et de ses métabolites dans les sols dans d’autres territoires français

Article 1er

Article 1er ter

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Consécration d’une stratégie pluriannuelle

Article 2

Article 2

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Gage de recevabilité financière

travaux de la commission

Annexe lISTE DES personneS ENTENDUES par le rapporteur

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   Avant-propos

Mesdames, Messieurs,

L’Assemblée nationale est saisie, en deuxième lecture, de la proposition de loi n° 1578 visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone.

Déposé à l’initiative de votre rapporteur, du groupe Socialistes et apparentés et de plusieurs députés ultramarins, ce texte avait été adopté le 29 février 2024 en première lecture à l’Assemblée nationale, à une très large majorité : une seule voix s’y était opposée.

À son tour, le Sénat a adopté cette proposition de loi en première lecture le 12 juin 2025, avec une seule voix contre. Globalement, les modifications apportées par les sénateurs n’altèrent pas la philosophie du texte. La quasi-totalité des parlementaires converge autour de la nécessité de faire sans tarder un geste à haute valeur symbolique à destination des Guadeloupéens et des Martiniquais, en reconnaissant officiellement la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone. Il importe désormais que cette démarche trouve rapidement son point d’aboutissement.

I.   La guadeloupe et la martinique, des « terres sacrifiées » par le scandale du chlordécone

Votre rapporteur a brossé un état des lieux détaillé du scandale du chlordécone lors de l’examen en première lecture. Il se bornera ici à en rappeler les principales conclusions.

1.   Une contamination généralisée

Le chlordécone est un insecticide utilisé dans en Guadeloupe et en Martinique pour lutter contre le charançon du bananier entre les années 1973 et 1993, en dépit de son caractère hautement toxique.

Ce produit a contaminé non seulement les zones de culture de la banane, mais l’ensemble des compartiments de l’environnement – sols, eaux des rivières, nappes phréatiques, eaux littorales – en Guadeloupe et en Martinique, du fait, notamment, de phénomènes de lessivage des sols.

Si l’on ne dispose pas encore d’une cartographie précise de la contamination des sols antillais, les surfaces qui ont été analysées sont contaminées à hauteur de 50 % en Guadeloupe et 53 % en Martinique. Cette contamination est durable, le chlordécone étant une molécule très rémanente. À ce jour, aucune technique de dépollution n’apparaît mobilisable à court terme.

Si les travailleurs de la banane ont été les premiers et les plus exposés à cette contamination, elle concerne aujourd’hui la population antillaise dans son ensemble, laquelle se trouve exposée par l’alimentation. L’étude Kannari ([1]) effectuée sur la population antillaise en 2013-2014 avait ainsi révélé que plus de 90 % des individus testés avaient du chlordécone dans le sang, 5 % des participants présentant cependant une imprégnation au moins dix fois supérieure à la moyenne. Si l’imprégnation globale de la population semblait se réduire avec le temps, cette baisse n’était pas observée pour les sujets les plus exposés.

2.   Des impacts graves et à grande échelle pour ces territoires

La contamination par le chlordécone est à l’origine de graves préjudices sanitaires, écologiques, économiques et moraux pour la population antillaise.

● Sur le plan sanitaire, le chlordécone agit comme un perturbateur endocrinien ; il a ainsi une incidence potentielle sur de nombreuses pathologies ou troubles observés dans ces territoires. Si de nombreux champs restent à explorer, la recherche scientifique a d’ores et déjà permis de mettre en évidence des liens entre l’exposition au chlordécone et plusieurs pathologies ou troubles du développement : cancer de la prostate, prématurité, troubles du neuro-développement voire du développement staturo-pondéral chez les enfants…

Plus récemment, la recherche s’est concentrée sur l’impact de l’exposition au chlordécone pour les femmes, qui avait été très peu investigué. Des associations ont été mises en évidence avec de nombreuses maladies hormono-induites – notamment des cancers. Une étude parue récemment ([2]) met par ailleurs en évidence un lien entre l’exposition au chlordécone et l’infertilité des femmes : rejoignant les constats effectués sur des modèles animaux, cette étude montre que les chances de concevoir sont réduites de 25 % par cycle pour les femmes dont le taux de chlordécone dans le sang dépasse 0,4 µg/L.

● Sur le plan écologique, peu de données existent sur l’impact du chlordécone sur la biodiversité animale et végétale. L’expertise collective publiée en 2022 ([3]) mettait en évidence un impact majeur des pesticides sur la biodiversité européenne, tout en reconnaissant que les outre-mer constituaient un angle-mort de cette analyse.

● Sur le plan économique, cette contamination a des conséquences graves pour les agriculteurs, éleveurs, aquaculteurs et pêcheurs : limitation des cultures, interdiction de la pêche et de l’aquaculture dans les eaux contaminées, fermetures d’exploitations, obligations de décontamination des bovins, volailles et cochons, interdiction de commercialisation de produits dépassant les limites maximales de résidus... Au-delà des conséquences individuelles, cette situation éloigne plus encore ces territoires de l’autosuffisance alimentaire, en les contraignant à importer davantage.

● Sur le plan moral, les Guadeloupéens et les Martiniquais se sentent livrés à eux-mêmes face à ce fléau, qui touche leurs enfants, et qui aura probablement des impacts sur plusieurs générations. Le fatalisme et la désespérance sont les comportements les plus largement observés par le rapporteur : les Antillais se pensent condamnés, ils vivent dans la souffrance des effets du chlordécone ou dans la crainte des conséquences à venir, pour eux-mêmes ou pour leurs proches.

3.   La responsabilité de l’État dans ce scandale est établie et reconnue

La contamination de la Guadeloupe et de la Martinique par le chlordécone est un scandale parce que le caractère hautement toxique de cette molécule était connu depuis le début des années 1970, ce qui n’a pas empêché son utilisation comme insecticide agricole au moins jusqu’en 1993.

En vertu de la loi du 22 décembre 1972, l’État ne pouvait homologuer et autoriser des produits anti-parasitaires que s’il était en mesure de certifier « leur innocuité à l’égard de la santé publique, des utilisateurs, des cultures et des animaux » ([4]). Sa responsabilité dans ce scandale est donc établie, ainsi que l’ont souligné la commission d’enquête conduite par M. Serge Letchimy en 2019 ([5]), mais aussi la justice, qui, par deux fois, a condamné l’État pour des négligences fautives ([6]).

Cette responsabilité résulte non seulement de l’autorisation de l’utilisation du chlordécone entre 1972 et 1993, mais aussi d’une gestion défaillante des stocks après l’interdiction, et d’une prise en compte bien trop tardive des impacts de la pollution au chlordécone, rien n’ayant été fait pour en protéger la population avant le début des années 2000.

Cette responsabilité est désormais reconnue : le Président de la République avait ouvert la voie à cette reconnaissance en soulignant, en 2018, que l’État devait « prendre sa part sa part de responsabilité » et « avancer sur le chemin de la réparation ». Le ministre des outre-mer, M. Manuel Valls, a été encore plus explicite lors de l’examen de la présente proposition de loi au Sénat, en affirmant que « l’État reconnaît pleinement sa responsabilité ».

II.   une proposition de loi pour ancrer la reconnaissance de responsabilité et l’engagement à réparer de l’État

1.   Un texte centré sur la reconnaissance de la responsabilité de l’État et sur la consécration des objectifs de dépollution, réparation et indemnisation qui en découlent

La vocation première de la présente proposition de loi était d’ancrer dans la loi la reconnaissance de la responsabilité de l’État. En effet, si celle-ci n’est pas réellement contestée dans les faits, et si les autorités publiques ont semblé, depuis plusieurs années, vouloir avancer sur ce chemin de reconnaissance et de réparation – notamment avec le plan Chlordécone IV, qui porte une plus grande ambition que les précédents, bien qu’il demeure notoirement en-deçà des besoins – le rapporteur avait souligné que cet engagement demeurait tributaire d’une volonté politique pouvant varier au cours du temps. La reconnaissance de la responsabilité de l’État dans la loi visait donc à donner un ancrage juridique au processus actuel, en posant solennellement les objectifs de dépollution, de réparation et d’indemnisation. Cette reconnaissance avait aussi une portée symbolique : elle permettait d’envoyer un message positif, susceptible de redonner confiance aux populations de Martinique et de Guadeloupe.

Le rapporteur avait assumé le choix d’un texte synthétique, concentré sur cette reconnaissance symbolique, et conçu comme la première pierre d’un édifice – législatif, réglementaire, budgétaire – qui aurait vocation à être étoffé dans le cadre d’un dialogue entre le Parlement, le Gouvernement et les territoires. Sans chercher à tout prévoir dans la loi, il s’était ainsi borné à fixer des objectifs en matière de dépollution, d’indemnisation des victimes et des territoires et de recherche scientifique. Cette liste d’objectifs avait été quelque peu étendue lors de l’examen du texte en première lecture à l’Assemblée nationale.

2.   Une philosophie partagée par le Sénat

Dans l’ensemble, les sénateurs se sont accordés pour préserver la vocation initiale du texte, centré autour de cette reconnaissance de la responsabilité de l’État et de la déclinaison des objectifs prioritaires dans le cadre du processus de réparation qui doit en résulter.

Le Sénat a, de manière regrettable, repris la formulation qui avait été défendue pour les groupes du bloc central lors de l’examen en première lecture à l’Assemblée, et visant à préciser que l’État reconnaît « sa part de responsabilité », et non « sa responsabilité ». Cependant, sur le plan juridique, cette nuance n’emporte pas d’effet particulier. Le principal inconvénient de la rédaction adoptée par le Sénat se situe sur le plan symbolique : elle pourrait donner l’impression d’une reconnaissance « du bout des lèvres ».

Par ailleurs, le Sénat a modifié la liste des objectifs assignés à l’État dans le cadre du processus de réparation ; la rédaction soumise à l’Assemblée nationale en deuxième lecture semble, à cet égard, cohérente et exhaustive. Enfin, il a voulu montrer son engagement en faveur de la réparation de toutes les victimes en votant une demande de rapport sur l’extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes des pesticides (FIVP), actuellement réservé aux seules victimes professionnelles.

III.   un texte de compromis, dont l’adoption rapide apparaît souhaitable

1.   Un texte de compromis

Le rapporteur a conscience que le texte soumis à l’Assemblée nationale en deuxième lecture est un texte de compromis, qui peut susciter certaines frustrations. Cependant, il répond à l’enjeu actuellement prioritaire pour les populations de Guadeloupe et de Martinique : celui d’une reconnaissance officielle de leur souffrance. Cette main tendue est attendue de manière urgente par ces territoires qui sont touchés par tant de maux et de difficultés.

2.   Seule une adoption conforme permettra l’entrée en vigueur de ce texte très attendu à brève échéance

Le rapporteur estime que la seule manière de répondre rapidement à cette attente, et d’ancrer dans la loi le processus de reconnaissance et de réparation par-delà les échéances politiques à venir, est d’adopter le texte qui nous est présenté dans sa rédaction issue du Sénat. Cette adoption conforme permettra une entrée en vigueur immédiate, dès le mois prochain. À l’inverse, si le texte était amendé, son avenir deviendrait très incertain. Rien ne serait pire que de laisser ce processus inachevé – il a fait naître un espoir pour nos concitoyens de Guadeloupe et de Martinique, nous avons le devoir d’entretenir cette flamme d’espérance.

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   Commentaire des articles

Article 1er

Article 1er

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Reconnaissance de la responsabilité de l’État dans les préjudices liés au chlordécone

Adopté par la commission sans modifications

L’article 1er formule la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par la Guadeloupe et la Martinique du fait de l’autorisation de mise sur le marché et de l’utilisation prolongée du chlordécone comme insecticide agricole.

Il énonce par ailleurs une série d’objectifs assignés à l’État du fait de cette responsabilité, de façon à permettre une réparation de ces préjudices. Il confie l’évaluation de l’atteinte de ces objectifs à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst).

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  Les dispositions adoptées par l’Assemblée nationale en première lecture

● L’article 1er porte le cœur du dispositif de la proposition de loi : il formule la reconnaissance de la responsabilité de la République française dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par les territoires et la population de Guadeloupe et de Martinique du fait de l’autorisation de mise sur le marché et de l’utilisation prolongée du chlordécone comme insecticide agricole.

Cette formulation n’a pas été modifiée en première lecture par l’Assemblée nationale.

● Par ailleurs, l’article énonce plusieurs objectifs que la République française s’assigne dans le cadre du processus de réparation devant résulter de cette reconnaissance de responsabilité :

– un objectif de dépollution des terres et des eaux contaminées par la molécule, associé à une priorisation de l’effort de recherche sur ses effets sanitaires et environnementaux. Cet objectif avait été complété, via l’adoption en commission d’un amendement de Mme Sandrine Rousseau et plusieurs de ses collègues du groupe Écologiste - NUPES sous-amendé par le rapporteur, pour inclure également les produits de transformation du chlordécone ;

– un objectif d’indemnisation des victimes de la contamination ainsi que des territoires. Lors de l’examen en séance publique, il avait été complété par l’adoption d’un amendement de M. Jean‑Philippe Nilor et des membres du groupe La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale, pour préciser que cet objectif d’indemnisation concerne toutes les victimes de la contamination, « qu’elle ait eu lieu ou non dans le cadre d’une activité professionnelle » ;

– un objectif d’évaluation « des effets sanitaires et environnementaux des interactions entre l’ensemble des produits phytosanitaires utilisés en Guadeloupe et en Martinique et les produits à base de chlordécone ou ses produits de transformation », ajouté en séance à l’initiative de Mme Sandrine Rousseau et des membres du groupe Écologiste - NUPES. Le rapporteur y avait donné un avis défavorable, estimant que la proposition de loi devait rester centrée sur le sujet du chlordécone ;

– l’objectif d’« établir publiquement la responsabilité des décideurs publics dans ce scandale d’État », ajouté en séance à l’initiative de Mme Sandrine Rousseau et des membres du groupe Écologiste - NUPES, avec l’avis défavorable du rapporteur qui avait jugé que tel n’était précisément pas l’objectif de la proposition de loi, cette mission relevant en réalité de la justice ;

– l’objectif de mettre « en place d’une campagne de prévention sur l’ensemble du territoire national afin de mettre en avant l’existence de la chlordéconémie », ajouté en séance à l’initiative de M. Jean‑Philippe Nilor et des membres du groupe La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale. Le rapporteur s’y était opposé, estimant qu’il était excessif de vouloir conduire cette campagne sur l’ensemble du territoire français, le taux de chlordécone dans le sang étant directement lié à l’exposition alimentaire uniquement observée en Guadeloupe et en Martinique ; il convenait de concentrer les moyens sur ces territoires ;

– l’objectif d’une « amélioration de la prévention sanitaire de la population, avec la mise en place d’un dépistage systématique du cancer de la prostate à partir de quarante‑cinq ans pour les populations de Guadeloupe et de Martinique », introduit en séance à l’initiative de M. Paul‑André Colombani et des membres du groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires. Le rapporteur s’y était opposé au motif que ce dépistage systématique ne se justifiait pas nécessairement au regard des recommandations scientifiques.

● Lors de l’examen en séance publique, l’Assemblée nationale avait également voté, à l’initiative de Mme Charlotte Parmentier-Lecocq et des membres du groupe Renaissance, avec l’avis favorable du rapporteur, un amendement portant engagement de la République à conduire des « actions visant à supprimer le risque d’exposition à la chlordécone en priorité pour protéger la santé des populations ».

● Enfin, également à l’initiative de Mme Charlotte Parmentier-Lecocq et des membres du groupe Renaissance, l’Assemblée nationale a adopté un amendement sous-amendé par le rapporteur, visant à confier l’évaluation de l’atteinte des objectifs susmentionnés à une instance indépendante, laquelle devrait rendre un premier rapport au Parlement avant la fin 2025, puis périodiquement, tous les trois ans.

2.   Les dispositions adoptées par le Sénat en première lecture

● Suivant l’avis de la commission, le Sénat a modifié la rédaction de l’article 1er pour reconnaître à l’État, et non à la République française, une « part de responsabilité », plutôt qu’une « responsabilité » pleine et entière. Il convient de noter que le ministre des outre-mer, M. Manuel Valls, avait initialement déposé un amendement visant à rétablir la rédaction de l’Assemblée nationale mais l’a finalement retiré en séance, tout en se disant favorable à ce rétablissement.

En revanche, le Sénat n’a pas suivi l’avis de la commission visant à substituer à la notion de préjudice moral celle de « préjudice moral d’anxiété ». Le Gouvernement, qui était à l’initiative du rétablissement de la rédaction de l’Assemblée nationale, a indiqué que cette substitution aurait restreint le champ des préjudices pris en compte, le préjudice moral d’anxiété se rapportant essentiellement – si l’on se fie à la définition qui en a été donnée par la jurisprudence – à l’angoisse de développer une pathologie pour certaines personnes directement exposées.

● Par ailleurs, le Sénat a modifié la liste des objectifs assignés à l’État du fait de sa responsabilité dans la contamination au chlordécone. Certains objectifs ont été complétés ou ajoutés :

– l’objectif de dépollution a été complété pour englober la recherche sur « les techniques et procédés de séquestration, de remédiation et de dégradation de la molécule permettant une décontamination à grande échelle des milieux naturels, une sécurisation des ressources et une minimisation de l’exposition alimentaire », à l’initiative du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, avec un avis favorable de la commission et défavorable du Gouvernement ;

– un objectif d’accompagnement des « professionnels de la pêche et de l’agriculture affectés par cette pollution pour favoriser une production locale sans risque chlordécone » a été ajouté à l’initiative du Gouvernement, avec un avis favorable de la commission ;

– l’objectif de « rechercher et caractériser l’apparition de pathologies développées par les femmes en raison d’une exposition au chlordécone » a été ajouté à l’initiative de la commission.

● À l’inverse, d’autres objectifs ont été supprimés, car considérés comme insuffisamment pertinents. Ils correspondent aux objectifs pour lesquels le rapporteur avait émis un avis défavorable en première lecture :

– l’objectif d’établir publiquement la responsabilité des décideurs politiques ;

– celui de mettre en place une campagne de promotion de la chlordéconémie sur l’ensemble du territoire national ;

– et celui d’organiser un dépistage systématique du cancer de la prostate.

● Enfin, le Sénat a fait le choix, à l’initiative du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, de confier l’évaluation de l’atteinte des objectifs susmentionnés à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Il a par ailleurs adopté un amendement du Gouvernement visant à ce que le premier rapport d’évaluation soit rendu au plus tard un an après la date de promulgation de la présente loi.

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Article 1er

Article 1er bis

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 A
Demande de rapport sur l’extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides aux victimes non professionnelles du chlordécone

Adopté par la commission sans modifications

L’article 1er bis A demande au Gouvernement de remettre un rapport au Parlement sur l’extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides aux victimes non professionnelles du chlordécone.

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  Les dispositions adoptées par le Sénat en première lecture

● Le présent article résulte de l’adoption en séance publique, par le Sénat, d’un amendement du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain, avec l’avis favorable de la rapporteure et défavorable du Gouvernement.

Il vise à demander au Gouvernement un rapport « évaluant l’opportunité et la faisabilité d’une extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides [...] à l’ensemble des personnes souffrant d’une maladie, inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d’État conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale et résultant d’une exposition au chlordécone ».

● Le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides (FIVP) a été créé par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2020 ([7]) afin d’assurer la réparation forfaitaire des dommages subis par l’ensemble des personnes dont la maladie est reconnue comme étant liée à une exposition professionnelle aux pesticides.

Les travailleurs des bananeraies de Guadeloupe et de Martinique ont ainsi vocation à bénéficier de ce fonds dès lors qu’ils ont été exposés au chlordécone et qu’ils ont développé une maladie pour laquelle le lien avec l’exposition à cet insecticide est validé scientifiquement. En 2021, le cancer de la prostate a été reconnu comme maladie professionnelle, ce qui permet désormais aux travailleurs agricoles concernés de déposer un dossier de demande d’indemnisation auprès du FIVP. L’association Phyto-victimes est subventionnée par l’État pour les accompagner dans ces démarches qui peuvent s’avérer complexes.

● Si l’accompagnement par Phyto-victimes et la communication qui a été faite autour du FIVP ont permis une augmentation régulière du nombre de dossiers acceptés, les indemnisations consenties demeurent particulièrement marginales au regard du nombre de victimes potentielles du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique. Lors de l’examen de première lecture, le rapporteur faisait le constat que seules une soixantaine de personnes percevaient une indemnisation, ce qui représentait 0,007 % de la population antillaise. Ainsi, la restriction du bénéfice du FIVP aux seules victimes professionnelles apparaissait particulièrement préjudiciable et peu justifiable dans ces territoires, où 90 % de la population se trouve exposée au chlordécone.

● Dès lors, le Sénat a estimé qu’il convenait d’étudier la possibilité d’étendre le bénéfice du FIVP aux victimes non professionnelles qui auraient contracté une maladie dont le lien avec l’exposition au chlordécone est validé scientifiquement. Lors de l’examen en séance publique, le Gouvernement a reconnu la validité de cette réflexion en soulignant qu’il s’engageait à lancer une mission inter-inspections étudiant l’extension de l’indemnisation aux victimes non professionnelles. Le présent article pourra ainsi se traduire par la communication au Parlement du rapport des inspections, dont le travail est encore en cours.

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Article 1er

Article 1er bis

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Demande de rapport sur la présence de chlordécone et de ses métabolites dans les sols dans d’autres territoires français

Adopté par la commission sans modifications

L’article 1er bis résulte de l’adoption d’un amendement du groupe groupe La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale en première lecture à l’Assemblée nationale ; il vise à faire la lumière sur la présence éventuelle de chlordécone et de ses métabolites sur d’autres territoires français que ceux des Antilles.

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  Les dispositions adoptées par l’Assemblée nationale en première lecture

L’article 1er bis résulte de l’adoption en séance publique d’un amendement de M. Jean‑Philippe Nilor et des membres du groupe La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale, avec l’avis défavorable du Gouvernement et du rapporteur.

Il vise à demander au Gouvernement, avant le 1er janvier 2025, un rapport destiné à examiner « la présence ou l’absence de chlordécone et de ses métabolites dans les sols du territoire national, en particulier dans les zones actuellement productrices ou ayant produit des pommes de terre ou des plants de pommes de terre, ou autres produits végétaux susceptibles d’avoir été traités par cette molécule, ainsi que dans les zones agricoles de l’ile de La Réunion où il aurait pu être utilisé ». Il s’agit ainsi d’élargir le spectre de la présente proposition de loi de façon à envisager les impacts potentiels de cette molécule sur d’autres territoires français que ceux des Antilles.

Les auteurs de l’amendement ont mis en avant un rapport de l’Opecst publié en 2009 ([8]), qui indiquait qu’il existait une incertitude quant à la destination de 1500 tonnes de chlordécone importées en Europe via la société Spieß und Sohn, basée en Allemagne. Ils posent la question de son utilisation sur l’Île de la Réunion, également productrice de bananes, et soulignent par               ailleurs qu’il a pu être utilisé sur les cultures de pommes de terre afin de lutter contre le ver taupin, ou sur d’autres cultures dans le cadre du traitement contre le mildiou.

2.   Les dispositions introduites par le Sénat en première lecture

● Le Sénat a maintenu l’article 1er bis, revenant sur sa suppression initiale par la commission saisie au fond.

Bien que les chercheurs considèrent qu’il soit peu probable que cette molécule ait été utilisée dans l’Hexagone ou à La Réunion, le fait que des traces de chlordécone ont été retrouvées dans des organismes récifaux de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie a incité la rapporteure et le Gouvernement à donner un avis de sagesse au rétablissement de cette demande de rapport, dont le rendu a été repoussé au 1er janvier 2026.

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Article 1er

Article 1er ter

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Consécration d’une stratégie pluriannuelle

Adopté par la commission sans modifications

L’article 1er ter vise à donner une base juridique pérenne aux plans Chlordécone destinés à proposer des solutions aux personnes impactées par cette contamination. Il consacre ainsi l’existence d’une stratégie pluriannuelle définie par arrêté conjoint des ministres concernés.

1.   Les dispositions introduites par le Sénat en première lecture

L’article 1er ter résulte de l’adoption, avec l’avis favorable de la commission, d’un amendement présenté par le Gouvernement en séance publique au Sénat.

Il vise à consacrer dans la loi l’existence d’une stratégie pluriannuelle dédiée à l’atteinte des objectifs fixés à l’article 1er. Cette stratégie a vocation à être définie par arrêté conjoint des ministres de l’outre-mer, de la santé, de l’agriculture, de l’environnement, de la recherche, de la pêche, de l’éducation et du travail.

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Article 2

Article 2

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Gage de recevabilité financière

Adopté par la commission sans modifications

L’article 2 prévoit la compensation de la charge résultant, pour l’État, de la mise en œuvre de la présente proposition de loi, au moyen d’une contribution additionnelle à l’accise sur les tabacs.

1.   Les dispositions introduites par l’Assemblée nationale en première lecture

La présente proposition de loi emporte des conséquences financières pour l’État, au titre du processus de réparation des préjudices liés à la pollution au chlordécone. Dans sa version initiale, elle comportait donc un gage visant à en compenser la charge pour l’État par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs.

Lors de l’examen en séance publique, ce gage de recevabilité « classique » a été complété par un autre dispositif conçu selon le principe du « pollueur-payeur ». À l’initiative de Mme Sandrine Rousseau et des membres du groupe Écologiste - NUPES, un amendement a ainsi été adopté, avec l’avis favorable du rapporteur, pour prévoir que la charge serait également compensée par la création d’une taxe additionnelle de 15 % sur les bénéfices générés par l’industrie des produits phytosanitaires pour les sociétés réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 250 millions d’euros.

2.   Les modifications adoptées par le Sénat en première lecture

Le Sénat, suivant l’avis de la commission et du Gouvernement, a supprimé le gage additionnel ajouté par l’Assemblée nationale, considérant qu’il existait déjà une taxation spécifique sur les industries phytopharmaceutiques.

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   travaux de la commission

Lors de sa première réunion du mercredi 27 mai 2026, la commission examine la proposition de loi, adoptée par le Sénat, visant à reconnaître la responsabilité de l’État et à indemniser les victimes du chlordécone (n° 1578) (M. Elie Califer, rapporteur) ([9]).

M. le président Frédéric Valletoux. Cette proposition de loi, inscrite à l’ordre du jour transpartisan de la séance publique à partir de mardi prochain, a déjà été adoptée par l’Assemblée nationale en première lecture en février 2024. Nous l’examinons en deuxième lecture selon la procédure de législation en commission.

M. Elie Califer, rapporteur. Cela fait effectivement presque deux ans et demi que nous avons adopté cette proposition de loi en première lecture, le 29 février 2024. Le Sénat l’a adoptée à son tour en juin 2025, il y a presque un an, et c’est seulement maintenant que ce texte nous revient. Le temps du législateur est parfois très long, trop long. Pendant ce temps, les populations de Guadeloupe et de Martinique souffrent et désespèrent.

Puisque certains d’entre vous n’étaient pas là en 2024, je rappellerai rapidement ce qu’est le scandale du chlordécone, pour que chacun puisse en prendre la mesure et, je l’espère, adhérer à la démarche de ce texte.

Entre 1972 et 1993, l’État français a pris la responsabilité d’autoriser la mise sur le marché et l’utilisation prolongée du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique, pour lutter contre le charançon du bananier, en violation de la loi du 22 décembre 1972. Dès cette époque, il avait pourtant tous les moyens de savoir que cet insecticide, déjà interdit par de nombreux autres pays, était hautement toxique ; cela ne l’a pas empêché de maintenir son utilisation dans nos seuls territoires de Martinique et de Guadeloupe. Peut-être répondait-il ainsi à la demande de la filière de la banane – mais c’est bien à l’État, plutôt qu’aux producteurs, que le législateur avait confié l’examen de l’innocuité des pesticides.

Non seulement l’État a failli à sa responsabilité de n’autoriser que des pesticides dont l’innocuité pour la santé et l’environnement était prouvée, mais il a aussi failli à sa responsabilité de protéger la population, lorsqu’il est apparu que le chlordécone avait très largement contaminé l’environnement et les écosystèmes de Guadeloupe et de Martinique. La chlordécone est une molécule reprotoxique et rémanente, qui a contaminé tous les compartiments de l’environnement. En contaminant les sols, elle a contaminé les produits agricoles, les bovins, les ovins. En contaminant les eaux, elle a contaminé les produits de la pêche et de l’aquaculture, ainsi que l’eau du robinet. Selon la dernière étude Kannari réalisée par Santé publique France, plus de 90 % de la population a du chlordécone dans le sang – 92 % ou 93 % pour la Martinique.

Les conséquences sont dramatiques pour nos territoires. Elles sont d’abord sanitaires, car le chlordécone est un perturbateur endocrinien. Même si la recherche est encore beaucoup trop faible sur son impact, on a déjà établi des liens avec de nombreux fléaux qui touchent nos territoires : cancer de la prostate et autres maladies hormono-induites, prématurité, troubles du développement et obésité infantile... Nos enfants portent le poids de ce scandale, qui affectera aussi les générations à venir. Les chercheurs ont montré que l’exposition au chlordécone réduisait significativement la fertilité des jeunes femmes. Nous commençons tout juste à prendre la mesure de cet impact sanitaire, qui est massif.

Le préjudice est aussi écologique et économique. Aucune technique ne permet de dépolluer les sols de Martinique et de Guadeloupe. La seule solution pour réduire l’exposition de la population est de ne plus cultiver les sols pollués, de ne plus pêcher dans les eaux contaminées, et de ne plus vendre les produits végétaux ou animaux qui dépassent un certain seuil de résidus de chlordécone. Cela a des conséquences économiques très concrètes pour la population : les pêcheurs doivent s’équiper pour aller pêcher au large, les fermes aquacoles ferment, les éleveurs doivent décontaminer leurs bêtes, le tout avec des aides de l’État très insuffisantes. Résultat, nous sommes obligés d’importer toujours plus, au détriment de la souveraineté alimentaire de nos territoires.

Aujourd’hui, les Guadeloupéens et les Martiniquais vivent dans l’angoisse du lendemain, dans la crainte de ne pas s’en sortir financièrement. Ils se pensent condamnés et désespèrent. Ils se sentent abandonnés par l’État. Certains rapports évoquent les Antilles comme des terres sacrifiées. C’est pourquoi cette proposition de loi est attendue, nécessaire et urgente.

L’État a mis très longtemps à prendre la mesure du scandale du chlordécone. Si la molécule a été retirée du marché en 1993, les premiers plans visant à prendre des mesures de protection et de réparation pour la population n’ont été engagés qu’à partir de 2008, et tout le monde convient qu’ils n’étaient pas du tout à la hauteur de l’enjeu.

Ces derniers temps, on a vu une amorce de réponse de l’État, avec la mise en œuvre du plan Chlordécone 4 et la reconnaissance hésitante d’une responsabilité par le président Macron en 2018. Mais l’engagement de l’État demeure très insuffisant, et aléatoire. Il est tributaire des fluctuations de la vie politique. Qui sait ce qu’il adviendra en 2027 ?

Nous sommes au tout début d’un processus qui doit absolument monter en puissance. Il faut financer la recherche pour mieux cerner l’impact sanitaire du chlordécone, mieux connaître les sols contaminés et l’impact des métabolites de ce produit, et mettre au point des techniques de dépollution. Et l’on ne peut en rester à l’indemnisation des seules victimes professionnelles du chlordécone quand on sait que plus de 90 % de la population y est exposée, avec un impact sanitaire manifeste.

C’est la raison pour laquelle nous devons adopter cette proposition de loi telle qu’elle nous est soumise aujourd’hui, quand bien même elle ne serait pas parfaite.

Que prévoit ce texte ? Il inscrit dans la loi la reconnaissance de la responsabilité de l’État dans le scandale du chlordécone et affirme solennellement ce qui en découle : la dépollution des territoires, la protection de la population, la réparation des préjudices subis et l’indemnisation de toutes les victimes, professionnelles ou non.

Le Sénat a apporté au texte que nous avions adopté en première lecture des modifications qui n’altèrent pas la philosophie que je viens de décrire. Certains ajouts sont bienvenus – je pense notamment à la question de l’impact sanitaire sur les femmes, trop longtemps passée sous silence.

Ainsi, il s’agit d’un texte de compromis. Chacun pourrait trouver des raisons de le modifier encore, pour le faire aller dans un sens ou dans l’autre. Mais alors, nous repartirions pour une navette d’autant plus incertaine qu’elle sera interrompue par l’élection présidentielle de 2027.

Je me résous donc à préconiser la seule solution qui me semble aujourd’hui susceptible de répondre aux besoins et aux attentes de nos concitoyens de Guadeloupe et de Martinique : je pense que nous devons voter ce texte conforme, c’est-à-dire tel que le Sénat l’a adopté il y a un an. Cela mettra fin à la navette parlementaire et permettra une entrée en vigueur du texte dès le mois prochain. Nous avons le devoir d’entretenir la flamme d’espérance que cette proposition de loi a fait naître chez nos concitoyens.

Je vous demande donc de faire preuve de retenue lors de l’examen des amendements, d’autant que ce texte est examiné selon la procédure de législation en commission, ce qui signifie qu’il sera en principe adopté tel que nous le voterons ce matin. Je ne dis pas que les amendements que vous défendrez ne sont pas légitimes ou intéressants, mais convenons qu’ils ne changeront pas le fond du texte ! En revanche, leur adoption aurait pour effet de repousser l’adoption définitive de cette proposition de loi à un avenir particulièrement incertain. Avant de voter chacun de ces amendements, je vous invite donc à penser aux populations et aux associations qui attendent depuis deux décennies ce geste de reconnaissance et de responsabilité.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

M. Serge Muller (RN). Le scandale du chlordécone constitue l’une des plus graves fautes sanitaires et environnementales commises par l’État français dans nos territoires ultramarins. Pendant plus de vingt ans, entre 1972 et 1993, l’utilisation de ce pesticide hautement toxique a été autorisée dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe, alors même que sa dangerosité était connue. Aujourd’hui encore, les conséquences sont dramatiques. Les sols, les cours d’eau, les nappes phréatiques et les espaces maritimes demeurent durablement contaminés. Plus grave encore, des générations entières de nos compatriotes antillais vivent désormais avec l’angoisse permanente de développer des pathologies lourdes – cancer de la prostate, infertilité, troubles neurologiques, méningiomes. Les juridictions administratives ont reconnu les carences fautives et les négligences de l’État.

Marine Le Pen fut la première responsable politique nationale à donner l’alerte contre ce scandale sanitaire. Depuis des années, nous demandons un véritable plan d’urgence interministériel associant la santé, l’agriculture, l’outre-mer, l’environnement et les finances. Nous proposons un audit écologique et médical complet, un dépistage systématique des populations, le financement massif de la recherche pour dépolluer les terres contaminées, la reconversion des exploitations agricoles, le soutien aux pêcheurs durement touchés ainsi que la création d’un fonds d’indemnisation des victimes.

Nos compatriotes ultramarins demandent la justice, la vérité et la protection de leur santé. Il est temps que l’État assume pleinement ses responsabilités et mette enfin un terme à l’abandon de l’outre-mer. Pour toutes ces raisons, nous voterons cette proposition de loi.

M. Jean-François Rousset (EPR). Je tiens tout d’abord à remercier notre collègue rapporteur, Elie Califer, d’avoir porté ce sujet à notre attention. Derrière ce texte, il y a des populations meurtries dans leur santé, dans leur terre, dans leur quotidien, qui attendent depuis trop longtemps que la République prenne ses responsabilités. Le chlordécone utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe a contaminé durablement les sols, les eaux et les corps. Cette molécule est classée cancérigène probable et perturbateur endocrinien ; plusieurs études ont établi une corrélation avec le cancer de la prostate.

Ainsi, ce texte est bienvenu, et même nécessaire. Le Président de la République avait d’ailleurs solennellement annoncé, en 2018, en Martinique, que l’État prendrait sa part de responsabilité dans ce scandale environnemental. Il appartient désormais au législateur de traduire cet engagement dans la loi : c’est ce que nous faisons aujourd’hui.

Toutefois, le groupe Ensemble pour la République est attentif à la précision de cette reconnaissance. La rédaction initiale de la proposition de loi imputait à la seule République française l’ensemble des préjudices sanitaires, écologiques et économiques subis par les populations. Cette formulation ne reflète pas la réalité, car les élus locaux et les acteurs économiques portent aussi une part de responsabilité. Reconnaître dans la loi la responsabilité exclusive de l’État aurait risqué de fausser les contentieux à venir.

C’est précisément sur ce point que le Sénat a apporté les corrections nécessaires, en remplaçant la notion de « République française » par celle d’« État » et en précisant la part de responsabilité reconnue. Ce faisant, le Sénat a rejoint la position que notre groupe avait défendue dès la première lecture. Ce travail a abouti à un texte équilibré, juridiquement solide et respectueux de la vérité et des faits. En l’état, le groupe Ensemble pour la République soutiendra donc l’adoption conforme de cette proposition de loi.

Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Dans quels esprits pétris d’une supériorité coloniale violente et malsaine la persistance du chlordécone a-t-elle pu mûrir au fil des décennies ? Comment ce produit neurotoxique, violent pour les générations présentes et à venir, a-t-il pu être autorisé vingt années de plus aux Antilles qu’aux États-Unis ? L’histoire instruit déjà ce procès, et les responsabilités de l’État doivent être clairement établies.

Cette proposition de loi commence à tracer un chemin. Nous souhaitons l’emprunter résolument, car trop d’injustice a semé une colère bien compréhensible, que nos collègues guadeloupéens et martiniquais connaissent aussi bien qu’ils l’éprouvent. Nous demandons justice avec eux, et il faudra bien qu’elle soit faite. Le non-lieu prononcé en 2023, même si les juges ont reconnu l’existence d’un scandale sanitaire, a choqué très largement, car il heurtait la réalité vécue par les peuples guadeloupéen et martiniquais. Que notre assemblée vote ce texte serait un symbole fort, alors que la décision de rouvrir ou non l’enquête en appel sera prise le mois prochain.

Plus de 10 000 ans : voilà la durée des effets du chlordécone dans les corps, les terres et les eaux. Il se passera autant de temps avant que ces effets se dissipent qu’entre l’invention de l’agriculture et maintenant. La France connaît, à cause du chlordécone, le taux de cancer de la prostate le plus élevé au monde. Ce produit affecte le neurodéveloppement des enfants et crée de l’infertilité chez les femmes.

C’est la conjonction du capitalisme et d’une structure coloniale qui a conduit à cette situation aussi violente qu’intolérable. Tout pour les profits, rien pour les travailleurs antillais ! Et la répression s’abat, aveugle à l’injustice. Le 14 février 1974, en Martinique, elle a tué Ilmany Sérier et Georges Marie-Louise, deux ouvriers de la banane en grève pour l’augmentation des salaires et contre l’utilisation du chlordécone. Cinquante ans plus tard, le 16 juillet 2020, à Fort-de-France, elle a tabassé et fracassé le crâne de Keziah Nuissier, un étudiant de 21 ans qui s’opposait au chlordécone.

Assez de ce poison ! Le temps de la justice est venu. Le chemin s’ouvre grâce à ce texte, que nous voterons. De ce scandale comme de celui de l’amiante, il nous faudra enfin tirer les leçons. Stop au permis de tuer donné aux multinationales, du glyphosate au cadmium, aux substances per- ou polyfluoroalkylées (Pfas) et à l’acétamipride, que l’on tente encore de réintroduire ! Il faut en finir avec l’empoisonnement du monde.

M. Arnaud Simion (SOC). La portée de ce texte va au-delà de sa dimension juridique. Alors ce matin, point de polémique. Monsieur Muller, il est faux et mensonger de dire que Marine Le Pen a été la première à donner l’alerte contre le chlordécone. Cette proposition de loi est l’aboutissement d’un long travail parlementaire, engagé par le groupe socialiste pendant la XVe législature et nourri notamment par les travaux de la commission d’enquête sur l’utilisation du chlordécone et du paraquat.

Ce travail a permis d’établir avec clarté ce que beaucoup savaient déjà : nous ne sommes pas confrontés à une simple erreur d’appréciation ou à un accident de parcours administratif, mais à une décision publique maintenue malgré les alertes, les connaissances scientifiques disponibles et les risques identifiés. Les conclusions de cette commission d’enquête sont sans ambiguïté : l’État a autorisé l’emploi de cette substance et en a prolongé l’usage par des dispositifs dérogatoires alors même que des signaux d’alerte existaient déjà. Cette responsabilité ne peut plus être relativisée ni reportée sur d’autres acteurs. Les conséquences s’en font toujours sentir aujourd’hui.

Ce texte a au moins trois ambitions. D’abord, il inscrit dans la loi la reconnaissance explicite de la responsabilité de l’État dans les préjudices sanitaires, moraux, économiques et écologiques subis par les territoires concernés. Ensuite, il élargit l’indemnisation au-delà des seules victimes professionnelles, afin que toutes les personnes contaminées puissent en bénéficier. Enfin, il engage l’État dans une stratégie durable de dépollution des terres et des eaux et fait de la recherche scientifique sur les effets de cette pollution une priorité nationale.

En votant ce texte conforme, sans modification, nous permettrons son adoption définitive et enverrons un message clair, celui d’un Parlement qui reconnaît les faits et ouvre enfin la voie à une réparation complète et juste. Reconnaître la responsabilité de l’État n’effacera pas les conséquences du passé, mais ce sera une étape essentielle pour restaurer la confiance.

M. Jérôme End (DR). Pesticide très toxique, le chlordécone a été massivement utilisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique afin de lutter contre le charançon de la banane. La quasi-totalité des Guadeloupéens et des Martiniquais ont été contaminés par ce pesticide, qui augmente notamment le risque de survenue du cancer de la prostate. Toxique et bioaccumulable, le chlordécone n’est plus utilisé depuis 1993 mais reste présent dans les sols et peut se retrouver dans certaines denrées végétales et animales ainsi que dans certains captages d’eau. La Guadeloupe et la Martinique ne peuvent ainsi vendre les produits agricoles issus des sols contaminés, ni les produits de la mer contaminée.

Leur population demande depuis de nombreuses années à être reconnue et indemnisée pour le préjudice sanitaire, environnemental et économique qu’elle subit. La prise de conscience de l’État l’a conduit à mettre en œuvre une succession de plans Chlordécone, visant à sensibiliser et à protéger les populations, à soutenir les professionnels touchés et à améliorer les connaissances sur ces produits.

Le présent texte propose d’aller plus loin en reconnaissant la responsabilité de la République française dans les préjudices subis par les territoires de Guadeloupe et de Martinique et par leur population, en enjoignant à l’État d’établir un objectif de dépollution des terres et des eaux contaminées et d’ériger comme priorité nationale la recherche scientifique sur les effets sanitaires et environnementaux de la molécule, en fixant un objectif d’indemnisation des victimes de contamination et de leur territoire, en prévoyant un rapport sur une possible extension du périmètre du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides et un autre établissant la présence ou l’absence de chlordécone dans les sols du territoire national, et enfin en inscrivant dans la loi les objectifs de la stratégie Chlordécone.

Il est absolument nécessaire d’éviter qu’un tel drame se reproduise et d’apporter une réponse à toutes les victimes du chlordécone. C’est pourquoi le groupe Droite Républicaine souscrit à l’objectif de ce texte. Depuis 1999, la droite a été la première à édicter un ensemble de mesures sanitaires et agronomiques de protection contre les effets du chlordécone. C’est François Fillon, alors Premier ministre, qui a élaboré pour la première fois, en 2008, un plan Chlordécone reposant sur quarante actions et fédérant l’action de sept ministères et quinze organismes de recherche. Notre groupe veillera toutefois à ce que cette proposition de loi ne serve pas de prétexte pour définir un écocide – nous en avions débattu en première lecture. C’est à la justice qu’il revient de trancher sur d’éventuelles responsabilités pénales en instruisant les plaintes déposées.

Mme Sandrine Rousseau (EcoS). Entre ce qui se passe dans l’hémicycle sur le projet de loi d’urgence agricole et ce qu’on entend dans cette commission, la dissonance cognitive guette !

Il y a des scandales qui ne vieillissent pas : le chlordécone, trente ans après, conserve toute sa gravité. De 1972 à 1993, cet insecticide cancérigène a été répandu à mains nues sur les terres de Guadeloupe et de Martinique. L’État le savait dangereux dès les années 1970, mais n’a rien fait, par mépris pour les Antillais et par soumission aux exigences du profit. Pire, il a sciemment laissé, pendant plus de vingt ans, intoxiquer les terres et empoisonner les gens ; en 1974, il a réprimé dans le sang les manifestations des ouvriers agricoles qui demandaient l’interdiction de ce produit.

Résultat de ce crime colonial : des sols, des terres agricoles, contaminés pour des centaines d’années ; des traces dans le sang de 90 % des Antillais ; un taux d’incidence du cancer de la prostate parmi les plus élevés au monde ; des cancers du sein, de l’utérus, de l’estomac ; des cas d’endométriose pour les femmes, notamment les ouvrières non déclarées – parce que, oui, il y avait des ouvrières non déclarées.

La commission d’enquête parlementaire l’a dit, la responsabilité de l’État doit être reconnue ; elle l’oblige à mettre en place des mesures de réparations exceptionnelles. La cour administrative d’appel de Paris l’a confirmé en mars 2025, en jugeant que l’État a commis des fautes en autorisant la vente de cet insecticide, en l’homologuant et en autorisant son usage à titre dérogatoire de 1990 à 1993.

La proposition de loi prévoit enfin une indemnisation de toutes les victimes et la reconnaissance de la responsabilité de l’État. Notre groupe l’avait soutenue et enrichie en 2024. Nous regrettons que le Sénat soit revenu sur plusieurs mesures fortes introduites en première lecture, parmi lesquelles le dépistage systématique du cancer de la prostate à partir de 45 ans aux Antilles, l’établissement de la responsabilité des décideurs politiques impliqués et la mise à contribution des pollueurs pour financer l’indemnisation des victimes.

Face à l’ampleur du scandale et à ses conséquences douloureuses et durables, les peuples de Guadeloupe et de Martinique doivent obtenir la reconnaissance de toutes les responsabilités, et de véritables politiques de réparation doivent être menées.

À l’heure où tant de parlementaires veulent favoriser les pesticides, plaidant pour le maintien du glyphosate ou la réintroduction de l’acétamipride, les conséquences de l’utilisation du chlordécone devraient vraiment, sérieusement, alerter la représentation nationale.

Nous voterons cette loi indispensable.

Mme Sabine Gervais (Dem). Nous abordons aujourd’hui un sujet particulièrement sensible, tant il suscite d’émotions, d’incompréhension et de colère chez nos compatriotes antillais. Le chlordécone a été répandu sur les bananeraies de la Martinique et de la Guadeloupe pendant plus de vingt ans, dont trois au-delà de son interdiction officielle en raison de sa dangerosité avérée. En raison de sa rémanence, la molécule a continué de contaminer les sols, les eaux, la faune, la flore et malheureusement aussi la population, en particulier par le biais de la chaîne alimentaire.

Face aux conséquences durables de cette pollution sur la santé, l’environnement, l’agriculture et l’économie locale, associations et élus se battent depuis des années pour obtenir la reconnaissance d’un scandale sanitaire, une réparation et une prise en charge des victimes. La proposition de loi d’Elie Califer constitue une nouvelle expression de ce combat.

Ces demandes sont légitimes. Il existe de toute évidence une responsabilité partagée entre les acteurs économiques, les scientifiques et les gouvernements de l’époque, qui ont, en toute connaissance de cause, autorisé l’épandage de produits à base de chlordécone à titre dérogatoire jusqu’en 1993. Ceux qui ont fabriqué, ceux qui ont autorisé et ceux qui ont utilisé le chlordécone sont conjointement responsables.

Le dire ne revient pas à exonérer l’État de sa responsabilité. En 2018, le Président de la République, Emmanuel Macron, a reconnu solennellement que l’État devait prendre sa part de responsabilité dans cette pollution, invitant à avancer sur le chemin de la réparation et des projets. C’était là un acte politique important, auquel nombre de gouvernants s’étaient jusqu’alors refusés.

Depuis, l’État a multiplié les réponses concrètes : plans Chlordécone successifs, gratuité des tests sanguins, reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie professionnelle, inclusion de l’exposition au chlordécone parmi les causes de prise en charge par le fonds d’indemnisation des victimes de pesticides, compensation des dommages économiques, soutien financier à la recherche.

Pour autant, nous sommes ici en présence de demandes d’une autre nature. Nos compatriotes antillais adressent à l’État une demande de plus grande transparence. Ils veulent que cet événement soit inscrit dans la mémoire collective. C’est un premier pas vers la guérison, et aussi pour réparer la confiance et éviter que des événements identiques ne se reproduisent à l’avenir. Nous y voyons une réponse nécessaire à un ressentiment légitime profondément ancré dans la relation entre les Antilles et la métropole.

Nous serons toutefois attentifs aux conséquences juridiques qu’engendrerait une reconnaissance inédite de la responsabilité de l’État. Une formulation mal calibrée pourrait ouvrir des contentieux sans mieux protéger les victimes. C’est pourquoi nous veillerons à ce que la rédaction de ce texte soit améliorée, afin d’être à la hauteur de ses ambitions. C’est dans cet esprit que Les Démocrates voteront en faveur de cette proposition de loi.

M. Pierre Marle (HOR). Cette proposition de loi, déposée par le groupe Socialistes et apparentés, vise à reconnaître la responsabilité de l’État dans le drame de la chlordécone, à fixer des objectifs de dépollution et à établir un principe général d’indemnisation des victimes.

Personne ici n’ignore l’ampleur de la contamination. Pendant des décennies, ce pesticide a imprégné les sols, les eaux et les corps en Guadeloupe et en Martinique. Dès 2018, le Président de la République a, le premier, reconnu la part de responsabilité de l’État dans ce scandale environnemental et sanitaire.

La rédaction initiale de la proposition de loi soulevait deux difficultés majeures : elle imputait à l’État une responsabilité pleine et entière, passant sous silence la part des autres acteurs ; et elle n’avait pas de portée normative. La navette parlementaire a permis d’y apporter des réponses substantielles.

En premier lieu, l’adoption au Sénat d’un amendement de la rapporteure a précisé que l’État a « sa part » de responsabilité, ce qui, sans amoindrir cette reconnaissance, est davantage conforme à la réalité des coresponsabilités, comme les juridictions l’ont elles‑mêmes admis. En deuxième lieu, le texte issu du Sénat ancre désormais dans la loi les ambitions de la stratégie Chlordécone, un nouvel article 1er ter prévoyant que l’État « élabore et met en œuvre une stratégie pluriannuelle dédiée » définie par arrêté ministériel. Enfin, la suppression par le Sénat de la taxe de 15 % sur les bénéfices de l’industrie phytosanitaire rétablit le caractère strictement déclaratif du gage financier sans créer de fiscalité nouvelle de circonstance.

Pour l’ensemble de ces raisons, le groupe Horizons & Indépendants votera en faveur de ce texte tel que modifié par le Sénat.

Mme Audrey Abadie-Amiel (LIOT). Nous souhaitons d’abord remercier notre rapporteur pour son travail sur ce texte essentiel, en particulier pour les populations de Guadeloupe et de Martinique. Après avoir soutenu ce texte en première lecture, notre groupe fera bien sûr de même en deuxième lecture.

Pourtant, l’examen au Sénat nous laisse un sentiment contrasté, plusieurs avancées importantes adoptées à l’Assemblée nationale ayant malheureusement été remises en cause. Le Sénat a ainsi supprimé la mention des territoires parmi les bénéficiaires du fonds d’indemnisation des victimes. Nous regrettons également que la notion de préjudice moral d’anxiété ait été retirée du champ de la responsabilité de l’État. Cette notion, qui recouvre les conséquences psychologiques résultant de la conscience de courir un risque élevé de développer une pathologie grave, avait pourtant été ajoutée en commission au Sénat. Elle a été supprimée après une seconde délibération demandée par le Gouvernement et alors même que la cour administrative d’appel de Paris estimait que ce préjudice était établi pour plusieurs victimes. De la même manière, nous déplorons la disparition d’un objectif que nous avions fait introduire par amendement à l’Assemblée nationale : celui de déployer une campagne de dépistage du cancer de la prostate dès 45 ans en Guadeloupe et en Martinique.

Toutefois, le Sénat a aussi apporté des améliorations. Le renforcement des objectifs de recherche sur les pathologies liées à l’exposition au chlordécone, notamment pour les femmes, va dans le bon sens, et l’inscription dans la loi d’une stratégie pluriannuelle dédiée à la lutte contre les conséquences de la pollution au chlordécone nous paraît utile pour donner un caractère plus concret et plus durable aux engagements pris par l’État.

Le groupe LIOT aurait souhaité soutenir des amendements permettant de renforcer l’indemnisation des victimes et des territoires, d’améliorer le dépistage et la prise en charge sanitaire et de continuer à faire toute la lumière sur le scandale du chlordécone. Néanmoins, nous nous rangerons à l’avis du rapporteur, qui souhaite une adoption conforme afin que ce texte si important puisse entrer en vigueur dans les meilleurs délais.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux interventions des autres députés.

Mme Sylvie Bonnet (DR). Le dossier du chlordécone est l’un des plus graves scandales sanitaires et environnementaux de la République. Ce drame national est aussi social, économique et profondément humain. C’est notre capacité collective à protéger nos concitoyens, à reconnaître les erreurs et à les réparer qui est en jeu. Nous devons être à la hauteur, et pour cela garantir la transparence totale sur les données scientifiques, accélérer les dépistages et la prise en charge médicale, soutenir les agriculteurs et les filières économiques touchées, renforcer la recherche pour dépolluer les sols et surtout tenir nos engagements envers les populations qui vivent depuis des décennies avec cette contamination.

Le chlordécone n’est pas un sujet du passé, c’est une responsabilité du présent et c’est un devoir pour l’avenir, le devoir de ne plus jamais laisser les intérêts économiques primer sur la santé publique.

Le chlordécone est un scandale d’État : pendant vingt ans, on a autorisé un poison ; les sols sont maintenant contaminés pour des siècles et 90 % des Antillais ont été exposés. Oui, l’État a sa part de responsabilité. Oui, on doit réparer. C’est l’objet de ce texte équilibré. Le groupe Droite Républicaine le votera, pour trois raisons : la justice, la cohérence et la clarté.

Mais voter ne suffit pas. Il faudra ensuite des actes et des crédits. Nous y veillerons.

M. le rapporteur. Merci pour vos interventions diverses. Plusieurs d’entre vous ont revendiqué la paternité, ou la maternité, de l’alerte lancée au sujet du chlordécone : je crois que ce sont surtout les populations des Antilles et les associations qui ont, depuis trente ans, fait connaître ce problème.

Je ne peux que saluer le fait que la représentation nationale, dans toute sa diversité, y soit maintenant sensible. Je m’en féliciterai d’autant plus si cela nous mène vers un vote conforme : face à la souffrance de nos territoires, nous devons avancer avec le texte tel qu’il nous arrive du Sénat.

Merci à ceux et celles qui ont insisté sur la responsabilité de l’État : il y avait tout de même une autorisation de mise sur le marché, c’est-à-dire une étape de vérification par une commission de l’innocuité du produit que l’on mettait en circulation.

Merci aussi à ceux et celles qui ont exprimé de la compassion et de l’affection pour nos territoires ; j’aimerais que ces sentiments se traduisent en soutien concret à d’autres moments.

Je voudrais surtout dire que, quel que soit le territoire concerné, l’État doit assumer ses responsabilités. Je n’aime pas beaucoup ce terme, mais on ne peut que penser ici à des relents coloniaux : comment expliquer autrement qu’un produit interdit au niveau national ait continué à être autorisé sur nos deux territoires ? Quand bien même ce serait sous la pression, c’est bien l’État qui a pris cette décision.

Il me semble néanmoins, en tant que rapporteur, que nous pouvons dépasser ces polémiques et accepter la formulation du Sénat.

Merci enfin à Mme Rousseau d’avoir rappelé dans quelles conditions les ouvriers agricoles ont utilisé ce produit, sans équipements de protection, à la main. Ces méthodes ont provoqué des décès en série, ce qui a provoqué la réaction des syndicats.

Nous sentons bien une prise de conscience, pour le présent comme pour l’avenir. Ce scandale est maintenant reconnu comme tel. Même si le texte est imparfait, il ne dénature pas profondément la proposition de loi que nous avions votée il y a deux ans et demi déjà. C’est pourquoi je vous propose d’envoyer un signe d’apaisement attendu de nos populations en le votant tel qu’il est.

Article 11

Article 11

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Article 1er : Reconnaissance de la responsabilité de l’État dans les préjudices liés au chlordécone

Amendements identiques AS7 de M. Steevy Gustave et AS12 de Mme Mathilde Panot

M. Steevy Gustave (EcoS). L’arrêt du 11 mars 2025 de la cour administrative d’appel de Paris a reconnu le préjudice d’anxiété au profit des victimes de l’exposition au chlordécone. Cet amendement appelle à inscrire cette reconnaissance dans la loi.

Cette notion avait déjà été introduite au Sénat à l’initiative du sénateur Dominique Théophile dans le cadre de sa proposition de loi relative à la reconnaissance de la responsabilité de l’État et à l’indemnisation des victimes du chlordécone.

Cette reconnaissance constitue une avancée significative, ouvrant la voie à une indemnisation des personnes exposées à la molécule sans qu’une pathologie soit nécessairement déclarée.

Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Nous vous avons bien entendu, monsieur le rapporteur. Vous nous permettrez de présenter nos amendements, afin que vous leur apportiez une réponse ; ensuite, nous les retirerons.

Nous aussi souhaiterions réintroduire le préjudice d’anxiété, supprimé en séance au Sénat. Je rappelle que ce préjudice est reconnu depuis 2010 pour les victimes de l’exposition à l’amiante. La cour administrative d’appel de Paris, en 2025, a été très claire : l’État doit indemniser les victimes qui démontrent un préjudice moral d’anxiété, c’est-à-dire qui ont été exposées mais n’ont pas encore développé de pathologie reconnue. Il s’agit donc de reconnaître l’angoisse que vivent nombre de travailleurs exposés au chlordécone, qui est en effet un scandale non seulement du passé et du présent, mais aussi de l’avenir.

Il aurait donc été important d’inscrire le préjudice d’anxiété dans la loi.

M. le rapporteur. Il était important que vous vous exprimiez sur ce sujet et que ce débat ait lieu. La disparition de cette notion de préjudice moral d’anxiété peut surprendre, surtout dans le contexte de l’arrêt de la cour administrative d’appel du 11 mars 2025, qui reconnaît ce préjudice pour le chlordécone, et du pourvoi en cassation formé par le Gouvernement à la suite de cet arrêt. Politiquement, nous sommes en plein accord avec vous et voudrions que ce soit écrit dans la loi ; mais, dans ma position de rapporteur, je veux que nous avancions et dois adopter une position de raison.

Je dois aussi souligner que votre amendement est en réalité satisfait par la rédaction actuelle du texte, qui reconnaît un préjudice moral. Cette notion recouvre en droit toutes les atteintes non matérielles subies par une personne. Elle peut désigner des atteintes à l’honneur, à la réputation ou à la dignité, comme des souffrances psychologiques, liées par exemple à la perte d’un proche mais aussi à l’anxiété, à l’humiliation, à une perte de qualité de vie. La notion de préjudice d’anxiété, les juristes nous l’ont assuré, est ainsi englobée dans celle de préjudice moral. Cette dernière est même plus large, et votre amendement restreindrait le champ du préjudice reconnu.

Nous pouvons donc être rassérénés. Je vous invite à retirer vos amendements.

Les amendements sont retirés.

Amendement AS13 de M. Jean-Philippe Nilor

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). Je salue les efforts du rapporteur, qui, malgré son amertume, prend le temps de nous exposer les raisons pour lesquelles il s’oppose à des amendements auxquels il adhère profondément.

Le 14 février 1952, au Moule, en Guadeloupe, la mobilisation des ouvriers de la canne en faveur de meilleures rémunérations et de conditions de travail dignes fut violemment réprimée par les CRS, dont les tirs causèrent la mort de quatre manifestants et firent de nombreux blessés. Le 14 février 1974, en Martinique, des ouvriers agricoles en grève sur l’habitation Chalvet, à Basse-Pointe, réclamaient l’amélioration de leurs conditions de travail, une juste rémunération ainsi que la suppression des produits toxiques utilisés dans les plantations bananières. Là encore, la réponse des autorités fut particulièrement violente, provoquant la mort d’Ilmany Sérier et de Georges Marie-Louise et faisant plusieurs blessés graves.

Alors que les conséquences de l’usage massif de pesticides toxiques, notamment le chlordécone, continuent d’affecter durablement les populations antillaises, il paraît nécessaire que la République reconnaisse officiellement les victimes de ces luttes. L’instauration d’un jour férié de mémoire et de recueillement en hommage aux ouvriers agricoles de Guadeloupe et de Martinique victimes de la répression étatique, le 14 février, le permettrait. C’est l’objet de cet amendement – que je m’empresserai de retirer une fois que le rapporteur m’aura signifié son adhésion mais son désaccord.

M. le rapporteur. Depuis que ce texte est ressorti du Sénat, je me demande ce que je pourrai bien vous répondre lorsque vous commencerez à faire entendre votre point de vue. Merci de le faire dans cette tonalité.

Cet amendement a trait à des événements très douloureux qui ont marqué la mémoire antillaise. Le fait est qu’une répression féroce a imposé un lourd tribut aux ouvriers de la banane et de la canne qui se sont dressés pour réclamer une vie et des salaires dignes. C’est aussi leur mémoire que nous défendons ici, parfois dans une certaine incompréhension – même si le président de notre commission a pu, en tant qu’ancien président de la Fédération hospitalière de France, apprécier la résilience de nos territoires.

L’élu local que je suis depuis quelques années aurait pu être d’accord avec vous – pourquoi pas ? La date du 14 février est lourde de symboles pour tous les Antillais, et les répressions de 1952 et de 1974 sont encore très présentes dans la mémoire collective. Cela dit, je crains que la rédaction de l’amendement ne mélange un peu tout. Je rappelle d’une part que d’autres produits toxiques que le chlordécone étaient utilisés – en particulier le Témik, qui provoquait une mort rapide par simple contact – et d’autre part que pendant la grève de 1952, il n’était pas question du chlordécone mais des rémunérations. Mais il est vrai que lorsque les ouvriers ont constaté que de nombreux décès étaient dus à l’utilisation du chlordécone, ils ont déclenché, à l’appel des syndicats, des grèves qui ont été violemment réprimées.

De même que certains artistes ont écrit de belles chansons en mémoire de ces événements, nous pourrions, en tant qu’animateurs de la vie politique locale, instaurer chez nous un jour chômé, ou en tout cas un jour qui serait symbolique de l’attitude de l’État vis‑à‑vis de ces gens et de ces territoires. Je vois votre amendement comme un amendement d’appel qui nous incite à dépasser la compassion et à faire preuve de responsabilité pour que plus jamais une répression aussi brutale et féroce ne se reproduise.

La Guadeloupe et la Martinique souffrent de nombreux maux. Il est bon que l’on en prenne la mesure dans d’autres domaines, notamment celui du développement économique. Mais c’est une bonne proposition que nous pourrions soumettre aux responsables locaux pour qu’ils la défendent au niveau national. Elle ne convient pas tout à fait à notre texte, mais en débattre nous permet de faire œuvre d’histoire et de mémoire.

Demande de retrait ou avis défavorable.

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). Je remercie le rapporteur pour la qualité et la longueur de sa réponse, qui prouve le bien-fondé de l’amendement et le mal-être qui nous assaille tous.

L’amendement est retiré.

Amendement AS3 de Mme Sandrine Rousseau

Mme Sandrine Rousseau (EcoS). Cet amendement très important tend à fixer, parmi les objectifs que se donne l’État, celui d’évaluer l’effet cocktail, c’est-à-dire les interactions entre les différentes substances utilisées dans ces territoires, parmi lesquelles figure le glyphosate. Très peu d’études portent sur ce phénomène ; or il est probable que les différentes molécules sont bien plus dangereuses cumulées que prises séparément. Je retirerai l’amendement après avoir entendu le rapporteur, mais il est dommage que le Sénat n’ait pas retenu cette disposition.

M. le rapporteur. L’objet de la proposition de loi est d’améliorer la recherche sur la chlordécone et ses interactions avec l’environnement antillais. C’est ainsi que l’alinéa 2 de l’article 1er tend à ériger en priorité nationale la recherche sur les effets sanitaires et environnementaux de la pollution au chlordécone, englobant ses produits de transformation. Nos universités s’intéressent à ces questions mais elles ont besoin de moyens pour avancer dans leurs recherches. Votre préoccupation est donc prise en compte.

Demande de retrait, ou avis défavorable.

Mme Sandrine Rousseau (EcoS). Je rappelle que les produits de transformation et les interactions sont deux choses différentes. Cela dit, l’étude de ces interactions a fait l’objet d’un amendement au projet de loi de finances, qui a été adopté. Je retire donc l’amendement AS3.

Mme Agnès Pannier-Runacher (EPR). Il faut aussi garder en tête que les textes européens comme les instructions de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail incluent désormais la prise en compte des interactions dans les bonnes pratiques d’évaluation toxicologique des produits, notamment des pesticides.

L’amendement est retiré.

Amendement AS11 de M. Jean-Philippe Nilor

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). La chlordéconémie – le test qui permet d’évaluer son exposition à la chlordécone, et donc d’agir pour la réduire – est gratuite depuis 2021 en Martinique et depuis 2022 en Guadeloupe. Nous proposons que le Gouvernement remette au Parlement un rapport évaluant le coût d’une campagne de prévention et de détection ainsi que le coût pour la sécurité sociale de l’extension de la gratuité de la chlordéconémie à l’ensemble du territoire français.

M. le rapporteur. Je ne vois pas très bien ce qui justifierait qu’un Marseillais ou un Corse qui n’a jamais vécu chez nous puisse bénéficier d’une chlordéconémie gratuite – à laquelle, je le rappelle, toute personne qui démontre son exposition au produit a accès. S’il s’agit d’utiliser ce dosage pour caractériser une éventuelle exposition encore inconnue à la chlordécone dans d’autres territoires, comme La Réunion, sachez que l’article 1er bis permet de prendre votre préoccupation en compte d’une manière moins coûteuse pour la sécurité sociale. Par ailleurs, on peut avoir été en contact avec la molécule sans que son taux dans le sang soit élevé et provoque l’apparition de maladies.

Demande de retrait ou avis défavorable.

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). Beaucoup d’Antillais vivent à Marseille et beaucoup de Marseillais ont vécu aux Antilles ! Cet amendement est d’autant plus légitime qu’on ne peut pas déduire de la couleur de sa peau qu’une personne est victime du chlordécone.

L’amendement est retiré.

Amendement AS14 de Mme Mathilde Panot

Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Afin d’accélérer nos débats, j’annonce dès à présent que je vais retirer cet amendement qui tend à préciser que l’accompagnement des professionnels de la pêche et de l’agriculture doit s’inscrire dans un plan de diversification des ressources alimentaires. En effet, l’empoisonnement à la chlordécone est lié à une logique de monoculture et à une économie de comptoir, c’est-à-dire une économie presque exclusivement destinée à exporter ses produits vers le marché européen. Il est temps de s’attaquer à la source de l’empoisonnement – ce que ne font pas les plans Chlordécone. Je rappelle qu’en Martinique, les trois quarts du programme d’options spécifiques à l’éloignement et à l’insularité (Posei) sont captés par la banane.

L’amendement est retiré.

Amendement AS5 de M. Steevy Gustave

M. Steevy Gustave (EcoS). Face au constat, largement partagé de la communauté médicale, du risque que fait peser la chlordécone sur la santé et le développement des enfants, il est urgent d’accélérer la recherche scientifique. À cause du caractère reprotoxique de la molécule, les conséquences de la chlordécone se font sentir sur plusieurs générations, entraînant un risque accru de malformations du nourrisson, de problèmes d’autisme, de dyslexie ou d’obésité. C’est une véritable bombe à retardement.

M. le rapporteur. Votre amendement est satisfait par la rédaction de l’alinéa 2, qui érige en priorité nationale la recherche sur les effets sanitaires de la chlordécone, y compris sur les enfants. À l’alinéa 5, le Sénat a choisi, à raison, de distinguer la question des pathologies féminines car cette problématique a été très largement négligée dans le cadre des recherches conduites jusqu’à récemment.

Demande de retrait ou avis défavorable.

L’amendement est retiré.

Amendement AS9 de Mme Mathilde Panot

Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Il s’agit de déployer une véritable campagne de prévention et d’information sur l’existence de la chlordéconémie. Nos concitoyens ne sont pas assez nombreux à en faire réaliser une.

M. le rapporteur. C’est un véritable sujet. L’information prévue par le plan Chlordécone 4 est insuffisante. Il faut y consacrer davantage de moyens et utiliser tous les canaux disponibles, notamment en langue créole.

L’amendement est retiré.

Amendement AS8 de Mme Mathilde Panot

Mme Mathilde Panot (LFI-NFP). Cet amendement précise que « sont considérées comme victimes les personnes qui ont été exposées à la molécule et qui résident toujours en Guadeloupe et en Martinique et celles qui ont quitté ces territoires, notamment celles qui résident désormais en France hexagonale ». N’oublions pas que le plus grand territoire dit d’outre-mer est l’Île-de-France.

M. le rapporteur. Qu’elles soient de Martinique ou de Guadeloupe, toutes les personnes qui vivent dans l’Hexagone sont reconnues comme victimes dès lors qu’elles peuvent prouver leur contamination.

L’amendement est retiré.

Amendements AS6 de M. Steevy Gustave et AS15 de M. Jean-Philippe Nilor (discussion commune)

M. Steevy Gustave (EcoS). En Guadeloupe et en Martinique, le cancer de la prostate – reconnu comme maladie professionnelle depuis 2021 – est la pathologie la plus fréquente : son incidence et sa mortalité sont pratiquement deux fois plus élevées qu’en France hexagonale. Chaque année, quelque 600 hommes découvrent la présence d’une tumeur maligne. Pourtant, le dépistage de ce cancer reste insuffisant et repose sur une démarche individuelle. Nous voulons améliorer sa prévention.

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). Nous souhaitons garantir le dépistage systématique des cancers de la prostate, qui prolifèrent en Guadeloupe et en Martinique du fait notamment de l’exposition au chlordécone. Cette action de prévention était prévue par un amendement du groupe LIOT que l’Assemblée avait adopté en première lecture, mais le Sénat l’a supprimée.

Les recherches menées depuis plusieurs années confirment la recrudescence des cancers de la prostate et révèlent que l’exposition au chlordécone est susceptible de multiplier par trois le risque de récidive. La Martinique détient un triste record mondial, avec près de 230 nouveaux cas pour 100 000 hommes chaque année.

À l’image du dispositif national de dépistage du cancer colorectal, un dépistage systématique du cancer de la prostate pour les hommes de plus de 45 ans favoriserait un diagnostic plus précoce, une prise en charge moins catastrophique et une réduction du risque de développer une forme grave de la maladie.

M. le rapporteur. La Haute Autorité de santé est opposée à un dépistage systématique du cancer de la prostate dans la population générale, car la balance bénéfices-risques n’est pas favorable. Les professionnels de santé que j’ai interrogés confirment qu’il appartient plutôt au médecin traitant de recommander un dépistage vers 40 ou 45 ans, le cas échéant, en fonction du profil du patient, de son mode de vie et de son environnement.

Les amendements sont retirés.

Amendement AS10 de M. Jean-Philippe Nilor

M. Jean-Philippe Nilor (LFI-NFP). La chlordéconémie, dosage de la chlordécone par prise de sang, coûte entre 120 et 160 euros dans l’Hexagone. Nous souhaitons étendre à l’ensemble du territoire français la gratuité de cet examen, en vigueur depuis 2021 et 2022 dans les collectivités de Guadeloupe et de Martinique.

M. le rapporteur. Nous en avons déjà amplement débattu. Évitons de disperser nos moyens. Nous pourrons envisager ultérieurement un texte plus complet, en lien avec les autorités, mais vous savez qu’il n’est pas possible d’aller plus loin pour l’instant.

Demande de retrait ou avis défavorable.

L’amendement est retiré.

Amendement AS2 de Mme Sandrine Rousseau

Mme Sandrine Rousseau (EcoS). L’amendement vise à reconnaître les responsabilités individuelles dans l’affaire du chlordécone. Certaines personnes ont signé les autorisations de mise sur le marché et les dérogations d’utilisation : il est trop facile de considérer qu’il n’y a pas de responsable.

M. le rapporteur. J’ai toujours dénoncé avec force et véhémence la responsabilité de l’État – nos débats en première lecture en ont témoigné. Si c’est bien l’État qui a autorisé la mise sur le marché du chlordécone, certains ont, il est vrai, poussé en ce sens, et d’autres ont signé. Mais faut-il sortir de leur tombeau les personnes qui servaient l’État à l’époque ?

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article 1er non modifié.

Article 1er

Article 1er bis

#

 A (nouveau) : Demande de rapport sur l’extension du bénéfice du fonds d’indemnisation des victimes de pesticides aux victimes non professionnelles du chlordécone

La commission adopte l’article 1er bis A non modifié.

Article 1er

Article 1er bis

#

 : Demande de rapport sur la présence de chlordécone et de ses métabolites dans les sols dans d’autres territoires français

La commission adopte l’article 1er bis non modifié.

Article 1er

Article 1er ter

#

(nouveau) : Consécration d’une stratégie pluriannuelle

La commission adopte l’article 1er ter non modifié.

Article 2

Article 2

#

 : Gage de recevabilité financière

Les amendements AS4 et AS1 de Mme Sandrine Rousseau sont retirés.

La commission adopte l’article 2 non modifié.

Puis elle adopte l’ensemble de la proposition de loi sans modification.

M. le rapporteur. Je vous remercie, au nom des populations martiniquaises et guadeloupéennes. (Applaudissements.)

*

*     *

En conséquence, la commission des affaires sociales demande à l’Assemblée nationale d’adopter la présente proposition de loi dans le texte figurant dans le document annexé au présent rapport.

– Texte adopté par la commission : https://assnat.fr/9Nuv2s

–Texte comparatif : https://assnat.fr/9rJeHh

–– 1 ––

  Annexe
lISTE DES personneS ENTENDUES par le rapporteur

      Pr Ronan Garlantézec, professeur des universités - praticien hospitalier, chef du service épidémiologie et santé publique au centre hospitalier universitaire de Rennes, coordinateur du projet Karu Fertil et auteur d’une étude sur l’impact de l’exposition au chlordécone sur la fertilité des femmes

([1]) « Étude Kannari - Imprégnation de la population antillaise par la chlordécone et certains composés organochlorés en 2013-2014 », Santé publique France, octobre 2018.

([2]) « Chlordecone exposure in women and time to pregnancy: the Timoun cohort study in Guadeloupe, French West Indies », Ben-Fares, M., Monfort, C., Kadhel, P. et al., Environmental Health 24, 78, 2025.

([3]) « Impacts des produits phytopharmaceutiques sur la biodiversité et les services écosystémiques », Inrae/Ifremer, mai 2022.

([4]) Loi n° 72-1139 du 22 décembre 1972 étendant le champ d’application de la loi validée et modifiée du 2 novembre 1943 relative à l’organisation du contrôle des produits antiparasitaires à usage agricole.

([5]) Rapport (XVe législature, n° 2440) fait au nom de la commission d’enquête sur l’impact économique, sanitaire et environnemental de l’utilisation du chlordécone et du paraquat comme insecticides agricoles dans les territoires de Guadeloupe et de Martinique, sur les responsabilités publiques et privées dans la prolongation de leur autorisation et évaluant la nécessité et les modalités d’une indemnisation des préjudices des victimes et de ces territoires, 2019.

([6]) T.A. Paris, 24 juin 2022, n° 2006925, et C.A.A. Paris, 11 mars 2025, n° 22PA03906.

([7]) Article 70 de la loi n° 2019-1446 du 24 décembre 2019 de financement de la sécurité sociale pour 2020.

([8]) Rapport n° 1778 du 24 juin 2009 sur les impacts de l’utilisation de la chlordécone et des pesticides aux Antilles : bilan et perspectives d’évolution.

([9]) https://assnat.fr/foyK7I

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Procédure de vote par laquelle les députés se prononcent sur un texte, un article, un amendement ou une motion. Un scrutin public enregistre la position de chaque député (pour, contre, abstention, non-votant) et publie les résultats de manière nominative.

Vote solennel

Type de scrutin public utilisé pour les votes les plus importants (souvent le vote sur l'ensemble d'un texte, ou certaines motions majeures). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de connaître précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article unique

Forme de texte législatif composé d'un seul article. Elle est fréquente pour des lois courtes de ratification, de prorogation ou de validation.

Déclaration de politique générale

Déclaration faite par le Premier ministre devant l'Assemblée nationale pour présenter les orientations du Gouvernement. Elle peut être suivie d'un vote de confiance (article 49 alinéa 1).

Dernier mot de l'Assemblée nationale

En cas de désaccord persistant avec le Sénat après la navette, le Gouvernement peut demander à l'Assemblée nationale de statuer définitivement. C'est le mécanisme du « dernier mot ».

Droit de tirage

Droit reconnu notamment aux groupes d'opposition ou minoritaires pour obtenir l'inscription de certains travaux à l'ordre du jour, comme la création d'une commission d'enquête.

Exposé des motifs

Partie introductive d'un projet ou d'une proposition de loi qui explique les objectifs du texte, son contexte et les raisons des dispositions proposées.

Lecture définitive

Dernier examen d'un texte par l'Assemblée nationale lorsque le désaccord avec le Sénat n'a pas pu être surmonté. Elle intervient dans le cadre du dernier mot.

Loi constitutionnelle

Loi qui modifie la Constitution. Elle est adoptée soit par référendum, soit par le Parlement réuni en Congrès à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS)

Loi annuelle qui fixe les objectifs de dépenses et les conditions d'équilibre financier de la Sécurité sociale. Son examen suit une procédure encadrée par des délais constitutionnels.

Loi ordinaire

Catégorie générale des lois votées par le Parlement hors lois organiques, constitutionnelles et financières. Elle intervient dans le domaine défini par l'article 34 de la Constitution.

Majorité relative

Situation dans laquelle une option obtient plus de voix que les autres sans atteindre la majorité absolue. Elle suffit dans certains scrutins, notamment au second tour des législatives.

Motion référendaire

Motion de procédure tendant à proposer qu'un texte soit soumis au référendum. Si elle est adoptée, la poursuite de l'examen parlementaire du texte est interrompue.

Motion de rejet préalable

Motion visant à décider qu'il n'y a pas lieu de délibérer sur un texte. Son adoption entraîne le rejet du texte avant l'examen des articles.

Pairage

Pratique politique informelle par laquelle deux députés de bords opposés conviennent de s'abstenir simultanément lors d'un vote afin de neutraliser leurs absences respectives.

Publication au Journal officiel

Étape de diffusion officielle de la loi promulguée au Journal officiel. Sauf disposition contraire, l'entrée en vigueur intervient le lendemain de cette publication.

Question préalable

Motion de procédure ayant le même effet qu'une motion de rejet : elle permet à l'Assemblée de décider qu'il n'y a pas lieu de poursuivre la discussion d'un texte.

Rapport parlementaire

Document rédigé par un rapporteur au nom d'une commission. Il présente l'analyse du texte, les auditions, les amendements adoptés en commission et les recommandations.

Saisine du Conseil constitutionnel

Acte par lequel les autorités habilitées (Président de la République, Premier ministre, présidents des assemblées, ou 60 députés/sénateurs) demandent le contrôle de constitutionnalité d'une loi avant sa promulgation.

Seconde délibération

Nouvel examen, demandé en cours de discussion, de tout ou partie d'un texte déjà voté afin de modifier la rédaction adoptée après un premier vote.

Session extraordinaire

Période de réunion du Parlement en dehors de la session ordinaire, convoquée par décret du Président de la République sur un ordre du jour déterminé.

Session ordinaire

Période annuelle principale des travaux parlementaires, qui s'étend d'octobre à juin dans la limite constitutionnelle de jours de séance.

Vote conforme

Adoption d'un texte par une chambre dans les mêmes termes que l'autre chambre, sans modification. Le texte est alors définitivement adopté, hors contrôle éventuel du Conseil constitutionnel.

Vote par délégation

Dérogation au principe du vote personnel permettant à un député de déléguer son vote dans des cas strictement encadrés par les textes.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

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