Article unique
L’Assemblée nationale,
Vu l’article 88‑4 de la Constitution,
Vu l’article 151‑5 du Règlement de l’Assemblée nationale,
Vu le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale,
Vu le règlement (CE) n° 987/2009 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 fixant les modalités d’application du règlement (CE) n° 883/2004,
Vu l’article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
Vu la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, notamment son article 3,
Considérant la nécessité d’adapter le cadre juridique européen à la réalité des situations familiales transfrontalières complexes, notamment pour garantir une protection sociale cohérente et effective des enfants de travailleurs frontaliers afin d’éviter les ruptures de droits et d’assurer une égalité d’accès aux prestations sociales indépendamment du lieu de résidence,
Estime nécessaire une révision des règlements européens relatifs à la coordination des systèmes de sécurité sociale pour permettre le rattachement simultané de l’enfant aux deux parents dans les situations familiales transfrontalières, en particulier en cas de séparation ou de divorce,
Estime indispensable une clarification des règles de coordination administrative entre États membres afin de sécuriser et simplifier juridiquement les démarches liées à l’affiliation des enfants, notamment par l’instauration d’un mécanisme de compensation interétatique,
Invite la Commission européenne à modifier l’article 16 du règlement (CE) n° 883/2004 afin d’y insérer une disposition explicite permettant, par dérogation encadrée, le rattachement simultané d’un enfant aux régimes de sécurité sociale de ses deux parents affiliés dans des États membres différents, lorsque cela est conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant ;
Invite la Commission européenne à instaurer un mécanisme européen de coordination administrative et de compensation financière entre les institutions de sécurité sociale des États membres concernés afin d’assurer la répartition des obligations entre régimes, la continuité des droits sociaux de l’enfant et l’accès équitable des deux parents aux dispositifs de tiers payant et de télétransmission ;
Invite la Commission européenne à proposer une définition harmonisée de la notion de résidence de l’enfant dans les situations transfrontalières, intégrant les réalités de la vie familiale, afin d’éviter les conflits d’interprétation entre régimes nationaux et de garantir une portabilité effective des droits sociaux des enfants concernés.
AMENDEMENTS EXAMINÉS PAR LA COMMISSION
COMMISSION DES AFFAIRES EUROPÉENNES
28 janvier 2026
proposition de rÉsolution europÉenne
sur l’affiliation sociale des enfants de travailleurs frontaliers (n° 1760),
AMENDEMENT
No 1
présenté par
Mme Isabelle RAUCH
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ARTICLE UNIQUE
Après l’alinéa 11, ajouter l’alinéa suivant
« Invite la Commission européenne à proposer, à défaut, une modification de l’article 32 du règlement (CE) n° 883/2004 afin de clarifier les règles de priorité pour le rattachement des enfants dans les cas où la garde est partagée entre les deux parents ;
EXPOSÉ SOMMAIRE
L’article 32 du règlement n° 883/2004 prévoit que, si l’un des deux parents est travailleur frontalier et que l’autre parent travaille dans le pays où la famille réside, les enfants sont rattachés à la sécurité sociale du seul parent résident.
Il y a cependant des divergences d’interprétation sur la législation applicable lorsque les deux parents sont séparés ou divorcés, notamment en cas de garde partagée. Plusieurs États, dont l’Allemagne et le Luxembourg, considèrent que l’article 32 entraîne l’application de la législation de l’État de résidence des enfants peu importe la situation familiale, et ce même si le parent frontalier est le seul qui s’occupe des enfants. Cette situation a pour conséquence d’empêcher le parent frontalier de bénéficier du tiers payant et de la télétransmission, et de l’obliger à avancer les frais, alors que c’est le parent résident qui est remboursé. Elle risque d’entraîner des tensions familiales, de biaiser la répartition des charges entre les parents, voire de conduire à un renoncement de soins pour l’enfant.
Compte tenu de l’échec des discussions bilatérales pour arriver à une interprétation unifiée, il apparaît nécessaire de modifier directement le règlement européen pour préciser les règles de coordination et assurer la prise en compte des situations familiales complexes. A minima, la législation européenne devrait permettre de dégager un ordre de priorité dans les cas de garde partagée, afin qu’il soit possible de déterminer clairement l’État qui doit prendre en charge les soins et trouver ainsi des solutions pratiques, internes à la France, pour rembourser le parent frontalier.
Cet amendement a été adopté.
COMMISSION DES AFFAIRES EUROPÉENNES
28 janvier 2026
proposition de rÉsolution europÉenne
sur l’affiliation sociale des enfants de travailleurs frontaliers (n° 1760),
AMENDEMENT
No 3
présenté par
Mme Manon BOUQUIN
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ARTICLE UNIQUE
Aux alinéas 12 et 13 :
Remplacer les mots « la Commission européenne » par les mots « les États membres ».
EXPOSÉ SOMMAIRE
L’organisation des systèmes de sécurité sociale et la gestion administrative et financière des prestations relèvent de compétences des États membres.
Il apparaît donc plus approprié de confier aux États membres concernés la mise en œuvre des adaptations nécessaires, dans le respect de leurs cadres juridiques nationaux et des mécanismes de coopérations déjà existants.
Cet amendement a été rejeté.
COMMISSION DES AFFAIRES EUROPÉENNES
28 janvier 2026
proposition de rÉsolution europÉenne
sur l’affiliation sociale des enfants de travailleurs frontaliers (n° 1760),
AMENDEMENT
No 2
présenté par
Mme Isabelle RAUCH
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ARTICLE UNIQUE
Après l’alinéa 13, ajouter l’alinéa suivant :
« Appelle le Gouvernement à étudier la mise en place de solutions techniques permettant que les enfants des travailleurs frontaliers puissent être enregistrés sur leur carte vitale, même s’ils demeurent affiliés au seul régime français ; »
EXPOSÉ SOMMAIRE
Compte tenu de l’impératif d’apporter des réponses rapides aux difficultés rencontrées par les parents frontaliers, il convient que la CNAM et la DSS travaillent dès à présent à l’élaboration d’une solution technique permettant d’enregistrer l’enfant sur la carte vitale du parent travailleur frontalier, même s’il demeure affilié au seul régime français.
Une telle solution avait été expérimentée par la CNAM au bénéfice des parents travailleurs frontaliers séparés, mais elle s’était heurtée à des difficultés opérationnelles. Lorsque les créances correspondant aux soins de l’enfant étaient adressées à l’État compétent pour le parent frontalier, celui-ci refusait de s’en acquitter au motif que l’enfant ne relevait pas de sa législation sociale.
Cela suppose de modifier le circuit de facturation en séparant les créances concernant le parent frontalier de celles concernant l’enfant, afin que seules les premières soient adressées à l’État frontalier compétent.
Cet amendement a été adopté.
ANNEXE :
PROPOSITION DE RÉSOLUTION ADOPTÉE PAR LA COMMISSION
Article unique
L’Assemblée nationale,
Vu l’article 88‑4 de la Constitution,
Vu l’article 151‑5 du Règlement de l’Assemblée nationale,
Vu le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale,
Vu le règlement (CE) n° 987/2009 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 fixant les modalités d’application du règlement (CE) n° 883/2004,
Vu l’article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne,
Vu la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, notamment son article 3,
Considérant la nécessité d’adapter le cadre juridique européen à la réalité des situations familiales transfrontalières complexes, notamment pour garantir une protection sociale cohérente et effective des enfants de travailleurs frontaliers afin d’éviter les ruptures de droits et d’assurer une égalité d’accès aux prestations sociales indépendamment du lieu de résidence,
Estime nécessaire une révision des règlements européens relatifs à la coordination des systèmes de sécurité sociale pour permettre le rattachement simultané de l’enfant aux deux parents dans les situations familiales transfrontalières, en particulier en cas de séparation ou de divorce,
Estime indispensable une clarification des règles de coordination administrative entre États membres afin de sécuriser et simplifier juridiquement les démarches liées à l’affiliation des enfants, notamment par l’instauration d’un mécanisme de compensation interétatique,
Invite la Commission européenne à modifier l’article 16 du règlement (CE) n° 883/2004 afin d’y insérer une disposition explicite permettant, par dérogation encadrée, le rattachement simultané d’un enfant aux régimes de sécurité sociale de ses deux parents affiliés dans des États membres différents, lorsque cela est conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant ;
Invite la Commission européenne à proposer, à défaut, une modification de l’article 32 du règlement (CE) n° 883/2004 afin de clarifier les règles de priorité pour le rattachement des enfants dans les cas où la garde est partagée entre les deux parents ;
Invite la Commission européenne à instaurer un mécanisme européen de coordination administrative et de compensation financière entre les institutions de sécurité sociale des États membres concernés afin d’assurer la répartition des obligations entre régimes, la continuité des droits sociaux de l’enfant et l’accès équitable des deux parents aux dispositifs de tiers payant et de télétransmission ;
Invite la Commission européenne à proposer une définition harmonisée de la notion de résidence de l’enfant dans les situations transfrontalières, intégrant les réalités de la vie familiale, afin d’éviter les conflits d’interprétation entre régimes nationaux et de garantir une portabilité effective des droits sociaux des enfants concernés ;
Appelle le Gouvernement à étudier la mise en place de solutions techniques permettant que les enfants des travailleurs frontaliers puissent être enregistrés sur leur carte vitale, même s’ils demeurent affiliés au seul régime français.
ANNEXE : Liste des personnes auditionnées par la Rapporteure
Commission européenne
Direction générale de l’emploi, des affaires sociales et de l’inclusion (DG Emploi)
- M. Benoît Abeloos, adjoint au chef de la division de la sécurité sociale
Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne
- Mme Émilie Marquis-Samari, conseillère Travail, emploi, inclusion sociale, égalité femmes-hommes
Ministères sociaux
Direction de la sécurité sociale
- Mme Emmanuelle Eldar, adjointe à la cheffe de la division des affaires communautaires et internationales
- Mme Anne-Clémence Drouant, chargée de mission
- M. Nathan Hardy, chargé de mission
Direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle
- Mme Valérie Haviez, cheffe de la mission indemnisation du chômage
- Mme Maéva Lamand, adjointe à la cheffe de la mission indemnisation du chômage
- Maéva Rivalin, chargée de mission
Mission opérationnelle transfrontalière (MOT)
- M. Jean Peyrony, directeur général
- M. Jean Rubio, chargé de mission « études transfrontalières » et responsable de l’observation territoriale
- Mme Peta Tzvetanova, responsable de l’expertise juridique
Ambassades
Ambassade d’Allemagne en France
- M. Stephan Steinlein, ambassadeur
- Mme Julia Jauer, conseillère aux affaires sociales
Ambassade de Suisse en France
- Mme Tania Cavassini, ambassadrice
Associations représentant les travailleurs frontaliers
- M. Jean-Luc Johaneck, président du Comité de défense des travailleurs frontaliers du Haut-Rhin
- M. Arsène Schmitt, président du Comité de défense des travailleurs frontaliers de Moselle
- M. Cédric Rosen, président de l’Association des Frontaliers d’Alsace Lorraine
- M. Julien Dauer, directeur de Frontaliers Grand Est
- M. Philippe Manenti, président du Comité de Défense et d’Initiatives des Frontaliers occupés au Luxembourg
- M. Ralph Blindauer, avocat du Comité de Défense des Travailleurs Frontaliers de la Moselle
([1]) Règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 portant sur la coordination des systèmes de Sécurité sociale.
([2]) Règlement (CE) n° 987/2009 du Parlement européen et du Conseil du 16 septembre 2009 fixant les modalités d’application du règlement (CE) n° 883/2004 portant sur la coordination des systèmes de Sécurité sociale.
([3]) France Travail, contribution écrite.
([4]) France Travail, contribution écrite.
([5]) France Travail, contribution écrite.
([6]) France Travail, contribution écrite.
([7]) Unédic, « L’indemnisation des frontaliers par l’assurance chômage », octobre 2024.
([8]) Unédic, op. cit.
([9]) Direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle, contribution écrite.
([10]) Unédic, op. cit.
([11]) Unédic, op. cit.
([12]) Sénat, Rapport fait au nom de la commission des affaires européennes sur la proposition de résolution européenne visant à réformer la perception des cotisations des travailleurs frontaliers pour les prestations chômage, par Mme Florence Blatrix Contat et M. Cyril Pellevat, enregistré le 11 décembre 2024.
([13]) Unédic, op. cit.
([14]) Proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil modifiant le règlement (CE) n° 883/2004 portant sur la coordination des systèmes de Sécurité sociale et le règlement (CE) nº 987/2009 fixant les modalités d’application du règlement (CE) nº 883/2004, présentée par la Commission européenne le 13 décembre 2016 (COM(2016) 815 final).
([15]) DGEFP, contribution écrite.
([16]) Mission opérationnelle transfrontalière, « Impacts du télétravail frontalier », mai 2022.
([17]) Mission opérationnelle transfrontalière, « Impacts du télétravail frontalier », mai 2022.
([18]) IGAS/IGF, mission d’évaluation sur l’accord-cadre multilatéral relatif au télétravail des travailleurs frontaliers, octobre 2024.
([19]) Mise à jour 2025 du modèle de convention fiscale de l’OCDE, approuvée par le Comité des affaires fiscales le 13 octobre 2025 et par le Conseil de l’OCDE le 18 novembre 2025.
([20]) « Fin du problème pour les parents frontaliers français », Paperjam, 18 octobre 2022.
([21]) Rapport d’information sur les problématiques rencontrées par les Français vivant en zone frontalière dans l’Hexagone, déposé le 5 mars 2025 par la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale et présenté par Mme Brigitte Klinkert.