Discussion, après engagement de la procédure accélérée, d’un projet de loi
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C’est la raison pour laquelle notre groupe ne peut souscrire à la logique qui sous-tend cette motion de rejet préalable. Non que ce texte soit irréprochable – nous avons nous-même quelques réserves –, mais précisément : s’il faut émettre des réserves, notre devoir est de les faire valoir, non de bloquer le débat. Nos armées expriment des besoins clairs. Rejeter ce texte sans même l’examiner reviendrait à envoyer un signal de défiance aux militaires, qui servent notre pays. Cette motion de rejet préalable n’est pas digne de leur engagement quotidien. Pour ces raisons, le groupe LIOT votera contre cette motion. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)
La dissuasion étant sauve, le texte répond d’abord aux besoins les plus criants – munitions, drones, feu dans la profondeur, défense sol-air (DSA), lutte antidrones (LAD). On augmente les budgets mais le format ne change pas : certains voudront y voir un paradoxe. En réalité, ce projet de loi traite de tout ce qui est à l’arrière-plan mais qui fait la différence sur le champ de bataille. Il permet aussi de préparer l’avenir : je pense aux programmes à effet majeur (PEM), aux porte-avions comme la France libre, aux Rafale F5, aux chars intermédiaires, aux technologies émergentes et aux capacités de frappes balistiques dans la profondeur, dont on mesure encore mieux le caractère essentiel après que les États-Unis ont annoncé envisager d’abandonner les leurs. Ce texte comporte également des évolutions normatives utiles, en particulier en posant les fondations d’un modèle hybride de service national, qui permettra une continuité entre volontaires, réservistes et militaires d’active. En revanche, il ne définit pas le format de nos forces à l’horizon 2035. Il nous faudra disposer de moyens organiques propres de niveau corps d’armée – l’équivalent d’une dizaine de régiments –, mais aussi de nouveaux navires de premier rang et d’une trentaine de Rafale supplémentaires. Nous devons atteindre le poids de forme de 100 milliards, chiffre avancé par le premier ministre et que vous avez repris, madame la ministre. L’élection de 2027 sera un rendez-vous clé car elle précédera probablement une nouvelle LPM. En commission, nous avons déjà acté le principe d’un nouveau livre blanc. Deux écueils guettent nos débats. Le premier, c’est le triomphalisme. Ne prenons pas des portes ouvertes pour des arcs de triomphe : cette actualisation n’est pas un effort historique. Nous consacrons aujourd’hui 2 % du PIB à la défense, contre 3,5 % durant la guerre froide. Il faut tout autant se garder de verser dans le déclinisme et le French bashing. Les deux LPM de Florence Parly et de Sébastien Lecornu ont doublé le budget de nos armées. La route sera longue, mais le mouvement est engagé. Il faut bien rester conscient que cette loi n’est qu’une loi de cohérence. Elle doit être adoptée, nous le devons au monde, qui nous regarde ; nous le devons aux membres de nos armées qui, chaque jour, assument un risque, celui de donner la mort ou de la recevoir – ceux des nôtres qui sont tombés en Irak et au Liban viennent de nous le rappeler. Dans le tumulte du monde, que les Français soient témoins des votes de chaque groupe politique : si voter contre, c’est clairement refuser à nos forces les moyens dont elles ont besoin pour assurer notre sécurité collective, s’abstenir reviendrait à se dérober au moment de décider. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
La séance est ouverte.
La séance est suspendue.
(La séance est ouverte à quinze heures.)
La parole est à M. Édouard Bénard.
(La séance, suspendue à dix-sept heures vingt-cinq, est reprise à dix-sept heures trente-cinq.)
Mais, en fait, de quoi parlons-nous ? La surmarche de 36 milliards d’euros ne constitue pas une simple actualisation. Vous évoquez la défense nationale, et nous y tenons. Néanmoins ce qui est organisé là est une mobilisation générale – financière, industrielle et civique –, non dans l’intérêt de la patrie, au sens jaurésien du terme, mais in fine au profit d’un complexe militaro-industriel devenu insatiable. Car, derrière les 36 milliards d’euros supplémentaires, derrière les 413 milliards sanctuarisés, ce sont les nôtres qui paient la facture. Et ce choix s’inscrit dans un mouvement plus large, profondément inquiétant : la banalisation du principe d’économie de guerre – j’ai entendu l’expression tout à l’heure. Vous parlez de souveraineté, mais de quelle souveraineté ? Celle d’une France qui aligne ces dépenses sur les exigences trumpiennes de l’Otan ? Celle d’une France dépendante, contrainte de prolonger ses contrats avec des entreprises comme Palantir ? Ce que vous appelez autonomie stratégique n’est qu’un mirage. Plus grave encore, ce texte renforce une dérive qui pourrait devenir autoritaire. Extension des pouvoirs de renseignement, contrôle de la recherche, création d’un état d’alerte permettant de contourner le Parlement, remise en cause du droit social et environnemental : vous préparez non seulement la guerre extérieure, mais aussi une transformation intérieure de notre État de droit, allant jusqu’à instituer un enrôlement civil permanent. Faute de répondre aux crises de notre monde, vous militarisez la société. Ce projet est un contresens historique, économique et moral. Pourtant, la défense nationale fait notre honneur. Nous refusons sa captation par des intérêts industriels, son alignement sur des logiques de blocs et son instrumentalisation pour justifier un recul des libertés. Parce que nous refusons ce modèle de militarisation de notre économie et que nous croyons à une autre voie – celle de la souveraineté populaire, du multilatéralisme, de la diplomatie et d’une défense réellement au service de la paix –, nous rejetterons ce projet de loi. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et LFI-NFP.)
La séance est reprise.
Dans la discussion générale, la parole est à Mme Anna Pic.
L’ordre du jour appelle la discussion, en deuxième lecture, après engagement de la procédure accélérée, de la proposition de loi, modifiée par le Sénat, facilitant l’exercice en France des médecins diplômés au Royaume-Uni ayant débuté leurs études avant le Brexit (nos 2608, 2733). La conférence des présidents a décidé que ce texte serait examiné dans son intégralité selon la procédure de législation en commission. En application de l’article 107-3 du règlement, je mettrai aux voix l’ensemble du texte après que nous aurons entendu le gouvernement, le rapporteur et les explications de vote des groupes.
En guise de préambule, j’ai une pensée pour tous les soldats récemment tombés ou blessés au service de la France, ainsi que pour leurs familles. Une fois n’est pas coutume, permettez-moi de débuter par un satisfecit, celui d’avoir vu juste, en 2023, lorsque nous avions conditionné notre soutien à la loi de programmation militaire 2024-2030 à son actualisation d’ici à 2027. Nous avions vu juste, car outre la nécessité de prendre en considération les retours d’expérience de la guerre de résistance ukrainienne à l’agression russe, nous avions perçu le sous-financement, pour ne pas dire l’insincérité budgétaire du texte, au regard des besoins de nos armées et des missions qu’elles auraient à assumer dans un contexte géopolitique bouleversé. Trois ans plus tard, nous nous réunissons pour créditer ces armées des 36 milliards d’euros qui manquaient à l’époque. La sincérité budgétaire, enfin ! Le Conseil d’État le souligne aussi dans l’avis qu’il a rendu sur le projet de loi. Néanmoins, la satisfaction laisse rapidement place à une forme de frustration en raison du temps perdu. Si ce projet de loi n’avait pas eu d’actualisation que le nom, il aurait pu permettre un vrai travail de réflexion et de planification de notre stratégie globale de défense et de sécurité nationale. En lieu et place, vous nous soumettez un texte de rattrapage budgétaire, d’ajustement tardif. Qu’à cela ne tienne, nous prenons date pour la suite. Ce sont donc 36 milliards d’euros, somme importante s’il en est, dont il faut convaincre les Françaises et les Français qui nous écoutent à quel point ils sont nécessaires et représentent un investissement pour notre sécurité future. Ainsi, lorsque l’on dispose de la deuxième zone économique exclusive (ZEE) mondiale, que 98 % des transferts de données s’effectuent via des câbles sous-marins et que 90 % du commerce mondial est réalisé par voie maritime, il est indispensable d’avoir une marine nationale disposant des moyens d’assurer efficacement la sécurisation des flux maritimes. Lorsque les mers se referment ou deviennent un véritable terrain de conflictualité, les populations en paient le prix. Je terminerai mon propos sur ce volet budgétaire par une remarque essentielle. Nous avons noté, comme tout le monde ici présent, que le Haut Conseil des finances publiques a mis en avant la difficulté à concilier l’actualisation de cette LPM et le respect de nos engagements budgétaires nationaux et européens. Nous ne saurions être plus clairs sur ce point et nous serons intransigeants : aussi nécessaires soient-ils, ces nouveaux crédits pour nos armées ne pourront en aucun cas être un prétexte à l’affaiblissement budgétaire de services publics déjà exsangues. La question de la juste répartition de l’effort entre les Françaises et les Français comme celle de la création de nouvelles recettes devront être posées. Au cours des débats, nous défendrons plusieurs revendications, qui viseront d’abord à préciser le contenu du bilan de l’exécution du plan « famille 2 » afin de garantir le suivi parlementaire de cette politique essentielle à l’amélioration de la condition militaire – grande oubliée de ce projet de loi –, à renforcer et à préciser le dispositif de soutien sanitaire des forces armées ainsi qu’à intégrer les risques environnementaux et sanitaires aux critères de proportionnalité applicables à la constitution des stocks minimaux. Nous souhaitons aussi prévoir qu’une demande de renouvellement d’un algorithme utilisé dans le cadre du dispositif d’état d’alerte de sécurité nationale devra être examinée par la CNCTR dans les mêmes délais et conditions que lors d’une première demande – il y va du respect de nos libertés –, et nous voulons renforcer le contrôle du Parlement sur la prorogation de ce dispositif et associer les collectivités territoriales concernées par son application. En outre, nos revendications viseront à revenir sur le changement d’appellation de la journée défense et citoyenneté (JDC) qui doit devenir la journée de mobilisation, car nous considérons que ce dernier terme est connoté militairement. Il s’agira aussi de supprimer l’article relatif à la définition du salaire de référence pour le calcul de l’allocation chômage versée aux anciens militaires, compte tenu de la volonté du gouvernement de supprimer toute référence au code du travail pour réduire les recours contentieux ; d’alerter sur le poids des rigidités budgétaires sur la soutenabilité de la trajectoire de hausse de l’effort de défense, et de donner les moyens à la représentation nationale de contrôler précisément l’application de la feuille de route du service de santé des armées (SSA), Enfin, nous chercherons à supprimer toute référence au service national universel (SNU) après que le gouvernement a enfin acté l’abandon définitif de ce dispositif flou et inopérant, tant en matière de citoyenneté que de sensibilisation à la défense nationale, maintes fois dénoncé sur nos bancs. Nous reconnaissons la nécessité d’adapter et de rendre plus sincère la loi de programmation militaire, mais cela ne saurait suffire à nous faire voter ce texte si un certain nombre de clarifications n’ont pas lieu au cours des débats. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
Sur la motion de rejet préalable, je suis saisie par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à M. Matthieu Bloch.
La parole est à Mme la ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées.
Je commencerai, monsieur le rapporteur, par saluer votre engagement. La proposition de loi que vous défendez est fondamentale pour les ressortissants de votre circonscription et importante pour favoriser l’accès aux soins sur notre territoire. Je salue également le travail de l’ensemble des parlementaires mobilisés sur le sujet ainsi que celui de votre ancien collègue Alexandre Holroyd. Cette proposition de loi vise à mettre fin à une injustice qui, si elle ne fait pas grand bruit, abîme des parcours. Depuis le 1er janvier 2021, de jeunes médecins ayant entamé leurs études au Royaume-Uni, sans rien savoir des conséquences qu’allait avoir le Brexit, se sont vu opposer des contraintes administratives incohérentes lorsqu’ils on voulu exercer dans notre pays – cela, non par défaut de compétences mais du seul fait du Brexit. Ces jeunes se sont inscrits dans un cursus médical reconnu et conforme aux standards européens. Ils ont étudié, ils ont réussi et sont prêts à soigner, y compris en France. À engagement et compétences identiques, il faut des droits identiques. Pour corriger cette injustice, la proposition de loi vise ainsi à élargir la liste des diplômes ouvrant droit à l’exercice de la médecine afin d’y inclure des diplômes délivrés au Royaume-Uni aux étudiants ayant débuté leur cursus avant le 31 décembre 2020. L’examen de cette proposition de loi au Sénat puis en commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale la semaine dernière a permis trois évolutions : la sécurisation de l’inclusion des ressortissants ayant commencé leurs études avant le Brexit ; l’exclusion des diplômes de base britanniques au profit d’un cursus complet de médecine ; la suppression de l’exigence d’un certificat de conformité aux obligations européennes au profit d’une liste fixée par arrêté et recensant les diplômes reconnus – notamment les deux diplômes britanniques que sont le certificat d’expérience et le certificat de réussite à la formation. Cette proposition de loi permet aussi de déverrouiller une contrainte pour l’installation de nouveaux médecins dans notre pays. L’Association des médecins franco-britanniques dénombre ainsi une centaine de praticiens diplômés au Royaume-Uni et désireux de s’installer en France. Avec l’adoption de votre texte, ceux-ci pourront rejoindre nos cabinets, nos établissements et nos territoires, qui en ont tant besoin. Comme il s’y était engagé, le gouvernement a levé le gage lors de l’examen de la proposition de loi au Sénat. Il souhaite aujourd’hui qu’elle soit définitivement adoptée. Je profite de cet examen en deuxième lecture pour redire aux praticiens diplômés hors Union européenne (Padhue) qu’une concertation sera très bientôt lancée avec leurs représentants, les ordres professionnels, les médecins et les établissements de santé afin de mieux reconnaître leur exercice. Elle nous permettra de poursuivre ce que nous faisons depuis 2019, à savoir simplifier les procédures administratives qui les concernent en ne cédant en rien sur l’exigence de qualification, d’intégration et de respect du pacte républicain. Mesdames et messieurs les députés, le texte que vous examinez cet après-midi vise à réparer une inégalité, à restaurer la confiance et à libérer des énergies dont notre système de santé a plus que besoin. Le gouvernement y apporte son plein soutien.
Mes chers collègues, nous ne sommes guère étonnés du dépôt de cette énième motion de rejet préalable par la France insoumise, qui est coutumière du fait. Il illustre certainement la sorte d’allergie chronique qui touche nos collègues insoumis, dès qu’il s’agit de parler d’un sujet qui intéresse de près ou de loin la sécurité des Français. Dans cet hémicycle, nous avons débattu récemment d’une proposition de loi visant à augmenter la durée de la rétention administrative pour les individus placés sous OQTF – obligation de quitter le territoire français – les plus dangereux, afin d’éviter de nouveaux drames comme celui dont a été victime la petite Lola. Vous avez évidemment refusé de débattre : vous pratiquez toujours la politique du pire, la politique du chaos. Lorsque vous tenez des villes, où l’insécurité est pourtant galopante, vous proposez de désarmer la police municipale.
Très bien !
La parole est à M. Damien Girard.
Cela n’a rien à voir !
Nous sommes à un moment de bascule. La guerre revient sur notre continent et nos démocraties sont ciblées par les impérialismes, les autoritarismes russe, chinois et américain. Face à ces dangers, vouloir déroger à nos institutions républicaines serait une naïveté. Pire, ce serait une faute. Voilà pourquoi nous regrettons profondément le calendrier parlementaire contraint : nous n’avons eu que quelques jours pour amender ce texte, dont l’examen a pourtant été plusieurs fois repoussé. On ne peut pas préparer une nation à un conflit en enjambant l’institution qui la représente. En outre, cette actualisation démontre l’obsolescence programmée de la loi de programmation militaire de 2023. En 2023 déjà, nous n’avions effectué aucun arbitrage stratégique en matière de modèle d’armée entre le modèle indo-pacifique, la défense continentale de l’Europe et notre modèle expéditionnaire. Nous n’avions pas consacré les moyens nécessaires à l’atteinte des objectifs. Le projet de loi tend à sincériser des dépenses qui auraient dû l’être depuis au moins trois ans, sinon depuis l’annexion de la Crimée par Poutine en 2014. C’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant : c’est en profondeur qu’il faut repenser notre modèle de défense. Nous défendons l’alignement des capacités de génie et d’artillerie, de notre aviation de chasse, de nos frégates de premier rang et des enveloppes de subsidiarité avec nos besoins réels. Au sujet de l’Europe, nous assumons notre désaccord avec de nombreux amendements de l’opposition et avec le gouvernement. Sans sécurité européenne, il n’y a pas de sécurité française. L’Europe, c’est la masse militaire. L’Europe, c’est la capacité industrielle. Enfin, l’Europe, c’est la profondeur stratégique. Les dernières élections en Pologne et en Hongrie le démontrent encore : notre union est une union des démocraties. C’est pourquoi elle est l’ennemie existentielle de Trump et de Poutine – les maîtres à penser du Rassemblement national. Ainsi, nous continuerons à défendre les projets de coopération industrielle à l’échelle européenne. Le gouvernement n’a pas su faire aboutir un projet aussi structurant que le Scaf, pourtant essentiel. Nous en réaffirmons la nécessité. Enfin, nous refusons qu’un effort militaire nécessaire serve de prétexte pour fragiliser notre démocratie. Plusieurs dispositions nous inquiètent profondément. L’article 18 étend la surveillance algorithmique, sans considération des exigences constitutionnelles et conventionnelles. L’article 21 crée un état d’alerte, dont le contrôle parlementaire est incomplet ; il ouvre des dérogations au cas par cas, plutôt que d’instaurer un plan d’accélération dans les domaines stratégiques nécessaires. L’article 22 ne tient pas compte des demandes des syndicats pour que la souplesse opérationnelle ne soit pas acquise au détriment de la protection des travailleurs. Ces états d’exception nous sont présentés comme des réponses aux crises. En réalité, ils arrivent trop tard pour être utiles ; ils font reculer nos droits et donc notre République. Déclenchés une fois la crise survenue, ils ne permettent ni d’anticiper ni de structurer dans la durée notre effort de défense. Ils créent de l’exception là où nous avons besoin d’une stratégie. Nous demandons leur suppression ou de meilleures garanties pour leur emploi. Nous voulons également une doctrine de sécurité globale qui intègre tant les enjeux militaires que ceux de notre diplomatie, de la lutte contre le dérèglement climatique et de la lutte contre le dépeçage industriel. Depuis cette tribune, je veux avoir un mot pour les salariés de la Fonderie de Bretagne et des Forges de Tarbes, victimes de manipulations boursicotières. Ce texte doit servir à garantir que leurs compétences et les sites industriels où ils travaillent contribuent à notre souveraineté, si besoin par une prise en main temporaire de l’État. Ce sera l’objet de plusieurs de nos amendements. La question posée par ce texte est simple : face aux autoritarismes, voulons-nous renforcer ou affaiblir notre société, nos armées et notre République ? Elle appelle une réponse claire. Comme celle des républicains de 1792, comme celle du gouvernement provisoire de la République de 1945, comme celle de la république ukrainienne en 2022 : c’est en faisant grandir les principes de la République aujourd’hui que nous serons plus forts demain, contre les dictateurs et leurs pantins. Nous ne renoncerons pas à nos principes au prétexte d’un renforcement de notre défense, que nous approuvons par ailleurs. C’est à l’aune de la prise en compte de nos amendements que nous déciderons de notre vote final. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
Aujourd’hui, alors que nous souhaitons, ce qui est légitime dans un contexte géopolitique extrêmement tendu, augmenter le budget de nos armées, afin que nos militaires puissent disposer de davantage de matériels – de systèmes antidrones, de systèmes de défense antiaérienne –, vous proposez une fois de plus de ne pas débattre d’une question aussi essentielle. Vous êtes des irresponsables ! Le groupe UDR refusera évidemment de voter en faveur de votre motion de rejet préalable. (Applaudissements sur les bancs des groupes UDR et RN.)
La parole est à M. Julien Limongi.
La motion de rejet préalable déposée par le groupe La France insoumise a au moins un mérite : celui de clarifier les choses devant les Français. En effet, après avoir affirmé qu’il fallait désarmer la police, vous nous expliquez désormais qu’il faudrait empêcher nos armées de se réarmer. Autrement dit, vous proposez une France affaiblie à l’intérieur et désarmée à l’extérieur. Les Français jugeront par eux-mêmes ! En réalité, la France a besoin d’armées fortes pour rester crédible en Europe comme sur la scène internationale. Alors, oui, ce projet d’actualisation de la loi de programmation militaire est décevant. Il ne répond que très partiellement au besoin de remontée en puissance de nos armées. Il se limite pour l’essentiel à reconstituer en partie des stocks de munitions devenus faméliques, à lancer tardivement quelques programmes qui auraient dû l’être depuis longtemps et, surtout, à colmater les brèches budgétaires d’une LPM initiale dont le Rassemblement national avait dénoncé l’insincérité dès 2023. Nous l’avions dit : les 13 milliards d’euros de recettes extrabudgétaires étaient en partie fictifs, l’inflation allait mécaniquement rogner les marges, les cessions d’équipements à l’Ukraine n’étaient pas correctement anticipées et certains choix de coopération européenne relevaient plus du fanatisme européiste que d’autre chose – je pense évidemment au système de combat aérien du futur (Scaf) et au système principal de combat terrestre (MGCS). Ils ont d’ailleurs fragilisé notre autonomie stratégique. En vérité, si nous sommes réunis pour actualiser la LPM, ce n’est pas seulement à cause du contexte international, mais d’abord parce que cette loi était mal conçue dès le départ. Voilà ce que les Français doivent comprendre et qui a toujours été dénoncé par le Rassemblement national. C’est pourquoi nous faisons le choix du débat, celui d’améliorer ce texte, le choix de rendre au Parlement un véritable rôle, après des années au cours desquelles les questions de défense ont trop souvent été confisquées par l’usage massif du 49.3. LFI veut que nous nous taisions et que l’on ne parle pas de nos armées. Jamais nous ne nous soumettrons. Nous voterons donc contre sa motion de rejet, pour essayer de répondre au mieux aux énormes besoins de nos armées. La capacité du gouvernement à écouter et à prendre en compte nos propositions déterminera notre vote final. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à M. Vincent Caure, rapporteur de la commission des affaires sociales.
Cet examen en deuxième lecture marque l’aboutissement d’un travail législatif qui améliorera concrètement la vie professionnelle et, par la même occasion, la vie personnelle, de centaines de médecins formés au Royaume-Uni avant le Brexit. Chers collègues, j’ai déjà eu l’honneur d’exposer pourquoi il est nécessaire de voir ce texte aboutir ; les données du problème n’ont pas changé depuis que je me suis exprimé devant vous il y a quelques semaines. Des médecins français et britanniques ayant commencé leurs études au Royaume-Uni avant le Brexit sont actuellement privés de leurs droits d’exercer la médecine en France. Depuis six ans, ils sont piégés par les conséquences du Brexit puisqu’ils ne bénéficient plus de la reconnaissance automatique de leur diplôme. Ils sont donc contraints de faire un choix indigne eu égard à leur parcours d’études comme à leur parcours de vie : renoncer à l’exercice facile de la médecine pour venir s’installer en France ou poursuivre leur activité professionnelle à l’étranger, loin de leurs proches. Comme nous le savons, beaucoup de nos territoires souffrent de la désertification médicale – un phénomène connu, documenté, éprouvé par beaucoup de nos concitoyens. Dès lors, pourquoi nous priver de médecins formés quand, en outre, beaucoup d’entre eux sont français ? L’erreur serait d’autant plus manifeste que le Royaume-Uni accepte, lui, d’accueillir des médecins diplômés au sein de l’Union européenne et reconnaît aisément leurs qualifications. Le Brexit a été un choix souverain des Britanniques et il ne m’appartient pas de le commenter. En revanche, nous devons entendre nos concitoyens installés outre-Manche qui demandent de l’aide face aux conséquences directes et concrètes du Brexit dans leur vie. Il nous appartient de mettre fin à la situation absurde qu’ils vivent. C’est pourquoi la proposition de loi sur laquelle nous votons aujourd’hui en deuxième lecture est un texte nécessaire, qui se justifie par la circonstance extraordinaire qu’a été le Brexit et par le fait que cet événement étranger a bouleversé la vie de millions de nos concitoyens. Ce texte prévoit une procédure claire et encadrée pour les citoyens français, européens et britanniques diplômés au Royaume-Uni et ayant débuté leur formation avant le 31 décembre 2020. Son parcours législatif a été d’une rapidité remarquable, qui témoigne de la justesse de notre action. Alors qu’il a été déposé en novembre dernier, nous avons aujourd’hui l’occasion de l’adopter définitivement. La loi serait, dans ce cas, promulguée moins de six mois après son dépôt. Les centaines de Français et de Britanniques capables d’exercer la médecine en France – profession si précieuse au bien-être collectif – attendent, eux, cette loi depuis six ans. Nous ne devons pas les décevoir. Il faut donc voter largement en faveur de ce texte. Pour nos concitoyens, pour ces citoyens britanniques, pour ces médecins, cette loi n’effacera pas le Brexit, mais elle effacera les conséquences administratives désastreuses que cet événement a eues sur leur vie. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et HOR.)
La parole est à M. François Cormier-Bouligeon.
Quelle bien singulière entrée en campagne de la part de M. Mélenchon,…
Eh oui !
…que d’intimer à ses députés l’ordre de présenter et de voter une motion de rejet contre l’actualisation de la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe Dem ainsi que sur les bancs des commissions. – Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce faisant, vous ne lui bâtissez pas une stature de présidentiable ; vous confortez sa place peu enviable de personnalité politique la plus détestée des Français (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR – Exclamations continues sur les bancs du groupe LFI-NFP), digne ou plutôt indigne héritier d’un Marcel Déat. Car refuser l’actualisation de la loi de programmation militaire par pacifisme béat revient à affaiblir les moyens à disposition de nos militaires engagés au Proche et Moyen-Orient au sein de la Finul, en Estonie, en Roumanie et partout dans le monde où leur présence est nécessaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR et sur plusieurs bancs du groupe Dem ainsi que sur les bancs des commissions. – Les exclamations vont crescendo sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Bien que révoltante, votre posture est aussi peu surprenante que la candidature d’hier soir.
Excellent !
La parole est à M. Jean-Paul Lecoq.
Cela vous travaille !
La proposition de loi qui nous revient en deuxième lecture prévoit une voie dérogatoire d’exercice en France pour les médecins britanniques et pour ceux ayant commencé leurs études au Royaume-Uni avant le Brexit. Il est indéniable que, pour ces praticiens, le Brexit a fortement compliqué l’exercice de la médecine au Royaume-Uni comme un éventuel retour en France. Ils se retrouvent en effet dans une situation incongrue puisque la reconnaissance de leur diplôme en France, autrefois garantie, ne l’est plus aujourd’hui, du seul fait du Brexit. Cela n’a évidemment rien à voir avec leurs compétences. Cette proposition de loi vient réparer cette incongruité et, en ce sens, elle est nécessaire. Elle est nécessaire pour ces praticiens, mais elle est également utile pour l’ensemble de nos concitoyens qui pâtissent toujours plus lourdement du manque de soignants. Chacun de nous connaît les chiffres : en 2024, 87 % du territoire français était classé en désert médical. De plus, 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant et sont donc particulièrement exposés à une rupture du suivi médical ou, pire, à un renoncement aux soins. On estime à 25 000 le nombre de personnes sans médecin traitant dans ma circonscription du Havre, et à près de 40 000 dans l’ensemble de la communauté urbaine du Havre, soit près de 20 % de la population. Le dernier baromètre annuel des droits des personnes malades, publié le 15 avril par le réseau France Assos Santé, indique quant à lui que quatre personnes sur dix ont eu du mal à obtenir un rendez-vous au cours des douze derniers mois ; que plus d’un patient sur deux s’est heurté à un médecin ne prenant plus de nouveaux patients ; qu’un quart d’entre eux a même essuyé un refus de consultation, motivé ou non. Dans ce contexte de dégradation continue de l’accès aux soins, permettre à une petite centaine de médecins de revenir exercer plus facilement sur notre territoire est bien entendu bienvenu. Cependant, comme nous l’avions indiqué en première lecture, il est assez malheureux que cette proposition de loi n’ait pas été l’occasion de nous saisir plus amplement de la situation des Padhue – les praticiens à diplôme hors Union européenne. Ce qu’indique bien l’Association des médecins franco-britanniques, c’est que la petite centaine de praticiens exerçant au Royaume-Uni et désireux de revenir en France se disent découragés par la procédure à laquelle ils doivent se soumettre en tant que praticiens désormais considérés comme Padhue, et qui leur impose un concours écrit puis un parcours de consolidation de compétences de deux ans. Ce n’est pas nous qui leur reprocherons ce découragement ! En réalité, notre pays maltraite depuis de trop nombreuses années les médecins diplômés hors Union européenne : il leur impose un parcours administratif long et fastidieux, des évaluations extrêmement sélectives et souvent injustifiées compte tenu de leurs diplômes et de leur expérience, auxquels s’ajoute une exploitation salariale indécente. Madame la ministre, vous savez tout cela.
Comme toujours, les extrêmes portent en effet un nom en forme d’antiphrase. Ainsi, le RN divise la société française bien plus qu’il ne la rassemble et votre parti, LFI, loin d’être insoumis est au contraire soumis à toutes les puissances étrangères, qui détestent notre esprit des Lumières,… (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – Les exclamations se poursuivent sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
L’esprit des Lumières se retourne dans sa tombe ! …de Moscou à Pékin et de Pyongyang à Téhéran.
Nous ne voulons pas la guerre !
Bravo !
Non, nous ne voterons pas en faveur de votre motion de rejet, car, comme l’immense majorité des députés de notre assemblée, nous aimons la France, que vous abaissez ; nous chérissons la République, à laquelle vous avez tourné le dos ; nous saluons le drapeau français, héritage de 1789, que vous trahissez ; nous combattons pour la patrie, que vous abhorrez ;… (Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à Mme Geneviève Darrieussecq.
Il fallait m’écouter !
C’est fini !
Le monde change à grande vitesse et emporte avec lui le destin des peuples et de continents entiers vers la tragédie de la guerre : la guerre, désormais aux portes de l’Europe, la guerre qui fût notre passé et ne doit pas devenir notre avenir. Cependant, pour être respecté, il faut être fort. Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance de la loi que nous discutons aujourd’hui. Sa raison d’être est précisément l’incroyable accélération de l’histoire, qui se déroule sous nos yeux. L’histoire nous oblige à faire preuve de lucidité. Elle nous contraint à la regarder avec gravité. La France a eu l’intuition que se désarmer et se placer sous l’ombre américaine deviendrait tôt ou tard une faiblesse. Mais la France, plus qu’aucun autre pays européen, est solide et peut compter sur son armée pour affronter les menaces qui l’environnent. Nous le devons à une politique d’indépendance qui a guidé notre politique de défense depuis le général de Gaulle. Nous le devons aussi à la volonté politique qui a été celle du président de la République depuis 2017, celle de doubler à terme le budget de nos armées en suivant une trajectoire rigoureuse, tenue et ambitieuse. Les crédits sont d’ores et déjà passés de 32 milliards à 57 milliards d’euros et l’objectif est d’atteindre 76 milliards d’euros en 2030. Cette trajectoire était nécessaire au regard de ce que nous apprennent les conflits du monde : guerres hybrides, investissement de l’espace, avènement de la robotique et des drones. Ce ne sont pas de petites évolutions, ce sont de profonds changements technologiques et, surtout, stratégiques, dont nous commençons à peine à mesurer les conséquences et qui nous obligent à anticiper l’avenir, pour que la France et les Français demeurent en sécurité dans un monde imprévisible. Pour ce faire, il faut des moyens et une coopération toujours plus poussée avec nos alliés européens. L’interopérabilité des armes est un enjeu majeur, dont nous avons tous conscience. Bien plus qu’une armée européenne, c’est notre capacité à mener des actions en commun qui comptera et qui assurera notre souveraineté bien loin des tentations isolationnistes, auxquelles certains ici s’accrochent comme à de vieilles lunes. Ce sont eux qui se trompent de monde et, ce faisant, ne font que renforcer notre faiblesse et nous placer dans la main de nos ennemis. La souveraineté exige que nous nous posions les bonnes questions pour une actualisation de la LPM qui doit consacrer des moyens supplémentaires à l’augmentation et à l’adaptation de nos capacités – 36 milliards d’euros tout de même ! Le débat qui s’ouvre devra nous permettre de répondre à quelques questions. Comment favoriser la montée en puissance de notre base industrielle de défense ? Comment accompagner les sous-traitants de la défense ? Avons-nous anticipé les besoins en main-d’œuvre qualifiée ? Où en sommes-nous de notre autonomie énergétique, sans laquelle nos armées pourraient se retrouver inopérantes ? Ce projet de loi tend à réviser la LPM. Il n’a donc pas vocation à traiter tous les sujets. Toutefois, il deviendra impératif que nous suivions avec la plus grande attention les évolutions stratégiques et que nous nous tenions prêts, collectivement, à réviser autant et aussi souvent que nécessaire la loi de programmation pour que la France se tienne aux avant-postes. Adaptation et innovation seront les maîtres-mots qui nous guideront dans les années à venir. Nous devons aussi compter sur la force morale de la nation et sur la résilience des Françaises et des Français, sur leur capacité à se préparer, non pas à la guerre, mais au renforcement de notre sécurité collective. Cette ambition se traduit dans le texte par la montée en puissance de la réserve opérationnelle et la création du service national volontaire : nous y adhérons totalement. L’adaptation de la loi de programmation miliaire permet de dégager des leviers structurants, que nous devons soutenir. Les travaux en commission ont dégagé des axes d’amélioration. Nous devons poursuivre en séance dans le même esprit, au nom de l’intérêt national. Madame la ministre, le groupe Les Démocrates a toujours été au rendez-vous pour nos armées et vous pouvez compter, une fois de plus, sur notre soutien et notre détermination. Permettez-moi de terminer en disant à nos militaires notre respect et notre profonde gratitude, pour leur engagement sans faille au service de la protection de la nation et des Français. Permettez-moi enfin de rendre hommage aux soldats morts pour la France ces dernières semaines. Nous leur devons tant. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur plusieurs bancs du groupe HOR.)
Selon la Fédération hospitalière de France, en 2023, près de 7 000 Padhue exerçaient sous un statut précaire en tant que praticiens faisant fonction d’interne ou en tant que stagiaire associé. Or ces Padhue, qui sont en France un peu plus de 19 000 à être inscrits au tableau de l’Ordre, participent pleinement à la stabilité de notre système de soins. Si nous les faisions partir – je regarde les bancs de l’extrême droite –, le système de soins et le système hospitalier français s’écrouleraient totalement. Dans ce contexte, nous regrettons la suppression, au cours de la navette parlementaire, de l’article prévoyant la remise d’un rapport sur les conditions d’exercice des Padhue – non qu’un rapport supplémentaire sur les Padhue soit vraiment nécessaire dans la mesure où leurs conditions de vie et d’exercice sont largement connues, mais parce que nous craignons que cette suppression ne soit le signe de l’enlisement de leur situation dans un statu quo intolérable. C’est pourquoi les députés communistes et les députés des territoires dits d’outre-mer, conscients qu’il faut réparer l’incohérence dont souffrent les médecins formés au Royaume-Uni avant le Brexit, voteront cette proposition de loi, tout en insistant sur l’urgence à réformer l’accueil, l’accompagnement et la régularisation de tous les Padhue. Il serait peu responsable de considérer que des conditions d’exercice jugées décourageantes et indignes quand elles concernent certains médecins pourraient être maintenues pour tous les autres. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)
…nous défendons la nation, que vous abandonnez ;…
Merci, monsieur le député. …nous protégeons les Français que vous voudriez mettre en danger ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, dont les députés se lèvent, et Dem ainsi que sur les bancs des commissions. – Vives exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Au nom de tout cela, pour nos soldats à qui vous refuseriez des moyens, nous rejetterons donc… (Le temps de parole étant écoulé, Mme la présidente coupe le micro de l’orateur.) La parole est à Mme Claire Lejeune.
Sur le vote de la proposition de loi, je suis saisie par le groupe Ensemble pour la République d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à Mme Joëlle Mélin.
Par son article unique, cette proposition de loi tend à modifier le code de la santé publique afin d’adapter aux conséquences du Brexit les modalités de reconnaissance des diplômes de médecine délivrés au Royaume-Uni. Il vise à ajouter explicitement le Royaume-Uni à la liste des États dont les diplômes peuvent être reconnus en France, ainsi qu’à créer une nouvelle voie d’accès à l’exercice de la médecine pour les ressortissants britanniques ou européens titulaires d’un diplôme obtenu au Royaume-Uni, à condition qu’ils aient commencé leur formation avant le 31 décembre 2020 et que celle-ci respecte les exigences communautaires. Bien évidemment, nous ne nous opposerons pas à cette proposition de loi, même si la décision prise par le Sénat d’ouvrir la procédure Dreessen aux médecins diplômés au Royaume-Uni n’est pas la solution qui avait notre préférence. La discussion de ce texte nous donne l’occasion de reposer deux problèmes très précis. Le premier a trait à ceux de nos compatriotes français qui ont obtenu leur diplôme dans un pays européen : il faudrait les autoriser en urgence à exercer dans notre pays, après avoir passé des épreuves de remise à niveau des diplômes – oui, mon cher collègue Lecoq : la remise à niveau équivaut à la mise à niveau des jeunes Français. Nous souhaitons en outre souligner les difficultés très spécifiques auxquelles est confrontée une catégorie de Padhue, celle des Français ayant obtenu un diplôme en dehors de l’Union européenne. Il convient bien évidemment de retenir leur maîtrise courante de la langue française comme un critère facilitant l’autorisation de leur activité sur notre sol. Pourtant, ce n’est toujours pas le cas. Devant le manque très sévère de médecins qui touche notre pays – je n’y reviendrai pas –, leur rapatriement doit être une priorité. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
Si nous laissions notre pays entre vos mains, nous nous retrouverions avec des hôpitaux et des écoles délabrés, complètement impréparés au dérèglement climatique, à la remorque sur toutes les questions comme le quantique, le spatial, le cyber : une France larguée au milieu d’un monde par les suprémacistes, par les impérialismes, mais dépensant chaque année des milliards, aveuglément, pour ses armées. Ce projet de loi de programmation rectificative accroît ces dépenses de 36 milliards, sans répondre à des besoins nouveaux ni permettre à l’armée de changer de format. C’est l’aveu d’une loi initiale mal calibrée ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Gérer l’armée au doigt mouillé, la défense au pifomètre : voilà votre politique de la Grande Vadrouille ! (Sourires et applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Selon le Haut Conseil des finances publiques (HCFP), débourser ces 36 milliards impliquera de couper violemment dans d’autres dépenses publiques dès 2027. Voilà donc ce que nous prépare la Macronie mourante, alors même qu’elle sera définitivement balayée dans quelques mois ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Bravo !
La parole est à Mme Agnès Pannier-Runacher.
Sauf si vous votez encore pour eux !
Nous arrivons au terme du parcours parlementaire d’un texte qui vise un objectif précis, utile et attendu. Je salue avant tout le travail de notre collègue rapporteur, Vincent Caure, qui a défendu cette proposition de loi avec constance et rigueur tout au long de son parcours législatif, ainsi que celui de Jean-François Rousset, responsable du texte au sein du groupe EPR, que je remplace aujourd’hui. Ce texte tend à remédier à la situation ubuesque des étudiants, notamment français, qui avaient fait le choix de faire leurs études médicales au Royaume-Uni avant 2020 et qui ont été mis devant le fait accompli lorsqu’est survenu le Brexit, qui n’a rien prévu pour eux. Il le fait non en ouvrant une brèche ni en abaissant les exigences de qualification – la qualité des soins doit rester notre boussole commune –, mais en rétablissant un cadre de reconnaissance adapté à la réalité de leurs compétences. Ce texte aura également un impact concret sur nos territoires. Dans l’Arrageois, comme dans tant de circonscriptions, l’accès aux soins n’est plus une question abstraite : c’est la première inquiétude pour beaucoup de familles – je le vois chaque semaine sur le terrain. Nous répondons à cette préoccupation en mobilisant des moyens, en structurant l’offre, en accompagnant les communes. Et aujourd’hui, nous nous apprêtons à lever des barrières administratives érigées devant des médecins qualifiés qui veulent exercer chez nous et pourraient le faire sans difficulté en Suisse, en Allemagne ou en Autriche. Ces médecins sont en effet une chance pour nos déserts médicaux. Sur le fond du texte, je souhaite souligner la pertinence des modifications apportées pendant la navette. Le Sénat a d’abord corrigé une contradiction consistant à ouvrir aux ressortissants britanniques la condition de nationalité tout en limitant la reconnaissance des diplômes aux seuls ressortissants de l’Union européenne. Ensuite, le dispositif initial exigeait un certificat de conformité que le General Medical Council ne délivre plus depuis le Brexit. Le Sénat y a substitué un arrêté ministériel fixant la liste des diplômes et établissements reconnus. Enfin, l’ouverture de la procédure Dreessen aux médecins britanniques ayant commencé leurs études avant le 31 décembre 2020 permet de couvrir les situations que la reconnaissance automatique ne pourrait pas traiter, notamment du fait des différences d’organisation des spécialités entre nos deux pays. Le groupe Ensemble pour la République avait soutenu ce texte en première lecture. Il a soutenu son adoption conforme en commission. Il soutient donc aujourd’hui son adoption définitive et appelle l’ensemble de nos collègues à voter en sa faveur. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR.)
Vous nous enfermez dans une trajectoire austéritaire pour des années encore ! La route est toute tracée : des milliards pour les munitions, la saignée pour les services publics ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Et que préparez-vous ? La guerre ? Nous n’en voulons pas ! (Mêmes mouvements.)
Pourquoi vous votez pour eux alors ?
Mais personne ne veut la guerre !
La Macronie déploie tout ce qu’il faut d’effort pour militariser la société et les esprits, afin de faire avaler au peuple de nouveaux sacrifices, mais elle ne suit d’autre stratégie pour nos armées que celle d’une escalade brouillonne. Vous menez une politique des gros bras sans muscles. Voilà ce que vous faites.
Ce n’est pas possible d’avoir de gros bras sans muscle !
Pire, vous capitulez ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Aucun des enjeux déterminants n’est évoqué dans ce projet de loi de programmation rectificative. La dépendance aux États-Unis et l’atlantisme sont confirmés, aggravés. En vérité, vous ne préparez rien ; vous improvisez, aveuglés par un mimétisme atlantiste stupide. Le monde marche à la guerre, dites-vous, marchons-y aussi ! Eh bien, non ! Le monde ne marche pas à la guerre. Trump marche à la guerre. Netanyahou marche à la guerre. Vous les suivez ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous au pouvoir n’aurions rien cédé.
La parole est à M. Hadrien Clouet.
Cinq euros de l’heure (L’orateur brandit un billet de 5 euros) : c’est ce que la France de Macron offre à des milliers de médecins qui ont obtenu un diplôme en dehors de l’Union européenne, les Padhue. En mars, France 3 Régions suivait le cas de Karim, docteur dont je vous rappelle le CV : trente-trois ans d’expérience en infectiologie, 6 600 patients traités durant la crise sanitaire. Arrivé tous les matins à 7 heures, parti tous les soirs à 22 heures, il est payé 5 euros de l’heure car il est praticien à diplôme hors Union européenne. Ces 5 euros ne sont pas le fait d’un hasard : la rémunération des Padhue a baissé de 40 % en trois ans, au rythme des statuts précaires que vous leur avez imposés. Karim a tenu le choc au prix de sa santé, mais nombre de ses collègues abandonnent. Au lieu de bosser pour une misère – ils n’y arrivent plus, ne peuvent plus subvenir aux besoins de leur famille –, ils changent de métier et suivent une autre formation professionnelle. La précarité que vous leur infligez supprime donc directement du temps médical disponible en France. Mais pourquoi des médecins étrangers ou des médecins français formés à l’étranger exercent-ils à l’hôpital ? Parce que, depuis des décennies – vous n’en êtes pas responsables :…
Ah, merci !
…s’il y a un truc auquel vous ne pouvez rien, c’est bien celui-ci ! –, le numerus clausus a entraîné une diminution du nombre de médecins disponibles. D’ailleurs, tout le monde est d’accord pour le critiquer. Dans le même temps, le vieillissement de la population a rendu nécessaire la présence de davantage de médecins sur le territoire. La conséquence de l’effet de ciseaux produit par la rencontre de ces deux facteurs, ce sont les déserts médicaux. Je dis merci aux milliers de Padhue qui, tous les ans, sauvent des milliers de vies en France. (Mme Andrée Taurinya applaudit.) Nous parlons aujourd’hui d’une illumination de la Macronie. Vous avez souhaité régulariser l’activité des Padhue… du moins celle de 1 % d’entre eux : celles et ceux qui ont obtenu un diplôme au Royaume-Uni après le Brexit. Évidemment, nous voterons ce texte. Mais quand même ! Vous passez des semaines à réfléchir pour ignorer 99 % d’un problème !
Ce n’est pas le sujet !
Bien sûr que si : le sujet, ce sont les Padhue ! Vous ignorez le problème des praticiennes et des praticiens formés en Algérie, en Tunisie, en Syrie, au Maroc, en Russie, à Madagascar, au Bénin, bref : dans tous les pays du monde d’où ils peuvent venir pour aider, accompagner et soigner en France. Celles-ci, ceux-ci demeureront dans une précarité absolue au lendemain de l’adoption votre texte. Vous dites avoir besoin de temps pour réfléchir. Mais ça fait dix ans que vous êtes au pouvoir !
Neuf !
En ressenti, c’est trente ! Un enfant de 10 ans n’a jamais connu d’autre président qu’Emmanuel Macron – pauvre gosse ! Je résume vos entourloupes en la matière. Le 28 février 2023, la ministre Darrieussecq nous dit que la procédure « sera simplifiée et […] permettra ainsi aux Padhue de pleinement exercer au sein du système de santé français ». Le 22 février 2024, presque un an plus tard, la ministre Vautrin – ça change très vite ! – nous annonce des mesures visant à « sécuriser [leur] situation ». Le 29 avril 2026, Mme la ministre Rist, ici présente, indique qu’elle veut « faciliter » leur intégration dans le système français. Pardon, mais ça fait des années que vous nous faites tourner en bourrique, que vous réduisez à la précarité la plus absolue ces praticiennes et ces praticiens dans les hôpitaux français ! Je veux vous dire ce qui pourrait se passer l’année prochaine si les Françaises et les Français décident de tout changer en matière de santé publique, par exemple en votant pour Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. François Cormier-Bouligeon s’exclame.) Vous n’avez rien à perdre : au mieux, il y aura un bon programme, au pire, des idées ! Nous arrêterons immédiatement de harceler les Padhue en leur retirant leur titre de séjour après deux mois d’interruption de contrat – par votre faute. Les agences régionales de santé (ARS) leur reconnaîtront le droit d’exercer tout de suite dans des structures de santé sous un statut protecteur, comme cela se fait déjà dans les outre-mer. Ensuite, les épreuves qui leur sont infligées cesseront de prendre la forme de concours, avec un nombre limité d’admis, pour devenir des examens professionnels. Quant au nombre de tentatives de passer ces épreuves, il sera aussi déplafonné. En somme, nous arrêterons d’organiser la pénurie et de les faire vivre au lance-pierre. (M. Gabriel Amard applaudit.) Un gouvernement populaire peut régler ce problème en quelques mois et assurer aux praticiennes et aux praticiens les conditions dignes auxquelles ils ont droit, non seulement parce qu’ils soignent, mais avant tout parce que ce sont des êtres humains. Il peut assurer l’accès aux soins de toute la population, non seulement parce que les gens ont cotisé, mais avant tout parce que ce sont, eux aussi, des êtres humains. C’est le sujet de ce texte. Oui, nous voterons pour régler 1 % du problème. Pour résoudre les 99 % restants, il y a les Insoumis ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Monsieur le député, je ne vous ai pas interrompu pendant votre explication de vote – cela ne se fait pas –, mais je vous rappelle que « l’utilisation, […] à l’appui d’un propos, de graphiques, de pancartes, de documents, d’objets ou instruments divers est interdite ».
Je pense qu’il le savait !
C’est vrai, j’avais oublié !
La parole est à M. Arnaud Simion.
Le groupe Socialistes et apparentés votera en faveur de cette proposition de loi parce qu’elle répond à une injustice précise née du Brexit : les médecins ayant commencé leurs études au Royaume-Uni avant le 31 décembre 2020, dans un cadre européen, ont vu leur situation basculer brutalement après le Brexit. Ils se sont trouvés soumis aux procédures applicables aux Padhue, longues, complexes et inadaptées à leur parcours. Le texte tend donc à combler un vide juridique manifeste. Nous soutenons cette correction nécessaire, mais voulons aussi rappeler – cela vient d’être fait et je le fais à mon tour, à ma manière – une réalité plus générale. Si nous réparons aujourd’hui une injustice particulière, cela ne doit pas rendre invisibles les difficultés profondes rencontrées par l’ensemble des Padhue, qui sont au moins 30 000 en France. Depuis des années, de nombreux praticiens, de nombreuses praticiennes diplômés hors Union européenne font vivre notre hôpital, souvent dans des services en tension, tout en affrontant des parcours administratifs interminables, une précarité statutaire, des inégalités de rémunération, une reconnaissance trop souvent insuffisante. Leur engagement est indispensable mais leur situation demeure trop fréquemment marquée par l’incertitude et l’injustice. En conséquence, s’il est bon de pallier le vide juridique laissé par le Brexit, nous devons aussi aller plus loin et ouvrir enfin le chantier plus vaste de la reconnaissance, de la simplification des démarches, de la juste considération de tous les Padhue, sans lesquels notre système de santé tiendrait beaucoup plus difficilement. Parce qu’il vise à corriger une anomalie en lui apportant une réponse concrète, mais aussi parce qu’il doit nous obliger à traiter plus largement la question de tous les praticiens étrangers, nous voterons pour ce texte. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)
La parole est à M. Patrick Hetzel.
Nous examinons aujourd’hui en séance, en deuxième lecture, un texte de bon sens qui tend à corriger une véritable absurdité juridique. Par la voix de ma collègue Josiane Corneloup, nous avons évoqué en commission des parcours de vie suspendus à une simple date administrative : ce sont une jeune Française, partie étudier la médecine à l’Imperial College de Londres, qui a appris en troisième année que son diplôme ne serait plus reconnu en France, ou encore un médecin généraliste franco-britannique installé dans la Drôme, contraint de repartir travailler au Royaume-Uni et de laisser sa famille ici faute de pouvoir exercer simplement sa profession. La qualité de la formation médicale britannique n’a pas changé entre le 30 décembre 2020 et le 1er janvier 2021. Pourtant, depuis le Brexit, ces praticiens sont mécaniquement assimilés à des Padhue. Bien que le cadre d’autorisation de ces derniers soit nécessaire pour garantir la sécurité des soins prodigués par des professionnels extra-européens, l’appliquer aux médecins formés au Royaume-Uni relève du dogmatisme. On leur impose des épreuves de vérification des connaissances, de compléter des dossiers d’une complexité rare et, parfois, de reprendre une à deux années de formation hospitalière alors même qu’ils occupent déjà des postes seniors, comme l’ont rappelé M. le rapporteur et Mme la ministre. Cette rigidité administrative organise de fait une fuite de nos compétences. Face à cela, la présente proposition de loi apporte une solution ciblée. Elle permettra très concrètement aux citoyens britanniques et européens ayant débuté leur formation médicale au Royaume-Uni avant le 31 décembre 2020 d’exercer en France. Il s’agit d’un dispositif bien encadré, qui ne s’appliquera pas aux ressortissants de pays tiers disposant d’un diplôme britannique, ce qui garantit la lisibilité de notre droit. Les freins administratifs qui bloquent ces professionnels ne sont pas justifiés. La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne n’a en rien altéré l’excellence de la formation outre-Manche. Dans la continuité de l’action menée par notre collègue Yannick Neuder, nous défendons toutes les initiatives visant à augmenter le nombre de médecins en France. Nous l’avons prouvé en mettant fin au numerus clausus pour mieux adapter la formation aux réalités des territoires – vous l’avez mentionné, madame la ministre. Aujourd’hui, l’urgence sanitaire est absolue puisque 40 % des Français déclarent rencontrer des difficultés pour se soigner à l’endroit où ils vivent, un chiffre qui dépasse même les 50 % dans les communes rurales et dans les agglomérations de moins de 20 000 habitants. Plus de 6 millions de nos concitoyens n’ont toujours pas de médecin traitant et la situation ne va pas s’améliorer d’elle-même dans la mesure où près d’un généraliste sur deux aura atteint l’âge de la retraite d’ici 2030. Comment, dans un tel contexte de désertification médicale, justifier le maintien à l’écart de praticiens francophones, qualifiés et prêts à exercer immédiatement sur notre territoire ? Ce texte ne saurait néanmoins constituer une solution structurelle et durable, ni remplacer la réforme pluriannuelle nécessaire pour valoriser la formation et l’attractivité des métiers du soin. Toutefois, parce qu’il lève une barrière inutile, parce qu’il restaure une cohérence juridique et parce qu’il constitue un levier qu’il est possible d’actionner immédiatement pour augmenter le nombre de médecins dans nos territoires, le groupe Droite républicaine votera en sa faveur.
La parole est à Mme Christine Arrighi.
Contre une reconnaissance des diplômes à deux vitesses, ce texte propose de sécuriser le parcours des jeunes médecins formés au Royaume-Uni avant le Brexit, soit une mesure de cohérence que nous soutenons. Toutefois, plus de 19 000 Padhue exercent déjà en France, souvent dans des conditions précaires et peu sécurisées. Ils sont par ailleurs insuffisamment rémunérés. Cette inégalité de traitement avec les autres médecins est inacceptable étant donné le rôle essentiel joué par ces praticiens, notamment à l’hôpital public. À travail égal, salaire égal. Nous devons donc sortir de la précarité l’ensemble des médecins formés à l’étranger et reconnaître pleinement leur place dans le système de soins. Le financement de notre système de santé fonctionne lui aussi à deux vitesses. Alors que plus de 6 millions de Français n’ont pas de médecin traitant et que près de 30 % d’entre eux vivent dans un désert médical, le gouvernement annonce 2 milliards d’euros d’économies supplémentaires sur la sécurité sociale. La question se pose de la sincérité du dernier projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) sur lequel nous avons été appelés à nous prononcer. Nous y reviendrons en temps voulu, mais les chiffres récemment annoncés par le gouvernement de 4 milliards à gagner sur les dépenses de l’État et de 2 milliards à économiser sur le PLFSS conduisent à s’interroger sur sa sincérité lorsqu’il a eu recours au 49.3. Les 2 milliards avancés par M. Lecornu le 21 avril ont surpris jusqu’à la Cour des comptes ! Alors que dans certaines spécialités comme la dermatologie et la pédiatrie, les délais d’attente dépassent déjà plusieurs mois, chacun voit bien que la réponse budgétaire n’est pas à la hauteur de la crise. Devons-nous dénoncer cette situation ? Évidemment ! La santé va mal faute d’être suffisamment financée et structurée. Devons-nous voter en faveur de cette proposition de loi pour la deuxième fois ? Pour le groupe Écologiste et social, la réponse est oui. Le mieux peut être l’ennemi du bien, et ce texte, qui tire la conséquence du Brexit, une décision souveraine aux effets bien réels, adresse un signal de solidarité, certes modeste, aux soignants concernés. Mais ne nous y trompons pas, il ne concerne qu’un nombre très limité de praticiens. Je veux saluer toutes celles et tous ceux qui travaillent aujourd’hui dans nos hôpitaux et grâce auxquels tient notre système de santé.
La parole est à M. Éric Martineau.
Nous examinons aujourd’hui en deuxième lecture une proposition de loi dont les conséquences sont très concrètes, à la fois pour les praticiens concernés et pour l’accès aux soins de nos concitoyens. Ce texte vise en effet à mettre fin à une situation que l’on peut considérer comme injuste, directement liée aux conséquences juridiques du Brexit. Des étudiants en médecine ayant engagé leur formation au Royaume-Uni avant le 1er janvier 2021 dans un cadre alors pleinement européen se trouvent obligés d’engager des démarches longues, incertaines et parfois dissuasives pour exercer en France. Ces médecins ont fait le choix d’une formation reconnue, exigeante, conforme aux standards européens, et ils se sont engagés en toute bonne foi dans un cursus avec la perspective légitime de pouvoir exercer dans l’ensemble de l’espace européen. Pourtant, du seul fait d’un changement de statut intervenu au cours de leur formation, le Brexit, ils se voient assimilés à des praticiens à diplôme hors Union européenne. C’est cette incohérence que la proposition de loi vient corriger. Le texte ne crée pas un passe-droit, il rétablit une continuité et une cohérence juridique. Les travaux menés à l’Assemblée nationale ont révélé un large consensus sur ce diagnostic. Au-delà de la correction d’une situation individuelle, la proposition de loi s’inscrit dans un contexte plus large que chacun ici connaît bien : celui des difficultés croissantes d’accès aux soins dans notre pays. Près de 6 millions de Français, dont 470 000 souffrent d’une affection de longue durée, n’ont pas de médecin traitant. Près de 30 % de la population vit dans un désert médical et 1,6 million de nos concitoyens renoncent chaque année à des soins. Ces chiffres traduisent une réalité que nous constatons tous sur le terrain : des délais d’attente qui s’allongent, des rendez-vous difficiles à obtenir, des services d’urgence sous tension et des patients qui, faute de solution, finissent par renoncer à se soigner. Dans de nombreux territoires, la situation est déjà critique. Je pense en particulier à la Sarthe, où je suis élu, mais chacun pourrait ici évoquer son propre département. Nous sommes confrontés à un véritable effet ciseaux : d’un côté, une demande de soins qui augmente sous l’effet du vieillissement de la population et de l’évolution des besoins de santé ; de l’autre, une offre médicale qui se contracte, notamment en raison de départs à la retraite non remplacés. Face à cette situation, nous devons mobiliser tous les leviers disponibles. C’est dans cet esprit que je me suis engagé, avec de nombreux collègues de différents groupes politiques, dans un groupe de travail transpartisan consacré à la lutte contre les déserts en santé. Nous partageons une conviction simple : il n’existe pas de solution unique, mais une série de réponses concrètes qu’il nous appartient d’activer sans délai. Le texte que nous examinons ne prétend pas résoudre à lui seul la question des déserts en santé, mais il apporte une réponse utile, pragmatique et immédiatement mobilisable. En levant un obstacle administratif injustifié, il permet à des médecins qualifiés de rejoindre notre système de santé et, potentiellement, d’exercer dans des territoires qui ont un besoin urgent de médecins. En seconde lecture, l’enjeu est désormais d’aboutir rapidement. La commission a fait le choix de la conformité avec le texte adopté par le Sénat afin de permettre une adoption définitive et sans délai. Ce choix nous semble à la fois responsable et nécessaire. Dans le contexte que nous connaissons, chaque amélioration de notre offre de soins compte, ainsi que chaque mesure pragmatique, chaque médecin supplémentaire. Pour toutes ces raisons, le groupe Les Démocrates est favorable à une adoption de la proposition de loi sans modification.
Bravo Éric !
La parole est à M. Bertrand Bouyx.
Le texte sur lequel nous sommes appelés à nous prononcer en deuxième lecture porte sur une situation marginale si l’on se réfère au faible nombre de personnes concernées, mais soulève une question de principe, celle de la fidélité de notre droit à ceux qui lui ont fait confiance. Des étudiants, en grande majorité français, parfois britanniques, parfois issus d’autres pays européens, ont fait leurs études de médecine au Royaume-Uni à une époque où ce pays était membre de l’Union européenne. Ils l’ont fait dans un cadre juridique parfaitement clair : un diplôme obtenu à Londres, à Édimbourg ou à Manchester valait, à l’issue du cursus, partout dans l’Union européenne en application de la directive européenne de 2005 sur la reconnaissance des qualifications. Le Brexit est intervenu pour certains en cours de cursus. Résultat, leur diplôme, dont le contenu n’a pourtant pas changé, dont les exigences académiques sont restées identiques, ne leur ouvre plus l’exercice de la médecine en France. Ce qui s’est déplacé, c’est une frontière purement et exclusivement politique. Concrètement, pour exercer, ces praticiens sont aujourd’hui contraints de passer par la procédure dite Padhue, applicable aux diplômés hors Union européenne, avec des épreuves de vérification des connaissances, puis un parcours de consolidation des compétences en milieu hospitalier, soit deux à trois années supplémentaires pour valider des compétences qu’ils possèdent déjà. La proposition de loi de notre rapporteur Vincent Caure corrige cette anomalie dans un cadre précis : elle ne vise que les étudiants ayant commencé leur formation avant le 31 décembre 2020, c’est-à-dire dans un cadre européen ; elle n’englobe que les diplômes répondant aux obligations communautaires ; elle est en somme ciblée, est bornée dans le temps et fait de la qualité de la formation une condition de son application. Le Sénat l’a améliorée par un travail technique utile, dans un esprit pleinement fidèle à l’ambition initiale du texte. Premièrement, il a inclus les ressortissants britanniques eux-mêmes dans le champ du dispositif, conformément à l’intention d’origine de la proposition de loi. Deuxièmement, le périmètre des diplômes a été plus précisément circonscrit. Enfin, la coordination outre-mer a été assurée afin que les médecins concernés puissent exercer dans les mêmes conditions partout sur le territoire français. Le texte qui nous est soumis est à nos yeux le bon – merci, monsieur le rapporteur ! C’est pourquoi nous voterons en sa faveur afin qu’il puisse entrer en vigueur dans les meilleurs délais. Notre système de santé fait face, chacun le sait, à des tensions réelles en matière de démographie médicale. Dans nos territoires et dans nos hôpitaux, la question du nombre de praticiens disponibles est devenue centrale. Dans ce contexte, il serait tout simplement incompréhensible de se priver de médecins compétents et formés aux standards européens. Le texte facilitera le retour des médecins français qui ont fait le choix de se former au Royaume-Uni et qui ne demandent qu’à venir exercer dans nos cabinets et dans nos services hospitaliers. Il mettra fin à la situation injuste subie par ceux qui, britanniques ou européens, ont engagé leurs études en toute bonne foi dans un cadre juridique qui a ensuite brutalement changé. Pour toutes ces raisons, le groupe Horizons & indépendants votera en faveur de la proposition de loi. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
La parole est à M. Yannick Favennec-Bécot.
Nous sommes appelés à nous prononcer sur un texte qui vise à corriger une injustice bien réelle subie par un certain nombre de jeunes médecins français. La proposition de loi portée par notre collègue Vincent Caure concerne une situation très concrète : celle d’étudiants ayant entamé leurs études de médecine au Royaume-Uni avant le 31 décembre 2020, donc dans un cadre pleinement européen, et qui se retrouvent aujourd’hui pénalisés par les conséquences du Brexit. Avant cette date, les diplômes britanniques relevaient du système européen de reconnaissance automatique. Ces étudiants ont donc fait le choix de se former outre-Manche en toute légitimité, avec la perspective de pouvoir exercer en France sans obstacle majeur. Le Brexit a brutalement brisé ce cadre. Du jour au lendemain, ces jeunes praticiens ont été assimilés à des Padhue et soumis à des procédures longues, complexes et très sélectives pour pouvoir exercer. Cette situation est profondément injuste parce qu’elle résulte d’un changement politique extérieur à leur parcours, intervenu au cours de leur formation. Elle a placé nombre d’entre eux dans une véritable impasse professionnelle, parfois aussi personnelle, alors même que leur niveau de qualification est reconnu. Le texte que nous examinons aujourd’hui apporte une réponse ciblée et proportionnée. Il ne remet pas en cause le cadre général de reconnaissance des diplômes étrangers, mais permet simplement de prendre en considération la situation particulière de ces étudiants en reconnaissant leur formation comme relevant du cadre européen dans lequel elle a été engagée. Bien sûr, ce texte ne réglera pas les problèmes structurels de notre système de santé et son impact sur la démographie médicale sera malheureusement limité, mais là n’est pas son objet. En revanche, il met en lumière une question plus large, celle de la situation des praticiens à diplôme hors Union européenne. Depuis des années, ces médecins jouent un rôle essentiel dans notre système de soins, notamment à l’hôpital et dans les territoires en tension. Je le vois quotidiennement dans mon département de la Mayenne. Ils assurent la continuité des services, souvent dans des conditions précaires et avec des perspectives limitées. Cette situation n’est satisfaisante ni pour eux, ni pour les patients, ni pour les territoires qui subissent déjà un accès aux soins dégradé. Nous avions d’ailleurs salué l’adoption d’un amendement en commission prévoyant la remise d’un rapport sur les conditions d’exercice de ces médecins et les difficultés qu’ils rencontrent. Le Sénat a choisi de supprimer cette disposition. Nous le regrettons, car ce travail aurait permis d’objectiver les blocages et d’ouvrir des pistes d’amélioration. Pour le reste, le Sénat a amélioré la rédaction du texte et renforcé sa sécurité juridique. Dans ces conditions, et parce que la proposition de loi apporte une réponse juste à une situation injuste sans fragiliser les exigences de qualité attachées à notre système de soins, le groupe LIOT est favorable à son adoption conforme. Le texte ne prétend pas tout résoudre, mais il corrige une anomalie et permet à des médecins compétents de sortir d’une impasse qui n’avait pas lieu d’être. C’est une avancée utile, concrète, et c’est pourquoi nous le soutiendrons. (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR et sur quelques bancs du groupe EPR.)
Je mets aux voix l’ensemble de la proposition de loi.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 72 Nombre de suffrages exprimés 72 Majorité absolue 37 Pour l’adoption 72 Contre 0
(La proposition de loi est adoptée.) (Applaudissements.)
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à quinze heures cinquante, est reprise à quinze heures cinquante-cinq.)
La séance est reprise.
L’ordre du jour appelle la discussion, après engagement de la procédure accélérée, du projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 à 2030 et portant diverses dispositions intéressant la défense (nos 2630, 2695 rectifié).
La parole est à Mme la ministre des armées et des anciens combattants.
Ministre de la guerre ou ministre de la paix ? Là est la question.
Au moment où nous commençons cette discussion, je veux revenir sur l’hommage que notre nation a rendu, à Suippes, au sergent Anicet Girardin, et à Montauban à l’adjudant Florian Montorio. Ils sont morts pour la France dans l’accomplissement de leur mission, lors d’une attaque du Hezbollah contre la Finul. Un mois auparavant, le 12 mars 2026, le major Frion tombait en Irak. Leur engagement nous oblige. Marc Bloch, qui entrera au Panthéon le 23 juin, écrivait : « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent, elle compromet, dans le présent, l’action même. » Cette phrase nous parle aujourd’hui, parce que toute l’histoire militaire nous enseigne ce que coûtent l’impréparation comme les illusions stratégiques. Notre responsabilité est de tirer les conséquences d’hier et d’aujourd’hui pour préparer la France à ce qui vient. Le projet de loi qui vous est soumis, prévu par l’article 8 de la loi de programmation militaire 2024-2030, n’est pas une nouvelle LPM – nous ne touchons pas au format –, mais répond à la nécessité d’accélérer et de densifier notre effort de réarmement. Les objectifs sont clairs : accélérer le rehaussement des stocks de munitions ; accélérer les acquisitions d’équipements sur les segments prioritaires, notamment les drones et la lutte antidrones, la défense surface-air, l’espace, la préparation opérationnelle ; adapter nos capacités aux évolutions des conflits, en prenant en considération les retours d’expérience récents, provenant de l’Ukraine, du Proche et Moyen-Orient, mais aussi de la crise du covid, qui a rappelé combien résilience et résistance de la nation ne sont pas de vains mots. Les fondamentaux de l’ordre bâti après 1945 sont plus que jamais fragilisés, qu’il s’agisse de la primauté du droit, de l’intangibilité des frontières ou du respect du droit international. L’actualité révèle chaque jour de nouvelles ruptures dans les équilibres géopolitiques et une dynamique de réarmement mondial, alors même que le désinvestissement progressif des États européens dans leur défense, basé sur les fameux dividendes de la paix, a conduit à aggraver les lacunes capacitaires. Ce constat, la France n’est pas seule à le faire : nos partenaires le partagent. L’enjeu pour notre pays est donc clair : être en mesure de faire face à toute situation, jusqu’à un engagement majeur, à un horizon de temps que nous ne maîtrisons pas. C’est tout le sens de cette actualisation qui densifie notre modèle sans remettre en cause notre format, qui nous fait gagner en agilité sans jamais oublier la masse, et qui donne la priorité aux capacités opérationnelles dont l’acquisition est la plus urgente, mais aussi à l’activité des forces, particulièrement leur entraînement. La boussole de la France n’a pas varié : l’indépendance stratégique reste la condition de notre liberté d’appréciation, de décision et d’action. Cette doctrine s’illustre dans la position singulière qu’occupe la France dans le conflit en cours au Proche et Moyen-Orient. Nos forces contribuent depuis le premier jour du conflit à assurer la sécurité de nos partenaires ciblés par l’Iran, démontrant ainsi la crédibilité de notre signature. La France ne vise qu’un seul objectif au Liban, celui de se tenir aux côtés de l’État et du peuple libanais pour oeuvrer à la paix et à une stabilisation durable. Toutes les parties doivent respecter le cessez-le-feu et préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban. Je précise qu’il n’y a ni comparaison, ni mise sur le même plan des acteurs. Le Hezbollah a commis la faute inacceptable d’avoir entraîné le Liban dans cette guerre qu’il n’a pas choisie : il doit mettre fin à toute attaque contre Israël. De son côté, Israël doit cesser toute incursion dans le Sud du Liban et se retirer du territoire libanais. Le désarmement du Hezbollah doit être poursuivi par les Libanais, avec le soutien de la communauté internationale. La France est aussi engagée à un niveau élevé pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales au sein des forces multilatérales, parfois jusqu’au sacrifice ultime. Elle poursuit ses efforts aux côtés de l’Ukraine notamment au sein de la coalition des volontaires. Je n’oublie pas les territoires ultramarins pour la protection desquels nous devons renforcer notre agilité, nos moyens d’information et de communication. Depuis 2017, le président de la République, chef des armées, a fait le choix du réarmement, de la cohérence et de la durée, ce qui a conduit à un effort inédit, permettant de doubler le budget de nos armées entre 2017 et 2027. Avec Florence Parly, nous avions engagé une première loi de programmation militaire dite de réparation, de près de 300 milliards d’euros, entre 2019 et 2025. Avec Sébastien Lecornu, la loi de programmation militaire 2024-2030, dotée de 400 milliards d’euros de crédits budgétaires, a marqué un changement d’échelle, celui de la modernisation de notre modèle d’armées. Ce que nous vous proposons aujourd’hui, c’est d’accélérer ce mouvement, de densifier ce modèle, qui se traduit par une trajectoire de ressources rehaussée de 36 milliards d’euros de crédits budgétaires sur 2026-2030, dont plus de 3,5 milliards dès 2026 et plus de 10 milliards au total dès les deux premières années, car l’urgence est là. La France dépassera alors les 2,5 % du PIB d’effort de défense dès 2030. Cette actualisation a d’ores et déjà fait l’objet de nombreux débats en commission. Vous avez enrichi le texte puisque 108 amendements venant de tous les bancs ont été adoptés sur les 550 déposés. Et je suis convaincue que le débat parlementaire qui s’ouvre permettra de compléter et de parfaire le projet. Notre défense repose sur deux piliers : la dissuasion et des forces conventionnelles suffisamment robustes pour l’épauler, afin d’éviter le contournement par le bas. D’abord, en matière de dissuasion, dans la continuité du discours de l’île Longue prononcé par le président de la République le 2 mars dernier, le financement des capacités des composantes océanique et aéroportée est conforté, notre arsenal est rehaussé,…
Et pas un mot sur les civils ! Pas un d’entre vous n’a eu un mot pour les 160 gamines iraniennes bombardées !
La parole est à Mme Sabine Thillaye, rapporteure pour avis de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration générale de la République, à laquelle la commission de la défense nationale et des forces armées a délégué l’examen des articles 17 à 19.
J’interviens en tant que rapporteure pour avis de la commission des lois sur les articles 17, 18 et 19 du projet de loi. Ces trois articles répondent à un même impératif : assurer notre sécurité nationale tout en respectant nos principes fondamentaux. L’article 17 instaure une obligation de déclaration préalable avant toute publication ou diffusion d’une œuvre de l’esprit par un agent d’un service de renseignement du premier cercle. Toute publication, même de bonne foi, est susceptible de révéler des informations sensibles, de nature à porter atteinte au secret de la défense nationale, en dévoilant des méthodes, des procédures. Ce faisant, elle peut mettre en danger des agents sur le terrain. Il ne s’agit pas de censurer, mais d’anticiper des risques réels dans un contexte où l’information circule vite, très vite. Cet article institutionnalise un dialogue entre le ministère et ses agents : l’agent devra transmettre son œuvre avant toute publication, diffusion ou même communication à un tiers. Le ministre pourrait lui demander d’y apporter des modifications, si par exemple l’œuvre révèle des opérations, des procédures opérationnelles ou si elle donne des informations de nature à nuire à la sécurité des agents. La commission des lois a souhaité supprimer la peine d’emprisonnement d’un an encourue en cas de méconnaissance de l’obligation de déclaration préalable. En conséquence, je vous proposerai d’augmenter significativement le montant de l’amende. L’article 18 donne aux services de renseignement la possibilité de détecter les signaux faibles sur internet grâce à des algorithmes conçus sur demande par le groupement interministériel de contrôle (GIC), organisme rattaché au premier ministre. Je veux lever une ambiguïté : un algorithme n’est pas une boîte noire incontrôlable, mais une suite d’instructions, un outil mathématique conçu sur mesure pour analyser automatiquement de grandes quantités de données. Concrètement, il s’agit d’un filtre, d’un tamis qui trie des millions d’informations et ne fait remonter que celles qui correspondent à des critères précis définis à l’avance. C’est un point essentiel : les services de renseignement n’accéderont pas à l’ensemble des données analysées. Seules celles susceptibles de révéler un comportement numérique menaçant déclenchent une alerte et sont analysées par les services. Le dispositif est encadré, il suppose une autorisation du premier ministre et un avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR). L’article 18 étend aussi les finalités du déploiement de ces algorithmes à la lutte contre la criminalité et la délinquance organisées. Il intègre la possibilité pour les services de faire traiter des URL – les adresses que vous tapez dans la barre de recherche – par leurs algorithmes. Or les URL sont des données mixtes qui peuvent comporter des indications sur les informations consultées. Dans sa décision sur la loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic, le Conseil constitutionnel a censuré l’utilisation des URL. L’article 18 vise à remédier à cette censure en incluant de nouvelles garanties. En commission des lois, nous avons précisé la procédure par laquelle la CNCTR rend ses avis. L’examen en séance permettra d’affiner les dispositions relatives à ce contrôle. L’article 19 a pour objet un aspect moins visible mais tout aussi stratégique – la protection de notre recherche. Il s’agit de prévenir le débauchage des chercheurs qui travaillent sur des projets stratégiques. L’article crée également pour ces chercheurs une obligation de déclaration préalable avant d’exercer une activité pour le compte d’une entité étrangère. Le ministre pourra s’opposer à l’exercice d’une telle activité s’il estime que les intérêts fondamentaux de la nation sont menacés. L’objectif est d’intervenir en amont. Les chercheurs concernés par le texte exercent dans des zones dont l’accès est déjà réglementé en raison de la sensibilité des recherches qui y sont menées. Là encore, il ne s’agit pas d’interdire mais d’anticiper en évaluant les risques pour protéger nos intérêts fondamentaux. Pour garantir la sécurité juridique des chercheurs, nous avons introduit en commission une règle claire : en l’absence de réponse du ministre, l’exercice de l’activité sera considéré comme autorisé. Ces trois articles suivent une même ligne : agir en amont plutôt que subir, protéger sans bloquer, sécuriser sans renoncer à l’État de droit. C’est un équilibre exigeant mais nécessaire. C’est pourquoi je vous invite à adopter ce texte. (Applaudissements sur les bancs des groupes Dem et EPR. – M. Michel Barnier applaudit également.)
Cela relève de la prolifération ! C’est contraire aux traités, et donc illégal !
…tout comme les capacités conventionnelles d’épaulement, notamment sur l’alerte avancée et la défense surface-air. S’agissant du volet conventionnel, l’une des inflexions fondamentales concerne les frappes dans la profondeur. Cette actualisation prévoit de nous doter d’une capacité balistique permettant de frapper dans la grande profondeur, au-delà de 2 500 kilomètres. Plus de 1 milliard d’euros sont prévus pour développer cette capacité majeure. Nous avons retravaillé la trame aviation de combat dans le cadre d’une approche globale intégrant les missiles à longue portée, air-air et air-sol, les drones d’accompagnement, les capteurs et la connectivité. Ces choix permettront à nos composantes aérienne et aéronavale de conduire l’ensemble de leurs missions, de conserver la maîtrise du ciel, de préserver l’attractivité du Rafale à l’export, via son standard F5, plus puissant et doté d’armements renouvelés. C’est d’ailleurs ce que vous avez souhaité préciser en commission sur le développement et l’intégration d’une motorisation nationale à poussée augmentée de type T-REX. Pas moins de 3,4 milliards d’euros supplémentaires sont prévus pour atteindre ces objectifs. Nous avons aussi intégré dans la programmation une capacité de char intermédiaire comme première brique préfiguratrice du MGCS – système principal de combat terrestre –, avec l’objectif d’en faire non pas seulement le successeur du char Leclerc, mais bien le premier élément d’un système de combat de nouvelle génération, donnant corps à l’intuition stratégique qui a présidé à la création de KNDS. J’ajoute que sur proposition des rapporteurs, nous avons ajouté la garantie que, quelles que soient les incertitudes sur les coopérations prévues, la France devra acquérir des capacités aériennes de nouvelle génération. Un autre volet crucial concerne les munitions. L’effort financier est considérable : 8,5 milliards d’euros supplémentaires sur 2026-2030, soit une augmentation de 53 % par rapport à la loi de programmation militaire. Il concerne toute la gamme : obus, missiles de croisière, missiles Aster, missiles mer-mer, missiles Mica – d’interception, de combat et d’autodéfense – et Mistral, missiles antichars, torpilles. Il s’agit d’augmenter nos stocks et de consolider l’outil de production sur les segments les plus déficitaires. L’objectif n’est pas juste de stocker : il faut augmenter les flux et permettre à nos soldats de s’entraîner, d’être capables de remonter rapidement en puissance en cas de consommation importante de munitions, comme c’est le cas aujourd’hui chez les belligérants au Proche et Moyen-Orient. (Mme Christine Arrighi s’exclame.) En économie de guerre, la première arme, c’est l’usine. Cette ambition, nous la partageons. Vous avez d’ailleurs adopté un rapport destiné à en contrôler le suivi. Nous avons également travaillé pour étendre notre palette de réponses dans le domaine de la lutte antidrones, afin d’intercepter plus en dépensant moins. Un principe nous guide : adapter la munition utilisée à la cible visée, y compris pour ce qui est du coût. C’est simplement le bon usage des ressources que la nation consacre à son armée. Dans cette logique, nous renforçons nos capacités de défense surface-air et de lutte anti-drones, en augmentant l’effort de 1,6 milliard d’euros sur 2026-2030, soit 32 % de plus par rapport à ce qui était prévu dans la loi de programmation militaire. Concernant les drones, nous accentuons la dronisation des unités opérationnelles des trois armées. Le nano, micro ou mini-drone est devenu un équipement essentiel pour le combattant, particulièrement dans l’armée de terre. La DGA – direction générale de l’armement – et les armées travaillent avec de nombreuses start-up pour tester et qualifier de nouveaux produits. Au total, 2 milliards seront consacrés aux drones grâce à cette actualisation. C’est d’ailleurs dans cet esprit que vous avez adopté un amendement qui vise à affirmer clairement une logique de complémentarité entre hélicoptères et drones. C’est précisément ce que nous avons observé jeudi dernier dans les camps de Champagne avec la députée Lise Magnier, à l’occasion de la clôture de l’exercice Orion en présence du président de la République. Cette coopération renforcée est une condition essentielle pour accroître l’efficacité opérationnelle de l’aviation légère de l’armée de terre (Alat), élargir son spectre d’action et renforcer sa résilience face aux menaces contemporaines. L’espace est une autre priorité de cette actualisation…
La parole est à M. le président de la commission de la défense nationale et des forces armées.
« Les Français […] ne peuvent pas se désintéresser de leur défense dans le monde troublé où nous vivons » : ces mots sont de Pierre Messmer, alors ministre des armées. Ils furent prononcés en 1960, au lendemain de l’adoption de la première loi de programmation militaire par le Parlement. Ces mots sont plus que jamais d’actualité. Face au retour de la guerre en Europe, à l’embrasement du Moyen-Orient, à la fragmentation de l’ordre international et à la multiplication des menaces, chacun de nous doit être convaincu de l’importance de nos armées. Nous, parlementaires, devons prendre nos responsabilités et agir en veillant à ce que l’armée française continue à disposer des moyens dont elle a besoin. C’est tout l’objet de l’actualisation de la loi de programmation militaire. Cet investissement de 36 milliards d’euros supplémentaires intervient dans un contexte d’aggravation des menaces confirmé par la revue nationale stratégique (RNS) de 2025 et objectivé par les travaux menés par notre commission. Cet effort s’inscrit dans la continuité de l’impulsion donnée en 2017 par le président de la République, chef des armées, pour encourager la transformation en profondeur de nos armées. En l’espace de dix ans, nous aurons doublé le budget de la défense. Il faut renforcer encore davantage notre dissuasion nucléaire…
Enfin !
C’est un domaine de conflictualité à part entière. L’actualisation permet d’accélérer le déploiement de nouvelles capacités spatiales pour surveiller et agir, avec des satellites patrouilleurs-guetteurs, des moyens d’action sol-espace, des moyens de brouillage électromagnétique puis de tir laser. Renforcer les moyens du renseignement spatial est incontestablement un enjeu de souveraineté. Nous le ferons par l’acquisition de satellites et l’achat de services, en nous appuyant sur les opportunités de notre industrie.
Au risque de la prolifération !
C’est la guerre des étoiles ! Quelle absurdité !
Madame la députée, il faut conclure !
Oui, ce projet de loi de programmation rectificative mérite une motion de rejet, car il est le signe de votre irresponsabilité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP, dont les députés se lèvent.)
…qui doit rester robuste et crédible. C’est la garantie ultime de la sécurité de notre nation et de la protection de nos intérêts vitaux. Ces derniers ont toujours revêtu une dimension européenne : tout en préservant pleinement notre souveraineté, nous devons à présent les appréhender à l’échelle du continent tout entier. Clé de voûte de notre défense, la modernisation de notre arsenal nucléaire est une nécessité absolue. Nous devons également garantir notre autonomie d’analyse, de décision et d’action. Pour ce faire, il nous faut prendre en compte plus rapidement les évolutions des boucles technologiques et produire plus vite – et plus efficacement. Il faut placer l’agilité au cœur de nos organisations, du ministère des armées et de notre industrie de défense. Sans remettre en cause l’intérêt des grands programmes d’armement, il est essentiel de laisser toute leur place aux petits équipements : nous devons investir davantage dans les munitions, la dronisation, la robotisation et la lutte antidrones. Ces efforts sont complémentaires des investissements que nous estimons nécessaires dans le spatial, la très haute altitude, l’artillerie, les frappes dans la profondeur, le renseignement, la guerre électronique, l’informatique quantique ou l’intelligence artificielle. Enfin, nous devons préserver notre rôle de puissance de sécurité et de stabilité. La France doit rester cet allié fiable, attaché au multilatéralisme et au droit international.
La préparation opérationnelle à la haute intensité permettra à l’entraînement de bénéficier de moyens supplémentaires pour se rapprocher au plus près des conditions de l’engagement. La préparation représente 1,6 milliard d’euros, soit plus de 300 millions d’euros supplémentaires par an. Cette montée en puissance permettra de conduire des exercices majeurs, interarmées ou avec nos alliés, à l’instar d’Orion 2026.
Je mets aux voix la motion de rejet préalable.
Quels alliés ? Nous n’en avons plus !
Contre LFI !
Un amendement a été adopté en commission pour que cette loi tire les conséquences du retour d’expérience de l’exercice Orion 2026. Les territoires d’outre-mer bénéficieront également de cette actualisation. Les effets de la loi de programmation militaire, qui prévoit un effort de 13 milliards d’euros et le renforcement d’environ 1 100 militaires supplémentaires, seront accentués. D’ores et déjà, 44 % du renfort en effectifs a été réalisé en seulement deux ans. Trois patrouilleurs outre-mer sur les six que prévoit la loi de programmation militaire sont déjà en poste, un quatrième est en transit vers Nouméa. Il en est de même pour deux hélicoptères de manœuvre Caracal sur les quatre prévus en remplacement des Puma en Guyane. Le déploiement des Falcon 2000 Albatros en remplacement des Falcon 200 Guardian est accéléré. La capacité de réaction est également renforcée par la montée en puissance de la flotte A400M, portée à quarante et un appareils, ce qui permet d’améliorer significativement la projection vers et depuis les territoires d’outre-mer, notamment aux Émirats arabes unis où la présence permanente d’un A400M est déjà effective et avant 2030 en Nouvelle-Calédonie. La souveraineté et la réduction de nos dépendances constituent bien un enjeu majeur de cette actualisation. C’est aussi le sens du remplacement progressif des C130H américains par des A400M européens, des Awacs américains pour la surveillance par des GlobalEye européens, l’acquisition de bouées acoustiques françaises là où nous nous fournissions hier aux États-Unis. La défense est une compétence souveraine de chaque nation. Plus de souveraineté nationale n’interdit pas plus d’Europe : elle l’exige lorsque l’Europe nous permet de partager la recherche et développement, de réduire nos dépendances, de bâtir des standards communs, de renforcer notre base industrielle. C’est l’équilibre que nous assumons : décider souverainement, et coopérer quand cela nous rend plus forts. Au-delà de l’enjeu militaire, cet effort est aussi un choix économique. Grâce à cette actualisation, nos entreprises bénéficient d’une visibilité pluriannuelle, voire décennale. Je pense ainsi au porte-avions France libre, dont la mise en service est prévue en 2038. Les commandes lancées par la direction générale de l’armement, hors dissuasion, représentent 14 milliards d’euros en 2024, 20 milliards en 2025 et 31 milliards en 2026.
(Il est procédé au scrutin.)
Enfin !
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 168 Nombre de suffrages exprimés 166 Majorité absolue 84 Pour l’adoption 38 Contre 128
Plus que jamais, face à un monde troublé, la France doit demeurer une puissance militaire qui sait se faire entendre à travers sa diplomatie et qui est capable d’agir seule ou avec ses alliés pour défendre ses valeurs, ses intérêts et notre liberté. Mes chers collègues, j’ai pleinement confiance dans le fait que, comme en commission de la défense, nous ferons de cet examen un débat constructif sur notre politique de défense, et que nous serons tous guidés par la même boussole : l’intérêt supérieur de la nation. Avant de conclure, je veux rendre hommage aux femmes et aux hommes engagés pour notre défense, civils et militaires. Au-delà des trajectoires financières et capacitaires, ce sont eux qui constituent la première richesse de nos armées. Vive l’armée française, vive la République et vive la France ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs du groupe HOR. – M. Michel Barnier applaudit également.)
(La motion de rejet préalable n’est pas adoptée.) (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EPR et Dem.)
Oh, trop génial !
Si vous aviez mis autant d’argent dans les hôpitaux…
Ces dépenses produisent des effets concrets dans le pays : 80 % des commandes irriguent notre base industrielle et technologique de défense (BITD), qui représente 240 000 emplois directs et indirects dans les petites et moyennes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (PME et ETI) de nos territoires. Ces investissements sont créateurs de valeur économique pour la nation. En 2026, 2,7 milliards d’euros de commandes sont programmés pour les infrastructures de la défense. Nous travaillons avec un tissu de 500 grandes entreprises du bâtiment et des travaux publics mais aussi avec 1 000 PME et ETI qui contribuent à plus de 10 000 emplois, notamment près de nos bases et de nos régiments. Enfin, le commissariat aux armées exécute en moyenne 2,5 milliards d’euros de paiements chaque année, dont 84 % au profit d’entreprises françaises, de l’alimentation aux équipements ou fournitures diverses. Le budget de la défense n’est donc pas uniquement un sujet militaire, c’est aussi une question de souveraineté économique qui irrigue les territoires, dans l’Hexagone comme dans nos territoires d’outre-mer. Cette dynamique d’investissement entretient directement nos capacités d’exportation. Les commandes françaises, associées à l’exigence de nos armées, garantissent la crédibilité des produits de la BITD et notre compétitivité internationale dans une filière de plus en plus concurrentielle. Pour 2025, nous devrions, comme en 2024, enregistrer plus de 20 milliards d’euros de prises de commandes à l’export.
Et vive la guerre !
J’ai reçu de Mme Mathilde Panot et des membres du groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire une motion de rejet préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 5, du règlement. (Exclamations sur les bancs des groupes RN et EPR.) La parole est à M. Bastien Lachaud.
Je souhaite rendre hommage, au nom de mon groupe, au sergent-chef Florian Montorio et au caporal-chef Anicet Girardin, décédés des suites de leurs blessures au Liban. Plus largement, j’ai une pensée pour l’ensemble des casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), qui accomplissent une mission particulièrement difficile en ce moment. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.) « Jamais nous n’avons été […] dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes […]. » Ainsi parlait Jean Jaurès le 25 juillet 1914, à la veille de la première guerre mondiale. Ces paroles résonnent aujourd’hui en nous d’un écho terrible, à l’heure où nous affrontons à nouveau la montée des périls. La guerre nous entoure, dans l’Est de l’Europe, au Proche-Orient, partout sur la planète, où plus de 130 conflits font rage. Pourtant protégé, notre pays en subit déjà les conséquences en raison de la flambée des prix de l’énergie. À tout instant, un affrontement direct entre superpuissances peut advenir et entraîner l’humanité dans le brasier d’un nouveau conflit mondial dont elle ne ressortirait pas. Face à l’abîme, protéger notre peuple devrait être la priorité de ceux qui aspirent à le gouverner. Construire la paix devrait être l’obsession de tous les esprits raisonnables. Mais vous faites tout le contraire : vous nous invitez à examiner aujourd’hui une loi de programmation militaire mal pensée, mal ficelée, qui fragilise notre défense nationale et entraîne notre pays dans la spirale de l’escalade. Nous ne la voterons pas. Et comme Jaurès hier, nous lutterons jusqu’à notre dernier souffle pour conjurer le pire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Édouard Bénard applaudit également.) Mal pensée, votre programmation l’est profondément, jusque dans l’analyse qui en constitue le soubassement. Car vous ne saisissez pas les dynamiques à l’œuvre dans les relations internationales, vous passez à côté des défis auxquels nous faisons face, vous ne comprenez pas le monde, engageant ainsi notre pays dans une impasse dangereuse. Le monde dans lequel nous évoluons, c’est un monde où l’épuisement du modèle capitaliste basé sur les énergies fossiles entraîne les puissances dans une concurrence acharnée pour s’approprier les matières premières et les ressources naturelles, une concurrence qui brutalise les rapports entre les États, qui alimente les logiques suprémacistes et qui conduit à la généralisation des conflits. Or que faites-vous ? Au lieu d’y répondre par le droit international, par la coopération entre les nations, par la recherche de la paix, vous normalisez l’escalade des tensions en installant l’idée que la guerre serait notre horizon inévitable et indépassable. Accélération des périls, économie de guerre, réarmement massif: voilà les mots, les éléments de langage, l’imaginaire que vous ne cessez d’égrener à longueur de temps dans vos discours, sur les plateaux de télévision et dans vos textes de loi. M. Attal, peut-être futur candidat de votre camp à l’élection présidentielle, est allé jusqu’à affirmer que « le droit international ne prime plus » et que « la force règne ». Paroles terribles…
Réalistes !
…qui traduisent une logique sociale darwinienne et belliciste au cœur de votre vision du monde. (M. Jean-François Coulomme et Mme Claire Lejeune applaudissent.)
C’est une honte !
Vous nous direz que si vous jouez la force, c’est pour mieux éviter d’avoir à y recourir, vous répéterez que « qui veut la paix, prépare la guerre », adage aussi éculé qu’inepte car il n’y a rien de plus faux, l’histoire en a fait chaque fois la démonstration : qui ne fait que préparer la guerre rend peu à peu toute alternative impossible (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP) et contribue ainsi à faire advenir le conflit. Voilà la pente dangereuse sur laquelle vous nous entraînez. Le monde dans lequel nous évoluons, c’est un monde où les États-Unis sont engagés dans une rivalité avec la Chine pour l’hégémonie mondiale, un monde où, dans une tentative désespérée pour préserver leur domination, ils encouragent une logique d’affrontement et cherchent à y enrôler l’ensemble de leurs alliés. Or que faites-vous ? Au lieu d’œuvrer à l’indépendance de notre pays, de le tenir à l’écart de l’engrenage et de préserver sa voix singulière qui lui donnerait un rôle de médiateur, vous vous alignez aveuglément sur les désirs de Washington, sur les diktats de Donald Trump.
Eh oui !
Le projet de loi actualisant la programmation militaire, que vous nous soumettez, en est la meilleure preuve. Car pourquoi vous précipiter pour augmenter les budgets de la défense, alors même que le gouvernement ne cesse d’expliquer que les caisses sont vides ? Mais c’est parce que Donald Trump le demande bien sûr, lui qui ne cesse d’exiger des pays membres de l’Otan qu’ils augmentent leurs dépenses militaires : c’était 2 % du PIB hier et ce devrait être 5 % aujourd’hui. Sébastien Lecornu lui-même trouvait ce chiffre déraisonnable. Mais Emmanuel Macron s’est empressé d’accourir au sommet de l’Otan à La Haye, en juin dernier, et s’est couché, faisant soudain de ces 5 % un horizon souhaitable pour la France. Alors on vous entend déjà ergoter : ce ne serait pas exactement 5 %, mais 3,5 % pour la défense et 1,5 % pour la sécurité. Nuance factice qui n’est là que pour cacher la vérité piteuse : Donald Trump ordonne, et vous vous exécutez.
Eh oui !
Toute honte bue, vous osez nous parler d’autonomie stratégique, de souveraineté nationale, d’indépendance ! Il n’en est rien : vous vous alignez sur la Maison-Blanche. Ce carcan nous enferme, nous met au service d’intérêts qui ne sont pas les nôtres, abaisse notre parole dans le monde et, non seulement nous empêche d’être une puissance au service de la paix, mais nous entraîne dans un affrontement où notre pays et l’humanité tout entière ont tout à perdre. Vous prétendez « garantir la liberté de la nation et la sécurité des Français », selon vos propres mots, madame la ministre, mais vous nous liez les mains et vous mettez notre peuple d’autant plus en danger que votre programmation est non seulement mal pensée, du fait de la vision du monde sur laquelle elle s’appuie, mais aussi mal ficelée de par les objectifs qu’elle poursuit et la méthode qu’elle adopte. Tout à votre zèle de répondre aux exigences de Donald Trump, vous vous fixez seulement des objectifs budgétaires, nous demandant aujourd’hui d’avaliser 36 milliards d’euros supplémentaires. J’ai bien dit : 36 milliards. Mais pour quoi faire ? Le savez-vous seulement ? Vous n’avez pas le début d’un diagnostic sur les défis et sur les besoins concrets de la nation et de nos armées, pas le début d’une ambition stratégique clairement définie ni de nouveaux programmes structurants permettant d’y répondre, pas le début d’une planification cohérente sur le moyen et le long terme. Pire, plusieurs programmes sont décalés, d’autres revus à la baisse, d’autres encore disparaissent purement et simplement. En vérité, la programmation que vous proposez n’est rien d’autre qu’un simple rattrapage budgétaire. Vous nous demandez en effet de rattraper les erreurs que votre prédécesseur a commises en 2023 en faisant adopter à la hâte une loi de programmation qui n’avait pas les moyens de ses ambitions. Nous avions prévenu, à l’époque, que ce budget n’était pas sincère, et aujourd’hui, vous nous demandez de combler les trous ainsi créés. Vous naviguez à vue, au gré d’ajustements à la petite semaine, car votre programmation n’est que la suite d’une succession d’incohérences et de fiascos industriels. Ainsi, depuis 2017, le président Macron s’entête à multiplier les coopérations franco-allemandes. Seulement elles ne fonctionnent pas : le successeur du Rafale est décalé de cinq ans ; le char accuse dix ans de retard ; la grande constellation satellitaire qui devait être l’alternative à Starlink de Musk ne verra pas le jour. Et vous récidivez : nouvelle coopération franco-allemande sur l’alerte avancée, pourtant pilier essentiel de la dissuasion nucléaire ; nouvelle coopération franco-allemande sur les missiles balistiques terrestres. À chaque fois, nos soi-disant partenaires allemands ne poursuivent que leurs propres intérêts. À chaque fois, ils ne cherchent qu’à faire main basse sur nos compétences industrielles. À chaque fois, votre naïveté et votre aveuglement nous conduisent au même résultat : une perte de savoir-faire et de souveraineté.
Vous n’aimez pas les Allemands. Vous n’aimez pas les Américains. Vous n’aimez personne !
Et pour mieux masquer cette politique de gribouille, vous vous drapez dans une rhétorique de la dramatisation permanente. Il ne vous reste plus que cela d’ailleurs, dans ce second mandat macronien crépusculaire, sans souffle, sans cap, sans boussole. Sacrifices, efforts, fin de l’abondance, le président de la République le répète sur tous les tons depuis des années. Brandir la guerre est devenu votre seul moyen de justifier une politique de casse sociale où vous coupez dans tous les budgets, à l’exception de celui de la défense. La nation serait presque en guerre… Il faudrait donc repousser l’âge du départ à la retraite à 64 ans et rogner sur l’assurance chômage ; quant à l’adaptation aux bouleversements climatiques, elle pourrait bien attendre. Le budget de la défense serait donc le seul à augmenter dans un pays qui compte 11 millions de pauvres, un pays où 2,5 millions de personnes supplémentaires dépendent de l’aide alimentaire depuis qu’Emmanuel Macron est à l’Élysée, où les services publics manquent de tout. Comment nos concitoyens pourraient-ils le comprendre ? Disposer d’une défense souveraine, efficace, préparée, est essentiel ;…
Eh bien alors ?
…mais tant que le budget militaire sera le seul à augmenter, cette politique restera sans adhésion dans notre peuple, et c’est dangereux. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et GDR.) Ainsi, vous avez beau parler de réarmement matin, midi et soir, et augmenter sans cesse les budgets de la défense, vous affaiblissez en réalité la souveraineté industrielle et militaire de notre pays et la cohésion de notre peuple ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Votre raisonnement est particulier !
Voilà le bilan de votre prétendue programmation. Il est désastreux. Il faut donc faire tout le contraire de ce que vous faites, et nous le ferons, nous, parce que nous voulons une France dont le territoire est protégé et sanctuarisé, une France qui affirme sa voix singulière au service de la paix. Nous refuserons toute logique d’alignement sur un bloc ou sur un autre. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Édouard Bénard applaudit également.) Nous organiserons la sortie de l’Otan. Nous empêcherons l’Union européenne de s’arroger des compétences de défense qu’elle n’utilise que pour nous allier encore davantage à l’Alliance atlantique. Nous préserverons nos capacités industrielles propres et stopperons les coopérations désavantageuses avec l’Allemagne. Nous déploierons plus largement un grand plan de souveraineté, militaire comme civil, pour reconstruire l’État ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Car il faut en finir avec le règne du tout-marché et le chaos néolibéral si nous voulons être capables de nous défendre. Eh oui, un État qui se donne les moyens de se défendre et de protéger sa population n’a pas peur de bloquer les prix quand c’est nécessaire.
Ça part dans tous les sens !
Là où vous n’avez rien compris, rien anticipé, rien fait, là où vous nous avez enfermés dans une dépendance avec les États-Unis, nous agirons, nous, en planifiant, en partant des besoins de la nation et de nos armées. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Car oui, nous sommes meilleurs que vous en la matière : depuis 2017, nous affirmons avec Jean-Luc Mélenchon…
Vous aurez prononcé son nom tout de même !
…que les nouvelles frontières de l’humanité que sont le numérique, l’espace et les fonds marins seront les clés des affrontements de demain. C’est dans cette direction, celle de l’avenir, qu’il faut orienter nos efforts au lieu de rejouer les guerres du passé, comme le modèle otanien voudrait nous y obliger. Les champs de bataille contemporains nous donnent déjà raison. Nous financerons donc une IA française capable de rivaliser avec celle des Gafam états-uniens (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), capable de nous libérer de l’emprise de Palantir ; nous sortirons des dépendances à l’égard de tous les logiciels étrangers ; nous ferons un cloud souverain qui permettra de sécuriser les données importantes de la nation et des Français ; nous ferons de la France une puissance de premier plan dans la technologie quantique (Mêmes mouvements), la révolution technologique de la décennie à venir, en assumant un effort massif d’investissement, de recherche et de souveraineté industrielle. Nous redonnerons à la France son rang de grande puissance spatiale en créant une université francophone de l’espace, en faisant de Kourou, la base de lancement du Cnes – le Centre national d’études spatiales –, un port spatial pleinement souverain ; nous refuserons toute dépendance à l’égard d’Elon Musk et de son réseau Starlink (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP) en développant une alternative française efficace que nous proposerons au monde. Nous donnerons à l’État les moyens de sécuriser notre domaine maritime, le deuxième au monde, et de faire de la France une nation de pointe dans la recherche sur les fonds marins. Par ailleurs, nos armées aussi ont un rôle important à jouer dans les territoires d’outre-mer. Ces territoires, qui sont les plus touchés par la multiplication des catastrophes naturelles liées aux bouleversements climatiques, doivent pouvoir compter sur une capacité de réaction rapide et souveraine, sur des infrastructures renforcées et sur un traitement enfin égal à celui de toutes les régions de notre patrie. C’est là aussi que se joue notre avenir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) En somme, nous ferons ce que vous avez toujours refusé de faire : penser et agir en dehors des cadres imposés par les États-Unis et par l’Otan, penser et agir en non-aligné, penser et agir librement. Mais cela ne suffira pas car, pour affronter toutes les menaces potentielles, la première des forces, c’est d’abord l’unité du peuple. Nous agirons donc pour mettre fin au poison de la division nationale, pour lutter contre le racisme, le sexisme et les inégalités sociales (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP), pour refermer les fractures que des années de vos politiques calamiteuses n’ont fait qu’exacerber. En effet, une nation fracturée est une nation affaiblie. Nous retisserons le lien entre l’armée et la nation en instaurant une véritable conscription citoyenne (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP), pas un gadget, pas une opération de communication, pas un dispositif destiné à mettre la jeunesse ou pas. La conscription citoyenne que nous voulons ne sera pas tournée vers une militarisation de la jeunesse, mais vers le renforcement de la cohésion de la nation. Une défense qui s’appuie sur la nation tout entière et non sur une armée coupée du peuple : voilà ce dont notre pays a besoin et voilà ce que nous ferons. (Mêmes mouvements). Une défense indépendante, dotée des moyens nécessaires pour répondre aux menaces de demain et adossée à un État planificateur et a un peuple uni : voilà notre feuille de route. Une fois ces conditions réunies, la France pourra redevenir une puissance réellement non alignée et indépendante, une puissance qui n’est inféodée à personne et donc capable de parler à tous, une puissance qui porte une voix singulière sur la scène internationale, une puissance fidèle à son histoire et à son rôle particulier. Car telle est la vocation de notre pays : tourner le dos aux chimères bellicistes qui l’enferment et le rabougrissent, et se proposer pour ouvrir un chemin vers un autre monde :…
On dirait du Fidel Castro !
…celui du droit international, de la coopération harmonieuse entre les nations et de la paix entre les peuples. (Mme Claire Lejeune applaudit.) Au fond, collègues, c’est bien la seule ambition qui vaille : faire de la France une puissance au service de la paix. C’est notre place, notre rang, notre devoir, et nous le ferons en 2027 avec Jean-Luc Mélenchon à l’Élysée. (Vifs applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mélenchon président !
La parole est à M. le président de la commission de la défense nationale et des forces armées.
Monsieur Lachaud, vous avez commencé votre intervention en énumérant les différentes menaces. Et vous avez bien raison car c’est vrai qu’elles existent, qu’elles sont nombreuses et qu’elles viennent de partout – d’Europe, du Moyen-Orient, de Chine, mais aussi de l’instabilité de nos relations avec les États-Unis. Mais vous inversez les rôles et les responsabilités. Vous dites que la France serait menaçante et déstabiliserait le monde parce qu’elle se réarme. C’est totalement faux. Pour qu’une diplomatie puisse produire ses effets, il faut qu’elle soit adossée à une force militaire.
Eh oui !
Et c’est l’ambition de cette actualisation de la loi de programmation militaire que de donner à la France la possibilité de faire levier avec son armée pour faire respecter autant que possible le droit international. Il s’agit ainsi d’être une puissance de stabilité.
Arrêtez un peu !
La parole est à Mme Anne-Laure Blin.
Alors que nous abordons l’actualisation de la loi de programmation militaire, je tiens à rendre hommage, au nom des députés du groupe de la Droite Républicaine, à l’engagement total de nos soldats pour défendre notre nation. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR. – Mme Constance Le Grip, rapporteure pour avis de la commission des affaires étrangères, applaudit également.) Il convient de ne jamais oublier que les moyens que nous investissons dans nos armées le sont au service d’hommes et de femmes prêts au sacrifice ultime pour notre pays. Trois ans après le vote initial de la LPM, 36 milliards d’euros, pas tout à fait 40 donc, lui sont ajoutés, notamment par des surmarches déjà prévues. Il s’agit d’une somme considérable, notamment au vu des difficultés budgétaires auxquelles notre pays est confronté. Le sort de notre intégrité nationale repose sur nos choix, notamment en matière budgétaire. Dégager des marges de manœuvre financières et réduire le poids de la dette nous permettra assurément de dégager des moyens pour nos armées et nos soldats. Au total, la loi de programmation engagera 436 milliards, contre 400 milliards d’euros initialement prévus, soit le montant que les députés du groupe de la Droite républicaine avaient réclamé dès 2023. Mais, en réalité, cela reste encore modeste. En cinquante ans, il faut le dire, la France a multiplié par deux ses dépenses sociales alors qu’elle divisait par deux ses dépenses relatives au régalien. L’augmentation de 36 milliards s’inscrit dans un contexte global de hausse des dépenses militaires. Selon le rapport de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm publié le 27 avril dernier, près de 2 900 milliards de dollars ont été consacrés aux dépenses militaires dans le monde en 2025 – une onzième année consécutive de croissance sur fond de conflits multiples. Les principaux contributeurs – les États-Unis, la Chine et la Russie – concentrent plus de la moitié de ces dépenses. La part du PIB mondial consacrée aux dépenses militaires atteint son niveau le plus élevé depuis 2009. L’Allemagne, quatrième pays au classement des dépenses militaires, a augmenté les siennes de 24 %. L’Espagne a augmenté ses dépenses de 50 %, si bien qu’elles représenteront près de 2 % de son PIB, pour la première fois depuis 1994. Dans la région Asie-Océanie, les dépenses ont totalisé 681 milliards de dollars, soit une augmentation de 8,5 % par rapport à 2024, ce qui constitue leur plus forte hausse annuelle depuis 2009. Dans ce contexte, plusieurs points méritent notre attention. Le rapporteur Jean-Louis Thiériot l’a dit : le projet de loi n’est pas une nouvelle LPM, c’est une actualisation, que réclame l’urgence de la situation. Pour une nouvelle LPM, nous avons rendez-vous, je le crois, après l’élection de 2027. Il ne s’agit pas non plus, comme certains nous l’affirmaient encore tout à l’heure, de l’effort du siècle, qui résoudrait toutes les difficultés. La modernisation de l’armée de terre ne pourra pas être réalisée sans renfort véritable du génie – vous savez mon attachement à cette arme. Sans mobilité, sans protection contre les mines, sans capacité de franchissement à la hauteur, nos forces les plus modernes resteront figées. Donner au génie les moyens de ses missions, pour assurer la victoire de nos armées, c’est le sens d’un amendement que je défendrai. (M. Laurent Wauquiez applaudit.) La hausse substantielle des crédits est indispensable. Or nous examinons un projet de loi de cohérence plutôt qu’un projet de loi de format. La rallonge budgétaire devra permettre d’accentuer certains efforts prioritaires que vous avez évoqués, madame la ministre, en faveur du stock de munitions, du réarmement de la défense aérienne élargie, de la défense surface-air et de la lutte antidrones. Concernant la cavalerie, qui, en tant que députée de Saumur, m’est très chère, l’actualisation confirme l’accélération de la livraison des Jaguar de reconnaissance et de combat et de la mise au standard XLR des chars Leclerc. L’enjeu est véritablement d’intégrer le char lourd dans la bulle Scorpion, tout en prolongeant sa durée de vie jusqu’à l’arrivée du futur système de combat terrestre. Le texte comprend aussi des mesures normatives, que je soutiens fermement. Elles visent à accompagner le réarmement : l’instauration d’une autorisation environnementale unique en matière de défense, l’extension d’un cadre juridique facilitant l’économie de guerre, la création d’un régime légal de perception des redevances à l’export, des allègements de certaines contraintes de la commande publique et des assouplissements réglementaires. Les députés de la Droite républicaine se réjouissent par ailleurs de l’abandon définitif du SNU, inutile, coûteux et sans objet identifié. La défense de notre territoire national est une priorité. Dans un contexte géopolitique plus qu’incertain, le sort de l’intégralité nationale repose sur nos décisions. Le groupe de la Droite républicaine votera pour cette actualisation. (Applaudissements sur les bancs du groupe DR, ainsi que sur quelques bancs du groupe EPR.)
Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.
Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.
Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.
Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.
Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».
Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.
Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.
Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.
Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.
Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.
Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).
Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.
Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.
Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.
Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.
Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.
Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.
Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.
Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.
Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.
Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.
Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.
Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.
Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.
Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.
Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.
Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.
Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.
Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.
Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.
Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).
Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.
Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.
Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.
Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.
Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.
Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.
Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.
Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.
Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.
Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.
Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.
Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.
Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.
Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.
Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.
Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.
Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.
Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.
Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.
Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.
Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.
Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.
Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.
Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.
Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.
Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.
Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).
Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.
Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.
Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.
Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.
Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.
Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.
Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.
Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.
Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.
Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.
Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.
Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.
Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.
Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.
Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.
Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.
Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.
Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.
Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.
Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.
Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.
Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.
Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.
Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.
Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.
Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.
Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.
Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.
Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.
Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.
Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.
Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.
Vote solennel et public par lequel les députés se prononcent sur un texte, un amendement ou une motion. Au scrutin public, chaque député enregistre son vote (pour, contre, abstention) et les résultats sont nominatifs.
Catégorie de scrutin public utilisée pour les votes les plus importants (adoption d'un texte en lecture solennelle, motions majeures, décisions politiques structurantes). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de savoir précisément la position de chaque député.
Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.
Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.
Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.
Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.
Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.
Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.
Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.
Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).
Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.
Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.
Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.
Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.
Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).
Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.
Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.