Suite de la discussion d’une proposition de loi
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Sommaire de la séance
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Amendements les plus cités
La séance est ouverte.
(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)
L’ordre du jour appelle la suite de la discussion de la proposition de loi portant programmation nationale énergie et climat pour les années 2025 à 2035 (nos 463, 1522).
Cet après-midi, l’Assemblée a commencé la discussion des articles de la proposition de loi, s’arrêtant après avoir entendu un orateur inscrit sur l’article 1er.
Nous en venons aux amendements à l’article 1er. Sur les amendements nos 623, 243, 625 et identiques suivants, 195, 624 et identiques suivants, je suis saisi par les groupes Rassemblement national et La France insoumise-Nouveau Front populaire de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
La parole est à M. le ministre chargé de l’industrie et de l’énergie, pour soutenir l’amendement no 623 tendant à supprimer l’article 1er.
L’article 1er prévoit d’insérer dans le code de l’énergie de nombreuses dispositions qui y sont déjà présentes et qui ont d’ailleurs fait l’objet de discussions à l’occasion de travaux législatifs récents. Dans sa version adoptée par la commission, l’article soulève un certain nombre de difficultés. D’abord, il tend à transformer EDF en établissement public industriel et commercial (Epic), alors que les travaux issus de la loi du 11 avril 2024 visant à protéger le groupe Électricité de France d’un démembrement ont conduit à une solution tout autre pour assurer sa pérennité, sa solidité et sa capacité d’investissement : EDF est devenue une entreprise nationalisée à 100 %. Le statut d’Epic poserait des difficultés juridiques, opérationnelles et techniques qui pourraient se révéler difficilement compatibles avec l’intégrité d’EDF, en particulier avec sa capacité d’investissement. Je mentionne une de ces difficultés : la requalification mécanique en aides d’État de tous les dispositifs d’aide à la fourniture d’électricité. Cela ne manquerait pas de faire naître un contentieux avec l’Union européenne, qui aurait des conséquences très concrètes. Ensuite, l’article vise à indexer les tarifs réglementés de vente d’électricité (TRVE) sur les coûts de production du système électrique. Or cela méconnaît la réalité du marché de l’électricité, puisque ces coûts ont vocation à refléter les coûts supportés par les fournisseurs actifs en France – ils ne se limitent donc pas aux coûts de production. Enfin, l’article tend à rétablir les tarifs réglementés de vente de gaz (TRVG), alors que ceux-ci ne contribuent ni à la sécurité d’approvisionnement ni à la stabilité des prix.
Ah bon ?
Pour toutes ces raisons, le gouvernement souhaite la suppression de l’article.
Sur les amendements nos 693 et 153, je suis saisi par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à M. Antoine Armand, rapporteur de la commission des affaires économiques, pour donner l’avis de la commission sur l’amendement no 623.
Je donne un avis favorable à cet amendement du gouvernement, pour toutes les raisons que vient d’exposer M. le ministre. Pour compléter, je vous alerte sur les conséquences très importantes en matière de financement public qu’aurait la transformation d’EDF en établissement public – au-delà du fait que les hommes et les femmes qui y travaillent sont déjà engagés dans une transformation d’entreprise, un programme qui implique toute la filière devant commencer dans les tout prochains mois. Manifestement, certains ici pensent que l’argent public peut tout faire à lui seul, et qu’il n’y a aucun intérêt à permettre à une entreprise, fût-elle publique, de se financer sur les marchés, d’y obtenir des conditions préférentielles et d’acquérir une surface d’investissement importante ! S’agissant des TRVE – nous avons entamé cet après-midi le débat à ce sujet et le poursuivrons un peu plus tard –, la question porte moins sur le niveau de prix que l’on souhaite que sur la composition de ces tarifs. Ceux-ci prennent en compte non seulement les coûts de production de l’électricité, mais aussi, entre autres, les coûts d’approvisionnement et les marchés de capacité. Nous sommes tous satisfaits de cette composition et il est essentiel que nous la respections.
La parole est à M. Matthias Tavel.
Par cet amendement de suppression, vous voulez effacer ce qui a été gagné en commission grâce aux amendements du groupe La France insoumise,…
Il n’était pas tout seul !
…c’est-à-dire la réponse, soutenue par un vote large et majoritaire de la commission, que nous entendons apporter à vingt ans de libéralisation du marché de l’énergie, qui est un échec patent non seulement pour nous, mais aussi pour tous les Français. Je l’ai rappelé dans la discussion générale, depuis que l’électricité est une marchandise qui s’échange, le montant des factures a été multiplié par deux et 1 million de Français ont eu à subir, l’an dernier, des coupures d’électricité ou des réductions de puissance. Vous et ceux qui vous ont précédés – notamment le gouvernement de droite qui, en 2004, a transformé EDF en société anonyme – avez organisé l’impuissance publique, ce qui vous oblige aujourd’hui à mendier auprès du marché pour que celui-ci veuille bien essayer de réaliser la transition énergétique. Ce que nous défendons par cet article – qui prévoit le retour d’EDF à un statut d’établissement public, l’indexation des TRVE et le rétablissement des TRVG –, c’est tout simplement la faculté pour la puissance publique de décider de l’orientation qu’elle donne au pays en matière énergétique, afin que chaque Française et chaque Français aient accès à l’énergie nécessaire à une vie digne. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) À cela vous opposez des arguments fallacieux. D’abord, vous anticipez la réaction de la Commission européenne. Or vous pourrez dire à celle-ci que ce n’est pas encore elle qui fait la loi en France. (Même mouvements.)
Oui !
Si vous êtes dans un tel état d’esprit, il ne faut pas s’étonner que nos barrages hydroélectriques soient depuis tant d’années soumis à la menace de la Commission européenne. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Il serait temps d’apprendre à lui tenir tête, d’autant que les autres pays européens ont besoin des exportations françaises d’électricité pour éviter le blackout. Nous avons les moyens de nous faire respecter, mais peut-être ne le savez-vous pas ? (Même mouvements.) Je termine par la capacité d’investissement d’EDF. Un établissement public peut lever des financements à des coûts moins élevés qu’une société anonyme. Si vous voulez que le groupe EDF puisse investir, il faut lui redonner un statut d’établissement public. Cela lui offrira une plus grande marge d’investissement, car il bénéficiera de la garantie publique, alors qu’il doit actuellement, sur les marchés, se financer au taux auquel on veut bien lui prêter.
Ça fait longtemps qu’il parle, non ?
Tel est l’esprit des amendements que nous avons fait adopter. Ainsi modifié, l’article 1er confirme que l’électricité est un bien commun indispensable à la souveraineté de la nation et à la vie digne de chacun. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à M. Philippe Brun.
Les arguments déployés par M. le ministre ne résistent pas à l’analyse. D’abord, il dit que le groupe EDF aura des difficultés de financement si nous le passons sous un statut d’Epic. Or c’est le contraire : ce statut permettra à EDF de lever davantage d’argent sur les marchés, puisqu’il bénéficiera de la garantie implicite de l’État, un Epic ne pouvant être placé en liquidation judiciaire. La Commission européenne et la Cour de justice de l’Union européenne ont décidé de rendre difficile l’accès au statut d’Epic – la CJUE par un arrêt du 3 avril 2014 – précisément parce que celui-ci facilite, grâce à la garantie implicite de l’État, le financement des entreprises concernées. Ce premier argument est donc faux. L’exposé sommaire de l’amendement du gouvernement indique que, dans la loi visant à protéger le groupe Électricité de France d’un démembrement – issue d’une proposition de loi dont j’étais l’auteur –, c’est le statut de société anonyme qui a été choisi. Or il s’agit d’un repli, à la demande du Sénat, par rapport à la position initiale de l’Assemblée, qui était favorable au statut d’Epic. Ensuite, si nous demandons le rétablissement des TRVE pour tous les niveaux de puissance, c’est parce que nous sommes les premiers à constater l’indécence des tarifs pratiqués sur les marchés au regard des coûts réels de production. La crise que nous avons connue il y a deux ans pourrait se reproduire si les prix du gaz venaient de nouveau à augmenter ou si la spéculation s’intensifiait sur les marchés de l’électricité. Nous avons grandement besoin de tarifs régulés tels que les définit l’article 1er. Enfin, nous avons été très nombreux dans cette assemblée à nous battre, en juillet 2023, contre la fin des TRVG. Certes, ils n’empêchent pas la hausse des prix, qui dépendent des marchés internationaux, mais ils donnent de la lisibilité et de la clarté pour les consommateurs. Pour toutes ces raisons, les socialistes voteront contre cet amendement de suppression et pour l’article 1er.
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
Je précise, notamment à l’attention de ceux qui nous écoutent, que le débat et le vote qui se sont tenus en commission des affaires économiques portaient bel et bien sur une renationalisation d’EDF.
EDF est déjà nationalisée ! Qu’est-ce que vous racontez ?
Certes, EDF appartient à 100 % à l’État, mais ce n’est pas un établissement public ; c’est une société anonyme,…
Et alors ? L’entreprise est la propriété de l’État !
…qui est dès lors soumise à des objectifs de rentabilité économique et cherche à atteindre des objectifs commerciaux. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous avons auditionné récemment le nouveau PDG d’EDF. Souvenez-vous du débat à propos de l’ancien PDG d’EDF, à qui on demandait de pratiquer des prix beaucoup plus faibles pour les entreprises, tout en exigeant que la société anonyme placée sous sa direction soit rentable ; c’est bien le problème. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Philippe Brun applaudit également.) L’article 1er vise à clarifier les choses en revenant tout simplement à l’esprit de la loi de 1946, qui a permis de mener une politique énergétique très efficace. (Mêmes mouvements.)
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Je souhaite soutenir l’amendement et manifester mon incompréhension à l’égard des arguments de nos collègues de gauche. De quoi parlez-vous ? Vous essayez de nous expliquer qu’EDF est en réalité une entreprise privée ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) À vous écouter, les personnes qui n’ont pas une connaissance fine du sujet peuvent avoir l’impression qu’EDF est une entreprise privée. Or EDF est une entreprise publique, qui appartient à 100 % à l’État.
Oui !
EDF n’a jamais été une entreprise privée ! Ne dites pas de telles choses ! (Mêmes mouvements.) Arrêtez de faire croire aux Français que cette entreprise a été privatisée ou qu’il y a une intention de la privatiser ! C’est d’ailleurs notre majorité qui a rétabli à 100 % la part de l’État – déjà très majoritaire – au capital d’EDF. C’est Élisabeth Borne qui a pris cette décision, conformément à ce qu’elle avait annoncé en 2022 dans sa déclaration de politique générale. Cessez donc de créer des débats qui n’existent pas !
Allez regarder la définition d’une société anonyme, monsieur Sitzenstuhl !
D’autre part, il faut se demander pourquoi le groupe EDF a été affaibli ces dernières années. Pour ma part, je crois sincèrement que le discours antinucléaire que vous avez tenu pendant plusieurs années à partir de 2012… (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
C’est vrai !
Ça n’a rien à voir !
…a profondément affecté la filière nucléaire et, par voie de conséquence, a profondément affaibli EDF.
C’est exactement ça !
Arrêtez de fabuler !
N’importe quoi !
Et la corrosion sous contrainte ?
Ne nous donnez pas de leçons à ce sujet ! Nous sommes revenus à 100 % pour l’État et nous souhaitons qu’EDF reste une entreprise publique. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
La parole est à M. Jérôme Nury.
Je comprends l’idée : le statut d’Epic éviterait à l’avenir une ouverture du capital et une éventuelle privatisation. Nous l’avons tous dit, EDF doit être le bras armé de la politique énergétique de l’État et émaner de l’État. Toutefois, il ne faudrait pas alourdir le groupe EDF en le dotant d’un statut qui n’est pas adapté et qui le rendrait moins agile. Sa transformation en Epic serait un retour vingt ans en arrière. Introduire cette mesure dans une simple proposition de loi, sans étude d’impact et sans aucun recul,…
Il a raison !
…paraît très audacieux…
Et dangereux !
…voire inconscient. C’est pourquoi nous voterons en faveur de l’amendement du gouvernement.
Très bien !
Oui, il faut être un peu sage.
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
Comme il faut être disruptif dans cet hémicycle, je vais défendre la concurrence, par principe : elle permet de réduire les coûts de production, y compris pour la production d’électricité. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Alma Dufour s’esclaffe.)
Vous plaisantez ? Vous avez tout marchandisé, et c’est le boxon en France !
Chers collègues de La France insoumise, si certains d’entre vous peuvent se targuer d’un prix particulièrement compétitif de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables, c’est grâce à la concurrence d’EDF ! Ce n’est pas grâce au dirigisme d’une entreprise à laquelle on a fait faire ce qu’elle ne voulait pas faire ! C’est grâce à la profusion de nouveaux producteurs d’électricité, qui ont challengé le producteur historique,…
Challengé ?
…innové et apporté de nouveaux moyens de production sur le marché,…
N’importe quoi !
…que l’entreprise historique n’était pas à même de développer à ce moment-là. Vous appelez de vos vœux l’émergence de nouveaux moyens de production écologiques. Or c’est le marché et la concurrence qui ont permis l’innovation en ce sens en France et, de manière générale, en Europe.
Vous êtes perdu pour la cause, collègue !
Il faudrait bosser un peu le sujet !
Vous nous vantez les modèles allemand et espagnol pour ce qui est des éoliennes.
N’y a-t-il pas de concurrence en Allemagne ?
Or observez ces modèles : ce ne sont pas de grandes entreprises monopolistiques qui permettent cette innovation et des prix compétitifs.
Il ne vit pas dans le même pays que nous !
La parole est à Mme Dominique Voynet.
Juste quelques mots en réponse à l’intervention de M. Sitzenstuhl. Franchement, est-ce le discours des militants antinucléaire qui a affaibli la tuyauterie en acier du circuit d’injection de sécurité (Applaudissements sur les bancs des groupes EcoS et LFI-NFP) et qui est responsable de la corrosion sous contrainte qui a entraîné l’arrêt simultané de nombreuses tranches nucléaires ?
Oui !
Allez parler aux anciens présidents d’EDF, madame la ministre !
La crédibilité du nucléaire repose sur la solidité et la sérénité de nos débats en la matière. Je sais que nos échanges sont toujours plus éruptifs à la reprise de vingt et une heures trente, mais il serait dommage que les débats dégénèrent dans une tournure superficielle et que nous soyons incapables de nous écouter sur une question aussi sérieuse. (Applaudissements sur plusieurs bancs des groupes EcoS et LFI-NFP.)
Ça ne dégénère pas et nous nous écoutons !
Madame la ministre, c’est moi qui m’occupe de la discipline. Je trouve que le débat se passe correctement et j’espère que cela va continuer. Je mets aux voix l’amendement no 623.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 106 Nombre de suffrages exprimés 106 Majorité absolue 54 Pour l’adoption 36 Contre 70
(L’amendement no 623 n’est pas adopté.) (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.)
La parole est à M. Matthias Tavel, pour soutenir l’amendement no 243.
Comme nous sommes censés débattre d’une loi de programmation énergie et climat, nous ne voulions pas attendre trop longtemps pour parler du climat. Il aurait d’ailleurs été préférable que l’architecture du texte place en tête les objectifs climatiques, pour que nous fixions ensemble les objectifs de décarbonation nécessaires à la lutte contre le changement climatique. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) C’est pour que cette discussion puisse intervenir assez tôt que nous avons déposé cet amendement, qui vise à ajouter, dans le cadre de la politique énergétique de l’État, les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 % en 2030 par rapport à 1990 et d’atteinte de la neutralité carbone en 2050. L’atteinte de ces objectifs est absolument nécessaire pour espérer respecter l’accord de Paris, limiter le changement climatique et en atténuer les effets. Chaque degré, chaque dixième de degré compte, et cet enjeu dépasse le débat sur la pertinence du nucléaire, puisque 60 % de l’énergie utilisée en France est toujours d’origine fossile – pétrole, gaz, marginalement charbon. Seules les énergies renouvelables pourront remplacer très rapidement les énergies fossiles, certainement pas une relance du nucléaire. Nous vous proposons donc d’inscrire, dès le début de ce texte, l’objectif climatique qui est le nôtre, pour nous assurer de tous aller dans la même direction et rappeler que le climatoscepticisme n’a pas sa place ici. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – Mme Dominique Voynet applaudit également.)
Quel est l’avis de la commission ?
Je salue la sincérité et la fougue avec lesquelles notre collègue Tavel s’est fait le défenseur de cet objectif extrêmement important, dénonçant ainsi les horribles pensées de ceux qui s’opposeraient à son atteinte. Toutefois, je signale qu’il est déjà inscrit dans la loi, comme vous le savez, monsieur Tavel, puisque vous étiez présent en commission lorsque nous avons adopté l’article qui reprend très précisément cet objectif. En effet, il est intégré dans ses grandes lignes aux articles L. 100-2 et L. 100-4 du code de l’énergie tous deux modifiés par la proposition de loi. Je comprends votre volonté d’insister, par la redondance des arguments, sur l’importance de cet objectif absolument vital et je suis sûr que nous nous retrouverons pour le défendre quand nous en arriverons à l’article concerné. Pour le moment, je vous propose de retirer votre amendement dont l’adoption conduirait à écrire la même chose à deux endroits différents, qui plus est dans un article qui ne concerne pas directement cette question.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Monsieur Tavel, maintenez-vous l’amendement no 243 ?
Oui.
Je mets aux voix l’amendement no 243.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 121 Nombre de suffrages exprimés 119 Majorité absolue 60 Pour l’adoption 44 Contre 75
(L’amendement no 243 n’est pas adopté.)
Je suis saisi de trois amendements, nos 693, 77 et 583, pouvant être soumis à une discussion commune. La parole est à M. Maxime Amblard, pour soutenir l’amendement no 693.
Nous proposons de réécrire une partie de l’article 1er, afin de faire d’EDF une entreprise unifiée et d’établir des tarifs réglementés de vente de gaz.
Vous conservez la parole pour soutenir l’amendement no 77.
Il s’agit d’un amendement de repli.
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 583.
Il vise à préciser les dispositions relatives aux objectifs du prix de l’électricité, en indiquant que le coût complet s’entend des coûts associés à l’ensemble du système électrique, c’est-à-dire la production, le transport, la distribution, la fourniture et le stockage d’électricité. En effet, la rédaction issue de la commission se limite aux seuls coûts de production, ce qui, compte tenu des investissements futurs dans les capacités de stockage et le réseau, produirait un prix totalement déconnecté de la réalité du système électrique.
Quel est l’avis de la commission sur ces trois amendements ?
L’amendement no 693 propose de supprimer du texte la mention de l’objectif de diminution des importations de gaz. Je partage avec vous – c’était d’ailleurs l’objet d’un amendement précédent que j’avais déposé mais qui est tombé – l’idée que la sécurité d’approvisionnement est un objectif premier et non négociable. Néanmoins, dans le cadre d’une loi programmatique, il est normal de se fixer des objectifs, notamment ceux, que nous partageons globalement, de décarbonation et de plus grande souveraineté industrielle. C’est pourquoi supprimer l’objectif de diminuer les importations de gaz fossile me paraît contradictoire avec l’idée de défendre notre souveraineté ainsi que l’objectif de décarbonation. J’exprime donc un avis défavorable sur l’amendement no 693. Je rejette aussi l’amendement no 77 pour les mêmes raisons, auxquelles j’ajoute que regrouper les activités de production, de transport, de distribution et de fourniture pour faire de l’entreprise que vous connaissez bien une entreprise verticalement intégrée est contraire au droit européen, qui n’a pas radicalement changé. Certes, j’ai senti il y a un instant que l’Assemblée était moyennement sensible à cet argument, mais je suis sûr que lorsque nous évoquerons les objectifs de développement des énergies renouvelables, la conformité au droit européen reprendra auprès de beaucoup de nos collègues toute son importance et sa pertinence. Avis défavorable également pour l’amendement no 583, qui relève du même esprit.
La parole est à M. le ministre.
Mêmes avis.
Pour simplifier, je vais procéder à un scrutin public pour les trois amendements en discussion commune. Je mets aux voix l’amendement no 693.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 133 Nombre de suffrages exprimés 133 Majorité absolue 67 Pour l’adoption 47 Contre 86
(L’amendement no 693 n’est pas adopté.)
Je mets aux voix l’amendement no 77.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 133 Nombre de suffrages exprimés 133 Majorité absolue 67 Pour l’adoption 47 Contre 86
(L’amendement no 77 n’est pas adopté.)
Je mets aux voix l’amendement no 583.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 125 Nombre de suffrages exprimés 100 Majorité absolue 51 Pour l’adoption 14 Contre 86
(L’amendement no 583 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour soutenir l’amendement no 153.
Il vise à préciser que le maintien des tarifs réglementés de vente d’électricité doit être conforme aux conditions énumérées par la directive de 2019 relative aux règles communes du marché intérieur de l’électricité. Certes, notre rapporteur vient de dire que l’Assemblée, à ce stade, ne semblait pas très sensible aux arguments relatifs au droit européen. Pour ma part, j’appelle l’ensemble de nos collègues à une forme de responsabilité : depuis le début de l’examen de ce texte, nous avons déjà ouvert plusieurs brèches qui peuvent mettre EDF en difficulté eu égard aux engagements européens que la France a pris souverainement, mais aussi face à des concurrents du marché européen ou à des États membres qui n’auraient pas la volonté de nous aider. C’est pourquoi il convient, au cours de l’examen du texte, de ne pas donner aux personnes qui ne souhaitent pas du bien à EDF l’occasion de multiplier les contentieux. Dans cet esprit, notre amendement vise à sécuriser juridiquement la volonté du législateur exprimée à l’article 1er, en veillant à mentionner le respect nécessaire de la directive de 2019.
Quel est l’avis de la commission ?
Je suis évidemment sensible aux arguments de mon collègue Sitzenstuhl, mais j’exprimerai une demande de retrait ou, à défaut, un avis défavorable, pour deux raisons. Premièrement, même si le rejet de l’amendement du gouvernement pourrait laisser penser le contraire, nous devons respecter le droit européen dans la législation française ; le fait de le mentionner explicitement relève de la redondance. Deuxième raison : la disposition qui serait vraiment problématique – vous l’avez rappelé – serait que le TRVE ne reflète que le coût de production et non l’ensemble des coûts, ainsi que le prévoient à la fois nos textes et nos règles, l’équilibre et la réalité physique du système électrique ainsi que le droit européen. C’est d’ailleurs pour cette raison que plusieurs d’entre nous soutiendront dans un instant un amendement de clarification qui supprimera la référence selon laquelle les TRVE reflètent les seuls coûts de production du système électrique français.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Je demande également le retrait de l’amendement, pour les mêmes raisons que M. le rapporteur, auxquelles j’en ajoute une autre : nous avons fourni à la Commission européenne des arguments pour défendre le maintien des TRVE, par l’intermédiaire d’un rapport publié le 17 février 2025, qui détaille tous les éléments de garantie de leur compatibilité avec le droit européen.
Monsieur Sitzenstuhl, maintenez-vous l’amendement no 153 ?
Je le maintiens.
Je mets aux voix l’amendement no 153.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 138 Nombre de suffrages exprimés 136 Majorité absolue 69 Pour l’adoption 3 Contre 133
(L’amendement no 153 n’est pas adopté.)
Je suis saisi de cinq amendements identiques, nos 625, 322, 470, 493 et 577. La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 625.
Il s’agit de supprimer la mention selon laquelle les tarifs réglementés de vente d’électricité doivent refléter les coûts de production du système français. Le dispositif des TRVE est essentiel et nous l’avons défendu devant la Commission européenne – je viens de le rappeler – par le truchement d’un rapport désormais public. Toutefois, le niveau des TRVE n’a pas vocation à refléter mécaniquement les coûts de production du système électrique français, mais à refléter l’ensemble des coûts supportés par les fournisseurs actifs en France. Ils comprennent non seulement les coûts d’approvisionnement en électricité – qu’elle soit produite en France ou ailleurs – mais également les coûts du mécanisme de capacité, les frais d’accès au marché de l’énergie, l’espérance des risques quantifiables, les coûts liés aux écarts par rapport au périmètre d’équilibre, les coûts d’acheminement au réseau, les coûts commerciaux, et ainsi de suite. Les coûts intègrent donc l’ensemble de ces dimensions et ne se limitent en aucun cas aux coûts de production. C’est pourquoi il nous semble nécessaire de supprimer cette mention de l’alinéa 2 de l’article 1er.
La parole est à M. Vincent Rolland, pour soutenir l’amendement no 322.
Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’enjeu de notre souveraineté. En l’occurrence, il s’agit concrètement de protéger une entreprise. La facture d’électricité doit refléter en effet les coûts de production, mais pas seulement. Comme M. le ministre vient de le rappeler, il faut prendre en compte les autres coûts, notamment les frais d’accès au marché de l’énergie ou encore les coûts d’acheminement au réseau.
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 470.
Il vise à supprimer de la liste des priorités assignées à l’État en matière de politique énergétique la mention selon laquelle les tarifs réglementés de vente d’électricité reflètent les coûts de production du système électrique français. En effet, malgré son bon sens apparent, cette précision entre en contradiction avec le cadre juridique actuel. Comme l’a expliqué M. le ministre, les TRVE sont calculés selon la méthode dite d’empilement des coûts, définie dans le code de l’énergie et qui garantit leur compatibilité avec le marché concurrentiel organisé par le droit européen. C’est pourquoi je propose de maintenir la cohérence du droit en supprimant cette formulation qui, loin d’améliorer les tarifs, pourrait les mettre en danger.
L’amendement no 493 de M. le rapporteur est défendu. La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 577.
Identique aux précédents, il tend à éviter les écueils de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh), que nous avons été très nombreux à critiquer. (M. Philippe Brun applaudit.)
Puisque le rapporteur et le gouvernement ont soutenu chacun un amendement, les avis sont par définition favorables. La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
Si la commission a voulu préciser que les tarifs de vente d’électricité doivent être adossés aux coûts de production réels, c’est parce que les prix de marché sont extrêmement volatils. Ils dépendent de la règle dite du coût marginal, c’est-à-dire qu’ils sont fixés selon le tarif de la centrale – souvent une centrale à gaz – produisant le dernier kilowattheure. En conséquence, le prix de l’électricité est fluctuant et fortement dépendant de celui du gaz, alors même que le coût de production de l’électricité en France est relativement faible et stable. C’est un signal-prix absurde ! Il faut revenir au système dans lequel les prix de l’électricité dépendent du coût de production réel en France. C’est d’autant plus important qu’après 2026 s’appliquera un mécanisme post-Arenh en vertu duquel l’intégralité de l’électricité vendue par EDF le sera au prix du marché. Tel est l’esprit de l’amendement voté en commission des affaires économiques, qui permettra, à terme, de protéger les entreprises comme les particuliers de l’envolée et du yo-yo des prix du marché européen de l’électricité. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à Mme Alma Dufour.
Je suis assez fascinée par certains propos. En vous écoutant, j’ai l’impression que la crise énergétique n’a jamais eu lieu, que nous n’avons pas déjà débattu une quinzaine de fois des conséquences de la hausse des prix de l’énergie et que vous n’avez toujours pas compris le problème. Pardonnez-moi de vous le dire, monsieur Schellenberger, mais dans le système allemand que vous évoquez, la concurrence règne ! Le problème, c’est que le prix de l’électricité payé en France est calculé au niveau européen. À qui pensez-vous rendre service en supprimant la disposition que nous avons fait adopter en commission ? Certainement pas aux entreprises, qui paient trois fois ce qu’elles paieraient si le calcul était fait au niveau national, ni aux ménages ! (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.) Le TRVE tel qu’il existe, calqué sur le marché européen de l’électricité, est une vaste blague. Vous êtes en train d’envoyer dans le mur l’économie française tout entière parce que vous refusez d’ouvrir les yeux, soit par dogmatisme, soit parce que vous ne voulez pas creuser le sujet. La réalité, c’est que le coût de production en France est deux fois inférieur à celui de l’Allemagne ; allez voir le marché spot, vous verrez très bien la différence quand les interconnexions sont saturées ! Ce que nous proposons, c’est donc, tout simplement, de revenir à un prix national fondé sur le coût de production et de continuer à échanger avec nos voisins au prix que nous fixerons nous-mêmes. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) La France est le premier exportateur net d’électricité d’Europe et l’Allemagne n’a pas à lui dicter la faillite de ses entreprises ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Bravo !
Il y a des droits d’auteur ! (Sourires sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
Je suis ravi d’apprendre de la bouche de Mme Alma Dufour que le modèle allemand de production d’électricité n’est pas parfait. C’est pourtant lui que vous soutenez par votre volonté historique de sortir du nucléaire et de multiplier la production intermittente éolienne. Par ailleurs, le marché européen est défini par des règles d’échange aux frontières, pas par la fixation des prix au sein des régions où s’échange l’électricité.
Bien sûr que si !
Non ! Non, ce n’est pas ce qui se passe en Allemagne qui détermine la valeur d’échange de l’électricité en France ! D’ailleurs, ce qui a tant agacé le groupe EDF en 2022, c’est qu’il ne pouvait pas vendre son électricité au prix de marché, parce qu’il y avait en France des mécanismes de réduction de l’impact du marché – l’Arenh, que vous avez tant combattu – qui ont permis de contenir l’envolée des prix.
L’Arenh, c’est de la vente à perte !
C’est parce qu’EDF ne voulait pas vendre au prix fixé selon l’Arenh, mais au prix de marché, qu’elle s’est battue pour sortir de ce système. Oui, l’électricité est plus chère en France qu’elle ne l’a été par le passé, mais c’est parce que certains ont voulu détruire notre outil industriel. (« Oh là là ! » sur quelques bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS.) Je parle de tous ceux qui, depuis quinze ans, se battent pour la sortie du nucléaire. Vous en faites partie, madame Dufour ! (Mme Alma Dufour s’exclame.)
Je vous prie d’éviter les interpellations nominatives : l’orateur doit s’adresser à l’ensemble de la chambre. Nous sommes en temps législatif programmé, nous aurons tout le temps de débattre ! La parole est à M. Frédéric Petit.
Les lampes qui nous éclairent viennent de s’éteindre et de se rallumer à peu près dix mille fois. Ceux qui pensent que le fonctionnement du marché de l’électricité dépend uniquement des coûts de production se trompent. Il est très compliqué – c’est tout un métier – et très coûteux de maintenir les phases. Il ne s’agit pas d’écouler un excédent ou de compenser un défaut en échangeant avec l’Allemagne, comme on le ferait pour des petits pains ; il s’agit, à chaque cinquantième de seconde, de faire en sorte que toutes les données sur l’ensemble d’un réseau interconnecté soient parfaitement en phase, sinon tout saute ! C’est ce qui s’est passé en Espagne.
Quel est le rapport ?
Nous ne saurions prendre en compte uniquement les coûts de production : le transfert d’électricité d’un lieu à l’autre met en jeu des forces dont vous n’avez aucune idée ! Cela requiert des investissements et du travail ininterrompu à chaque heure du jour et de la nuit. Le politique est tellement peu capable de comprendre cela…
Ça se voit !
…que les gestionnaires des différents réseaux européens ont formé de leur propre initiative un groupement d’intérêt économique (GIE) installé à Bruxelles, nommé Coreso. Ils n’arrivent pas encore à se coordonner au cinquantième de seconde, faute des autorisations nécessaires, mais ils opèrent eux-mêmes les prévisions en continu, sans quoi un tel niveau d’interconnexion serait impossible. Tout cela a un coût ! Dire qu’il suffit d’échanger de l’électricité, de faire comme si les électrons agités par une centrale nucléaire française et consommés en France avaient le même coût que ceux qui, agités par une centrale nucléaire française, vont ensuite, par conduction, agiter d’autres électrons du côté de Munich, est une erreur. Le réseau, la disponibilité, la puissance garantie, c’est un métier. Il faut intégrer tout cela.
On ne comprend rien à ce que vous dites ! C’est de l’obstruction ! (Sourires sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Parfois, au détour d’un amendement qui paraît très simple, on se rend compte du projet de la Macronie et de ce gouvernement. Lors des dernières élections, qu’il s’agisse des européennes ou des législatives anticipées, vous avez tous affirmé aux Françaises et aux Français que vous vouliez que le prix de l’électricité soit aussi proche que possible du coût de production. Vous l’avez tous dit, sur les plateaux, dans vos professions de foi, devant les électeurs. À présent, vous voulez supprimer cette disposition, alors qu’elle a été adoptée en commission, pour lui substituer le dispositif que vous voulez vraiment, celui que vous avez négocié auprès de l’Union européenne – surtout auprès des Allemands – qui n’est pas du tout une réforme de la tarification du marché européen de l’électricité sur la base du système français ! Vous avez encore cédé aux Allemands en partageant, cette fois, non pas 80 %, mais 100 % du nucléaire et de l’hydroélectricité française avec toute l’Europe, en particulier avec l’Allemagne. Vous avez soldé le minable avantage que vous aviez négocié à l’époque de l’Arenh, le précédent système, déjà scandaleux. L’Arenh est un mauvais dispositif que vous avez, tous autant que vous êtes, voté et organisé ! Vous le critiquez, alors que vous l’avez vous-mêmes instauré il y a quinze ans.
Il y a quinze ans, vous vouliez sortir du nucléaire !
Et vous voudriez faire croire que nous sommes responsables de l’Arenh ? C’est vous qui avez créé ce dispositif absurde qui a pillé le bien commun des Français pendant quinze ans au profit d’entreprises qui n’ont pas investi un centime.
Il y a quinze ans, vous vouliez fermer Fessenheim !
N’essayez pas de rejeter sur nous la responsabilité de vos propres erreurs, ni celle de vos mensonges ! Dans l’exposé sommaire de vos amendements, vous avouez avoir menti aux Français pendant les élections. Vous leur avez promis de réformer le marché de l’électricité, comme le voulait le Rassemblement national, pour essayer de nous voler nos voix !
Arrête ton char !
Heureusement que les Françaises et les Français ne vous ont pas crus ! Vous voilà pris en flagrant délit de mensonge. Vous n’avez pas réformé le marché européen de l’électricité et vous l’avouez dans vos exposés sommaires. Nous ferons, une fois encore, barrage à vos mensonges ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à M. le rapporteur, pour nous éclairer. (Sourires sur quelques bancs.)
Il va plutôt brasser du vent !
Quand on aime les éoliennes, on n’a rien contre ! J’ai remarqué au cours des débats une confusion majeure qui mérite d’être levée. Elle explique d’ailleurs une partie des divergences entre les différents groupes. Il convient de distinguer entre le marché de gros et le marché de détail. Au niveau européen, l’électricité est achetée en gros et en très grande quantité. La meilleure manière de faire en sorte que tous les pays disposent de la bonne quantité d’électricité, c’est celle – inventée par l’ancien président d’EDF Marcel Boiteux, lequel n’avait rien d’un euro-béat ni d’un pro-marché – qui consiste à s’assurer que la dernière centrale appelée fixe le prix. C’est la seule méthode, applicable partout, qui permette, quel que soit le système électrique…
Elle est très mauvaise pour la France !
Pas du tout !
Écoutez le rapporteur !
Je vous prie d’écouter l’orateur.
La hausse des coûts de production au niveau européen s’est répercutée beaucoup trop fortement sur les prix de l’électricité pendant la crise. Cependant, qu’on soit de gauche ou de droite, vouloir indexer les prix de détail, la consommation du quotidien, sur le coût de production européen n’a pas de sens ; cela empêcherait toute production au niveau de l’Union européenne et mettrait en danger sa résilience électrique. Deux modèles s’opposent. Le premier, qui permet la production au niveau européen, repose sur la concurrence, comme l’a souligné M. Schellenberger, ainsi que sur la régulation des tarifs, notamment pour les particuliers. C’est le modèle que nous défendons. Il permet, soit dit en passant, de bénéficier de la solidarité européenne lorsque notre parc industriel est en difficulté. Lors de la crise liée à la guerre en Ukraine et à la corrosion sous contrainte,…
Votre crise !
La crise que vous avez créée !
…la France était très heureuse de pouvoir s’appuyer sur les interconnexions du marché européen ! Même les plus patriotes d’entre nous ne se plaignaient pas, alors, de nos échanges avec les autres pays. Le second modèle – je reconnais qu’il existe – se fonde entièrement sur la nationalisation. Il ferait du groupe EDF une sorte de service à compétence nationale qui distribuerait l’électricité qu’il a produite. Cependant, tout s’effondrerait à la moindre difficulté, que ce soit au niveau national ou européen, qu’il s’agisse de la corrosion sous contrainte, d’un problème industriel ou encore des difficultés économiques que pourrait rencontrer une entreprise dirigée à 100 % par l’État, sans aucune concurrence, vendant son énergie à un prix librement fixé par décret. Je sais que certains pays qui vous intéressent, monsieur Tanguy, fonctionnent ainsi, mais cela n’a jamais marché économiquement ! (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.)
La France fonctionnait comme cela avant 2005 !
C’est le modèle que défendent les groupes situés aux deux extrêmes de notre hémicycle. Soit nous acceptons de faire d’EDF un service à compétence nationale dont l’État fixe tous les paramètres économiques – je ne suis pas sûr que les Français seraient rassurés par cette perspective ; soit, faisant preuve d’un peu de nuance, nous acceptons de reconnaître que nous avons besoin de résilience, de souveraineté et de solidarité européenne. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR.)
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
La commission des affaires économiques a voté pour un modèle cohérent : EDF serait un Epic, aurait donc une mission de service public, et les tarifs réglementés de gaz et d’électricité seraient adossés au coût réel de la production énergétique en France. Cela repose sur l’idée selon laquelle l’électricité, l’énergie, constitue un bien commun stratégique, qu’il faut préserver du chaos et arracher aux griffes du marché. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) De ce point de vue, votre modèle est cohérent ; celui, différent, qu’a adopté la commission l’est aussi. Il part du principe que la simple application des logiques de marché est néfaste pour le marché de l’énergie si l’on veut que celui-ci soit juste et – l’argument a été soulevé en commission – qu’il donne de la prévisibilité et de la stabilité aux acteurs économiques. Ce qui manque au modèle actuel, c’est la possibilité de prévoir l’évolution des prix à long terme. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Les ménages ont besoin d’évaluer à l’avance leur facture d’énergie et les entreprises d’investir en se projetant sur plusieurs années.
Vous êtes pédagogue, madame Trouvé !
Vous avez raison, monsieur le rapporteur, les prix de gros sont fixés par la dernière centrale appelée pour satisfaire la demande, qui est une centrale à gaz. Cependant, vous savez très bien – tout le monde le sait – qu’ils ont une influence sur les prix de détail. C’est pour cette raison qu’il faut sortir les prix de gros du chaos du marché, dans lequel les prix sont de plus en plus fluctuants – tendance qui ne fera que s’aggraver…
À cause de vous !
…pour revenir à ce qui s’est fait la plupart du temps, à savoir un établissement public avec une régulation des prix adossée aux coûts de production réels de l’énergie. En effet, la libéralisation du marché de l’énergie est une exception dans l’histoire.
Remarquable !
Je mets aux voix les amendements identiques nos 625, 322, 470, 493 et 577.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 181 Nombre de suffrages exprimés 181 Majorité absolue 91 Pour l’adoption 71 Contre 110
(Les amendements identiques nos 625, 322, 470, 493 et 577 ne sont pas adoptés.)
La parole est à M. Maxime Laisney, pour soutenir l’amendement no 195.
Il tend à étendre les TRVE à l’ensemble des consommateurs. Nous voulons d’abord revoir leur mode de calcul, car nous souhaitons qu’ils reflètent les coûts de production. Je souligne pour notre collègue Frédéric Petit que la rédaction précise qu’il s’agit bien des « coûts de production du système électrique français » : le tarif ne reflète donc pas seulement du coût de l’électricité à la sortie de la centrale mais prend en compte l’ensemble des coûts du système. Nous avons beaucoup à dire sur le mode de calcul des TRVE qui sont de plus en plus soumis aux fluctuations du marché européen, même si le lissage des prix sur deux ans permet d’atténuer l’effet yo-yo. Actuellement, les TRVE sont réservés aux particuliers et aux très petites entreprises (TPE). Nous souhaitons les étendre à l’ensemble des entreprises, aux collectivités et aux bailleurs sociaux, qui réclament tous de la stabilité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) C’est d’ailleurs aussi le cas des électro-intensifs : avec Philippe Bolo, nous avons reçu, dans le cadre de la mission d’information sur les prix de l’électricité, l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden), les représentants des plus gros consommateurs d’électricité dans l’industrie. À les entendre, le marché ne fonctionne pas pour eux ; ils n’en veulent pas, parce qu’ils ont besoin de stabilité et de perspectives à long terme. Je ne reviendrai pas sur la crise géopolitique que nous traversons, vous la connaissez. De ce fait, les cours du pétrole grimpent, suivis par les cours du gaz qui sont vaguement indexés sur eux ; enfin, comme cela a été rappelé par la présidente de la commission, les prix de l’électricité, les trois quarts du temps, les suivent. L’instabilité est donc totale. Monsieur le ministre Ferracci, êtes-vous vraiment favorable au maintien des tarifs réglementés de vente ? Nous proposons de les étendre, mais allez-vous seulement les maintenir pour les particuliers et les petites entreprises ? La Commission européenne aimerait que vous reveniez sur cette disposition. Pour l’instant, les membres du gouvernement ont juré la main sur le cœur qu’ils plaideraient pour le maintien des tarifs réglementés de vente de l’électricité, mais vous n’avez de cesse de nous expliquer qu’il est impossible de revenir à des tarifs réglementés de vente sur le gaz pour la raison que la Commission européenne n’en veut pas. Pourquoi donc pliez-vous devant la Commission européenne quand il s’agit du gaz, et pourquoi iriez-vous au bras de fer quand il s’agit de l’électricité ? Ensuite, reviendrez-vous enfin devant la représentation nationale avec un projet de loi dédié au prix de l’électricité ? Car le dispositif post-Arenh que vous avez mis dans les tuyaux par 49.3 à partir du 1er janvier 2026 est une catastrophe. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
C’est 20 % d’augmentation !
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable pour les raisons que j’ai exposées il y a quelques instants.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Avis défavorable.
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Je suis contre l’amendement. Sa défense par le collègue Insoumis m’a étonné, car il n’a jamais expliqué comment EDF financerait l’extension du TRVE à l’ensemble des consommateurs, catégorie qui comprend non seulement des personnes physiques mais également des personnes morales. Cela ne me paraît pourtant pas être un point accessoire. On ne peut pas simplement se faire plaisir en annonçant le tarif régulé pour tous, sans passer, ne serait-ce que quelques secondes, sur le montage financier qui permet de le financer. Je vous pose donc la question ; peut-être répondrez-vous.
La parole est à Mme Alma Dufour.
Je vais vous exposer comment nous financerons les tarifs réglementés. C’est très simple : dans notre système, nous n’avons pas à indemniser les fournisseurs alternatifs, puisque l’objectif est justement de recouvrer notre souveraineté sur le prix de l’électricité payé par les consommateurs français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Dans ce système, nous ne vendons pas l’électricité à perte, contrairement à ce qui se passe avec l’Arenh et que, bizarrement, des députés très libéraux ont soutenu il y a quelques instants.
C’est bizarre !
L’électricité sera vendue au coût de production, auquel s’ajoute une marge raisonnable fixée à 3,5 % au moins et la rémunération normale du capital. EDF n’y perd donc rien. Pour le gras, si l’on peut dire, elle continue d’exporter l’électricité au prix qu’elle détermine via un marché de gré à gré aux autres consommateurs européens. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Ce système ne produira pas de marges indues, contrairement à celles qu’a dénoncées la Cour des comptes et que vous n’êtes pas capables de contrôler dans le système actuel. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je mets aux voix l’amendement no 195.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 188 Nombre de suffrages exprimés 176 Majorité absolue 89 Pour l’adoption 126 Contre 50
(L’amendement no 195 est adopté.) (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je suis saisi de huit amendements identiques, nos 624, 89, 202, 471, 495, 502, 569 et 668. La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 624.
Nous avons déjà eu cette discussion dans le cadre du débat sur la suppression de l’article. Il s’agit ici plus spécifiquement de supprimer la mention de l’objectif de transformation d’EDF en établissement public industriel et commercial. Plusieurs objectifs sont assignés à EDF. La feuille de route de la direction est très claire : fournir de l’électricité aux industriels à des prix compétitifs, mener à bien le chantier industriel du nouveau nucléaire, relancer la production hydroélectrique. Or le statut actuel d’EDF ne fait aucunement obstacle à la réalisation de ces objectifs. En revanche, la transformation, très lourde juridiquement, qu’impliquerait le changement en Epic exigerait beaucoup d’énergie et entraînerait de nombreuses difficultés pour les équipes. Je ne reviens pas sur des arguments déjà exposés, mais il faut se souvenir que le passage en Epic avait été critiqué par la Commission européenne. C’est précisément ce qui a mené à l’évolution du statut d’EDF pour éviter les difficultés juridiques qui se sont fait jour au début des années 2000. Il est très probable que face à un tel changement de statut, on nous demande le démantèlement d’une partie des activités d’EDF, avec les conséquences que nous pouvons imaginer. Pour toutes ces raisons, je pense qu’il faut supprimer la mention « en vue de sa transformation en établissement public industriel et commercial ».
La parole est à Mme Marie-Christine Dalloz, pour soutenir l’amendement no 89.
Je comprends l’aversion et la terreur des membres de La France insoumise et de leurs amis lorsqu’on parle de société anonyme. Nous sentons bien qu’ils éprouvent plus qu’une réticence envers une telle organisation. Pourtant, ce n’est pas un vilain mot, et ce n’est pas mal d’être constitué en société anonyme…
Comme Périclès, par exemple !
EDF a un statut, que nous vous avons expliqué : c’est une société anonyme, mais publique ; elle relève du droit public. Compte tenu du mur d’investissements à venir, qu’il s’agisse du nucléaire ou d’autres types d’énergie, il sera nécessaire à EDF de s’engager dans la durée. Le statut actuel doit donc perdurer ; il faut par conséquent revenir sur cette transformation en Epic que vous avez voulue avec la complicité du Rassemblement national, car ce statut n’est pas adapté pour l’avenir d’EDF.
La parole est à Mme Danielle Brulebois, pour soutenir l’amendement no 202.
Je pense, moi aussi, que le statut de société anonyme est parfait. L’État, qui est désormais seul actionnaire d’EDF, détient la totalité du capital et des droits de vote ; il peut donc orienter les activités d’EDF. Cela consacre pleinement le caractère souverain des activités de production d’électricité, en particulier d’origine nucléaire, et permet de mener de manière accélérée des chantiers décisifs : l’augmentation de la production du parc existant et le programme de construction de six réacteurs pressurisés européens de type EPR 2.
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 471.
Il vise à supprimer la mention de la transformation en Epic adoptée en commission des affaires économiques. EDF a perdu le statut d’Epic en 2004. Nous savons très bien que le retour à ce statut entraînerait probablement l’ouverture d’une procédure d’infraction par la Commission européenne. Surtout, cela entraînerait des perturbations juridiques assez longues qui iraient à l’encontre de l’intérêt d’EDF et de la nation, car nous avons plus que jamais besoin que EDF puisse se concentrer sur un programme de travail et d’investissement très dense, notamment pour relancer le nucléaire, aller beaucoup plus loin et ainsi, avec les énergies renouvelables, participer à la décarbonation et à la défossilisation progressive de l’économie. Nous nous opposons donc au retour au statut d’Epic.
Les amendements nos 495 de M. le rapporteur, 502 de M. Jérôme Nury, 569 de M. Joël Bruneau et 668 de M. Philippe Bolo sont défendus. Les avis du rapporteur, à titre personnel, et du gouvernement sont favorables, dès lors qu’ils ont défendu des amendements identiques. Sur les amendements nos 403, 673, 196 et identique suivant, je suis saisi par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Sur l’amendement no 371, je suis saisi par le groupe Rassemblement national et le groupe de la Gauche démocrate et républicaine de demandes de scrutin public. Sur les amendements nos 43 et 119, je suis saisi par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Je soutiens ces amendements qui portent sur un sujet très sensible. J’ai l’impression que la gauche et l’extrême droite (Exclamations sur les bancs du groupe RN),…
LFI, c’est la gauche ou l’extrême gauche ?
…qui font alliance sur ce texte, changent en profondeur le fonctionnement d’EDF, en légiférant au doigt mouillé. Les amendements visent à limiter la casse, car nous ne pouvons pas changer le statut juridique d’EDF comme ça, en quelques jours de débat, en un claquement de doigts, alors qu’une telle décision fragiliserait profondément le modèle d’EDF. Par ailleurs, je veux alerter l’ensemble de l’hémicycle et les personnes qui nous suivent sur l’adoption de l’amendement no 195 : la gauche et l’extrême droite ont voté il y a quelques instants l’extension du tarif régulé à l’ensemble des consommateurs ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous ne savons pas comment le financer. Il n’y a pas le début d’une explication sérieuse, outre celle de Mme Dufour, sur la manière dont EDF le financera. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
S’il vous plaît, écoutons M. Sitzenstuhl.
Pas un mot pour expliquer si le budget de l’État servira à éponger les besoins d’investissements d’EDF. Il n’y a pas le début d’une explication, ni d’étude d’impact (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP), aucune discussion avec EDF ; pourtant, en quelques minutes, l’extrême droite, alliée à la gauche, a voté l’extension des tarifs régulés de l’électricité. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) C’est hallucinant de légiférer dans de telles conditions et de modifier le statut juridique d’EDF comme ça, au milieu d’un débat, sans qu’il y ait eu en amont des mois de discussion et de préparation avec le premier concerné, à savoir EDF, car c’est le temps qui est nécessaire pour un tel changement. Chers collègues, vous légiférez n’importe comment, au doigt mouillé, et vous allez profondément déstabiliser EDF ! (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
La parole des députés est libre ; les réponses le sont aussi. N’oubliez pas que le débat s’inscrit dans le cadre du temps législatif programmé et calmez-vous. La parole est à M. Frédéric Petit.
Je reviens à la discussion de départ, quand nous avons essayé, avec les amendements Alfandari, d’encadrer ce que doit être la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Je vous alerte sur un point : à ce stade de nos débats, l’article du code prévoit qu’il n’y aura plus jamais besoin de faire de PPE, parce que vous anticipez dès maintenant toutes les décisions à prendre au cours des prochaines décennies, que cela concerne EDF ou les tarifs de vente. À quoi serviront les PPE suivantes, si on ne peut plus s’adapter ? Les articles L. 100-1 à 100-5 sont consacrés à ce sujet, mais vous préférez tout décider maintenant pour les cinquante ans qui viennent !
Mais pas du tout ! Ça, ce sont les amendements Alfandari !
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
Je vous entends dire que le vote aurait été fait au doigt mouillé en commission des affaires économiques.
Oui, je confirme !
Je récuse ces propos : s’il n’y a malheureusement aucune étude d’impact, c’est parce que le gouvernement n’assume pas de présenter de projet de loi ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Je reconnais que ce serait une décision lourde à prendre.
Et très chère !
Néanmoins, vous reconnaîtrez qu’il y a quand même une grande différence entre une société anonyme et un Epic. Cette différence a fait l’objet de débats importants en 2004, au moment de la transformation d’EDF en société anonyme. D’abord, un Epic relève du droit public. Ensuite, il ne peut pas être privatisé, c’est-à-dire qu’il ne peut pas passer sous capitaux privés sans intervention législative.
Eh oui ! On ne peut pas privatiser comme ça !
De plus, il ne peut pas y avoir de faillite commerciale, ce qui donne une stabilité structurelle. Enfin, et surtout, la mission de service public est constitutive du statut d’Epic, ce qui n’est évidemment pas le cas de la société anonyme. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Mais l’État est propriétaire d’EDF à 100 % !
L’énergie est un bien commun stratégique, qui nécessite une maîtrise pleine et entière de l’État sur la production nucléaire, ce qui, encore une fois, n’est pas le cas pour une société anonyme. Je finirai en répétant l’argument de la prévisibilité, qui a été décisif en commission. Nous l’avons entendu au cours des auditions menées en commission : pour réindustrialiser la France, nos entreprises ont besoin de prévoir à long terme. Cela passe par une politique énergétique et, surtout, par des prix fixés et stables, ce qui n’est possible qu’avec un établissement public. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Ça s’appelle un contrat !
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Nous sommes contre tout ce que vous avez fait sur l’énergie depuis les années 2000 ! Tout ce que vous avez fait ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Nous corrigerons toutes les erreurs que vous avez commises. Nous rétablirons le modèle du Conseil national de la résistance gaulliste que vous avez démantelé. Vous vous êtes trompés sur tout, sur les finances publiques, sur les frontières, sur la sécurité, sur l’éducation – sur tout !
Vous avez voté avec eux !
Vous vous êtes trompés, mais vous êtes encore là, à nous faire des leçons, à nous expliquer ce qui serait sérieux et ce qui ne le serait pas. Eh bien, non seulement toutes vos actions ont manqué de sérieux, mais elles ont aussi montré la corruption de votre esprit et votre mépris pour le modèle français, pour ce que nous avions réussi à construire ensemble, pour ce que les ouvriers français avaient fait d’EDF et de GDF ! En 2004, nous étions avec Nicolas Dupont-Aignan, encore à l’UMP. C’était le début de la scission entre les souverainistes et l’UMP, qui fut plus tard confirmée au moment du référendum sur le traité constitutionnel. En 2004, vous avez rompu le contrat social entre l’État et les Français, entre l’État et l’effort des Français. Moi, j’ai défilé avec Nicolas Dupont-Aignan, aux côtés de la CGT, des syndicats, contre le démantèlement d’EDF-GDF, fleuron français que nous reconstruirons ! (Mêmes mouvements.)
C’est M. Ciotti qui l’a fait !
Le Rassemblement national, comme toutes les forces souverainistes, était opposé à la fin de l’Epic. Il est donc logique que nous voulions reformer l’Epic d’EDF et de GDF. Car, sans approvisionnement souverain, une nation n’est pas une nation libre. Mais qu’avez-vous à faire de la liberté ? Vous n’êtes même pas libres dans vos propres têtes !
Vous non plus !
Toutes les décisions que vous prenez sont toujours liées à la Commission européenne ! « On veut faire plaisir à Bruxelles ! » (L’orateur a prononcé ces derniers mots sur un ton minaudant.) Vous êtes mentalement des soumis ! Vous êtes esclaves de vos propres erreurs ! (Mêmes mouvements.) Au Rassemblement national, nous ne sommes pas des esclaves et nous refusons que la France soit votre esclave ! (Applaudissements nourris sur les bancs du groupe RN.)
Débranchez-le !
La parole est à M. le ministre.
C’est toujours très plaisant de passer après M. Tanguy, qui suscite un tel enthousiasme sur les bancs du Rassemblement national. (Sourires.) Je voudrais répondre à un point qui a été soulevé sur la plupart des bancs depuis le début de ce débat, notamment par Mme la présidente de la commission : c’est l’idée que le gouvernement aurait sciemment refusé de présenter un projet de loi et que, ce faisant, il se serait mis hors la loi. Je rappelle que l’article L. 100-1-A du code de l’énergie dispose qu’une loi est nécessaire. J’admets que cette loi n’a pas été votée depuis 2023, mais on peut difficilement faire grief à ce gouvernement, qui est le premier, depuis plusieurs années, à inscrire à l’ordre du jour un texte de programmation énergétique, de fuir ses responsabilités. D’autre part, cet article du code ne mentionne pas la nécessité de faire un projet de loi. Il est donc tout à fait légitime de soutenir une proposition de loi. Un texte était sur la table. Il a été travaillé avec ma prédécesseure, Olga Givernet, qui siège maintenant sur ces bancs, et coconstruit avec les sénateurs. On peut le balayer d’un revers de la main, mais le Parlement a été respecté. Que n’aurait-on pas dit si, écrasant cette proposition de loi, le gouvernement avait mis sur la table un projet de loi ? Il aurait été critiqué pour avoir contourné le Parlement et le travail effectué. Aujourd’hui, nous débattons, comme le souhaitaient un grand nombre d’entre vous, au titre de l’article 50-1 de la Constitution. Nous voterons ensuite. Nul ne peut dire que le Parlement a été contourné et méprisé : nos échanges, avec toutes les divergences qui se font jour, en sont la preuve.
Je mets aux voix les amendements identiques nos 624, 89, 202, 471, 495, 502, 569 et 668.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 194 Nombre de suffrages exprimés 182 Majorité absolue 92 Pour l’adoption 49 Contre 133
(Les amendements identiques nos 624, 89, 202, 471, 495, 502, 569 et 668 ne sont pas adoptés.)
La parole est à Mme Dominique Voynet, pour soutenir l’amendement no 403.
Il tend à insérer les mots « notamment par le renforcement des interconnexions régionales et européennes » à la fin de l’alinéa 2. La note scientifique produite par Jean-Luc Fugit et Daniel Salmon pour l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) met en évidence l’ampleur des investissements nécessaires dans les années à venir pour adapter le réseau électrique aux besoins et aux usages ainsi que pour réduire les vulnérabilités de notre système. Ces interconnexions, qu’elles soient régionales ou européennes, sont indispensables à une politique énergétique efficace. Elles permettent de mutualiser les ressources de production électrique et sont un levier essentiel face à l’alternance des renouvelables : quand il y a du vent dans une région, mais pas de soleil dans une autre, elles rendent possible la circulation de l’électricité là où cela est nécessaire. Leur rôle ne s’arrête pas là. Vous avez décrit la subtilité, à la seconde près, des systèmes de régulation nécessaires pour assurer la stabilité du réseau. Avec le dérèglement climatique, les risques sur la production nucléaire augmentent aussi. Nous l’avons vu en 2022 : en faisant baisser le niveau des rivières, la sécheresse a entraîné la mise à l’arrêt de plusieurs réacteurs. Dans ce cas-là, les interconnexions deviennent vitales pour pallier les irrégularités de production. Il est essentiel d’inscrire dès à présent dans les objectifs de la politique énergétique nationale le renforcement de ces interconnexions. Ce n’est pas un simple outil technique, mais une condition de la résilience, de la solidarité et de l’efficacité de notre politique de transition énergétique.
On ne parle pas en mettant les mains dans les poches ! Surtout quand on a fermé Fessenheim !
Quel est l’avis de la commission ?
Je suis surpris d’entendre que vous défendez l’Union européenne de l’énergie, que vous venez pourtant de conspuer avec certains de vos alliés. En effet, une fois les interconnexions mises en place, des règles d’échange, physiques et financières, sont nécessaires et, sans vouloir heurter les consciences, cela ressemble à quelque chose qui s’appelle un marché. Je vous fais simplement remarquer qu’en présentant ce type d’amendement, vous soutenez le contraire de ce que vous avez voté tout à l’heure. Faut-il des interconnexions au niveau européen ? Oui. C’est ce que prévoit le septième alinéa de l’article L. 100-1, qui satisfait votre amendement. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Maintenez-vous votre amendement, madame la députée ?
Oui, je le maintiens.
Je mets aux voix l’amendement no 403.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 178 Nombre de suffrages exprimés 178 Majorité absolue 90 Pour l’adoption 55 Contre 123
(L’amendement no 403 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Frédéric Petit, pour soutenir l’amendement no 673.
J’ai parlé tout à l’heure des réseaux : je crois que la construction et le métier des réseaux doivent être complètement séparés des problématiques de production. Il serait intéressant d’inscrire dans ce texte que la programmation des réseaux doit se faire en concertation avec celles de nos voisins, en particulier l’Allemagne. Depuis une dizaine d’années, l’association des gestionnaires de réseaux européens réalise la projection du réseau européen idéal. D’après certains spécialistes, à consommation égale, ce réseau ferait économiser environ 10 % en consommation et en production, et sans doute encore plus en installation et en capacité. Ce plan existe, mais il n’est pas travaillé aujourd’hui, car cette association n’a aucun pouvoir politique. Nous devrions passer à l’étage supérieur, en planifiant avec nos voisins l’organisation de nos réseaux de transport. Nous ne le faisons pas assez, alors que cela nous permettrait de réaliser des économies. Je tiens à préciser que les interconnexions actuelles sont en fait des connexions ponctuelles qui n’apportent pas de réponse au point que je viens de soulever. Au contraire, elles peuvent poser des problèmes : les black-out sont souvent causés par des interconnexions qui réagissent trop vite et déséquilibrent le voisin. La planification pluriannuelle des travaux à effectuer sur les réseaux de transport électrique doit être faite avec nos voisins européens, en intégrant dans nos plans politiques la réflexion qui existe déjà.
Quel est l’avis de la commission ?
Pour les mêmes raisons de redondance que j’ai données à Mme Voynet, demande de retrait ; à défaut, avis défavorable. J’insiste aussi sur la faible portée normative des termes « développement harmonieux et consolidé ». De plus, vous évoquez les infrastructures de transport au lieu des interconnexions, alors que nous préférons utiliser ce dernier vocable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Maintenez-vous votre amendement, monsieur le député ?
Oui, je le maintiens.
Je mets aux voix l’amendement no 673.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 176 Nombre de suffrages exprimés 174 Majorité absolue 88 Pour l’adoption 4 Contre 170
(L’amendement no 673 n’est pas adopté.)
Sur le sous-amendement no 758, je suis saisi par le groupe La France insoumise-Nouveau Front populaire d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Je suis saisi de cinq amendements, nos 196, 404, 370, 516 et 117, pouvant être soumis à une discussion commune. Les amendements nos 196 et 404 sont identiques. La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir, pour soutenir l’amendement no 196.
Nous proposons de supprimer l’objectif qui consiste à rechercher l’exportation dans le secteur de l’énergie électrique, car cela introduit une forme d’ambiguïté quant au rôle de notre politique énergétique nationale, qui doit viser avant tout à assurer la sécurité pleine et entière de notre approvisionnement et non à produire toujours plus pour exporter. Permettez-moi un petit rappel des épisodes précédents. On nous a dit que c’était le discours antinucléaire qui nuisait au secteur,…
Absolument !
…mais je vous rappelle que nous avons vécu une grave crise d’approvisionnement en énergie à l’été 2022, à cause de problèmes généralisés de corrosion sous contrainte auxquels s’est ajouté l’arrêt pour contrôle de certains réacteurs. Résultat, on s’est retrouvé avec un pic de vingt-sept réacteurs nucléaires arrêtés, soit près de la moitié de nos cinquante-six réacteurs. Et tout cela pendant l’un des étés les plus chauds jamais enregistrés dans le pays, si bien qu’on a eu une envolée de la consommation au moment où une sécheresse sans précédent, avec des cours d’eau à sec, causait un effondrement de la production d’énergie hydraulique. Bref, notre sécurité d’approvisionnement a été sacrément mise à mal, les prix se sont envolés et on a dû procéder à une restriction des usages. Cela prouve que lorsqu’on se refuse à penser la sobriété, elle finit par s’imposer à nous. Le problème, c’est que ce sont toujours les plus fragiles qui sont touchés en premier. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.) Non seulement EDF n’a toujours pas trouvé l’origine des microfissures qui avaient causé ce désastre, mais on vient de découvrir deux nouvelles microfissures dues à la corrosion sous contrainte dans la centrale de Civaux, sur des tuyaux qui avaient déjà été réparés en 2022 ! Bref, on n’est pas sorti de l’auberge et on ferait mieux de développer massivement les énergies renouvelables (« Ah ! sur quelques bancs du groupe RN) qui, elles, garantiraient un approvisionnement beaucoup plus sûr. Nous ne désespérons pas de vous convaincre à ce sujet lors de l’examen des prochains articles, mais en attendant, nous vous proposons de nous concentrer sur l’objectif qui consiste à assurer l’approvisionnement en énergie du pays. C’est ce que nous appelons gouverner par les besoins, sans chercher en permanence l’exportation et les profits. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Les vieilles lubies de l’extrême gauche !
La parole est à Mme Dominique Voynet, pour soutenir l’amendement no 404.
À moi aussi, il paraît hasardeux d’inscrire comme objectif dans la loi la recherche d’exportations dans le secteur de l’énergie, sachant que l’on parle essentiellement ici d’électricité. Produire toujours plus pour justifier l’exportation peut certes être tentant quand notre production est excédentaire – en 2023, la France a exporté quelque 50 térawattheures d’électricité, redevenant le premier exportateur européen après une année 2022 où elle avait dû importer 16 térawattheures. Toutefois, cette performance reste fragile. Par ailleurs, lors des débats en commission, nous avons eu un échange intéressant sur la nécessité de mettre en cohérence notre politique énergétique avec notre politique étrangère. Je crois d’ailleurs, monsieur le rapporteur, que nous étions convenus d’adopter un amendement visant à inscrire explicitement ce principe dans la loi, mais il est tombé. Or, alors que la France affirme son soutien à l’Ukraine, elle continue de dépendre de manière significative d’importations en provenance de la Russie, pour le gaz naturel liquéfié et l’uranium enrichi. Je ne vois pas bien quelle logique il y aurait à continuer d’importer de l’énergie en provenance de pays qui font l’objet de sanctions internationales, en dégradant notre balance commerciale, pour justifier une politique active de recherche d’exportations. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)
La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 370.
Nous proposons de substituer aux mots « la recherche d’exportations dans ce secteur » les mots « le développement des interconnexions », car nous défendons l’idée d’une Europe de la coopération et de la solidarité énergétiques, et non d’un marché concurrentiel, comme celui qui s’est construit depuis les années 2000. L’un des problèmes liés au niveau d’exportations exceptionnel qu’a connu notre pays, c’est que nous avons pris énormément de retard dans l’électrification des usages. Or, tant que nous n’atteindrons pas nos objectifs en la matière, nous ne répondrons ni aux enjeux climatiques, ni aux enjeux énergétiques du pays.
La parole est à Mme Julie Laernoes, pour soutenir l’amendement no 516.
Nous proposons de remplacer la logique d’exportation d’électricité par un principe de solidarité électrique européenne. La logique d’exportation à tout prix correspond à une vision archaïque de la souveraineté, fondée sur l’illusion d’une France productrice isolée, exportant tous azimuts. Cette vision s’est effectivement effondrée en 2022, lorsque la moitié de notre parc s’est retrouvée à l’arrêt. Or ce qui nous a permis de tenir à ce moment-là, c’est bien l’interconnexion et la solidarité européenne. En commission, monsieur le rapporteur, vous aviez donné un avis défavorable à cet amendement, au motif qu’il nécessiterait une concertation approfondie avec les gestionnaires de réseau. Eh bien, RTE reconnaît justement que la France bénéficie d’un fort maillage d’interconnexions et d’un niveau d’échanges élevé avec ses voisins, contribuant à une solidarité électrique européenne réelle. Le gestionnaire de réseau ajoute que ces interconnexions sont absolument stratégiques pour la sécurité d’approvisionnement, les équilibres du marché et la gestion des risques électriques. C’est précisément ce que défend notre amendement : remettre au centre la coopération, l’agilité et la sécurité collectives et construire une stratégie de résilience plutôt que de surproduction. Voilà ce qu’est une véritable souveraineté énergétique européenne, et c’est de cela qu’il faut être garant. (Mme Cyrielle Chatelain applaudit.)
La parole est à M. Joël Bruneau, pour soutenir l’amendement no 117.
Cet amendement ne vise pas à remettre en cause le principe ou la possibilité d’exporter une part de l’énergie produite en France, mais à changer de logique. Je propose de passer d’un objectif d’exportations en volume à un objectif d’exportation en valeur. Compte tenu du caractère fluctuant du prix de l’électricité, un objectif quantitatif n’a guère de sens si nous n’exportons qu’à des moments où les prix sont faibles, voire négatifs, et en tout cas en dessous du prix de revient. L’exportation, pour avoir un intérêt, doit être rentable – j’ose le mot.
Quel est l’avis de la commission ?
Je dois avouer une forme de perplexité – qui ne m’empêchera pas de donner un avis défavorable à l’ensemble de ces amendements. Vous venez de défendre le principe de l’interconnexion et vous voudriez que l’on spécifie dans la loi que ce n’est surtout pas pour exporter ! Chers collègues, le principe d’une interconnexion, c’est de pouvoir importer et exporter de l’électricité, et nous en avons besoin. C’est encore plus vrai du modèle 100 % renouvelable que vous défendez et qui, à mon sens, ne peut pas fonctionner. Un tel modèle pourrait encore moins fonctionner dans un système sans interconnexions. Je vous invite donc à préciser si vous êtes favorables aux interconnexions, c’est-à-dire aux importations et aux exportations : c’est précisément parce que vous voulez plus d’énergies renouvelables que vous aurez besoin de plus d’exportations. Si vous êtes cohérents, vous devez donc reconnaître que ce doit être l’un des objectifs de notre politique énergétique. Madame Voynet, vous avez fait, une fois encore, le procès du nucléaire, et on peut vous reconnaître une certaine cohérence de ce point de vue. Mais ce que vous dites, en creux, quand vous faites cela, c’est que le nucléaire apporte bien une énergie décarbonée et abondante en France ! Et c’est ce qui vous pose un problème. En attaquant le nucléaire sous tous les angles, y compris sous celui de l’exportation économique – vous parlez de solidarité et de coopération parce que le mot « exportation » n’est pas beau, qu’il faut quelque chose de plus moral, mais c’est bien de cela qu’il s’agit –, vous essayez d’enfoncer un nouveau coin dans la stratégie nucléaire française. Pour toutes ces raisons, et pour les sous-entendus qui se cachent derrière ces amendements, j’y suis très défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
La parole est à M. Raphaël Schellenberger.
Ces amendements ont au moins le mérite de révéler la réalité de votre projet : ce n’est pas la sécurité d’approvisionnement, qui devrait tous nous mobiliser depuis 2022, mais la pénurie et le rationnement. À la fin, cela conduit à l’explosion des coûts pour les consommateurs.
Et à la mort dans d’affreuses souffrances. (Sourires.)
La parole est à Mme Julie Laernoes.
Je crois que vous ne comprenez pas sur quoi nous sommes en train de travailler.
Quelle suffisance !
Vous êtes trop intelligente !
Cet article fait de l’exportation d’électricité un objectif de notre politique énergétique. Parce que l’électricité ne se stocke pas, ou mal, on a construit une interconnexion pour connecter l’ensemble du territoire européen. Plutôt que de nous donner comme objectif d’exporter en surproduisant de l’électricité, ce qui est un non-sens absolu, nous proposons de promouvoir la solidarité énergétique européenne. Quand, en France, la moitié du parc nucléaire ne produit pas d’électricité en plein hiver, on est bien content que nos voisins puissent nous fournir de l’électricité ! (Mme Dominique Voynet applaudit.) La fixation d’un objectif d’exportations en vue de gains illusoires n’a pas sa place dans une loi de programmation relative à l’énergie et au climat. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EcoS.)
On avait bien compris, mais c’est juste nul !
La parole est à M. Frédéric Petit.
Monsieur le rapporteur, une interconnexion, ce n’est pas une infrastructure commune. Je suis désolé, mais c’est ce que montre ENTSO-E, le Réseau européen des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité. Le débat que nous venons d’avoir sur le rôle des interconnexions, s’il a très bien été posé en termes de besoins, l’a très mal été en termes de technique. J’ai entendu dire qu’il faut s’appuyer sur ces interconnexions lorsque des réacteurs sont en panne chez nous, mais je répète que cela se passe à chaque cinquantième de seconde. Or vous ne pouvez pas faire ce genre de chose correctement, en toute sécurité, si vous n’intégrez pas, au moment de la construction des réseaux et de l’investissement dans ces derniers, le bouclage général européen. Si vous voulez une solidarité européenne, il faut un réseau qui soit dessiné par tous les Européens, comme ENTSO-E le propose depuis dix ans, et non des interconnexions créées sous des prétextes parfois un peu égoïstes, parce qu’on a un peu trop d’électricité et qu’il faut s’en débarrasser. Ce n’est pas cela, la solidarité européenne. Nous avons besoin d’une infrastructure de réseau qui soit pensée en Européens. ENTSO-E fait ce travail depuis dix ans : il faut que nous l’intégrions dans nos planifications, en tant que politiques.
Merci, professeur Petit !
Je mets aux voix les amendements identiques nos 196 et 404.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 186 Nombre de suffrages exprimés 186 Majorité absolue 94 Pour l’adoption 44 Contre 142
(Les amendements identiques nos 196 et 404 ne sont pas adoptés.)
(Les amendements nos 370, 516 et 117, successivement mis aux voix, ne sont pas adoptés.)
Sur le sous-amendement n° 762, je suis saisi par le groupe Rassemblement national d’une demande de scrutin public. Le scrutin est annoncé dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 371, qui fait l’objet de deux sous-amendements, nos 762 et 758.
Parce que nous faisons preuve de logique et de constance, nous proposons d’ajouter à cet article l’objectif de « favoriser la sortie du marché européen de l’énergie et [d’] assurer une maîtrise publique intégrée du secteur énergétique ». En quarante ans, nous sommes passés d’un service public intégré de l’énergie à un marché qui est au seul service d’une concurrence factice et qui s’est fait au détriment des usagers – d’ailleurs devenus des consommateurs. En quarante ans, les différents paquets énergétiques ont déréglementé, libéralisé, privatisé. Non seulement cette évolution a conduit l’État à renoncer à une large part de sa souveraineté énergétique, mais elle a également eu un impact sur la planification, pourtant nécessaire – nous voyons aujourd’hui le résultat. Ce marché européen de l’énergie nous coûte très cher. Il nous a coûté extrêmement cher au moment de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.
Il a raison !
Je rappelle au passage que le bouclier tarifaire et les vingt-quatre mesures prises pour protéger les consommateurs depuis 2021 ont coûté 72 milliards d’euros d’argent public, tout en laissant 30 milliards de marges à des acteurs de marché. Les usagers ont donc, si j’ose dire, payé de la main gauche leur énergie plus cher et de la main droite beaucoup plus d’impôts destinés à garantir les profits des opérateurs du marché. C’est pourquoi je vous propose de voter en faveur de cet amendement.
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour soutenir le sous-amendement no 762.
Nous partageons évidemment votre objectif de sortie du marché européen s’agissant des règles de fixation des prix. Peut-être votre formulation est-elle incomplète, cher collègue Brugerolles : sans vouloir donner de leçons à personne, la rédaction de votre amendement laisse croire que vous souhaitez sortir du marché européen de l’énergie de manière générale, ce qui ferait malheureusement plaisir aux macronistes en leur permettant de caricaturer cette position dans les médias et d’éviter ainsi de répondre sur le fond. On ne peut – vous avez d’ailleurs voté à l’instant en sens contraire – sortir du marché européen, ce qui reviendrait à couper les interconnexions.
Vous mentez à vos électeurs ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Nos électeurs ont très bien compris la distinction, monsieur Sitzenstuhl, c’est pour cela qu’ils ont voté pour nous, pas pour vous. (Sourires sur les bancs du groupe RN.) Aux dernières élections européennes, il y a eu deux votes en faveur de Jordan Bardella pour chaque vote en faveur de votre candidate, que tout le monde a oubliée ! Pour en revenir à l’amendement, monsieur Brugerolles, je pense, encore une fois, que vous ne souhaitez pas sortir du marché européen de l’électricité mais du mécanisme européen de fixation du prix de celle-ci. Ce sous-amendement vise à le préciser. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
La parole est à M. Matthias Tavel, pour soutenir le sous-amendement no 758.
Il s’inscrit dans la même logique que l’amendement de notre camarade communiste : celle qui consiste à réaffirmer la maîtrise publique de l’énergie. Ce sous-amendement de rattrapage vise à rétablir le monopole d’EDF en matière de construction et d’exploitation des réacteurs nucléaires, supprimé tout à l’heure, lors de l’examen de l’article 1er A, par le Rassemblement national et les macronistes. Nous vous proposons de le rétablir pour réaffirmer notre attachement à la maîtrise publique, au service public (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP) touchant la production de ce bien de première nécessité qu’est l’électricité ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
C’était foudroyant ! (Sourires.)
Quel est l’avis de la commission sur l’amendement et les sous-amendements ?
Dans la continuité de nos débats, vous ne serez pas surpris que j’émette un avis défavorable à l’amendement, puisque celui-ci vise à ce que nous sortions du marché européen de l’énergie. J’ai expliqué tout à l’heure, notamment par des raisons de résilience européenne et de capacité à protéger nos approvisionnements, pourquoi ce n’était pas souhaitable ;…
Plus c’est privé, plus ça tombe en panne !
…sans les approvisionnements européens au moment de la crise énergétique, vous n’auriez pas déposé un tel amendement. S’agissant des sous-amendements, je ne suis pas certain d’avoir saisi le sens du no 762 :…
C’est pourtant très simple ! C’est ce qui se passait avant la loi dite Nome !
Nous vous l’expliquons depuis trois ans !
Le problème, c’est qu’il ne comprend rien…
…si l’idée est de ne pas sortir du marché européen de l’énergie mais des règles encadrant les prix sur ce marché, je crains que cela n’aboutisse exactement au même résultat. J’y serai donc défavorable, pour les mêmes raisons qu’à l’amendement. Enfin, avis encore une fois défavorable au sous-amendement de M. Tavel. N’ayant pas beaucoup d’espoir concernant l’issue du vote, je rappellerai seulement les arguments évoqués tout à l’heure – sûreté garantie quel que soit l’exploitant, nécessité de soutenir l’innovation, risque de contentieux pour EDF. Ce serait une très mauvaise idée que d’adopter ce sous-amendement.
Ce n’était pas une explication, ça ! Faut pas plaisanter !
Quel est l’avis du gouvernement ?
Pour aller dans le sens de M. le rapporteur, il est évident que le fait de sortir du marché européen de l’électricité et celui de sortir des règles de fixation des prix sur ce marché, ce que prévoit le sous-amendement de M. Tanguy, auraient absolument les mêmes conséquences. Le mécanisme ibérique a souvent été décrit comme l’illustration de la possibilité de sortir du marché européen. J’y couperai court d’emblée : ce mécanisme, qui a pris fin récemment, n’a été rendu possible que par la situation très particulière de l’Espagne et du Portugal, la péninsule comptant peu d’interconnexions et pouvant donc se prévaloir d’un traitement différent au sein du marché européen. Sortir de celui-ci, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit,…
Ce n’est pas ce qu’on dit !
…signifierait se priver de recettes d’exportation – la France a exporté l’an dernier près de 90 térawattheures, soit 20 % de sa production électrique –, mais aussi de la possibilité de limiter les coupures lorsque notre parc nucléaire rencontre des difficultés, comme cela s’est produit ces dernières années. En 2023, selon Réseau de transport d’électricité (RTE), quarante jours de coupures ont été évités grâce aux interconnexions, grâce à notre intégration au marché européen de l’électricité. Pour toutes ces raisons, l’amendement fait fausse route : il susciterait d’énormes difficultés, en premier lieu à nos concitoyens. Mon avis sera donc le même que celui du rapporteur : défavorable.
Lui, c’est le spécialiste pour répondre à côté !
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
Vous ne serez pas surpris que je soutienne le sous-amendement no 758, qui vise à rétablir ce pour quoi avait voté la commission des affaires économiques, c’est-à-dire le monopole d’EDF en matière de production d’électricité nucléaire. De nos débats en commission, il était ressorti que cette production devait être en quelque sorte considérée comme une fonction régalienne et par conséquent faire l’objet d’une maîtrise publique totale. Surtout, la majorité de l’Assemblée a également voté tout à l’heure en ce sens, avant que sa décision soit rayée de la carte par l’adoption d’amendements identiques visant à réécrire l’article 1er A.
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl.
Cette discussion présente l’intérêt de dévoiler, au sein du débat politique français, un certain nombre de postures (« Oh là là ! » sur quelques bancs du groupe RN), particulièrement celles du Rassemblement national. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)
Ça fait des années que nous disons la même chose !
Je ne souscris pas à l’amendement du collègue communiste, je voterai contre, mais je reconnais qu’il est clair, cohérent avec sa vision et son discours. Vous êtes opposé au marché européen de l’électricité : vous proposez de sortir du marché européen de l’électricité. En revanche, à l’extrême droite (Mêmes mouvements), ils font croire depuis des années à leurs électeurs qu’ils veulent sortir de ce marché ;…
Il faut arrêter : nous répétons la même chose depuis des années !
Vous faites semblant de ne pas comprendre !
Vous n’écoutez rien !
…beaucoup de nos concitoyens qui votent pour eux le font de bonne foi, convaincus qu’ils souhaitent réellement en sortir. Or M. Tanguy, peut-être rappelé par le siège de son parti, dépose sinon en catimini, puisque nous en discutons, du moins à la dernière minute, un sous-amendement prévoyant de ne pas sortir de ce marché, mais seulement de ses règles de fixation des prix. Par conséquent, monsieur Tanguy, vous et vos collègues pouvez vous livrer à des envolées lyriques concernant le souverainisme et Nicolas Dupont-Aignan, brandir vos épées de bois pour partir vous battre contre la Commission européenne : vous ne voulez même pas sortir du marché européen de l’électricité ! Vous êtes ridicules dans vos postures (M. Stéphane Mazars applaudit), ridicules et incohérents ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.) En outre, votre sous-amendement n’est pas sérieux : comme vous l’a signalé le ministre, il ne veut absolument rien dire.
Au moins, notre positionnement est compris par nos électeurs !
Merci de l’avoir déposé, car il révèle que votre discours ne présente aucun sens, que vos déclarations ne reposent sur rien de travaillé, rien de sérieux ; vous vous faites plaisir et vous mentez – vous mentez à vos électeurs, chers collègues du Rassemblement national ! (Mme Françoise Buffet applaudit.)
La parole est à M. Maxime Amblard.
Je ne vous expliquerai pas comment fonctionne le marché européen de l’électricité ; visiblement, vous n’en avez pas vraiment conscience. Nous voulons sortir du mode européen de tarification – là encore, je vous épargne les détails techniques – qui nous est imposé depuis l’ouverture à la concurrence, ce qui signifie du reste qu’il n’est pas irrémédiable. Fait incroyable, nous avions de l’électricité avant que ce marché soit créé ; plus incroyable encore, nous l’échangions avec les autres pays ! Ce qui a été vrai pouvant le redevenir, je ne comprends pas pourquoi vous affirmez que cette sortie est impossible, ni pourquoi M. le ministre explique qu’elle nous priverait de nos interconnexions. On ne coupera pas les câbles qui nous relient à l’Espagne, par exemple ! Et même en nous contentant de sortir notre production de ce mode de tarification, nous pourrions continuer d’exporter de l’électricité nucléaire vers l’Allemagne, qui en a cruellement besoin, n’ayant pas été capable d’opérer sa transition et de décarboner sa propre électricité. (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Je mets aux voix le sous-amendement no 762.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 157 Nombre de suffrages exprimés 150 Majorité absolue 76 Pour l’adoption 85 Contre 65
(Le sous-amendement no 762 est adopté.) (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Je mets aux voix le sous-amendement no 758.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 186 Nombre de suffrages exprimés 172 Majorité absolue 87 Pour l’adoption 123 Contre 49
(Le sous-amendement no 758 est adopté.) (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Je mets aux voix l’amendement no 371, tel qu’il a été sous-amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 188 Nombre de suffrages exprimés 187 Majorité absolue 94 Pour l’adoption 119 Contre 68
(L’amendement no 371, sous-amendé, est adopté.) (Applaudissement sur plusieurs bancs des groupes RN et LFI-NFP.)
Je suis saisi de plusieurs demandes de scrutin public : sur les amendements identiques nos 643, 205, 469 et 497, par les groupes Rassemblement national et La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur l’amendement no 369, par les groupes Rassemblement national et Ensemble pour la République ; sur le no 197 et le no 674 rectifié, par le groupe Rassemblement national ; sur le no 198, par les groupes Rassemblement national et La France insoumise-Nouveau Front populaire ; sur le no 168 et le no 315 , par le groupe Rassemblement national ; sur l’article 1er, par les groupes Rassemblement national et La France insoumise-Nouveau Front populaire. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale.
Je suis également saisi de deux amendements, nos 43 et 168, pouvant être soumis à une discussion commune. La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy, pour soutenir l’amendement no 43.
Cet amendement très simple vise à poursuivre le démantèlement de la politique socialo-macroniste exercée contre le service public de l’énergie en rétablissant le tarif régulé du gaz, qui fonctionnait parfaitement et assurait aux consommateurs, en particulier aux plus modestes, une certaine lisibilité. Ce dispositif n’était certes pas parfait, mais beaucoup moins imparfait que ce que vous avez proposé, une fois de plus, en mentant, en promettant aux Françaises et aux Français que tout irait bien, que nous ne nous retrouverions pas dépendants des règles libérales, de la spéculation sur le gaz. Il fallait évidemment comprendre l’inverse : depuis que vous êtes au pouvoir, le prix du gaz a considérablement augmenté et votre vision en matière de dérégulation de ce marché a joué un grand rôle dans la précarisation de ceux qui, malheureusement, vous ont fait confiance en choisissant le gaz plutôt que l’électricité. Nous voulons donc rétablir ce qui fonctionnait à merveille. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe RN.)
La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 468.
Il vise à supprimer du texte la mention explicite d’un prix repère du gaz, afin de laisser à la Commission de régulation de l’énergie (CRE) la liberté de le publier lorsque les circonstances le justifient. En effet, ce prix mensuel purement indicatif, instauré après la fin des tarifs réglementés en vue de guider le consommateur, suscite la confusion, beaucoup croyant à tort que pour eux le prix évolue tous les mois en fonction de ce repère. Au lieu de le publier régulièrement, il serait donc plus pertinent de laisser la CRE décider de le faire en cas de forte évolution.
Quel est l’avis de la commission sur ces amendements en discussion commune ?
Nous avons longuement débattu de ce point en commission avant d’y revenir en séance, concernant l’électricité, pour les personnes ou entités qui ne bénéficient pas des TRVE. Avis défavorable au rétablissement des TRVG, pour une raison très simple et à laquelle – j’en suis désolé – vous vous attendiez sûrement : une telle mesure ouvrirait aussitôt droit au contentieux, obligeant des bénéficiaires à rembourser. Je conçois votre logique, la cohérence qui vous amène à affirmer, avec beaucoup d’énergie et de nuances, que tout ce qui a été fait depuis vingt ans est absurde, qu’il convient de tout déconstruire ; je ne doute pas de votre volonté de le faire. Reste qu’en procédant dans cet ordre, en commençant par rétablir les TRVG, vous donnerez de faux espoirs à des entreprises, à des gens qui, encore une fois, bénéficieront de ces tarifs puis seront sommés de rembourser, des mois ou des années plus tard,…
Eh oui !
…compte tenu des délais administratifs. Ce serait extrêmement contre-productif. Quant à l’amendement de M. Fugit, qui vise à supprimer la mention du prix repère de vente du gaz naturel publié par la CRE, il ne porte que sur l’existence de ce prix. Vous me direz qu’il n’est pas impossible que cette assemblée vote en faveur du rétablissement des tarifs réglementés du gaz. Je ne sais pas si cela ferait tomber l’amendement no 468, monsieur le président. Face à l’éventualité du rétablissement des tarifs réglementés de vente de gaz, la suppression de la référence au prix repère est un moindre mal, mais si j’allais au bout du raisonnement, je dirais que la publication mensuelle donne un outil indicatif à tout le monde. C’est donc une demande de retrait – à moins que l’amendement no 43 soit lui-même retiré.
Pour que tout le monde soit bien éclairé, je confirme que si l’amendement no 43 est adopté, l’amendement no 468 tombera, de même que les amendements nos 119 et 643 et identiques. Quel est l’avis du gouvernement ?
J’irai dans le même sens que le rapporteur et invoquerai de nouveau l’argument, presque blasphématoire dans les rangs du Rassemblement national, de la référence au droit européen. Permettez-moi cependant d’élargir la discussion. Je note une certaine constance et une certaine cohérence dans vos propos, mais je voudrais rappeler un fait simple : pour faire adopter les dispositions que vous défendez dans le cadre de ce texte comme pour appliquer l’ensemble de votre programme, il faudrait tout simplement arrêter d’appliquer les directives et les règlements européens. Il faudrait, au fond, s’affranchir de toute contrainte liée au droit européen.
Sortir de l’Europe ! Comme l’Angleterre !
Cela porte un nom, que Mme Le Pen refuse maintenant de faire figurer dans son programme après l’avoir longtemps défendu, en particulier en 2017 : la sortie de l’Union européenne. Voilà ce que cela signifie ! (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Après le Brexit, le Frexit !
Je dois reconnaître que vous êtes cohérents. Vous faites preuve d’une cohérence certaine en défendant des propositions qui s’opposent au droit européen. Mais il faut être honnête sur ce que cela implique : il s’agit ni plus ni moins de sortir de l’Union européenne.
Mais non, pas du tout !
Il vous faut désormais l’assumer. (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN.)
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
La commission des affaires économiques a adopté un amendement qui a conduit à inscrire dans le texte qui vous est soumis, parmi les priorités permettant d’atteindre les objectifs de politique énergétique que la France doit poursuivre, le rétablissement des tarifs réglementés de vente (TRV) du gaz. L’amendement no 468, s’il est voté, fera tomber cette modification. Or celle-ci a été adoptée en commission pour plusieurs raisons. D’abord, la suppression des TRV du gaz, qui s’est opérée progressivement à partir de 2014, sous la présidence de M. Hollande, puis sous celle de M. Macron, a exposé les entreprises à une volatilité accrue et à une hausse des prix du gaz, particulièrement en période de crise. Cela s’est concrétisé, en 2021 et en 2022, par une multiplication des factures par deux, trois, voire davantage, affectant non seulement les grands industriels fortement consommateurs de gaz, mais aussi les petits artisans. Rappelons que les boulangers ont rencontré des difficultés considérables liées à cette crise énergétique, dont les répercussions étaient entières en l’absence de tarifs réglementés du gaz. Certes, sans bouclier tarifaire, la situation aurait été pire encore, mais il n’y a plus de bouclier tarifaire ! Par ailleurs, ce dernier a coûté très cher aux contribuables, et il n’a pas empêché pour autant une multiplication par trois du prix du gaz pour les particuliers en l’espace de trois ans. Le bouclier tarifaire a coûté très cher parce que nous avons été complètement exposés aux prix du marché. Je finirai en soulignant un élément qui est rarement évoqué : le secteur du logement a été particulièrement affecté par l’explosion des prix du gaz. Cette situation a affecté tant les locataires de logements sociaux que les copropriétaires contraints d’acheter le gaz au prix de gros, ce qui a eu des répercussions considérables. C’est ce contexte très préjudiciable pour un certain nombre d’entreprises et de particuliers qui a conduit la commission des affaires économiques à voter en faveur du rétablissement des tarifs réglementés du gaz. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Il est intéressant de noter que vous ne défendez même pas le sens des dispositions européennes que vous mentionnez. Pourquoi avez-vous remplacé le tarif réglementé de vente de gaz ? Vous appliquez des textes européens sans vous interroger sur leur pertinence ! Vous êtes tellement esclaves et tellement perdus dans vos têtes qu’il vous faut nécessairement appliquer le droit européen, quel qu’il soit, quoi qu’il dise, qu’il soit bon ou mauvais pour les Françaises et les Français. Voilà trois heures que nous discutons et pas une seule fois vous n’avez justifié ces réglementations européennes. Vous n’en défendez pas le bien-fondé ; vous n’en parlez que pour dire que nous devons nous y soumettre. Nous ne sommes pas soumis par nature ; nous le sommes encore moins quand c’est faux. (Exclamations et rires sur les bancs du groupe RN. – Protestations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Vous êtes insoumis ?
Je m’étouffe !
Or c’est faux ! Il existe un principe cardinal dans la construction européenne : le principe de subsidiarité. Vous ne le défendez jamais ! Pourtant, en quoi est-il pertinent de laisser une directive européenne décider du tarif du gaz applicable aux ménages ? Admettons que l’on reconnaisse cette pertinence pour les grandes entreprises, ce que nous contestons ; mais au nom de quoi la Commission européenne viendrait-elle se mêler du tarif d’approvisionnement des ménages français ? Quel est le fondement logique de cette proposition ? Croyez-vous sérieusement qu’une famille de la Somme va aller signer un contrat avec un vendeur de gaz estonien ou polonais ? Bien sûr que non ! Votre conception du marché unique n’est même pas claire dans vos têtes ! Vous n’êtes même pas capables de défendre les vrais principes de la construction européenne comme le principe de subsidiarité ! (Exclamations sur les bancs du groupe EPR.) Nous ne nous soumettrons pas à cette escroquerie intellectuelle qui consiste à dire que l’on ne peut pas défendre les intérêts des familles françaises, des artisans, et in fine de la France sans avoir à choisir entre la soumission et le Frexit. Nous croyons à l’Europe des nations, à l’Europe des peuples, à la vision de la France comme pilier de la construction européenne qui sait dire non quand ses intérêts supérieurs sont en jeu. C’est le sens du compromis de Luxembourg. Vous l’avez oublié ; Marine Le Pen, elle, ne l’oubliera jamais ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Je mets aux voix l’amendement no 43.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 187 Nombre de suffrages exprimés 187 Majorité absolue 94 Pour l’adoption 87 Contre 100
(L’amendement no 43 n’est pas adopté.)
(L’amendement no 468 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Joël Bruneau, pour soutenir l’amendement no 119.
Cet amendement propose de retenir une formulation moins indicative à l’alinéa 3 en inscrivant explicitement dans le code de l’énergie un objectif de stabilité et d’accessibilité tarifaire du gaz naturel. Cela permet de nous prémunir de toute contestation sur le plan du droit européen, tout en affirmant la recherche d’une finalité bénéfique pour l’ensemble des consommateurs.
Quel est l’avis de la commission ?
Cela renvoie à la discussion que nous avons eue tout à l’heure à propos des objectifs de prix stables ou abordables et de la distinction à opérer entre le marché de gros et le marché de détail. Je doute néanmoins de la portée normative de cet amendement. Toutefois, n’étant opposé ni au principe ni à ce que cet objectif figure dans la loi, je m’en remets à la sagesse de l’Assemblée.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Défavorable.
Je mets aux voix l’amendement no 119.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 159 Nombre de suffrages exprimés 134 Majorité absolue 68 Pour l’adoption 96 Contre 38
(L’amendement no 119 est adopté.)
Je suis saisi de plusieurs amendements identiques, nos 643, 205, 469 et 497. La parole est à M. le ministre, pour soutenir l’amendement no 643.
Il s’agit de supprimer le rétablissement des tarifs réglementés de vente du gaz. Nos arguments ayant déjà été échangés, je n’ajouterai rien de plus à la défense de cet amendement.
L’amendement no 205 de Mme Danielle Brulebois est défendu. La parole est à M. Jean-Luc Fugit, pour soutenir l’amendement no 469.
Il vise à supprimer le rétablissement des tarifs réglementés de vente du gaz adopté en commission. Ces tarifs réglementés de gaz naturel ont été supprimés à compter du 30 juin 2023, en application de la loi « énergie-climat » et du droit européen. Cette suppression s’appuie sur une jurisprudence claire de la Cour de justice de l’Union européenne et du Conseil d’État, qui considère ces tarifs comme une entrave à la concurrence sur le marché du gaz.
L’amendement no 497 de M. le rapporteur est défendu. La parole est à M. Matthias Tavel.
Nous voterons contre cet amendement de suppression, puisque c’est à notre initiative que les tarifs réglementés du gaz ont été réintroduits en commission. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Nous allons défendre cet acquis tout comme nous avons défendu les précédents. Nous espérons faire adopter l’article 1er avec toutes les dispositions protectrices pour les Français et pour le pays que nous avons introduites. Monsieur le ministre, puisqu’il est question de tarifs réglementés, je réitère la question que mon collègue Laisney vous a posée et à laquelle vous n’avez pas répondu. Allez-vous tenir bon face à la Commission européenne pour rétablir les tarifs réglementés de vente de l’électricité ? Les autorités françaises, à savoir l’Autorité de la concurrence et la Commission de régulation de l’énergie, tiennent des positions différentes. Vous soutenez qu’il est impératif d’appliquer le droit européen concernant le tarif réglementé du gaz, sans chercher à le modifier. Comment vous faire confiance sur le tarif réglementé de l’électricité alors que vous ne tenez pas la même position sur le tarif réglementé du gaz ? (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
La parole est à M. le ministre.
Je sais que la répétition est parfois rituelle et je m’en excuse, mais j’ai répondu à cette question à deux reprises. Je l’ai dit tout à l’heure, nous avons transmis à la Commission européenne un rapport défendant les tarifs réglementés de vente de l’électricité. Il a été rendu public en février 2025. C’est un engagement du gouvernement, alors même que la Commission européenne et un certain nombre de pays ont des doutes sur la compatibilité des TRVE avec le droit européen. Nous avons donné tous les arguments en ce sens, nous avons défendu ce dispositif et nous l’avons étendu en février aux très petites entreprises. Je ne sais plus quoi dire pour arriver à vous convaincre.
Vous n’y arriverez jamais !
Je mets aux voix les amendements identiques nos 643, 205, 469 et 497.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 170 Nombre de suffrages exprimés 160 Majorité absolue 81 Pour l’adoption 38 Contre 122
(Les amendements identiques nos 643, 205, 469 et 497 ne sont pas adoptés.) (Applaudissements sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)
Je suis saisi de deux amendements, nos 369 et 197, pouvant être soumis à une discussion commune. La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 369.
Cet amendement entend poursuivre notre œuvre de cohérence en faveur d’un grand service public de l’énergie en proposant non pas la nationalisation partielle d’Engie, mais sa nationalisation complète. L’État ne détient plus que 23 % du capital d’Engie. Les gestionnaires de réseaux et les stockages dans le secteur du gaz, bien que monopoles reconnus, sont majoritairement privés et distribuent des dividendes substantiels à leurs actionnaires. Nous proposons la nationalisation complète d’Engie car nous considérons qu’il faut redonner une maîtrise publique au secteur énergétique et revenir à une situation de monopole public, seule à même de protéger effectivement le pouvoir d’achat, de garantir la sécurité énergétique et de lutter contre le réchauffement climatique.
L’amendement no 197 de Mme Clémence Guetté est défendu. Quel est l’avis de la commission ?
Par définition, j’ai confiance dans la sagesse de l’Assemblée, mais voter la nationalisation… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Il y a quelques raisons, chers collègues ! Adopter par voie d’amendement la nationalisation d’Engie à 23 heures 29,…
Il n’y a pas d’heure !
Un peu d’audace !
…pour quelques dizaines de milliards d’euros : très honnêtement, cela ne rendrait pas vraiment service à la crédibilité de cette assemblée aux yeux de nos concitoyens. (Mêmes mouvements.)
Avec vous, ce n’est jamais le moment de la démocratie !
Être démocrate n’interdit pas d’être sensé, cher collègue ! (Mêmes mouvements.)
Laissez M. le rapporteur répondre, s’il vous plaît.
Vous voterez après. De toute façon, nous savons déjà ce que vous allez voter.
Faites un référendum !
Peut-être pouvez-vous écouter l’avis de M. le rapporteur avant de voter, chers collègues.
Je pourrais citer les mêmes arguments qu’en commission des affaires économiques – celle-ci, en dépit de certains votes, n’est pas allée jusqu’à adopter la nationalisation d’Engie. Cette entreprise est un leader mondial dans son secteur, qui présente une très forte dimension internationale. Cela aurait des conséquences gigantesques. C’est une société – attention, je vais prononcer un gros mot – qui est en concurrence sur le marché international,…
Concurrence ! Attention !
…qui fait parfois même des bénéfices – encore un gros mot –, …
Sur le dos de qui ?
…en vue de les réinvestir et de créer des emplois – un mot un peu moins mal perçu –, parfois même sur le sol français, parfois même dans vos circonscriptions.
Sérieusement ?
Si l’argument politique et principiel ne vous convainc pas, les emplois qui pourraient être menacés dans vos circonscriptions par vos facéties de 23 heures 31 – désormais – seront peut-être une raison valable. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR. – M. Joël Bruneau applaudit également.)
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Je mets aux voix l’amendement no 369.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 171 Nombre de suffrages exprimés 167 Majorité absolue 84 Pour l’adoption 30 Contre 137
(L’amendement no 369 n’est pas adopté.)
Je mets aux voix l’amendement no 197.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 167 Nombre de suffrages exprimés 160 Majorité absolue 81 Pour l’adoption 30 Contre 130
(L’amendement no 197 n’est pas adopté.)
La parole est à M. Frédéric Petit, pour soutenir l’amendement no 674 rectifié.
Il prévoit l’équivalent de ce que prévoyaient les amendements relatifs aux infrastructures de transport d’électricité que j’ai présentés tout à l’heure, cette fois-ci pour les infrastructures de transport de gaz.
Quel est l’avis de la commission ?
Défavorable, comme tout à l’heure.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Je mets aux voix l’amendement no 674 rectifié.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 166 Nombre de suffrages exprimés 163 Majorité absolue 82 Pour l’adoption 5 Contre 158
(L’amendement no 674 rectifié n’est pas adopté.)
La parole est à Mme Anne Stambach-Terrenoir, pour soutenir l’amendement no 198.
Il vise à exclure les importations de gaz de schiste. Pour rappel, en 2023, une enquête du site Disclose avait révélé que depuis 2021, la France avait importé plus de 4,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL), issu quasi exclusivement de gaz de schiste. Pourtant, le Haut Conseil pour le climat a mis en garde sur les risques de dépendance de la France au GNL et sur la contribution de celui-ci à l’augmentation de l’empreinte carbone de la France. Nous parlons ici d’un gaz particulier, le gaz de schiste, dont la technique d’extraction, la fracturation hydraulique, consiste à injecter un liquide à très haute pression contenant des produits chimiques toxiques pour fissurer une roche et la rendre perméable. Ce procédé est tellement polluant qu’il est interdit en France depuis 2011. On ne veut pas – à raison – polluer aussi gravement chez nous. En revanche, cela ne nous dérange pas d’importer – donc de polluer ailleurs, chez d’autres. Rappelons qu’aux États-Unis, les forages de gaz de schiste ont complètement défiguré plusieurs États.
Comme les éoliennes !
Ils ont entraîné une énorme perte de végétation et de terres agricoles, mais surtout une pollution massive de l’eau, y compris celle dite potable – vous vous souvenez peut-être des images d’une eau du robinet qui était inflammable. Des produits cancérigènes se retrouvent dans l’eau potable de toutes et tous, et les petits séismes locaux se multiplient à côté des forages. L’extraction de gaz de schiste, qui est très polluante, est par ailleurs responsable de la libération dans l’atmosphère de quantités importantes de méthane, gaz à effet de serre dont l’effet de réchauffement est vingt-huit fois supérieur à celui du dioxyde de carbone. Il y a donc un tas de bonnes raisons d’exclure ce type d’importations de notre énergie. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Quel est l’avis de la commission ?
Nous avions ouvert ce débat en commission avec vous-même et d’autres collègues. Nous avions achoppé sur une difficulté : à peu près un quart de nos importations de gaz proviennent des États-Unis.
La faute à qui ?
Nous ne connaissons pas, du moins je ne connais pas – je ne sais pas si des éléments pourront être apportés – la proportion de gaz de schiste dans ce gaz naturel. J’en conviens, nous préférerions tous nous passer du gaz de schiste, mais inscrire dans la loi l’interdiction d’en importer mettrait en péril demain – pas après-demain – la sécurité d’approvisionnement du pays, de manière absolument immédiate.
C’est sauver l’écosystème, monsieur le rapporteur ! C’est penser à nos gosses !
Je ne pense pas que ce soit ce que vous souhaitez. Nous avons cherché de notre côté si nous pouvions préciser les choses. En l’état, on ne peut pas – en l’état, votre amendement, c’est une forme de blackout du gaz pour la France dès demain. Avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis, pour les mêmes raisons. Il est impossible de distinguer le gaz suivant l’origine de sa production.
On peut avoir des données, des chiffres, quelque chose ?
Je mets aux voix l’amendement no 198.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 170 Nombre de suffrages exprimés 170 Majorité absolue 86 Pour l’adoption 57 Contre 113
(L’amendement no 198 n’est pas adopté.)
J’aimerais que nous terminions l’examen de l’article 1er. Je vous rappelle que la conférence des présidents a décidé d’appliquer à cette discussion la procédure du temps législatif programmé. Cela dépend donc de vous ; il nous reste vingt-cinq minutes, cela devrait pouvoir se faire. La parole est à M. Joël Bruneau, pour soutenir l’amendement no 168.
Même si le soutien aux énergies renouvelables, par définition intermittentes, apparaît nécessaire, il représente des charges importantes : un peu plus de 4 milliards en 2025 – il s’agit du prix de rachat garanti. Par conséquent, il serait utile de fixer un objectif d’adaptation des dispositifs de soutien public à la production électrique de certaines installations renouvelables afin de tenir compte de leur compétitivité nouvelle grâce aux avancées technologiques et de la charge potentielle pour les finances publiques. Autrement, nous risquons d’encourager une surproduction électrique qui fera baisser les prix, perturbera le marché et augmentera le coût pour le contribuable ou pour le consommateur par le biais des factures d’électricité.
Quel est l’avis de la commission ?
Je comprends le sens de l’amendement mais à mon sens, il est déjà satisfait par l’article L. 311-10-1 du code de l’énergie, qui fixe des critères quasi identiques à ceux que vous mentionnez. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
(L’amendement no 168 est retiré.)
L’amendement no 315 de M. Nicolas Meizonnet est défendu. Quel est l’avis de la commission ?
Défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Je mets aux voix l’amendement no 315.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 170 Nombre de suffrages exprimés 170 Majorité absolue 86 Pour l’adoption 78 Contre 92
(L’amendement no 315 n’est pas adopté.)
Les amendements identiques nos 363 de M. Charles Fournier, 585 de M. Karim Benbrahim et 604 de Mme Marie-Noëlle Battistel sont défendus. Quel est l’avis de la commission ?
Comme indiqué dans l’exposé sommaire, ces amendements ont été travaillés, comme on dit, avec l’Institut national de l’économie circulaire. Ils entrent trop dans le détail, à moins que l’on veuille y adjoindre un certain nombre de préconisations sur les autres types d’énergie et de recyclage. Une mention de l’économie circulaire figure déjà à l’article L. 100-4 du code de l’énergie. Demande de retrait ; à défaut, avis défavorable.
(Les amendements identiques nos 363, 585 et 604, repoussés par le gouvernement, ne sont pas adoptés.)
La parole est à Mme Marie-Noëlle Battistel, pour soutenir l’amendement no 584.
Il vise à fixer comme objectif pour la mise en œuvre de la politique énergétique le partage territorial de la valeur créée par les projets de production et de stockage d’énergie, en cohérence avec les dispositions proposées par le groupe Socialistes et apparentés.
(L’amendement no 584, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
Je mets aux voix l’article 1er, tel qu’il a été amendé.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 167 Nombre de suffrages exprimés 165 Majorité absolue 83 Pour l’adoption 128 Contre 37
(L’article 1er, amendé, est adopté.) (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP et SOC.)
Je suis saisi de plusieurs amendements portant article additionnel après l’article 1er. La parole est à M. Maxime Amblard, pour soutenir l’amendement no 40.
Il vise à définir de façon concrète la souveraineté énergétique nationale. On en parle beaucoup, mais on la définit rarement. Il s’agit pour nous de « [garantir] à tous […] l’accès à une énergie stable, soutenable et abordable, bien de première nécessité, ainsi qu’aux services énergétiques. » Je le précise à l’intention de ceux pour qui ce ne serait pas évident, la notion de soutenabilité implique de fait que cette énergie soit décarbonée – comme cela, c’est explicite.
Quel est l’avis de la commission ?
Avis défavorable. La définition proposée soulève deux difficultés. D’une part, la souveraineté énergétique est définie uniquement par le fait de garantir l’accès à une énergie stable, soutenable et abordable ; or elle recouvre également des enjeux de sécurité d’approvisionnement. D’autre part, l’accès à l’énergie ne repose pas uniquement sur des conditions de souveraineté, mais aussi sur les dispositifs de soutien et sur l’accès à des tarifs stables – que vous avez largement rétablis il y a quelques minutes.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
Je mets aux voix l’amendement no 40.
(Le vote à main levée n’ayant pas été concluant, il est procédé à un scrutin public.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 111 Nombre de suffrages exprimés 110 Majorité absolue 56 Pour l’adoption 58 Contre 52
(L’amendement no 40 est adopté.) (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
L’amendement no 659 de M. Joël Bruneau est défendu.
(L’amendement no 659, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
L’amendement no 368 de M. Julien Brugerolles est défendu.
(L’amendement no 368, repoussé par la commission et le gouvernement, n’est pas adopté.)
La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 372.
Il vise à inscrire dans la loi l’objectif de garantir à chaque foyer, sur l’ensemble du territoire national, un soutien public permettant la rénovation thermique performante des logements dont il est propriétaire. Cette rénovation constitue un enjeu fondamental. Dès lors, il convient de pérenniser l’ensemble des dispositifs d’aides existants.
(L’amendement no 372, repoussé par la commission et le gouvernement, est adopté.)
La parole est à M. Charles Sitzenstuhl, pour un rappel au règlement.
Je le formule au titre de l’article 40 de la Constitution. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Bien sûr !
Je vous interroge, monsieur le président – et j’interroge par votre intermédiaire les services de l’Assemblée –, sur la recevabilité financière de l’amendement qui vient d’être adopté comme de celui qui va être soumis à discussion.
La recevabilité est à géométrie variable !
On ne met pas en cause les services !
Je renvoie également à la discussion sur les tarifs réglementés. Ces amendements entraînent clairement des charges pour le budget de l’État ; nous ne parlons pas ici de « petits » milliers d’euros, mais potentiellement de plusieurs centaines de millions d’euros. Je suis très étonné de la recevabilité de ces amendements et, plus globalement, du caractère lunaire de notre débat qui jongle avec des milliards que nous n’avons pas.
Monsieur le député, je vous confirme que la commission des finances a jugé l’amendement recevable au regard de l’article 40. Peut-être cela ne coûte-t-il pas bien cher…
La parole est à M. Julien Brugerolles, pour soutenir l’amendement no 373.
Cet amendement vise à garantir les aides à l’achat ou à la location de véhicules propres, notamment électriques. Nous proposons aussi de majorer ces soutiens pour les habitants des communes peu denses ou très peu denses. Nous avons vu ce qui s’est passé sur le leasing électrique : alors que 50 000 Français ont pu bénéficier très rapidement de ces soutiens, ils se sont arrêtés au bout de trois semaines ! Nous pensons qu’il s’agit d’un enjeu fondamental, notamment pour les ruraux, qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur véhicule pour se déplacer ou se rendre à leur travail. Nous souhaitons qu’un objectif de garantie de ces aides puisse être introduit dans ce texte afin de les pérenniser.
Sur les amendements nos 46 et 192, je suis saisi par le groupe Rassemblement national de demandes de scrutin public. Les scrutins sont annoncés dans l’enceinte de l’Assemblée nationale. Quel est l’avis de la commission sur l’amendement no 373 ?
Je rejoins notre collègue Sitzenstuhl : si ces amendements ont été jugés recevables, j’imagine qu’ils n’entraînent pas de charges pour la puissance publique.
C’est gratuit, c’est l’État qui paie !
Cela signifie que nous votons des amendements sans véritable portée normative pour nous donner bonne conscience en ajoutant à l’article L. 100-2 du code de l’énergie que la puissance publique « veille à garantir » des aides, aides à la rénovation thermique ou – avec cet amendement – à l’achat ou à la location de véhicules propres, ou tout autre type d’aides.
Bien sûr !
En d’autres termes, soit cet amendement représente une charge potentiellement immense pour la puissance publique et l’adopter en quelques instants, sans même mesurer son coût réel, est extrêmement gênant, soit ce n’est pas le cas – ce que j’imagine, puisqu’il a été jugé recevable – et, s’il est dépourvu de portée normative, il n’a pas sa place ici. Avis défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
La parole est à Mme la présidente de la commission des affaires économiques.
J’en profite pour me faire l’écho des propos que des grands patrons de l’industrie automobile ont tenus lors de leur audition en commission des affaires économiques. À la quasi-unanimité, ils ont déploré la remise en cause de certaines aides à l’achat ou à la location de véhicules propres, car elle a perturbé leurs prévisions de long terme. On les a incités – à juste titre – à fabriquer des véhicules électriques propres et ensuite, le gouvernement supprime les aides sur lesquelles ils comptaient pour développer l’utilisation de ces véhicules.
La parole est à M. Pierre Meurin.
Je profite également de cet amendement pour rebondir sur les péripéties médiatiques des derniers jours – dont vous êtes d’une certaine manière l’un des orchestrateurs, monsieur le président, même si ce n’est pas en cette qualité – et sur le vote de demain concernant le projet de loi de simplification économique. Alors qu’il n’existe quasiment plus d’aides à l’achat de voitures électriques pour les Français les plus modestes habitant des zones rurales, vous voulez maintenir les zones à faibles émissions (ZFE). Vous vous apprêtez à rejeter demain un texte de simplification de la vie économique ; ce faisant, vous allez non seulement renoncer à simplifier la vie économique mais aussi maintenir la ségrégation sociale d’environ 13 millions de Français qui ne peuvent plus changer de véhicule en l’absence d’aides. Nous vivons une pièce de Ionesco, parfaitement absurde : vous maintiendrez la ségrégation sociale des Français sans les aider à convertir leurs véhicules. Au demeurant, les véhicules électriques sont largement pilotés par l’industrie chinoise, avec un coût carbone considérable, et ils ne sont pas forcément moins-disants en termes d’émissions de polluants atmosphériques, puisque les pneus des véhicules électriques lourds, notamment les SUV électriques chinois, polluent beaucoup plus que les citadines Clio crit’air 3 ou 4. C’est un serpent qui se mord la queue ! Demain, vous voterez contre la simplification de la vie économique et pour la ségrégation sociale de millions de Français alors qu’il n’y a plus la moindre aide à la conversion. Il vous faudra l’expliquer à vos électeurs, aux chefs d’entreprise, aux Français les plus modestes et vous feriez bien d’y être attentifs. Malgré ce que nous avons entendu ces dernières heures dans les médias, je vous encourage, chers collègues, à voter demain le projet de loi de simplification de la vie économique. Par pitié, votez-le ! Nous cesserons enfin de parler d’aide à la conversion des véhicules à essence en véhicules électriques ! (Applaudissements sur les bancs des groupes RN et UDR.)
Je me garderai de commenter les propos de M. Meurin depuis le perchoir. En revanche, je précise à M. Sitzenstuhl que les amendements ont été rédigés de telle sorte qu’ils ne créent pas de nouvelle charge financière pour l’État – M. le rapporteur l’a d’ailleurs relevé. « Visant à garantir » ne signifie pas que nous dépenserons 100 milliards pour nationaliser Engie ou subventionner l’achat de voitures pour tous.
C’est du vent !
Du blabla !
(L’amendement no 373 est adopté.)
La parole est à M. Maxime Amblard, pour soutenir l’amendement no 46.
Au risque d’en surprendre certains, le Rassemblement national souhaite décarboner notre mix énergétique. C’est sans doute rude à entendre pour ceux qui adorent nous coller une étiquette de climatosceptiques, mais les faits sont têtus : nous voulons une énergie abondante, décarbonée, durable et abordable.
Et vous croyez au Père Noël !
Toutefois, nous ne souhaitons ni appauvrir la France, ni punir les Français. Soyons sérieux une minute : personne ici ne peut prétendre se passer des énergies fossiles, qui représentent 40 % de notre consommation énergétique finale, en un claquement de doigts, en dix ou même vingt ans, sans lourdes conséquences, sans désindustrialisation et sans appauvrir les Français. Nous, nous refusons de faire semblant. J’entends déjà certains nous accuser, à défaut d’être climatosceptiques, de ralentir la décarbonation. Permettez-moi donc une petite mise en perspective. Entre votre stratégie de décroissance sévère et dogmatique, notamment à l’extrême gauche,…
Il n’y a pas d’extrême gauche !
Il n’y a que l’extrême droite ici !
…et la nôtre, plus progressive mais maîtrisée, avec le même objectif – la décarbonation de notre mix énergétique en 2050 –, la différence cumulée d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 représenterait moins d’une année d’émissions de la Chine ! S’il faut agir, notre appauvrissement collectif ne sauvera pas le climat, je suis désolé de vous le dire. En revanche, ce qui peut nous conduire à notre objectif, c’est le pragmatisme. Or c’est précisément ce que nous proposons. Tel est le sens de cet amendement, qui propose d’autoriser l’exploration et l’exploitation raisonnée des hydrocarbures présents sous nos pieds, en respectant nos propres normes environnementales, pour réduire notre dépendance aux importations et non la prolonger hypocritement, comme le font certains, tout en prétendant la combattre. Car c’est bien là le sujet : vous refusez d’extraire en France ce que vous acceptez d’importer. Entre acheter notre pétrole à l’autre bout du monde et l’extraire proprement chez nous, nous faisons le choix de la cohérence et, accessoirement, celui de la souveraineté.
C’est émettre plus de gaz à effet de serre !
Surtout, nous voulons que cette exploitation temporaire serve un but précis : financer le déploiement massif des énergies décarbonées pilotables et concentrées dont la liste est connue : nucléaire, hydraulique, biomasse, géothermie, aérothermie, biogaz.
Pétrole et nucléaire !
Est-ce un retour en arrière ? Non, c’est une transition adulte, sérieuse, à la norvégienne – pays qui tire 15 % de son PIB des hydrocarbures et dont plus de 98 % de l’électricité est pourtant d’origine décarbonée, ce qui en fait l’un des pays les plus riches d’Europe avec l’un des mix énergétiques les moins carbonés au monde. En somme, cet amendement n’est ni une provocation ni un reniement ; il est simplement le reflet d’une idée qui nous semblait élémentaire : on ne se libère pas d’une dépendance en fermant les yeux, mais en se donnant les moyens d’en sortir. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
Quel est l’avis de la commission ?
Défavorable.
Quel est l’avis du gouvernement ?
Même avis.
La parole est à Mme Cyrielle Chatelain.
Cet amendement me fournit l’occasion de revenir sur les positions du Rassemblement national concernant le climat. Le Rassemblement national est climatosceptique, c’est un fait ! Ainsi, un de vos élus, Guillaume Bigot, affirme que le réchauffement climatique existe mais qu’il n’est pas certain qu’il soit lié aux émissions de CO2 ; Christophe Barthès estime que si le réchauffement existe, il n’est pas établi qu’il soit provoqué par l’homme, et Thomas Ménagé a des doutes sur les conclusions du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Finalement, le Rassemblement national, c’est toujours la position historique de Jean-Marie Le Pen : il croit encore, comme Donald Trump, que le réchauffement climatique est une arnaque. (Applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, SOC et EcoS. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.)
Je préfère Jean-Marie Le Pen à Daniel Cohn-Bendit !
Cet après-midi, on a d’ailleurs vu les élus du RN assis aux côtés de leurs collègues de l’Alternative für Deutschland (AfD), ceux-là mêmes qui continuent à défendre le charbon et le lignite en Allemagne. C’est l’alliance des carbo-fascistes ! (Protestations sur les bancs du groupe RN.)
La seule fasciste, c’est vous, ma bonne dame !
Moi, je ne connais que les carbonara !
Vous préférez défendre les revenus des très grandes entreprises, défendre Total, plutôt que de travailler à des solutions concrètes pour l’ensemble des personnes qui sont contraintes d’utiliser leur voiture. Quand on veut développer du transport en commun, vous nous en empêchez, parce que vous ne voulez pas que ces personnes puissent avoir une liberté de mouvement dans un monde où il va falloir réduire notre consommation d’énergies fossiles.
Allez à la campagne, vous verrez si on peut se passer de la voiture !
Un bol de quinoa et on rentre en trottinette !
Nous voterons contre cet amendement, parce que le Rassemblement national ne veut pas agir contre le réchauffement climatique et ne veut pas protéger l’environnement. Au fond, sa seule préoccupation est de pouvoir continuer à enrichir celles et ceux qui exploitent notre planète. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS.)
La parole est à M. Jean-Philippe Tanguy.
Il est 23 h 58, la journée commence pour les Verts. Il était temps de lire votre petite capsule ! Vous serez contente d’avoir cité le nouveau terme de « carbo-fasciste ».
C’est la réalité !
Rien ne nous sera épargné de votre « carbo-connerie » ! (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.) Au-delà des mots qui n’ont aucun sens et des formules sorties de leur contexte, il est intéressant de noter que vous ne répondez jamais à ce que nous proposons. Il y a un plan de décarbonation : le plan Marie Curie. Tout est sur la table !
Avec vous, Marie Curie n’aurait pas été Française ! Vous l’auriez arrêtée à la frontière !
Essayez, une fois dans votre vie, de lire vraiment ce que propose le Rassemblement national au lieu d’inventer des choses et de vivre dans votre petit monde parallèle ! Il est tout de même particulièrement inquiétant que le rapporteur et le ministre écartent, sans même donner un argument, une stratégie qui prend en considération le pétrole et le gaz – soit 40 % du modèle français, que vous le vouliez ou non. D’ailleurs, c’est votre modèle : malheureusement, le Rassemblement national n’a jamais gouverné.
Heureusement qu’il n’a jamais gouverné !
Et on espère qu’il ne gouvernera jamais !
Ce n’est pas nous qui avons rendu la France dépendante des pays étrangers, à hauteur de 40 %, en gaz et en pétrole. C’est votre bilan ! Non seulement c’est à cause de vous que notre pays est sous cette dépendance, mais en plus, vous refusez à présent de la limiter en développant le peu de pétrole et de gaz disponibles chez nous. Il ne s’agit pas de faire plaisir à Total. Ce ne sont là que billevesées ! Total se fiche de produire du pétrole en Irak, au Canada, en Russie, au Venezuela ou en France : c’est une multinationale. D’ailleurs, elle ne souhaite pas développer la production de pétrole dans notre pays,…
Mais elle en vend bien aux Français !
…car cela lui coûterait trop cher en raison des normes en vigueur, comme l’a dit notre collègue Amblard. Vous racontez donc n’importe quoi, ce qui ne m’étonne pas. En revanche, je trouve inquiétant que le gouvernement ne s’intéresse pas à une mesure qui permettrait de financer la transition énergétique.
Du pétrole pour financer la transition ! L’idée du siècle !
C’est baroque !
Nous avons des milliards d’euros sous nos pieds. Au lieu de les utiliser, vous les offrez à nos adversaires : les pays du Golfe, les États-Unis, le Canada et même la Russie. Eh oui, en dépit de vos sanctions et même si vous prétendez le contraire, vous enrichissez M. Poutine depuis trois ans. Avec des ennemis comme vous, il n’a pas besoin d’amis ! Bref, tout cela n’a aucun sens.
En fait, vous êtes dans un métavers dans lequel vous évoluez tout seul !
Je regrette que vous refusiez, s’agissant de la stratégie énergétique, de prendre en considération le pétrole et le gaz uniquement pour vous soumettre non pas à la gauche – car ce serait lui faire trop d’honneur –, mais à toutes sortes d’activistes et de groupuscules…
Quelle diarrhée verbale !
…financés par Greenpeace ou qui servent des intérêts allemands, canadiens ou russes, bref à toute cette propagande pseudo-écologiste que l’on connaît depuis vingt ans et qui est en réalité la propagande du parti de l’étranger. (Applaudissements sur les bancs du groupe RN.)
La parole est à Mme Cyrielle Chatelain.
J’ai subi l’épreuve que constitue la lecture du programme du Rassemblement national. Ce fut long et douloureux. Néanmoins, une telle expérience permet d’accéder à quelques informations et de comprendre ce qu’est le carbo-fascisme. (Exclamations prolongées sur les bancs du groupe RN.)
Qu’elle arrête avec sa cuisine !
C’est l’union du Rassemblement national et de ses alliés au niveau international. Que fait le Rassemblement national ? Par exemple, il refuse de voter contre le gaz de schiste américain, ce qui lui permet de continuer à être bien vu de Donald Trump. Il a également annoncé, dans son programme pour l’élection présidentielle, qu’il souhaitait mettre fin à son alliance avec l’Allemagne au profit d’une alliance avec la Russie. (« N’importe quoi ! » sur plusieurs bancs du groupe RN.) Relisez votre programme en matière de défense, chers amis. C’est écrit noir sur blanc : vous ne voulez plus coopérer avec l’Allemagne, mais vous vous tournez vers la Russie. Il est donc évident que vous êtes favorables à la poursuite d’un système qui nous rend dépendants au gaz russe.
C’est du quinoa-fascisme !
Enfin, leur dernière idée, ce sont les centrales nucléaires en kit, inspirées du modèle chinois, que l’on pourrait – prétendument – construire en quatre, cinq ou six ans. Voilà quelles sont leurs sources d’inspiration !
Elle va finir par dire : « La Terre est plate ! »
Le parti affilié aux intérêts des puissances étrangères et qui ne défend pas la France, c’est bien le Rassemblement national. (Applaudissements sur les bancs du groupe EcoS. – Mme Dieynaba Diop applaudit également. – Exclamations sur les bancs du groupe RN.) Tout ce que vous souhaitez développer, c’est notre dépendance énergétique !
Elle va nous faire regretter Voynet !
Les écologistes et la gauche, eux, proposent un projet qui repose sur une énergie maîtrisée, c’est-à-dire sur des énergies inépuisables donc renouvelables (Exclamations sur les bancs du groupe RN), qui nous permettent de ne dépendre ni de la Russie ni des États-Unis et donc de prendre des décisions et de mener une politique étrangère de façon autonome et souveraine. L’asservissement de notre pays aux dictatures, c’est donc bien le projet du Rassemblement national. (Exclamations sur les bancs du groupe RN. – Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe EcoS.)
Je mets aux voix l’amendement no 46.
(Il est procédé au scrutin.)
Voici le résultat du scrutin : Nombre de votants 126 Nombre de suffrages exprimés 126 Majorité absolue 64 Pour l’adoption 55 Contre 71
(L’amendement no 46 n’est pas adopté.)
La suite de la discussion est renvoyée à une prochaine séance.
Prochaine séance, aujourd’hui, à neuf heures : Questions orales sans débat. La séance est levée.
(La séance est levée, le mardi 17 juin 2025, à zéro heure cinq.)
Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra
Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.
Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.
Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.
Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.
Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».
Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.
Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.
Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.
Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.
Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.
Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).
Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.
Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.
Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.
Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.
Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.
Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.
Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.
Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.
Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.
Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.
Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.
Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.
Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.
Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.
Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.
Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.
Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.
Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.
Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.
Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).
Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.
Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.
Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.
Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.
Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.
Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.
Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.
Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.
Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.
Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.
Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.
Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.
Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.
Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.
Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.
Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.
Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.
Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.
Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.
Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.
Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.
Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.
Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.
Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.
Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.
Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.
Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).
Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.
Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.
Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.
Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.
Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.
Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.
Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.
Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.
Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.
Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.
Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.
Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.
Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.
Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.
Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.
Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.
Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.
Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.
Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.
Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.
Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.
Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.
Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.
Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.
Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.
Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.
Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.
Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.
Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.
Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.
Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.
Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.
Vote solennel et public par lequel les députés se prononcent sur un texte, un amendement ou une motion. Au scrutin public, chaque député enregistre son vote (pour, contre, abstention) et les résultats sont nominatifs.
Catégorie de scrutin public utilisée pour les votes les plus importants (adoption d'un texte en lecture solennelle, motions majeures, décisions politiques structurantes). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de savoir précisément la position de chaque député.
Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.
Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.
Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.
Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.
Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.
Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.
Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.
Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).
Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.
Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.
Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.
Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.
Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).
Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.
Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.