Séance plénière Vidéo Presse
Questions sur le thème : "Valoriser la France qui travaille"
Mercredi 5 mars 2025 21:30 – 23:10 1h40 Assemblée nationale Confirmé Créée le 03/02/2025 PO838901
1
Questions sur le thème : "Valoriser la France qui travaille"
Débat d'initiative parlementaire Confirmé
Source de référence séance

Débats officiels structurés de la séance

Cette vue s'appuie sur le flux XML officiel des débats en séance publique : c'est la version la plus complète de la notice de cette réunion (sections, amendements, ordre des prises de parole). Le fil ci-dessous affiche l'intégralité des interventions chargées pour cette séance.

127 Interventions sur l'ensemble de la séance
27 Orateurs distincts repérés
3 Séquences détectées dans le débat
0 Amendements cités à l'oral

Contenu affiché sur cette page: 127 interventions sur 127 pour l'ensemble de la séance.

Repères de séance

Ouverture de seance Valoriser la France qui travaille Ordre du jour de la prochaine séance
Photo de Mme la présidente
Ouverture de seance
Mme la présidente Naïma Moutchou president

La séance est ouverte.

II
Ouverture de seance
Intervenant non identifié

(La séance est ouverte à vingt et une heures trente.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou president

L’ordre du jour appelle les questions sur le thème : « Valoriser la France qui travaille ». La conférence des présidents a fixé à deux minutes la durée maximale de chaque question et de chaque réponse, sans droit de réplique. La parole est à M. Jean-Pierre Vigier.

Photo de M. Jean-Pierre Vigier (DR)
Valoriser la France qui travaille
M. Jean-Pierre Vigier (DR) Jean-Pierre Vigier DR

À la demande du groupe de la Droite républicaine, nous sommes ici pour défendre ceux qui, chaque jour, font avancer notre économie : les travailleurs. Il est temps que nos politiques publiques soient à la hauteur de leur engagement. Tout d’abord, les aides sociales ne doivent pas créer une situation où ne pas travailler rapporte plus que travailler. Il est nécessaire de créer une aide sociale unique, plafonnée à 70 % du smic, pour garantir un véritable écart avec le travail. Aujourd’hui, un salarié qui accepte une promotion peut voir son pouvoir d’achat baisser, parce qu’en franchissant un certain seuil de revenus, il peut perdre une aide sociale comme la prime d’activité – perte qui dépasse parfois l’augmentation salariale liée à la promotion. C’est un non-sens total. Résultat : des salariés refusent une promotion par crainte de perdre du pouvoir d’achat et des chefs d’entreprise sont contraints de ne pas récompenser le mérite de leurs employés. Par ailleurs, la proposition de loi de mon collègue Vincent Jeanbrun, qui vise à prioriser les travailleurs dans l’attribution de logements sociaux, va dans le bon sens.

Photo de M. Michel Herbillon
Valoriser la France qui travaille
M. Michel Herbillon Michel Herbillon DR

Absolument !

Photo de M. Jean-Pierre Vigier
Valoriser la France qui travaille
M. Jean-Pierre Vigier Jean-Pierre Vigier DR

De nombreux salariés sont exclus du marché locatif privé à cause des loyers trop élevés. Il est insupportable que des travailleurs à revenus modestes se voient refuser un logement social parce qu’ils travaillent. Madame la ministre, comptez-vous revoir le mécanisme d’attribution des aides sociales pour éviter qu’elles soient un frein à l’ascenseur social et qu’elles pénalisent les salariés lors d’une promotion ? Comptez-vous inscrire les travailleurs parmi les publics prioritaires pour l’accès à un logement social ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre chargée du travail et de l’emploi.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre chargée du travail et de l’emploi EPR

Votre question fait écho à une étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), publiée en octobre. Elle illustre par un exemple concret le problème fondamental que vous soulevez. Pour qu’une femme payée au smic, locataire et qui élève seule ses deux enfants, voie son revenu disponible croître de 100 euros, il faudrait que son employeur lui accorde une augmentation de plus de 750 euros. C’est la résultante de l’accumulation de plusieurs effets de seuil relatifs aux allégements généraux évoqués lors de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) mais aussi aux différentes prestations, en l’occurrence la prime d’activité, les aides personnelles au logement (APL) et les prestations familiales. Pour remédier à cette situation, nous agissons en deux temps. La solidarité à la source a été lancée le 1er mars, avec le préremplissage automatique des déclarations trimestrielles des allocataires du RSA et de la prime d’activité, à l’image de ce qui existait depuis 2019 s’agissant des APL. Le deuxième temps, annoncé par Catherine Vautrin, c’est la création de cette fameuse allocation sociale unifiée. Cela nécessite du temps et du travail, car notre pays compte aujourd’hui plus d’une douzaine de minima sociaux, calculés selon des bases ressources différentes. Le gouvernement veut conduire cette réforme pour éviter les effets de seuil et faire en sorte que le travail paie davantage.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Julien Dive.

Photo de M. Julien Dive (DR)
Valoriser la France qui travaille
M. Julien Dive (DR) Julien Dive DR

Parler de la France qui travaille, c’est aussi parler de celles et ceux qui prennent soin des autres : auxiliaires de vie sociale, assistantes maternelles, accompagnantes d’élèves en situation de handicap (AESH) ou encore animatrices scolaires. Ces métiers de l’humain, qui s’accordent essentiellement au féminin, assurent chaque jour le bien-être de centaines de milliers de personnes. Elles sont plus de 1,2 million à exercer ces métiers essentiels qui, pourtant, restent sous-payés, précaires et morcelés. Seulement 750 à 900 euros par mois pour une AESH, avec un temps partiel subi et des perspectives quasi inexistantes ; à peine plus que le smic pour une auxiliaire de vie, malgré des journées éreintantes et des trajets jamais comptabilisés ; des horaires discontinus, une fatigue physique et mentale immense, un isolement professionnel qui les prive d’un collectif de travail. Selon une infographie publiée par France Travail en avril 2024, le secteur du soin et de l’accompagnement fait face à des défis de recrutement importants, avec des besoins estimés à 86 000 postes. Pas moins de 350 000 professionnels sont aujourd’hui indispensables pour répondre aux besoins liés au vieillissement de la population et à l’inclusion scolaire. Dans l’aide à domicile, un emploi sur trois n’est pas pourvu, faute de conditions de travail acceptables. Ces métiers ont besoin non de reconnaissance symbolique mais de mesures concrètes, mesurables et tangibles : revaloriser les rémunérations et revoir les grilles salariales, prendre en compte l’intégralité du temps de travail, y compris le temps de trajet et de préparation, garantir des temps pleins, permettre plus de travail en équipe, créer des espaces d’échange et de formation. Valoriser la France qui travaille, c’est garantir que celles et ceux qui s’occupent des autres puissent aussi vivre dignement de leur métier. Valoriser la France qui travaille, c’est refuser que ces métiers soient considérés comme des emplois de second ordre alors qu’ils sont essentiels à notre société. Comment comptez-vous accorder à ces travailleurs et travailleuses la reconnaissance qu’ils méritent, en leur offrant un vrai statut, une rémunération décente et une stabilité à la hauteur de leur engagement ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous soulevez de vraies questions. En tant que ministre sur ce banc, je devrais vous dire que des actions ont été conduites et il est vrai que des mesures ont été prises, notamment en matière de revalorisation des avenants. Une campagne de recrutement a été menée pour valoriser les métiers du lien. La loi « Bien vieillir », émanant d’une proposition de l’Assemblée nationale, a prévu un fonds de soutien à la mobilité des aides à domicile. Les bonnes pratiques relatives à l’organisation du temps, l’autonomie et la prévention ont été encouragées. Une carte professionnelle a été créée. Mais tout cela demeure insuffisant, nous en sommes bien conscients. Le taux de pauvreté des aides à domicile, qui pourtant exercent un travail, est de 18 %, contre une moyenne de 8 % pour l’ensemble de la population. Cette situation résulte essentiellement du temps partiel subi : ces femmes cumulent salaire horaire bas, trop peu d’heures travaillées et amplitudes horaires importantes. À la suite de la conférence sociale sur les bas salaires organisée en octobre 2023, nous avons demandé à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) un rapport sur le temps partiel subi. Je souhaite que les partenaires sociaux puissent s’en saisir pour étudier cette question et nous proposer des solutions sur ce sujet qui affecte très majoritairement – à 80 % – les femmes.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Michel Herbillon.

Photo de M. Michel Herbillon (DR)
Valoriser la France qui travaille
M. Michel Herbillon (DR) Michel Herbillon DR

À l’occasion d’une audition au Sénat il y a quelques semaines, Florent Menegaux, PDG de Michelin, a tiré la sonnette d’alarme sur le manque de compétitivité des entreprises françaises. Il a notamment pointé l’écart entre le salaire brut et le salaire net perçu par les salariés en France. Je souhaite tout d’abord rappeler une évidence : pour que le travail soit valorisé, il faut que le travail paie. Malheureusement, les Français constatent une très grande différence entre ce qu’ils perçoivent en net après impôt et le coût total versé par leur employeur. Le simulateur proposé par l’Urssaf, qui s’appuie sur la situation d’une personne célibataire sans enfant ni patrimoine, permet de se rendre compte de l’ampleur de cet écart. Au niveau du smic – 1 404 euros net par mois –, il n’y a pas d’impôt sur le revenu, mais le coût total employeur est supérieur d’un tiers, soit un surcoût de près de 500 euros par mois. Au niveau du salaire mensuel médian net de 2 036 euros, l’impôt sur le revenu ramène ce salaire à 1 949 euros pour un coût employeur de 3 385 euros, soit un coût 73 % plus élevé que le salaire net perçu par le salarié. Bien sûr, les cotisations salariales et patronales permettent de financer notre protection sociale, mais nous voyons bien à quel point le coût du travail demeure élevé en France, au détriment des travailleurs, mais également des entreprises, qui perdent en compétitivité. Le coût du travail connaît d’ailleurs une croissance exceptionnelle sur les rémunérations qui dépassent le salaire médian, ce qui a pour conséquence de ne pas inciter les employeurs à augmenter les rémunérations de leurs salariés. Madame la ministre, cela fait des années que l’on évoque la nécessité absolue de rapprocher le salaire brut du salaire net. Il est temps d’arrêter les incantations et d’agir. Qu’allez-vous faire pour résoudre cette situation et ainsi valoriser le travail ? (Applaudissements sur les bancs du groupe DR.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous mettez le doigt sur un vrai handicap français. À ce propos, j’invite tous les députés présents ce soir et qui s’intéressent à la question du travail à consulter l’étude publiée en janvier par la Drees, sur la protection sociale en Europe en 2023. Elle montre que la France a une particularité : le travail finance la protection sociale de manière anormalement élevée par rapport à nos partenaires européens. Même après application des allégements généraux, les cotisations employeurs, dont le niveau a fait l’objet d’un débat lors de l’examen du PLFSS, sont encore parmi les plus élevées dans le financement de la protection sociale. Il en va de même s’agissant des cotisations sociales salariales. L’écart entre salaire brut et salaire net constitue donc un véritable problème, sur lequel nous avons commencé à travailler. En effet, dès 2018, nous avons supprimé les cotisations salariales maladie et chômage pour plus de 20 millions de salariés et les cotisations salariales sur les heures supplémentaires. Nous avons procédé à des baisses des cotisations des travailleurs indépendants. Toutefois, il faudra bien finir par engager une réflexion globale, fondée sur le principe que le travail doit financer les risques liés au travail, à savoir les retraites, l’assurance chômage et les accidents du travail, alors qu’il finance aussi des protections universelles telles que l’assurance maladie ou la famille. Le travail doit d’abord financer les prestations contributives associées au travail et non pas les protections universelles.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Josiane Corneloup.

Photo de Mme Josiane Corneloup (DR)
Valoriser la France qui travaille
Mme Josiane Corneloup (DR) Josiane Corneloup DR

Le travail est le socle, le ciment de notre société. Il est au fondement de notre contrat social. Sans les revenus issus du travail, il n’y aurait pas de protection sociale. Il est nécessaire de réaffirmer la primauté du travail sur l’inactivité et de mettre un terme au scandale du phénomène des travailleurs pauvres qui se développe en France, surtout dans les grandes métropoles où se loger coûte très cher. Ces travailleurs devraient d’ailleurs être prioritaires lors de l’attribution des logements sociaux. Nous avons le devoir de créer un écart substantiel entre le montant du salaire net perçu par le salarié et celui des aides sociales versées à l’individu sans activité professionnelle, pour inciter beaucoup plus au travail. Pour que cet écart soit significatif, il convient en premier lieu de plafonner le cumul des aides sociales avant, dans un second temps, de réunir celles-ci en une aide sociale unique. En substituant au versement en silos des différentes aides l’attribution d’une allocation unique plafonnée à 70 % du smic, il serait possible de réaliser d’importantes économies. Évaluées à 7 milliards d’euros, elles permettraient de réduire les cotisations salariales, donc d’accroître le salaire net. Ce vaste et très ambitieux chantier administratif requiert un travail préparatoire d’ampleur et une parfaite coordination entre l’État, les départements et les organismes sociaux. Il nécessite notamment d’agréger toutes sortes de données pour simplifier le système. Grâce à la retenue à la source, il est désormais possible de verser en une seule fois l’ensemble des aides sociales auxquelles chaque contribuable est éligible. La fiabilisation des données des déclarations de ressources des allocataires conditionnera la réussite de cette réforme destinée à valoriser la France qui travaille. Néanmoins, le risque de fraude existe. La Cour des comptes n’évalue-t-elle pas à 1 euro sur 6 euros de RSA et à 1 euro sur 5 euros de prime d’activité les sommes versées à tort, et à titre définitif ? Il faut mettre fin à ce gaspillage d’argent. Quelles mesures et quels outils proposez-vous pour fiabiliser les données des déclarations de ressources ? Un récent rapport sénatorial préconise le retour à des logiciels de paie labellisés et un renforcement des contrôles ; y êtes-vous favorable ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous me demandez si je suis favorable à la lutte contre la fraude ; évidemment ! Je souhaite lutter contre la fraude au moindre euro d’argent public. Je vous remercie d’avoir rappelé les deux étapes du processus. Le préremplissage des données, qui permettra de lutter contre la fraude et contre les trop-perçus, constitue une première étape indispensable au travail de longue haleine que représente l’unification des prestations sociales dont les diverses formules de calcul, mises au point au fil du temps, tiennent compte de ressources différentes. Je précise que le RSA, la prime d’activité et l’APL représentent 80 % des sommes versées. Il est donc envisageable de commencer par unifier ces trois prestations, avant d’y agréger les autres. Cela nécessitera en tout cas, comme vous le soulignez, une grande coordination non seulement entre les différentes caisses, mais aussi avec les collectivités territoriales, en particulier les départements. Mme Catherine Vautrin a exprimé sa volonté de s’investir pleinement dans ce chantier, car c’est la solution pour que le travail devienne bien plus rémunérateur et pour que la protection sociale cible bien mieux les besoins.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.

Photo de Mme Sophie Taillé-Polian (EcoS)
Valoriser la France qui travaille
Mme Sophie Taillé-Polian (EcoS) Sophie Taillé-Polian EcoS

Ma question concerne la situation des salariés du nettoyage. Elle fait suite à ma proposition de loi visant à protéger les travailleuses et travailleurs du nettoyage en garantissant des horaires de jour, adoptée par la commission des affaires sociales mais qui n’a pu, faute de temps, être débattue lors de la niche du groupe écologiste. Ces personnes sont pourtant essentielles au bon fonctionnement de la société. Elles sont particulièrement touchées par le problème des bas revenus. La plupart sont des femmes, souvent mères au sein d’une famille monoparentale, de plus 50 ans, et – dans certaines régions – immigrées ou d’origine étrangère. Elles sont donc au croisement de plusieurs facteurs d’inégalité et de discrimination. La faiblesse des salaires dans le secteur du nettoyage est due à la prévalence des temps partiels courts et contraints, sous le seuil des vingt-quatre heures hebdomadaires, et à des plages horaires de trois heures discontinues, tôt le matin ou tard le soir, qu’on appelle horaires atypiques. La spécificité de ces horaires n’est reconnue ni par la loi ni par la convention collective. Pourtant, les horaires atypiques des salariées du nettoyage ont de graves conséquences sur leur vie sociale et familiale. Comment être présente pour ses enfants, nouer des amitiés ou pratiquer la langue française lorsqu’on travaille si tôt ou si tard ? Par ailleurs, elles ont de graves conséquences sur la santé, dont il est démontré qu’elles sont quasiment équivalentes à celles du travail de nuit. Alors que les entreprises de nettoyage sont très profitables, leurs salariées ne bénéficient d’aucune compensation. Nous devons les valoriser davantage. Cela passe par une meilleure reconnaissance de leur travail, la hausse de leurs revenus et l’amélioration globale de leurs conditions de travail. Il faut, selon le principe très important reconnu en droit français et international, adapter le travail à l’humain et non l’humain au travail. Que comptez-vous faire pour améliorer enfin la situation de ces salariées ? Alors que M. Macron s’y était fermement engagé après la crise du covid-19, il ne s’est rien passé.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Ce sujet a effectivement été débattu en commission des affaires sociales et aurait pu l’être en séance lors de la niche écologiste. Vous l’avez rappelé, ce type de travail concentre toutes les difficultés du monde. Depuis 2008, l’État s’est fixé des objectifs clairs pour promouvoir des conditions de travail décentes dans le secteur du nettoyage. Je pense en particulier aux horaires de travail en journée et en continu, à l’image des pays scandinaves, où la présence de femmes faisant le ménage dans les bureaux ne pose de problème à personne, alors qu’elles ont tendance à être invisibilisées en France. Votre question porte aussi sur la circulaire du 16 mars 2022, qui réaffirme et renforce les engagements de l’État en la matière. Elle insiste sur le rôle moteur de l’État en tant qu’acheteur public et lui fixe deux priorités. La première consiste à garantir des temps de travail continus sur un même site ou sur des sites très proches ; je tiens à souligner que le ministère du travail et les autres ministères sociaux se sont engagés dans cette démarche. La seconde consiste à ce que les prestations soient effectuées en présence des occupants, pour limiter les horaires décalés. Là encore, les ministères sociaux ont adopté cette organisation. Les résultats de cette circulaire sont déjà visibles, bien au-delà des ministères sociaux : la direction des achats de l’État (DAE) rapporte que près de deux tiers des sites publics pratiquent le travail en journée, que 83 % pratiquent le travail en continu et que plus de la moitié des sites combinent ces deux approches. Cela signifie, il est vrai, que certains ne les pratiquent pas ; l’État comme les collectivités territoriales doivent donc poursuivre leurs efforts en ce sens. Nous continuerons à renforcer les mesures existantes et à explorer de nouvelles pistes pour garantir aux salariés du nettoyage de meilleures conditions de travail. Le rapport de l’Igas sur le temps partiel contraint pourrait fournir certaines de ces pistes ; nous souhaitons que les partenaires sociaux puissent se saisir de ses recommandations.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Sophie Taillé-Polian.

Photo de Mme Sophie Taillé-Polian (EcoS)
Valoriser la France qui travaille
Mme Sophie Taillé-Polian (EcoS) Sophie Taillé-Polian EcoS

Nous parlons de valeur travail ; cette notion mérite d’être interrogée dans un contexte où, trop souvent, le travail ne respecte pas les corps. Il cause énormément d’accidents et de souffrances psychiques qui pourraient pourtant être évités. La commission chargée d’évaluer le coût pour l’assurance maladie de la sous-reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles a fait les comptes l’année dernière, et l’addition est salée. D’après la commission, la sous-reconnaissance concerne entre 21 000 et 111 000 cas, ce qui représente un coût estimé entre 127 et 668 millions d’euros. L’actualisation des études épidémiologiques relatives aux troubles musculo-squelettiques (TMS) et aux cancers professionnels explique en partie cette augmentation. Cette situation de sous-reconnaissance ne va pas s’améliorer d’elle-même. Nous devons assumer des orientations politiques et budgétaires ambitieuses pour, d’une part, perfectionner la traçabilité des risques professionnels et, d’autre part, mieux informer les personnes victimes qui, trop souvent, ne connaissent pas leurs droits. Enfin, le constat de la sous-reconnaissance ne doit pas nous exonérer de la responsabilité urgente d’agir en amont. En raison notamment des politiques appliquées depuis sept ans, la médecine du travail ou encore l’inspection du travail se trouvent fragilisées. La formation des professionnels de santé est encore nettement insuffisante dans ce domaine. Pourtant, nous devrions accorder de réels moyens à la prévention primaire, destinée aux salariés mais aussi aux employeurs, qui n’ont pas toujours connaissance des obligations qui leur incombent ou ne veulent pas les appliquer. Le nombre d’accidents du travail mortels s’élève à plusieurs centaines chaque année. Les maladies professionnelles augmentent, elles aussi. Les accidents sont sous-déclarés. Comment comptez-vous agir enfin, en profondeur, pour préserver la santé au travail ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

En lien avec les préventeurs et les partenaires sociaux, le ministère du travail promeut plusieurs plans visant à renforcer structurellement la culture de prévention en entreprise, notamment en accompagnant les très petites, petites et moyennes entreprises (TPE-PME). Des mesures fortes ont été déployées pour lutter contre les accidents graves et mortels qui, comme vous l’avez rappelé, sont encore très nombreux en France. Le plan de prévention des accidents de travail graves et mortels comporte vingt-sept mesures phares ciblant les publics les plus vulnérables : les jeunes, les intérimaires, les nouveaux arrivants dans l’entreprise et les travailleurs détachés. Il prévoit des actions de sensibilisation et de formation, le renforcement des mesures de prévention, le développement d’outils de reconnaissance ou encore des actions ciblées de l’inspection du travail. Le 3 février, j’ai réuni le Conseil national d’orientation des conditions de travail (CNOCT). J’ai demandé à M. Bernard Thibault et à Mme Dominique Carlac’h, qui ont présidé à la charte sociale des Jeux olympiques (JO) de Paris 2024, de tirer les enseignements de la forte diminution de l’accidentologie – elle a été divisée par quatre – lors des travaux préparatoires des grands sites des Jeux. Ils parraineront désormais un groupe de contact chargé de travailler avec les branches professionnelles qui connaissent le plus d’accidents graves et mortels. Nous travaillons également à d’autres pistes, comme inciter les donneurs d’ordre publics à intégrer la prévention des accidents du travail à leur politique d’achat responsable. Je pense aussi au renforcement de la coopération entre les services judiciaires et l’inspection du travail, un point crucial qui correspond à une demande des associations et des partenaires sociaux. Enfin, il est envisagé de créer une équipe chargée d’analyser les accidents du travail pour en identifier les causes et proposer des solutions ; elle serait composée de préventeurs et d’agents de contrôle et placée auprès de la direction générale du travail (DGT). Je précise que les conclusions de la réunion du 3 février ont été saluées par les partenaires sociaux, notamment par les syndicats.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Mickaël Cosson, qui posera deux questions.

Photo de M. Mickaël Cosson (Dem)
Valoriser la France qui travaille
M. Mickaël Cosson (Dem) Mickaël Cosson Dem

Je poserai les deux en une seule intervention, pour gagner du temps. Bien que le thème de ce soir soit la valorisation de la France qui travaille, je pense utile de valoriser surtout la période de la vie pendant laquelle on travaille. En effet, depuis plusieurs années, nous en entendons souvent parler comme d’un tunnel dans lequel on entrerait au sortir de la scolarité et dont on ne sortirait qu’à l’âge de la retraite. Cette période à laquelle nous consacrons la moitié de notre vie – voire bien plus, quand nous sommes frappés par le malheur – devrait au contraire être considérée comme un tremplin, comme une voie vers l’épanouissement professionnel et personnel. Cinquante ans se sont écoulés depuis la crise des années 1970, les premières disparitions d’entreprises, la montée du chômage et le début de la désindustrialisation, laquelle s’est accélérée puisqu’on estime qu’il y a eu 50 % de désindustrialisation entre 2002 et 2016. Parallèlement, les métiers de la santé, de la restauration et de bien d’autres secteurs ont perdu en attractivité. En raison de ces mutations, de plus en plus de personnes, poussées par l’épuisement physique ou psychologique, changent d’emploi et exercent divers métiers au cours de leur carrière. Or l’éducation nationale ou l’enseignement supérieur forment les jeunes à leur premier métier ; ils se trouvent donc laissés à eux-mêmes quand, au cours de leur carrière, ils doivent changer de profession pour s’épanouir à nouveau. Ne considérez-vous pas que l’éducation et la formation doivent muter comme la société l’a fait et accompagner les personnes tout au long de leur carrière, de sorte qu’elles connaissent l’épanouissement plutôt que l’épuisement ? Ma seconde question concerne la durée du travail. Dans de nombreux cas, elle est contrainte : on doit travailler pendant un nombre défini d’heures hebdomadaires et pendant un nombre minimal d’années au cours d’une vie. Pourquoi ne pas redonner aux jeunes de la souplesse pour qu’ils puissent s’épanouir dans leur emploi en travaillant davantage lorsqu’ils ont peu de contraintes personnelles et en modulant leurs horaires lorsqu’ils souhaitent investir du temps dans leur famille ou dans le domaine associatif ? Surtout, pourquoi ne pas permettre aux seniors de diminuer graduellement leur temps de travail tout en prenant un autre rôle dans la société, plutôt que de passer de trente-cinq heures à zéro ? Je crois nécessaire d’explorer ces deux pistes : une formation qui accompagne l’épanouissement professionnel dans la durée, des modalités du travail adaptées pour tenir compte des mutations de la société. À l’heure de la numérisation, de la démondialisation et de la décarbonation, nous devons être acteurs de notre essor plutôt que spectateurs de notre déclin ; cela exige de faire évoluer les pratiques de travail.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous soulevez la question fondamentale de la formation tout au long de la vie. Je vous invite à lire une étude publiée hier par le Conseil d’analyse économique (CAE) et intitulée : « Objectif plein emploi », qui montre qu’en France, malgré la révolution culturelle de l’apprentissage, il y a un taux très important de jeunes qui ne font que des études, par rapport aux Allemands ou aux Britanniques qui parviennent à mixer, même au-delà de l’apprentissage, études et pratique professionnelle. Néanmoins, des efforts ont été accomplis en France. Le compte personnel de formation (CPF) doit s’intégrer dans la politique des ressources humaines des entreprises, afin qu’elles abondent les formations proposées aux salariés. Des progrès restent à accomplir pour que la qualité des formations soit en adéquation avec les besoins des entreprises – vous avez évoqué les métiers naissants et les métiers en tension. Il faut faire en sorte que les conversions qui sont à la main du salarié soient dirigées prioritairement vers les métiers de demain, les compétences stratégiques dont notre économie a besoin. Nous devons y travailler avec les partenaires sociaux, car ce sont eux qui gèrent ces outils. Enfin, les syndicats et le patronat demandent la simplification des dispositifs de reconversion. Celle-ci est souvent pensée en lien avec les restructurations économiques. De tels dispositifs existent, mais il faut qu’ils soient simplifiés et beaucoup plus opérationnels. Ils doivent aussi être pensés dans la perspective de la vie entière, en particulier pour les personnes qui exercent un métier qui expose à une forte usure professionnelle, car de tels métiers ne peuvent être exercés toute une vie, et il faut pouvoir anticiper. Nous devons à présent accélérer les concertations sur la simplification de ces dispositifs.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Félicie Gérard.

Photo de Mme Félicie Gérard (HOR)
Valoriser la France qui travaille
Mme Félicie Gérard (HOR) Félicie Gérard HOR

Notre débat porte sur le thème : « Valoriser la France qui travaille ». Il me semble important de rappeler les récentes avancées permises par notre assemblée et par l’action du gouvernement dans ce domaine. Depuis le 1er janvier 2025, grâce à la loi relative au partage de la valeur, les entreprises de onze à quarante-neuf salariés doivent instaurer un dispositif de partage de la valeur, grâce à la prime de partage de la valeur (PPV), à un accord de participation ou d’intéressement ou à un abondement sur un plan d’épargne salariale. Par ailleurs, depuis 2019, lorsque Édouard Philippe était premier ministre, le plafond d’exonération d’impôts sur le revenu des heures supplémentaires est passé de 5 000 à 7 500 euros. Cela reprend un principe simple et bien connu : travailler plus pour gagner plus. Je le répète très souvent, le fait de travailler doit payer davantage que le fait de ne pas travailler. Pourtant, de nombreux Français qui travaillent dur chaque jour ont le sentiment qu’ils ne s’en sortent pas et que leur travail ne paie pas suffisamment. Deux points entraînent un blocage pour les actifs et pour les chefs d’entreprise. Premièrement, le tassement des salaires est principalement dû au fait que l’État soutient fortement l’emploi au niveau du smic. Par un effet de seuil, cela constitue une désincitation à la hausse des grilles salariales. Nous sommes ainsi passés de 12 % des actifs payés au smic à près de 18 % au cours des trois dernières années. Deuxièmement, l’écart important entre le salaire brut et le salaire net, connu de longue date, entraîne chez beaucoup d’actifs le sentiment que le travail ne paie plus assez et qu’ils sont touchés par le déclassement social. C’est à notre sens l’un des freins les plus importants à la valorisation de cette France qui travaille. Comment le gouvernement compte-t-il endiguer le phénomène de tassement des salaires au niveau du smic ? Quelles nouvelles incitations comptez-vous instaurer pour aider les chefs d’entreprise à augmenter les salaires ? (Applaudissements sur les bancs du groupe HOR.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

D’abord, il faut continuer à faire confiance au dialogue social. Malgré la période de forte inflation, les entreprises ont joué le jeu des augmentations salariales, qui ont parfois été supérieures à l’inflation – on le voit dans les chiffres, même si ce n’est pas comme cela que c’est perçu. Toutefois, certaines branches, au nombre de cinq, ont structurellement été bloquées. La direction générale du travail analyse les raisons de ces blocages avec ces branches afin de trouver des solutions. Ensuite, il faut travailler avec les branches pour éviter le tassement des grilles salariales. Celui-ci s’explique par les augmentations assez fréquentes du smic ces dernières années à cause de l’inflation, mais aussi par le fait que plus de 50 % des branches n’ont pas révisé leurs grilles de classification depuis plus de cinq ans – certaines ne l’ont pas fait depuis plus de dix ans. Les effets de seuil sont également une question très importante, qui a fait l’objet d’une étude par Antoine Bozio et Étienne Wasmer, commandée lors de la conférence sociale sur les bas salaires en octobre 2023. Nous avons voulu commencer à appliquer leurs recommandations, qui visent à atténuer les effets de seuil, notamment pour permettre de sortir des très bas salaires. Nous nous sommes heurtés à la difficulté que les débats sur cette question, qui ont eu lieu dans le cadre du PLFSS, sont intervenus à un moment de durcissement des conditions économiques. Nous n’avons pas voulu renforcer alors le coût du travail des bas salaires par crainte d’effets sur l’emploi. Enfin, vous posez la question fondamentale de l’écart entre le super brut et le net, qui est dû à une spécificité française, car le financement de la protection sociale repose de manière anormalement élevée sur le travail. Nous devrons mettre les choses à plat pour débattre de ce que le travail doit financer en matière de protection sociale.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback.

Photo de Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback (HOR)
Valoriser la France qui travaille
Mme Marie-Agnès Poussier-Winsback (HOR) Marie-Agnès Poussier-Winsback HOR

Nous sommes nombreux – mais hélas, ce n’est pas notre cas à tous – à considérer que le travail doit être au cœur de tout projet politique, de tout projet de société. Les grandes réformes menées au cours des dernières années, la réforme de l’apprentissage, de l’assurance chômage, des retraites, des lycées professionnels, s’inscrivent dans ce projet global. Pourtant, malgré toutes ces réformes, un grand nombre de nos concitoyens considèrent que le travail ne paie pas suffisamment. Nombreux sont les chefs de TPE et PME, rencontrés dans nos circonscriptions, qui nous indiquent qu’ils souhaiteraient mieux rémunérer le travail de leurs salariés, mais que des charges trop lourdes les en empêchent. Nombreux sont ceux qui disent aussi qu’ils peinent à recruter. Il y a donc bien quelque chose qui ne tourne pas rond, si vous me permettez cette expression. Les règles qui régissent le débat que nous tenons ce soir ne permettent pas d’aborder un sujet aussi sérieux et vaste, impliquant tant d’acteurs, d’autant que si nous voulions un débat sur l’assistanat, il aurait été préférable de l’assumer et de préférer le thème : « Favoriser le travail plutôt que l’assistanat ». Nos collègues de la Droite républicaine, qui ont disparu de l’hémicycle, ont souhaité discuter de la valorisation du travail. Je m’étonne que nous n’évoquions pas davantage des éléments aussi importants que les conditions de travail ou la capacité pour les salariés d’évoluer au sein d’une entreprise. Madame la ministre, pour tenter de m’en tenir au sujet initial, ma question est la suivante. Depuis le 1er janvier 2025, les entreprises de onze à quarante-neuf salariés doivent instaurer un dispositif de partage de la valeur si elles réalisent un bénéfice net fiscal d’au moins 1 % de leur chiffre d’affaires pendant trois années consécutives. Comme l’a rappelé Félicie Gérard, les entreprises peuvent choisir la PPV, un accord de participation et d’intéressement ou un abondement sur un plan d’épargne salariale. De quelle manière les entreprises sont-elles accompagnées dans cette démarche ? Disposons-nous des outils qui permettent de mesurer l’impact de ce dispositif ? Une généralisation à l’ensemble des entreprises pourrait-elle être envisagée, notamment aux entreprises de moins de onze salariés ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Je sais l’attention que vous portez aux questions d’intéressement et de participation des salariés. Seulement 11 % des entreprises de onze à quarante-neuf salariés ont instauré un dispositif d’intéressement, 4 % ont instauré la participation. Plusieurs mesures ont été adoptées à la suite d’un accord national interprofessionnel (ANI) signé par les partenaires sociaux, qui a été transposé dans la loi. Des outils ont été déployés, notamment de questions-réponses pour les entreprises qui voudraient se saisir de ces dispositifs. Enfin, un suivi permettra de s’assurer qu’elles se les approprient effectivement. Nous échangeons sur ces sujets avec les différentes organisations patronales et syndicales que nous rencontrons pour faire le point sur la situation. Je n’ai malheureusement pas de chiffres à vous donner car ces dispositifs sont encore très récents, mais je reviendrai vers vous pour vous donner des éléments dès qu’ils nous parviendront.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Stéphane Viry.

Photo de M. Stéphane Viry (LIOT)
Valoriser la France qui travaille
M. Stéphane Viry (LIOT) Stéphane Viry LIOT

Valoriser la France qui travaille, c’est tout simplement reconnaître que la nation puise sa force dans l’effort quotidien de chacun des Français qui travaille. Le travail doit rapporter plus que l’inactivité. Pour moi, c’est un postulat important, et pourtant, force est de constater que notre système d’aides sociales, bien qu’il soit le reflet du pacte républicain, peut parfois constituer un frein à l’effort. Dans certains cas, le cumul des aides, issu d’un véritable mille-feuille administratif composé d’une trentaine de prestations, amène une personne à gagner moins en travaillant qu’en restant inactive. De nombreux citoyens estiment à juste titre que cette situation est inadmissible, incompréhensible et injuste. Il y a un mois, en commission des affaires sociales, nous avons examiné une proposition de loi visant à instaurer une allocation sociale unique assortie d’un plafonnement à 70 % du smic du cumul des aides. Cette initiative va dans le bon sens. Cela garantirait que travailler ou reprendre un emploi soit toujours plus avantageux que dépendre d’un système qui consomme 120 milliards d’euros par an. Bien que notre modèle social reste une fierté, un pilier de solidarité et de justice, il doit à présent être réformé pour valoriser réellement les Français qui travaillent. Quelle est la position du gouvernement sur cette proposition d’allocation sociale unique ? Êtes-vous prêts à lancer des travaux pour définir ses bornes et ses modalités, puis inscrire dans la loi cette réforme qui valorisera la France qui travaille ? (Mme Félicie Gérard applaudit.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

J’ai rappelé les chiffres éloquents d’une étude publiée par la Drees en octobre, qui montrent l’importance des effets de seuil. Pour qu’une femme rémunérée au smic, qui élève ses enfants seule et est locataire – elle perçoit à ce titre la prime d’activité avec une majoration familiale et les APL – voie son revenu disponible augmenter de 100 euros, il faudrait que son employeur lui accorde une augmentation de 750 euros. Les dispositifs construits au cours des trente dernières années, les allègements généraux côté employeur, la prime d’activité côté salarié pour stimuler les faibles salaires, ainsi que les aides associées, créent ce genre de situations. Le gouvernement a décidé de procéder en deux étapes : d’abord la solidarité à la source et le préremplissage ; ensuite l’allocation sociale unifiée, sur laquelle Mme Catherine Vautrin et le premier ministre se sont engagés. Les travaux commencent mais, ne nous trompons pas, il s’agit de travaux de très longue haleine. On compte une douzaine de minima sociaux, avec des bases ressources différentes, des opérateurs ou des caisses différents, des systèmes d’information différents, des dispositifs qui relèvent pour certains de l’État, pour d’autres des collectivités territoriales. Une telle réforme paraît absolument indispensable pour valoriser le travail et mieux sortir les personnes de la pauvreté.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Stéphane Viry, pour sa seconde question.

Photo de M. Stéphane Viry (LIOT)
Valoriser la France qui travaille
M. Stéphane Viry (LIOT) Stéphane Viry LIOT

Nous nous demandons comment valoriser la France qui travaille, mais encore faut-il que le travail soit accessible à tous, c’est-à-dire que chacun puisse accéder à un emploi ou à une activité, quels que soient son parcours, ses freins, ses échecs et ses failles. Ma question porte donc sur les politiques de l’emploi. Hier une utopie, le plein emploi est devenu un objectif car, ces derniers mois, le taux de chômage est descendu à presque 7 %. Même si, depuis, ce taux est remonté, l’objectif du travail pour tous doit rester une véritable ambition politique. Cet objectif nécessite des moyens d’accompagnement individuel et socio-professionnel, afin de permettre à des personnes abîmées et éloignées de l’emploi de retrouver un chemin, en admettant des allers-retours et des échecs, sans jamais les laisser tomber, car nous refusons l’exclusion. Selon nous, le travail est à la base de tout : de la citoyenneté, de l’intégration au sens social du terme et du bulletin de salaire qui fait du bien à toutes les familles. Dans le projet de loi de finances pour 2025, les crédits de l’insertion par l’activité économique ont été rabotés. Cela pose de nombreuses questions sur cette politique publique qui a pourtant fait ses preuves depuis plusieurs décennies. Quelle est l’intention de votre gouvernement ? Allez-vous donner encore un souffle à cette politique publique noble et républicaine, qui ne traite pas de régulation, mais d’égalité des chances ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous avez raison de rappeler que, malgré le durcissement des conditions économiques, le plein emploi doit rester une ambition. Il a été atteint dans d’autres pays européens et nous devons continuer nos efforts. S’agissant des crédits budgétaires de l’insertion par l’activité économique, permettez-moi de rappeler d’où l’on vient : en 2017, 800 millions d’euros étaient alloués à ce secteur indispensable ; depuis, nous sommes passés à 1,4 milliard. Cela donne une idée de l’ampleur de l’effort soutenu…

Photo de M. Gérard Leseul
Valoriser la France qui travaille
M. Gérard Leseul Gérard Leseul SOC

Et des besoins !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

…au cours des dernières années. Sur cette même période, nous sommes passés de 140 000 à 150 000 bénéficiaires. Le sujet doit être examiné au regard du modèle économique des structures car l’accompagnement y est très différent selon que l’on parle de chantiers, d’associations, d’entreprises d’insertion ou d’entreprises de travail temporaire d’insertion (ETTI). Nous avons dû prendre des décisions difficiles dans tous les secteurs et baisser de 4 % les crédits alloués à l’insertion par l’activité économique. Afin de mieux accompagner les publics les plus vulnérables, nous avons entamé des discussions avec les acteurs concernés. Au-delà de la politique actuelle d’entrée dans les dispositifs, nous devons adopter une logique de qualité et de sortie vers des solutions structurantes ou bien des emplois durables.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Hanane Mansouri.

Photo de Mme Hanane Mansouri (UDR)
Valoriser la France qui travaille
Mme Hanane Mansouri (UDR) Hanane Mansouri UDR

Ce débat est très important. Alors que notre économie est frappée par un déficit commercial de 81 milliards d’euros, que les investissements des entreprises sont en repli, que le marché du travail est fragile et que les dépenses publiques sont toujours aussi excessives, l’État continue d’étouffer les initiatives individuelles. Nous attendons désormais que le gouvernement nous donne des réponses à la hauteur des enjeux. Nos chers collègues du groupe Droite républicaine, qui brillent par leur absence, proposent de réformer l’assurance chômage, tout en étant alliés à M. Attal qui, par manque de courage politique, a lui-même suspendu cette réforme. Ce groupe, qui était aussi aux affaires avec le précédent gouvernement, a même enterré le projet de réforme, en privilégiant les négociations sans fin avec des partenaires sociaux indécis, alors que nous aurions pu bénéficier de 5 milliards d’euros d’économies directes. L’encouragement des forces vives de notre économie ne peut se faire à coups de renoncements lorsqu’il s’agit de prendre les mesures qui s’imposent. Le groupe UDR considère que le courage nécessite une libération du potentiel de nos entrepreneurs, à travers l’investissement, l’innovation, la création d’emplois et la hausse des salaires. L’application de ces mesures passe par une réflexion sur les manières de réduire le poids de l’État dans notre économie. C’est la seule solution pour laisser nos entreprises créer des emplois qui payent. Comment allez-vous donc mettre en œuvre ces propositions avec cohérence, pour que le travail paye enfin plus que l’assistanat ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Ces questions, en particulier l’écart constaté entre salaire brut et salaire net, ont été posées par les députés du groupe DR en début de séance. Des débats difficiles s’imposeront devant la représentation nationale car le travail finance la protection sociale de manière anormalement élevée – 55 % –, par rapport aux autres pays européens. L’une des voies possibles, qui nécessitera des discussions courageuses, au-delà des positions des groupes politiques de l’Assemblée, est de faire en sorte que le travail couvre d’abord les risques associés au travail – assurance chômage, retraite et accidents du travail. D’autres types de revenus ou bases fiscales financeraient alors la santé et les prestations familiales. Pour ce qui est de l’assurance chômage, la réforme proposée devait dégager 3,5 milliards d’euros d’économies, et non pas 5 milliards, car des mesures avaient été refusées par les partenaires sociaux. Nous avons privilégié le compromis et l’apaisement, grâce à un accord trouvé par trois organisations patronales et trois organisations syndicales. L’idée est d’aller serrer les boulons là où il faut, en évitant de pénaliser tout le monde. Nous ciblons donc l’assurance chômage des transfrontaliers, qui concerne 77 000 demandeurs d’emploi, pour un déficit de 800 millions d’euros par an, soit environ 10 milliards d’euros depuis dix ans. Lundi, je me rendrai au Conseil européen afin de modifier le règlement qui s’y rapporte.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Olivier Fayssat.

Photo de M. Olivier Fayssat (UDR)
Valoriser la France qui travaille
M. Olivier Fayssat (UDR) Olivier Fayssat UDR

Valoriser la France qui travaille, cela passe soit par une création de richesse, soit par un transfert de richesse. Dans une économie de marché non marxiste, la création de richesse n’est pas une compétence de l’État, mais une possibilité qui relève du monde de l’entreprise. Si une valorisation théorique sous forme de reconnaissance et de réhabilitation de la valeur travail semble nécessaire, elle ne saurait être suffisante. Ma question, qui a déjà été posée, ne vous prendra pas de court, mais sa présentation est différente – cela vous changera. Souhaitant apporter une réponse concrète à cette France qui travaille, le groupe UDR propose de réduire les cotisations salariales, afin de diminuer l’écart entre le salaire net et le salaire brut. Cela permettrait d’augmenter sensiblement les revenus de tous les travailleurs de France, sans charger davantage les employeurs. Les cotisations salariales finançant notamment la protection sociale du salarié – maladie, chômage et retraite –, leur réduction suppose un financement de substitution. La générosité étant une vertu uniquement lorsqu’elle concerne ses biens propres et non pas ceux des autres, je soumets à votre lucidité, plus qu’à votre bon cœur, les dépenses suivantes, dans lesquelles notre groupe pense que nous devrions légitimement trancher : l’aide médicale de l’État (AME) qu’il faudrait transformer en aide médicale urgente (AMU), les subventions aux associations, et de nombreuses agences inutiles qu’il conviendrait de supprimer. Dans le pays le plus taxé de l’OCDE, ces cotisations sont vécues par les salariés comme un impôt supplémentaire très démotivant. N’oublions pas qu’une augmentation du salaire net entraînera à son tour une dynamique de la consommation, donc des recettes supplémentaires de TVA et d’autres effets induits, qui stimuleront la croissance, la création d’emploi et l’augmentation de la recette publique. La baisse des cotisations salariales est-elle un des leviers de valorisation envisagés par le gouvernement ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Permettez-moi de faire un peu de publicité pour les organismes de statistiques associés aux ministères sociaux. Je vous invite à lire le dossier de la Drees publié en janvier 2025, qui étudie le financement de la protection sociale en France, par rapport aux autres pays européens. Le tableau figurant à la page 22 du document montre que les employeurs comme les salariés participent beaucoup plus qu’ailleurs en Europe au financement de la protection sociale, même après les allègements généreux des cotisations patronales. Cela en dit long sur le déséquilibre actuel, qui nuit à la compétitivité des entreprises – je fais référence à la première partie de votre question, concernant la création de richesse par les entreprises –, et qui freine l’évolution du pouvoir d’achat et du salaire net des employés. Si des mesures ont été prises depuis 2018, comme le transfert des cotisations salariales vers la contribution sociale généralisée (CSG), notamment pour la maladie, le compte n’y est pas. Comme je l’ai dit à votre collègue, nous devons examiner comment le travail pourrait financer les risques qui lui sont associés, pour le salarié comme pour l’employeur – retraites, accidents du travail et chômage –, afin que les prestations plus universelles – maladie et famille – soient financées par d’autres types de revenus. Ces décisions, difficiles à prendre, nécessitent un débat courageux.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Aurélien Dutremble.

Photo de M. Aurélien Dutremble (RN)
Valoriser la France qui travaille
M. Aurélien Dutremble (RN) Aurélien Dutremble RN

N’oublions pas le monde agricole dans ce débat. Le travail des agriculteurs est-il valorisé à son juste niveau ? Non, bien évidemment. La crise agricole récente l’a rappelé avec force : malgré des semaines de 70 heures, du lundi au dimanche, et des astreintes de nuit pour les éleveurs, la rémunération des 761 000 actifs permanents travaillant dans l’agriculture reste indigne. Permettez-moi de rappeler des chiffres accablants. Le revenu médian des agriculteurs est de l’ordre de 1 035 euros net par mois. Chez les éleveurs ovins, certains gagnent seulement 680 euros par mois, quand d’autres ne gagnent rien du tout, voire perdent de l’argent, comme en 2021, où j’ai relevé que les revenus d’une exploitation sur sept étaient nuls ou déficitaires. Enfin, un dernier chiffre sur cette France qui travaille beaucoup mais ne gagne rien : 26 % des agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté. Il est urgent de valoriser enfin la France qui travaille dans les fermes et les élevages. Les agriculteurs veulent simplement vivre de leur travail. Au lendemain du Salon de l’agriculture, quelles mesures concrètes envisagez-vous dans ce domaine ? Cotisations sociales, retraites, reconnaissance de la pénibilité, Mutualité sociale agricole (MSA) : quels leviers activerez-vous afin de garantir un revenu digne aux agriculteurs ? Quelles pistes explorez-vous déjà avec votre collègue ministre de l’agriculture ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Pendant le Salon de l’agriculture, j’ai eu l’occasion de discuter longuement avec des représentants de la MSA qui effectue un travail considérable en tant que guichet unique auprès de la profession agricole. Le PLFSS a accédé à certaines demandes de la profession, en prolongeant les exonérations de charges pour les employeurs, ce qui signifie plus de bénéfices dans l’exploitation, à travers le dispositif travailleur occasionnel demandeur d’emploi (TODE). Nous avons également revalorisé les retraites des non-salariés agricoles, le but étant de les caler sur les vingt-cinq meilleures années, comme c’est le cas pour le régime agricole. Au sein de ce dispositif – nous en avons discuté avec les représentants de la MSA –, il y a aussi, de concert avec France Travail, l’accompagnement des exploitants, au revenu mensuel parfois inférieur à 500 euros, en vue, si l’exploitation n’est pas viable, de trouver d’autres solutions salariées. Mme Genevard et moi poursuivrons notre tâche sur ces sujets, puisque, vous l’avez rappelé, la situation des agriculteurs, qui travaillent durement, n’est pas à la hauteur de leurs efforts.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Michel Guiniot.

Photo de M. Michel Guiniot (RN)
Valoriser la France qui travaille
M. Michel Guiniot (RN) Michel Guiniot RN

Alors qu’en France plus de 30 millions de personnes occupent un emploi, 10 % sont des travailleurs pauvres, concept apparu sous la présidence de M. Sarkozy : des concitoyens qui ne peuvent correctement se loger, se nourrir, se déplacer, profiter en famille de quelques loisirs, mais dont cela n’empêche pas qu’ils soient ponctionnés – fiscalité, cotisations, taxes – au profit de gens qui parfois en abusent. Que la solidarité nationale se manifeste en faveur de ceux qui sont dans le besoin, des femmes isolées, des personnes âgées, handicapées, malades, des familles, dont beaucoup, actuellement, souffrent, est compréhensible et souhaitable. En revanche, la France qui travaille ne devrait pas financer l’entretien sur notre sol de millions de clandestins sans emploi, ni la distribution de milliards d’euros à des pays qui rejettent notre souveraineté, notre identité, comme on l’a vu récemment. La France qui travaille ne devrait pas être imposée, taxée, en vue de projets qui ne sont pas dans son intérêt. Ce n’est pas l’allocution lunaire prononcée à 20 heures par le président de la République qui l’aura rassurée. Pour valoriser la France du travail, il faut commencer par reconnaître la valeur du travail en France. Réduire l’emploi salarié à un smic à peine supérieur au seuil de pauvreté ne constitue pas une solution, d’autant que, comme cela a été dit tout à l’heure, nombre de salariés constatent que leur niveau de vie est inférieur à celui de gens qui ne se donnent pas la peine de souscrire au contrat social. Je le répète, la valorisation de la France du travail passe par une valorisation de la France, mais aussi du travail. Quelles solutions peut envisager l’État afin de ne plus seulement reconnaître, comme ce soir, la France qui travaille, mais lui rendre sa fierté ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous parlez d’un phénomène dont l’existence constitue une honte : le fait de travailler et de vivre néanmoins dans la pauvreté, situation que nous avons d’abord cru ne trouver qu’outre-Atlantique, avant de la découvrir en Europe. En France, près de 8 % des travailleurs sont pauvres. Pour y remédier, nous essayons de stimuler les bas salaires par la prime d’activité, avec une majoration familiale ; nous avons créé des aides au logement dans le même but, c’est-à-dire compléter un faible revenu, un pouvoir d’achat insuffisant. Cependant, la question fondamentale reste l’écart entre le brut et le net : nous avons à la fois un coût du travail parmi les plus élevés et un salaire net parmi les plus bas d’Europe. Encore une fois, il faudrait une discussion courageuse au sujet de ce salaire différé, mutualisé, qui nuit à la compétitivité de nos entreprises et fait que le travail, dans notre pays, ne paie plus autant qu’il le devrait, y compris pour les travailleurs qui ne sont pas pauvres. Rappelons que le smic représente aujourd’hui 50 % du salaire moyen et 60 % du salaire médian, signe que le revenu par habitant a pu se dégrader au cours des dernières années.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Thibaut Monnier.

Photo de M. Thibaut Monnier (RN)
Valoriser la France qui travaille
M. Thibaut Monnier (RN) Thibaut Monnier RN

Mieux vaut envoyer des signaux forts à ceux qui créent de la richesse, valoriser le travail, sans lequel il n’y aurait pas d’aide sociale, plutôt que le prétendu droit à la paresse ou le ministère du temps libre chers à la gauche. « Dans une nation libre, on travaille plus pour acquérir qu’à conserver », écrivait Montesquieu. Les travailleurs supportent l’essentiel de la dépense sociale : un salarié qui perçoit 2 000 euros coûte environ 3 600 euros à son employeur. S’agissant de valoriser la France qui travaille, le coût du travail constitue l’enjeu majeur. Vous l’avez dit, rapprocher le salaire net du salaire brut serait le seul moyen de revaloriser le travail, d’accroître le pouvoir d’achat. Celui qui fait le choix de travailler doit pouvoir prétendre à un revenu significativement plus élevé que celui qui vit des seules prestations sociales. Que dire de la CSG, dont le taux n’a cessé d’augmenter, passant de 1,1 % en 1991, année de son entrée en vigueur, à 6,6 % aujourd’hui ? La voilà devenue l’impôt direct le plus important, avant l’impôt sur le revenu ! En 2023, les prestations sociales représentaient 31,5 % du PIB, soit près de 888 milliards d’euros. Certes, elles sont essentielles pour soutenir les plus vulnérables, mais un tel niveau d’aide constitue un frein à l’emploi : à l’échelle individuelle, il s’apparente à un revenu de base, entraînant une dépendance qui dissuade de chercher du travail. Certains voudraient les réunir en une allocation unique équivalant à 70 % du smic : il conviendrait qu’avant de demander à tous les assurés sociaux des efforts supplémentaires, la France cesse d’être un eldorado, une pompe aspirante pour l’immigration, qui pèse sur nos comptes sociaux. Comble de l’injustice, on estime qu’en cumulant toutes les aides auxquelles il est éligible, un ressortissant étranger sans emploi, n’ayant jamais cotisé, pourrait percevoir en moyenne 811 euros par mois ! Aussi serait-il temps de ne plus verser le RSA et les APL aux étrangers que s’ils ont occupé pendant au moins cinq ans un emploi à temps plein sur le territoire national. Quand prendrez-vous les mesures qui s’imposent en vue de mettre des conditions à ces aides, envisager de réduire le coût du travail, redonner du pouvoir d’achat à nos compatriotes ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Vous avez mentionné le problème déjà signalé de l’écart entre salaire super brut et salaire net, rappelant que nos dépenses sociales représentent près du tiers du PIB – 31,6 %. C’est en ce sens que j’évoquais la nécessité de décisions courageuses : lors de l’examen du dernier PLFSS, dès qu’ont été proposés des déremboursements mineurs touchant les consultations, les médicaments – la France est celui des pays de l’OCDE qui rembourse le mieux les dépenses de santé –, dès qu’il a été question d’une sous-indexation partielle de la pension des retraités qui peuvent se le permettre, vous avez voté contre. Les dépenses sociales sont anormalement assises sur le travail, en particulier sur l’employeur, à qui, vous l’avez très justement dit, le salarié coûte cher, tandis que ce même salarié perçoit un montant trop bas. Il importe d’une part, sans reculer devant des mesures que nous devrons prendre ensemble, car les choses ne peuvent plus continuer ainsi, de dégonfler la protection sociale, d’autre part de l’asseoir davantage sur d’autres revenus que ceux du travail : pourquoi ne pas utiliser la CSG, qui porte certes sur les salaires, mais aussi sur les pensions de retraite et les revenus du capital ? C’est là une base plus large que celle constituée des seuls salaires bruts et nets de ceux qui travaillent ou créent du travail.

Photo de M. Michel Guiniot
Valoriser la France qui travaille
M. Michel Guiniot Michel Guiniot RN

Ne touchez pas aux retraités, madame la ministre !

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Emmanuelle Hoffman.

Photo de Mme Emmanuelle Hoffman (EPR)
Valoriser la France qui travaille
Mme Emmanuelle Hoffman (EPR) Emmanuelle Hoffman

Depuis 2017, sous l’impulsion du président de la République, le gouvernement a pris d’importantes mesures visant à promouvoir le partage de la valeur et l’égalité salariale entre femmes et hommes. Nous saluons ces avancées qui témoignent d’une forte volonté de justice sociale. Pour ce qui est du premier point, après la loi dite Pacte du 22 mai 2019, qui a facilité les accords d’intéressement ou de participation au sein des entreprises, est venue la loi du 29 novembre 2023, prévoyant une expérimentation ambitieuse : depuis le 1er janvier 2025, les entreprises comptant entre onze et quarante-neuf salariés sont tenues d’instaurer un dispositif de partage de la valeur. Il s’agit là d’un progrès notable vers l’extension de ce dispositif aux petites structures ; cependant, beaucoup de PME se heurtent à des difficultés pratiques. Quelles mesures concrètes le gouvernement envisage-t-il pour les accompagner efficacement, afin que l’expérimentation soit un succès ? Concernant le second point, la création en 2019 de l’index de l’égalité professionnelle a permis aux entreprises comptant plus de cinquante salariés d’évaluer et de réduire leurs écarts de rémunération, d’autant qu’il leur faut désormais, sous peine de sanctions financières, atteindre un score minimal. En dépit de ces efforts, qu’il convient de saluer, l’écart salarial moyen reste préoccupant – à poste équivalent, il était encore de 8,5 % en 2024 –, d’autant que les petites structures, n’étant pas soumises à l’index, continuent d’échapper à ces exigences. Alors que nous approchons de la journée internationale du 8 mars, que prévoit le gouvernement en vue de réduire davantage les écarts de salaires entre hommes et femmes, en particulier dans les petites entreprises ? Comment comptez-vous transposer la directive européenne du 10 mai 2023, qui vise à la transparence salariale, de manière à en maximiser l’impact ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Les questions posées par Mme la députée concernent deux sujets distincts : ai-je droit, pour y répondre, à deux fois deux minutes ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

Seulement à deux fois une minute, madame la ministre ! (Sourires.)

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Mon ministère a travaillé avec les partenaires sociaux en vue de communiquer et de mieux faire comprendre les nouvelles possibilités et obligations, au sujet des accords d’intéressement ou de participation, dans les PME, sous-dotées en la matière. Il s’agit d’actions très concrètes : foires aux questions, flyers, sensibilisation des branches. Un portail internet, Mon intéressement pas à pas, a été créé, puis enrichi de manière à intégrer en particulier les critères liés à la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et permettre aux PME de continuer à s’approprier ce sujet ; nous devons aussi poursuivre notre travail avec les chambres de métiers et de l’artisanat, ainsi que les chambres consulaires. En matière d’égalité salariale, la marche sera encore longue : l’écart entre femmes et hommes atteint 22 %. Il est vrai que ce chiffre tombe à 14 % si l’on tient compte de la quotité de travail – 25 % des femmes travaillent à temps partiel – et même à 4 % à emploi et expérience égaux, mais après une baisse continue, il stagne depuis quelques années. L’index dont vous avez fait mention a permis d’infuser dans les entreprises concernées une culture de l’égalité professionnelle, d’amener à corriger un certain nombre de choses : je pense aux retours de congé maternité. Ce n’est pas suffisant ; nous avons engagé une concertation avec les partenaires sociaux au sujet de la transposition de la directive, qui doit être effectuée avant juin 2026 – nous aimerions que ce soit avant la fin de l’année. Ce texte nous aidera car il est très précis s’agissant des fourchettes de salaire, types de poste et autres indications.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Bérenger Cernon.

Photo de M. Bérenger Cernon (LFI-NFP)
Valoriser la France qui travaille
M. Bérenger Cernon (LFI-NFP) Bérenger Cernon LFI-NFP

Le sujet de ce débat est important, mais ses termes mal posés : si nous valorisons certes trop peu le travail, il convient de s’interroger sur la manière de le valoriser, le sens à lui donner. Se contenter d’évoquer la France qui travaille revient à opposer deux France : « les gens qui réussissent et ceux qui ne sont rien ». Quelle valorisation du travail prônez-vous lorsque vous annoncez que les bénéficiaires du RSA devront en contrepartie travailler gratuitement, que vous refusez d’augmenter le smic, les pensions de retraite, que vous confisquez deux ans de vie en bonne santé à ceux qui ont trimé toute une carrière ? J’aurais aimé que nous discutions des vrais outils de valorisation du travail : la semaine de 32 heures, le smic à 1 600 euros, la retraite à 60 ans, l’augmentation des salaires, des pensions, des allocations chômage. La France vient une nouvelle fois de battre des records en matière de versements de dividendes ; en dix ans, les cent plus grandes entreprises françaises ont augmenté de 66 % le salaire de leur PDG, employé en dividendes et rachats d’actions 71 % de leurs bénéfices. Dans le même temps, la part consacrée à la rémunération dans la valeur ajoutée diminue. Vous prétendez valoriser le travail mais c’est la précarité qui explose : la France compte 4,3 millions de travailleurs pauvres et 1 million de travailleurs très pauvres. La politique actuelle ne valorise pas la France qui travaille, elle l’épuise ! Ce constat est, en réalité, au cœur d’un rapport de force permanent entre le patronat, les actionnaires et les salariés dans la répartition des richesses. Le patronat, plus que jamais décomplexé, gave les actionnaires au détriment des salariés, alors que ce sont eux qui produisent les richesses. La répartition des richesses doit s’inverser et se faire au profit des travailleurs, à travers le salaire et les cotisations sociales – car, oui, les cotisations sociales, c’est du salaire ! Sans salariés, sans travailleurs, il n’y a ni création de richesses ni, par conséquent, de bénéfices. Nous voulons une autre politique de l’emploi : une politique qui accompagne au lieu de punir, qui sécurise au lieu de précariser. Nous voulons des emplois qui permettent de vivre et non plus de survivre. Valoriser la France qui travaille, c’est, avant tout, reconnaître sa dignité. (Mme Ersilia Soudais applaudit.)

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Valoriser la France qui travaille, c’est partir de chiffres et de la réalité plutôt que de simples postures. L’expérimentation menée actuellement dans une cinquantaine de départements a permis de faire sortir du RSA 42 % des bénéficiaires !

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

Eh oui !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Ce n’est pas se payer de mots que de le souligner. Vous dites que les retraites n’ont pas été revalorisées, mais les pensions ont été augmentées en janvier 2024 de plus de 5 %,…

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

Eh oui !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

…puis de près de 1,5 % en janvier 2025. Vous avez également évoqué le smic : je rappelle qu’au 1er novembre 2024, il avait bénéficié d’un coup de pouce de 2 %. (M. Bérenger Cernon proteste.) Enfin, en matière de valeur ajoutée, je vous invite à examiner la répartition entre le capital et le travail : elle est stable depuis 1984.

Photo de M. Bérenger Cernon
Valoriser la France qui travaille
M. Bérenger Cernon Bérenger Cernon LFI-NFP

Mais non !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Si, reprenez les chiffres ! Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas valoriser le travail. Néanmoins, ce n’est vraiment pas avec vos réponses, vos postures que vous aiderez les travailleurs, je vous l’assure.

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

Eh oui ! Il ne faut pas inventer des chiffres !

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Ersilia Soudais.

Photo de Mme Ersilia Soudais (LFI-NFP)
Valoriser la France qui travaille
Mme Ersilia Soudais (LFI-NFP) Ersilia Soudais LFI-NFP

Je m’interroge sincèrement sur l’intitulé même de notre débat de ce soir : « Valoriser la France qui travaille ». J’y perçois, en effet, un sous-entendu raciste qui me met mal à l’aise. (M. Laurent Croizier rit.) Il faudrait valoriser les Français qui travaillent, par opposition aux vilains étrangers qui profiteraient des allocations. J’y vois également une attaque, à peine voilée, à l’encontre des chômeurs. Pourtant, les véritables assistés, ce sont non pas les étrangers ou les chômeurs, contrairement à ce que ne cessent de marteler la droite et l’extrême droite, mais les ultrariches. Chacun pourrait vivre décemment de son travail si le capital ne s’accaparait pas tout.

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

C’est lunaire !

Photo de Mme Ersilia Soudais
Valoriser la France qui travaille
Mme Ersilia Soudais Ersilia Soudais LFI-NFP

Pour valoriser les travailleuses et les travailleurs, il faudrait commencer par augmenter les salaires et, pour ce faire, prendre l’argent là où il se trouve, c’est-à-dire chez les ultrariches. Cependant, la niche parlementaire du groupe Écologiste et social nous a montré à quel point vous n’y êtes pas prêts. Certains ont même eu le culot de dire qu’il faudrait davantage de Bernard Arnault dans notre pays, ce qui est en fait une insulte à l’intelligence.

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

Ils ont raison !

Photo de Mme Ersilia Soudais
Valoriser la France qui travaille
Mme Ersilia Soudais Ersilia Soudais LFI-NFP

Davantage de Bernard Arnault, ce serait davantage de personnes précaires : c’est mathématique. Par ailleurs, à l’approche du 8 mars, il est important de souligner que le travail des femmes est particulièrement peu valorisé. Les derniers chiffres de l’Insee montrent ainsi qu’un homme cadre gagnerait 15 % de plus qu’une femme ayant les mêmes responsabilités. Autre preuve du manque de considération à l’égard du travail des femmes, les métiers féminisés sont considérés, à tort, comme étant faciles. C’est pourquoi nous proposons que la pénibilité de leurs métiers soit reconnue dans le code du travail. En définitive, valoriser les travailleuses et les travailleurs, c’est agir pour toujours plus d’égalité, à contre-courant de la politique menée par les différents gouvernements macronistes. Cette valorisation ne suppose-t-elle pas, madame la ministre, de commencer par la démission du gouvernement Bayrou ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Je ne sais pas quoi répondre parce qu’il y a tellement…

Photo de M. Laurent Croizier
Valoriser la France qui travaille
M. Laurent Croizier Laurent Croizier Dem

De n’importe quoi !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

…de réflexions. Pour commencer, ce n’est pas moi qui ai choisi le titre du débat,…

Photo de Mme Ersilia Soudais
Valoriser la France qui travaille
Mme Ersilia Soudais Ersilia Soudais LFI-NFP

Rien ne vous empêche de le remettre en cause !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

…mais l’un des groupes de cette assemblée. Je suis ici pour répondre aux différentes questions. En ce qui concerne l’augmentation du smic, rappelons que la France est l’un des pays de l’Union européenne où le salaire minimum est le plus élevé, rapporté au salaire médian : elle se classe au quatrième ou au cinquième rang, en valeur absolue, par rapport aux vingt-sept pays de l’Union.

Photo de Mme Ersilia Soudais
Valoriser la France qui travaille
Mme Ersilia Soudais Ersilia Soudais LFI-NFP

À vous écouter, c’est le paradis !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Le smic représente aujourd’hui 60 % du salaire médian. Le vrai sujet, c’est l’écart entre le salaire brut et le salaire net, qui explique que le coût du travail soit très élevé en France – je vous invite, si vous vous intéressez à ce sujet, à consulter les études statistiques sur le financement de la protection sociale. Nous avons donc un coût du travail très élevé et un salaire net très bas. Or, en augmentant le smic, vous augmenterez encore le coût du travail, tandis que le salaire net restera faible du fait des cotisations salariales. Il convient plutôt de réfléchir à la manière de financer la protection sociale, autrement que par le travail. Nous pouvons nous rejoindre sur la question de l’égalité salariale. Les femmes sont pénalisées parce qu’elles sont surreprésentées au sein des métiers mal payés ; elles font également largement partie des personnes qui occupent un emploi à temps partiel subi : 80 % sont des femmes. À ce titre, l’index de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes – index Pénicaud – a été une bonne initiative, qu’il faut désormais poursuivre avec la transposition de la directive européenne, qui permettra de changer considérablement la transparence en matière de culture salariale dans notre pays.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Pierrick Courbon.

Photo de M. Pierrick Courbon (SOC)
Valoriser la France qui travaille
M. Pierrick Courbon (SOC) Pierrick Courbon SOC

Le Comité de suivi de la négociation salariale de branches avec les partenaires sociaux s’est réuni dernièrement pour dresser un bilan des négociations salariales dans les 171 principales branches professionnelles du régime général. Ce travail a plus particulièrement porté sur la conformité des minima de ces branches au smic. Comme vous le déclariez vous-même à l’issue de cette réunion, il s’agit là d’un « enjeu majeur en matière de pouvoir d’achat et de déroulement de carrière pour les salariés mais aussi d’attractivité des secteurs concernés ». Constat a pu être fait qu’un nombre élevé de branches affiche des salaires minimums inférieurs au smic. Plusieurs mois après la dernière revalorisation du salaire minimum, 68 des 171 branches comportent toujours un ou plusieurs minima conventionnels inférieurs au smic – elles étaient 94 en novembre 2024. En outre, cinq ou six branches continuent d’afficher des minima structurellement inférieurs au smic. Ce n’est ni normal ni acceptable. En 2023, puis en 2024, le gouvernement avait indiqué que les branches qui ne seraient pas en conformité feraient l’objet d’un suivi rapproché, évoquant à demi-mot la possible conditionnalité des aides publiques et envisageant de légiférer pour calculer les exonérations de cotisations patronales sur la base des minima de branches et non plus du smic. Cette conditionnalité des allégements pour les branches non conformes reste de l’affichage. La mesure avait bien été inscrite dans le PLFSS pour 2025, notamment à la suite de l’adoption d’un amendement du groupe socialiste. Toutefois, elle n’a pas survécu au 49.3. Pourquoi l’avez-vous supprimée et comptez-vous agir cette année ? Valoriser la France qui travaille, c’est aussi garantir que chaque salarié vive dignement de son travail et donc, plus largement, lutter contre la smicardisation et les trappes à bas salaires. Je termine en rappelant que le problème n’est pas que le smic soit indexé sur les prix, contrairement à ce qu’on a pu entendre ce soir, mais que les autres salaires ne le soient pas. Aussi convoquerez-vous cette année une conférence sur le travail, qui abordera sans tabou la question des rémunérations et des dynamiques salariales ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

C’est une question cruciale car nous pensons que le dialogue social doit jouer un rôle important dans la négociation salariale, dans la refonte des classifications et pour tous ces points fondamentaux pour les travailleurs de notre pays. L’indexation du smic sur l’inflation, ces dernières années, a permis un rattrapage. Actuellement, 6 branches sur les 171 branches professionnelles, vous l’avez rappelé, sont structurellement non conformes, en raison de blocages. J’ai souhaité les rencontrer, avec la direction générale du travail. Nous avons ainsi rencontré les représentants de la branche du caoutchouc, qui fait partie de ces 6 branches, dont les minima restaient inférieurs au smic depuis mai 2023. Cette branche a finalement signé, il y a quelques jours, un accord sur les salaires. Nous continuerons de discuter avec les autres branches. Nous disposons de différents leviers pour agir sur elles, tels que les placements en commission mixte paritaire ou encore la possibilité d’utiliser la faiblesse du nombre d’accords dans une branche comme un élément d’appréciation de l’atonie conventionnelle. Il y a, bien sûr, la question des salaires. L’une des raisons qui expliquent le tassement des grilles salariales et les difficultés à négocier, c’est que de nombreuses branches n’ont pas non plus révisé leurs grilles de classification depuis un moment. Nous devons donc aborder tous ces sujets. Enfin, la conditionnalité des exonérations de cotisations patronales sur la base des minima conventionnels a fait l’objet d’une discussion en commission mixte paritaire. Un compromis a dû être fait avec ceux qui étaient favorables aux allégements de charges, conformément aux propositions émises par MM. Bozio et Wasmer. C’est pourquoi cette disposition a été supprimée dans la version finale du PLFSS, de sorte que cet outil n’est plus à notre disposition.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Gérard Leseul.

Photo de M. Gérard Leseul (SOC)
Valoriser la France qui travaille
M. Gérard Leseul (SOC) Gérard Leseul SOC

Le travail est au cœur de notre pacte social et figure même dans le préambule de la Constitution de 1946, rappelé dans celui de la Constitution de 1958. Or la valeur du travail est à la peine, avec les conséquences sociales, politiques et la colère populaire que l’on connaît. Nos concitoyens ont des difficultés à assumer le paiement de leur logement et des charges de chauffage, l’alimentation de toute la famille et la scolarité des enfants – je ne parle même pas des mobilités ni des loisirs. S’interroger sur la valorisation du travail pose notamment la question des bas salaires, en particulier dans les services – le sanitaire, le social, l’entretien –, implique qu’on examine des sujets tels que la valeur des services rendus, la fixation du salaire minimum, les inégalités et les échelles de salaires au sein des entreprises, enfin qu’on réaffirme, plus globalement, le besoin de régulation, c’est-à-dire de l’intervention de l’État. Je sais que vous avez travaillé, auditionné et réfléchi sur le travail dans toutes ses acceptions, symboliques, économiques et dialectiques et j’ai de l’estime pour la réflexion préalable à la mission que vous avez menée. Néanmoins, j’ai été déçu de vous entendre annoncer comme une victoire, à l’automne, l’anticipation au 1er novembre de la revalorisation du smic initialement prévue au 1er janvier. Pourtant, vous déclariez, quelques semaines plus tôt : « Le travail, c’est un lieu de construction de l’estime de soi et du lien social. C’est un moyen d’une vie digne et décente. Quelques convictions animeront donc ma feuille de route. D’abord, celle que le travail doit mieux payer. Le smic peut être un salaire d’entrée dans la vie active, mais ne doit pas être un salaire à vie. » Mes questions seront donc très simples : quelles mesures envisagez-vous afin de revaloriser le smic, sans abîmer nos contributions sociales ? Quelles mesures concrètes proposerez-vous afin de désmicardiser la France, tout en évitant les stigmatisations que nous entendons trop souvent, du style : « il faut se former, il faut progresser » ? Que proposerez-vous aux partenaires sociaux pour lutter contre le poison social que constituent ces carrières entières rémunérées au smic, sans réelle évolution ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Le vrai problème, c’est que le smic, je le répète, représente 60 % du salaire médian et 50 % du salaire moyen. Nous assistons depuis vingt-cinq ans à une forme de paupérisation générale. Au début des années 2000, le PIB par habitant de la France était équivalent à celui des États-Unis ; il décroche désormais de 25 %. Il faut donc se poser des questions fondamentales sur les conditions de la création de richesses. Ne voir ce sujet qu’au prisme du smic serait une erreur. Je maintiens par ailleurs que le smic peut être un salaire d’entrée dans le monde du travail, mais pas un salaire à vie. Or il est vrai qu’actuellement un tiers des personnes qui sont rémunérées au smic le restent pendant des années et des années.

Photo de M. Gérard Leseul
Valoriser la France qui travaille
M. Gérard Leseul Gérard Leseul SOC

Cela relève de votre responsabilité !

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Il y a aussi des effets de seuil. Vous étiez là quand j’ai rappelé les chiffres concernant une femme payée au smic, qui élève seule ses enfants et qui est locataire : il faudrait que son employeur l’augmente de 750 euros pour qu’elle voie son revenu disponible augmenter de 100 euros. Il est économiquement impossible à l’employeur de l’augmenter d’un tel montant, pour qu’elle ne perçoive en définitive que 100 euros de plus ; le décalage – la déconnexion même – est beaucoup trop grand. C’est pourquoi je pense qu’augmenter le smic est une fausse bonne solution, qui permet de se donner bonne conscience, mais qui ne réglera pas le problème. Le vrai problème, c’est l’écart, inégalé, entre le salaire brut et le salaire net, qui n’existe pas dans d’autres pays – je pense notamment aux pays d’Europe du Nord ou à l’Allemagne qui ont, comme nous, une tradition d’ambition sociale et de compromis social. Il revient aux partis socio-démocrates d’examiner ces questions de l’écart entre le brut et le net et du poids du travail dans le financement de la protection sociale. C’est fondamental.

Photo de M. Gérard Leseul
Valoriser la France qui travaille
M. Gérard Leseul Gérard Leseul SOC

Je n’ai pas le droit de vous répondre, mais j’espère que nous en reparlerons.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme Estelle Mercier.

Photo de Mme Estelle Mercier (SOC)
Valoriser la France qui travaille
Mme Estelle Mercier (SOC) Estelle Mercier SOC

En 2023, on a compté pas moins de 759 accidents mortels au travail. Leur nombre ne cesse de grossir : on en avait recensé 530 en 2017, soit une augmentation de 43 %. La France est mauvaise élève en Europe : le taux d’accidents du travail graves et mortels y est deux fois plus élevé que la moyenne – quatre fois supérieur à celui de l’Allemagne. Ces mauvais résultats nous obligent à réfléchir aux moyens dédiés au contrôle, à la recherche, à la prévention des accidents du travail et aux raisons de cette hausse constatée depuis 2017. Sur les moyens dédiés à la prévention et à la recherche, je vous avais alertée, dès cet automne, sur le non-respect de l’accord national interprofessionnel de 2023, aux termes duquel les partenaires sociaux avaient estimé nécessaire d’affecter 100 millions d’euros supplémentaires, chaque année, à la prévention. Or le nouveau fonds d’investissement dans la prévention de l’usure professionnelle (Fipu) ne répond pas à cet objectif, quand il aurait été facile de prélever ces 100 millions sur les excédents, importants, de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP). Quant aux raisons de cette hausse, on ne peut que s’interroger sur les conséquences de la suppression des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) par les ordonnances Macron de 2017.

Photo de M. Pierrick Courbon
Valoriser la France qui travaille
M. Pierrick Courbon Pierrick Courbon SOC

Elle a raison !

Photo de Mme Estelle Mercier
Valoriser la France qui travaille
Mme Estelle Mercier Estelle Mercier SOC

Qui est mieux placé que les salariés, les représentants du personnel ou les syndicats, pour prévenir les accidents dans les entreprises ? Or, depuis la fusion des instances et la suppression des CHSCT, on constate une diminution du nombre des comités dédiés à la santé et à la sécurité ainsi qu’une baisse du temps généralement consacré à ces questions, diluées dans d’autres questions : leur part est tombée, entre 2017 et 2022, de 59 à 35 %. Force est donc de constater que les capacités d’agir de l’ensemble des acteurs de la prévention sont considérablement affaiblies. Aujourd’hui, en France, deux personnes meurent chaque jour dans un accident du travail. Que comptez-vous faire, madame la ministre, pour mettre fin à cette hécatombe silencieuse ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Nous avons en effet déploré 810 morts au travail, en 2023, parmi les salariés du régime général. Ce sont 810 morts de trop. Nous devons cependant faire attention aux comparaisons avec d’autres pays européens, puisque les trajets professionnels et les malaises n’y sont pas comptabilisés de la même façon – cela ne relativise cependant en rien le chiffre français. Depuis ma nomination, en septembre dernier, j’ai réuni le Conseil national d’orientation des conditions de travail. À cette occasion, j’ai demandé à Bernard Thibault et Dominique Carlac’h, coprésidents du Comité de suivi de la charte sociale de Paris 2024, de créer un groupe de contact. Les grands chantiers des Jeux olympiques, où aucun mort n’a été à déplorer, ont en effet montré qu’il était possible de diviser par quatre l’accidentologie : ce groupe devra en tirer les enseignements, pour les appliquer aux dix branches les plus gravement accidentogènes. Nous allons également inciter les donneurs d’ordre publics à intégrer, dans leur politique d’achat responsable, l’attention aux démarches de leurs prestataires en matière de prévention des risques professionnels. Nous travaillerons aussi à une coopération renforcée, en matière d’enquête sur les accidents graves et mortels, entre les services judiciaires et l’inspection du travail. Nous ferons enfin jouer, plus encore, le levier de la formation, par le biais de l’obligation, pour tout projet de certification professionnelle, de prendre en compte les compétences en matière de santé et de sécurité au travail. Les conclusions de cette réunion du Conseil national d’orientation des conditions de travail ont été saluées par les partenaires sociaux et les syndicats en particulier. Nous devons, pour conclure, accélérer au sujet du Fipu, que huit branches ont commencé à s’approprier : ce sont 200 millions d’euros que l’État, chaque année, met à leur disposition pour aménager les postes de travail et lutter contre l’usure professionnelle.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à M. Lionel Vuibert.

Photo de M. Lionel Vuibert (NI)
Valoriser la France qui travaille
M. Lionel Vuibert (NI) Lionel Vuibert NI

Il faut soutenir la France qui crée de la valeur, qui innove, qui fait tourner nos usines et nos ateliers. Le travail, pourtant, reste trop lourdement taxé. Ma vie professionnelle, passée dans l’industrie, m’a fait également prendre conscience qu’il n’est pas assez valorisé par rapport à l’inactivité. Le système d’allocations et de prestations sociales, bien que nécessaire, n’incite pas toujours assez à retrouver un emploi. Cela conduit à des difficultés de recrutement, notamment dans les secteurs en tension où des entreprises, faute de candidats motivés, peinent à embaucher. Au Danemark, le modèle dit de flexisécurité combine une flexibilité forte pour les entreprises, une protection solide pour les salariés et des incitations strictes à la recherche d’emploi. Ce système assure une indemnisation du chômage, en moyenne, à 80 % du salaire. Les demandeurs d’emploi, en contrepartie, doivent attester des démarches qu’ils entreprennent pour retrouver un emploi, faute de quoi ils s’exposent à des sanctions, appliquées quatre fois plus fréquemment qu’en France, malgré un taux de chômage presque deux fois moins élevé. Depuis 2017, des avancées ont permis de rendre du pouvoir d’achat aux Français. La baisse de l’impôt sur le revenu, la suppression de la taxe d’habitation, les réformes en faveur de l’investissement et de la croissance vont dans le bon sens. Nous devons entretenir cette dynamique, en allégeant la charge qui pèse sur ceux qui produisent et en conditionnant mieux les aides à une réelle recherche d’emploi. La meilleure politique en faveur du pouvoir d’achat ne consiste en effet pas à empiler les aides et les allocations temporaires, mais à récompenser l’effort et l’initiative. C’est ainsi que nous retrouverons une économie dynamique, où chacun pourra vivre dignement des fruits de son travail. Ma question est simple, madame la ministre : comment pouvons-nous, plus encore, redonner au travail sa juste valeur, et récompenser comme ils le méritent ceux qui travaillent ? Et pourquoi ne pas s’inspirer de ce qui fonctionne chez nos voisins ?

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

La parole est à Mme la ministre.

Photo de Mme Astrid Panosyan-Bouvet
Valoriser la France qui travaille
Mme Astrid Panosyan-Bouvet ministre EPR

Au Danemark, c’est 20 % de la protection sociale qui est financée par les cotisations des employeurs et des employés ; en France, cette part est de 55 %. C’est là une vraie difficulté, sur laquelle j’appelle l’attention, notamment, de la gauche de cet hémicycle : cela pèse sur le coût du travail et sur la compétitivité, mais aussi sur le pouvoir d’achat. Le travail ne paye pas assez. Nous devons donc tous nous pencher, avec courage, sur la question du financement de la protection sociale et regarder ce qui se fait dans les pays qui, comme le Danemark, ont une réelle ambition en cette matière. Le service public de l’emploi doit également être amélioré. C’est le sens de la réforme de France Travail, qui tend à orienter les bénéficiaires du RSA comme les demandeurs d’emploi vers des formations, des formations préalables à l’embauche ou des immersions professionnelles. Nous développons ainsi une démarche de rapprochement du service public de l’emploi, des entreprises et des offres de formation, tout au long de la recherche d’emploi. Ce sont là les deux sujets fondamentaux : faire en sorte que le travail paye – ce qui incitera plus au travail – et aider les demandeurs d’emploi à trouver plus rapidement un travail en lien avec les besoins des entreprises.

Photo de Mme la présidente
Valoriser la France qui travaille
Mme la présidente Naïma Moutchou

Le débat est clos.

Photo de Mme la présidente
Ordre du jour de la prochaine séance
Mme la présidente Naïma Moutchou president

Prochaine séance, demain, à neuf heures : Discussion de la proposition de loi pour un démarchage téléphonique consenti et une protection renforcée des consommateurs contre les abus ; Discussion de la proposition de loi relative à l’organisation et aux missions des personnels de santé professionnels et volontaires des services d’incendie et de secours ; Discussion de la proposition de loi visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole ; Discussion de la proposition de loi visant à instaurer un dispositif de sanction contraventionnelle pour prévenir le développement des vignes non cultivées qui représentent une menace sanitaire pour l’ensemble du vignoble français ; Discussion de la proposition de loi visant à simplifier la sortie de l’indivision successorale ; Discussion de la proposition de loi visant à renforcer l’effectivité des droits voisins des éditeurs et des agences de presse ; Discussion de la proposition de loi visant à simplifier et à réorienter la politique familiale vers le premier enfant. La séance est levée.

II
Ordre du jour de la prochaine séance
Intervenant non identifié

(La séance est levée à vingt-trois heures dix.)

II
Ordre du jour de la prochaine séance
Intervenant non identifié

Le directeur des comptes rendus Serge Ezdra

Glossaire
Abstention

Vote par lequel un député choisit de ne se prononcer ni pour ni contre un texte ou un amendement. L'abstention est comptabilisée séparément et n'entre pas dans le calcul de la majorité.

Amendement

Modification proposée à un texte de loi en cours de discussion. Un amendement peut être déposé par un député, un groupe parlementaire, une commission ou le Gouvernement. Il peut viser à ajouter, supprimer ou modifier un ou plusieurs articles du texte.

Assemblée nationale

Chambre basse du Parlement français, composée de 577 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans. Elle vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle siège au Palais Bourbon à Paris.

Article 40

Article de la Constitution interdisant aux parlementaires de proposer des amendements ou propositions de loi entraînant une diminution des ressources publiques ou une augmentation des charges. Le Président de la commission des Finances veille à son application.

Article 44 alinéa 3 (vote bloqué)

Le Gouvernement peut demander à l'Assemblée de se prononcer par un seul vote sur tout ou partie du texte en discussion, en ne retenant que les amendements acceptés par le Gouvernement. Cette procédure est appelée « vote bloqué ».

Ballottage

Situation dans laquelle aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour d'une élection. Un second tour est alors organisé où seuls se maintiennent les candidats ayant recueilli un nombre suffisant de voix.

Bicamérisme

Système parlementaire à deux chambres : l'Assemblée nationale (chambre basse) et le Sénat (chambre haute). En France, le bicamérisme est dit « inégalitaire » car l'Assemblée peut avoir le dernier mot en cas de désaccord avec le Sénat.

Bureau de l'Assemblée

Organe directeur de l'Assemblée nationale composé du Président, des vice-présidents, des questeurs et des secrétaires. Il organise et dirige les travaux de l'Assemblée, statue sur les demandes de levée d'immunité et gère le budget interne.

Budget de l'État

Document retraçant l'ensemble des recettes et des dépenses de l'État pour une année civile. Il est présenté dans le projet de loi de finances (PLF) et voté chaque automne par le Parlement. Son exécution est contrôlée a posteriori par la loi de règlement.

Cavalier législatif

Disposition insérée dans une loi qui n'a aucun lien avec le texte en discussion. Les cavaliers législatifs peuvent être censurés par le Conseil constitutionnel au titre de l'article 45 de la Constitution.

Censure (constitutionnelle)

Décision du Conseil constitutionnel déclarant une disposition législative contraire à la Constitution. La disposition censurée ne peut être promulguée. La censure peut être totale (toute la loi) ou partielle (certains articles).

Circonscription

Division géographique dans laquelle est élu un député. La France compte 577 circonscriptions législatives. Chaque circonscription élit un seul député au scrutin uninominal majoritaire à deux tours.

Cohabitation

Situation institutionnelle dans laquelle le Président de la République et le Premier ministre appartiennent à des majorités politiques opposées. La France a connu trois cohabitations : 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002.

Commission permanente

Organe de travail permanent de l'Assemblée (8 commissions : Lois, Finances, Affaires sociales, Affaires étrangères, Défense, Affaires culturelles, Développement durable, Affaires économiques). Les commissions examinent les textes de loi avant leur discussion en séance.

Commission d'enquête

Commission temporaire créée pour recueillir des informations sur des faits déterminés ou sur la gestion d'un service public. Ses travaux durent au maximum 6 mois et ses auditions peuvent être publiques. Elle dispose de pouvoirs d'investigation étendus.

Commission mixte paritaire (CMP)

Commission composée de 7 députés et 7 sénateurs, réunie pour trouver un texte de compromis lorsque l'Assemblée et le Sénat n'arrivent pas à un accord sur un projet ou une proposition de loi après deux lectures.

Compte rendu

Transcription intégrale ou analytique des débats ayant eu lieu en séance publique ou en commission. Les comptes rendus intégraux sont publiés au Journal officiel et consultables en ligne.

Conférence des présidents

Réunion hebdomadaire rassemblant le Président de l'Assemblée, les vice-présidents, les présidents de groupes, les présidents de commissions et le membre du Gouvernement chargé des relations avec le Parlement. Elle fixe l'ordre du jour des travaux.

Congrès du Parlement

Réunion conjointe de l'Assemblée nationale et du Sénat à Versailles, convoquée par le Président de la République pour voter une révision constitutionnelle. L'adoption requiert une majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés.

Conseil constitutionnel

Institution composée de 9 membres (3 nommés par le Président de la République, 3 par le président du Sénat, 3 par le président de l'Assemblée) chargée de vérifier la conformité des lois à la Constitution. Il peut être saisi avant promulgation ou par QPC.

Conseil des ministres

Réunion hebdomadaire du Gouvernement sous la présidence du Président de la République, chaque mercredi à l'Élysée. C'est là que sont adoptés les projets de loi, les ordonnances, les décrets et les nominations importantes.

Conseil d'État

Plus haute juridiction administrative française. Il est obligatoirement consulté sur les projets de loi et d'ordonnance avant leur examen par le Parlement. Son avis porte sur la qualité juridique du texte et sa conformité aux normes supérieures.

Constitution

Loi fondamentale de la République française, adoptée le 4 octobre 1958. Elle définit l'organisation des pouvoirs publics, les droits et libertés des citoyens, et les rapports entre le Parlement, le Gouvernement et le Président de la République.

Contre (vote)

Vote exprimé en opposition à un texte, un amendement ou une motion. Les votes « contre » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Cour des comptes

Juridiction financière indépendante chargée de contrôler la gestion des fonds publics. Elle assiste le Parlement dans le contrôle de l'exécution des lois de finances et publie un rapport annuel public.

Débat d'orientation

Débat organisé en séance publique sans vote à la clef, permettant aux députés d'exprimer leurs positions sur un sujet de politique générale, budgétaire ou européenne avant que le Gouvernement n'arrête ses choix.

Décret

Acte réglementaire pris par le Président de la République ou le Premier ministre. Les décrets d'application précisent les modalités d'exécution d'une loi. Certains décrets sont délibérés en Conseil des ministres.

Délégation parlementaire

Organisme permanent de l'Assemblée chargé d'informer les députés sur un domaine spécifique : droits des femmes, outre-mer, renseignement, collectivités territoriales, etc. Les délégations n'ont pas de pouvoir législatif direct.

Déontologue de l'Assemblée

Personnalité indépendante chargée de veiller au respect du code de déontologie par les députés : déclarations d'intérêts, prévention des conflits d'intérêts, cadeaux et invitations. Il peut être saisi par tout député ou citoyen.

Déport

Décision d'un député de ne pas participer à un vote ou à des travaux parlementaires en raison d'un conflit d'intérêts. Le déport est déclaré auprès du déontologue et publié. C'est une mesure de transparence et de probité.

Député

Élu de la Nation siégeant à l'Assemblée nationale. Le député vote les lois, contrôle l'action du Gouvernement, peut poser des questions et déposer des propositions de loi. Son mandat dure 5 ans (sauf dissolution).

Dissolution

Acte par lequel le Président de la République met fin au mandat de l'Assemblée nationale avant son terme, provoquant de nouvelles élections législatives dans les 20 à 40 jours. Une nouvelle dissolution ne peut avoir lieu dans l'année qui suit.

Dossier législatif

Ensemble des documents et actes liés à l'examen d'un texte de loi : dépôt, renvoi en commission, rapport, discussion en séance, amendements, vote, navette avec le Sénat, promulgation.

Droit d'amendement

Droit reconnu à chaque parlementaire et au Gouvernement de proposer des modifications à un texte de loi en cours de discussion. Ce droit est garanti par la Constitution (article 44) mais encadré par des règles de recevabilité.

Élections législatives

Scrutin uninominal majoritaire à deux tours permettant d'élire les 577 députés de l'Assemblée nationale. Pour être élu au premier tour, il faut obtenir la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit.

État d'urgence

Régime d'exception déclaré par décret en Conseil des ministres en cas de péril imminent ou de calamité publique. Sa prolongation au-delà de 12 jours nécessite une autorisation du Parlement. Il renforce temporairement les pouvoirs de l'exécutif.

Examen en commission

Phase de la procédure législative durant laquelle une commission permanente étudie un texte article par article, auditionne le rapporteur et vote des amendements avant la discussion en séance publique.

Exception d'irrecevabilité

Motion de procédure par laquelle un député demande le rejet d'un texte au motif qu'il est contraire à la Constitution. Son adoption entraîne le rejet du texte. C'est le seul moyen de soulever l'inconstitutionnalité pendant les débats.

Fait personnel

Prise de parole brève autorisée en fin de séance lorsqu'un député estime que ses propos ont été déformés ou qu'il a été mis en cause personnellement au cours des débats.

Fenêtre parlementaire (niche)

Journée réservée dans le calendrier parlementaire à un groupe d'opposition ou minoritaire pour inscrire à l'ordre du jour les textes de son choix. Chaque groupe dispose d'une journée par session ordinaire.

Gouvernement

Organe exécutif dirigé par le Premier ministre, composé des ministres, ministres délégués et secrétaires d'État. Le Gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Groupe parlementaire

Regroupement d'au moins 15 députés partageant des affinités politiques. Chaque groupe dispose d'un temps de parole, de postes en commission et de moyens matériels. Un groupe peut être déclaré d'opposition ou minoritaire.

Groupe d'études

Groupe informel de députés qui se réunissent autour d'un thème d'intérêt commun (viticulture, espace, numérique…). Les groupes d'études permettent de travailler sur des sujets transversaux au-delà des clivages partisans.

HATVP

Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Autorité administrative indépendante chargée de contrôler les déclarations de patrimoine et d'intérêts des élus et hauts fonctionnaires, et de prévenir les conflits d'intérêts.

Hémicycle

Salle en forme de demi-cercle où siègent les députés au Palais Bourbon. Les places sont réparties de gauche à droite selon les affinités politiques. Le Président de l'Assemblée siège au « perchoir », point le plus élevé.

Immunité parlementaire

Protection juridique dont bénéficient les parlementaires. L'irresponsabilité couvre les opinions et votes émis dans l'exercice des fonctions. L'inviolabilité interdit l'arrestation sans autorisation du Bureau sauf flagrant délit.

Incompatibilité

Interdiction de cumuler le mandat de député avec certaines fonctions ou activités (fonctionnaire en activité, dirigeant d'entreprise publique, membre du Gouvernement, sénateur, député européen…). Le député doit choisir sous 30 jours.

Initiative législative

Droit de proposer un texte de loi. L'initiative appartient concurremment au Premier ministre (projets de loi) et aux membres du Parlement (propositions de loi). En pratique, la majorité des lois adoptées sont d'origine gouvernementale.

Irrecevabilité

Décision de rejeter un amendement ou une proposition de loi pour des raisons de forme (article 40 : charge financière, article 45 : cavalier législatif, article 41 : domaine réglementaire) sans examen sur le fond.

Journal officiel (JO)

Publication officielle de la République française dans laquelle sont publiés les lois, décrets, arrêtés, comptes rendus des débats parlementaires, questions écrites et réponses ministérielles. Il est consultable gratuitement en ligne.

Législature

Période de 5 ans correspondant au mandat d'une Assemblée nationale. La législature actuelle est la 17ᵉ (depuis 2024). Chaque législature est divisée en sessions ordinaires et extraordinaires.

Lecture

Chaque passage d'un texte devant une chambre (Assemblée ou Sénat) constitue une « lecture ». La navette peut comporter plusieurs lectures. En cas de désaccord persistant, le Gouvernement peut demander une lecture définitive à l'Assemblée.

Loi de finances (PLF)

Loi qui détermine chaque année les recettes et les dépenses de l'État. Le projet de loi de finances est déposé en octobre, examiné en priorité par l'Assemblée (40 jours), puis par le Sénat (20 jours). Il doit être adopté avant le 31 décembre.

Loi organique

Loi de rang supérieur aux lois ordinaires qui précise l'organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics prévus par la Constitution. Son adoption requiert des conditions plus strictes et elle est automatiquement soumise au Conseil constitutionnel.

Loi de programmation

Loi fixant des objectifs et des moyens sur plusieurs années dans un domaine (défense, justice, recherche, finances publiques). Elle n'a pas de portée contraignante mais traduit les orientations à moyen terme du Gouvernement.

Majorité

Nombre de voix nécessaires pour adopter un texte. La majorité simple (plus de la moitié des suffrages exprimés) est la règle générale. Certains votes (motion de censure, révision constitutionnelle) requièrent une majorité qualifiée.

Majorité absolue

Plus de la moitié des membres composant l'Assemblée, soit 289 voix sur 577. Requise notamment pour l'adoption d'une motion de censure ou pour l'investiture du Gouvernement. À distinguer de la majorité simple des suffrages exprimés.

Mandat parlementaire

Mission confiée par les électeurs à un député pour les représenter. Le mandat est de 5 ans, national (le député représente toute la Nation et non sa seule circonscription) et non impératif (il vote librement selon sa conscience).

Mission d'information

Groupe de travail temporaire créé par une commission permanente ou la Conférence des présidents pour étudier un sujet spécifique. Moins formelle qu'une commission d'enquête, elle ne dispose pas de pouvoirs de contrainte mais publie un rapport.

Motion de censure

Procédure par laquelle l'Assemblée nationale peut renverser le Gouvernement. Elle doit être signée par au moins 58 députés (1/10ᵉ) et adoptée à la majorité absolue (289 voix). Seuls les votes « pour » sont comptabilisés.

Motion de renvoi en commission

Motion de procédure par laquelle l'Assemblée peut décider de renvoyer un texte en commission pour un examen complémentaire. Son adoption suspend la discussion du texte jusqu'à un nouvel examen en commission.

Navette parlementaire

Va-et-vient d'un texte entre l'Assemblée nationale et le Sénat jusqu'à son adoption dans les mêmes termes. Si le désaccord persiste après deux lectures, une CMP est convoquée ou l'Assemblée peut statuer définitivement.

Non-inscrit

Député n'appartenant à aucun groupe parlementaire. Les non-inscrits bénéficient de droits individuels (vote, amendement, question) mais disposent d'un temps de parole réduit et d'une représentation limitée en commission.

Obstruction parlementaire

Stratégie consistant à multiplier les amendements, les rappels au règlement ou les demandes de scrutin pour retarder ou bloquer l'adoption d'un texte. L'obstruction est une arme classique de l'opposition.

Ordonnance

Texte pris par le Gouvernement dans le domaine de la loi, après habilitation du Parlement (article 38 de la Constitution). Les ordonnances doivent être ratifiées par le Parlement dans un délai fixé par la loi d'habilitation.

Ordre du jour (ODJ)

Liste des sujets devant être examinés lors d'une séance ou d'une réunion de commission. L'ordre du jour est fixé par la Conférence des présidents. Le Gouvernement dispose d'un droit de priorité pour y inscrire ses textes.

Palais Bourbon

Siège de l'Assemblée nationale, situé sur la rive gauche de la Seine à Paris (7ᵉ arrondissement). Le bâtiment, construit au XVIIIᵉ siècle, abrite l'hémicycle, les salles de commission, les bureaux des députés et la bibliothèque.

Parlement

Institution bicamérale composée de l'Assemblée nationale et du Sénat. Le Parlement vote la loi, contrôle l'action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Il peut se réunir en Congrès pour réviser la Constitution.

Perchoir

Nom donné familièrement au siège du Président de l'Assemblée nationale, situé au point le plus élevé de l'hémicycle. Par extension, « décrocher le perchoir » signifie être élu Président de l'Assemblée.

Pour (vote)

Vote exprimé en faveur d'un texte, d'un amendement ou d'une motion. Les votes « pour » sont comptés dans les suffrages exprimés pour le calcul de la majorité.

Premier ministre

Chef du Gouvernement, nommé par le Président de la République. Il dirige l'action du Gouvernement, assure l'exécution des lois et dispose du pouvoir réglementaire. Il est responsable devant l'Assemblée nationale.

Président de l'Assemblée nationale

Quatrième personnage de l'État, élu par les députés au début de chaque législature. Il dirige les débats, assure le respect du règlement, peut saisir le Conseil constitutionnel et supplée le Président de la République en cas de vacance.

Président de la République

Chef de l'État élu au suffrage universel direct pour 5 ans. Il nomme le Premier ministre, préside le Conseil des ministres, promulgue les lois, peut dissoudre l'Assemblée et exercer les pouvoirs exceptionnels de l'article 16.

Procédure accélérée

Procédure permettant de réduire la navette parlementaire à une seule lecture par chambre avant réunion éventuelle d'une CMP. Elle est décidée par le Gouvernement ou par la Conférence des présidents.

Projet de loi

Texte de loi déposé par le Gouvernement (Premier ministre). Les projets de loi passent obligatoirement par le Conseil d'État pour avis et sont accompagnés d'une étude d'impact. À ne pas confondre avec la proposition de loi.

Promulgation

Acte par lequel le Président de la République atteste l'existence de la loi et ordonne son exécution. Elle intervient dans les 15 jours suivant la transmission de la loi définitivement adoptée, sauf saisine du Conseil constitutionnel.

Proposition de loi

Texte de loi déposé par un ou plusieurs parlementaires (députés ou sénateurs), par opposition au projet de loi qui émane du Gouvernement. Elle n'est pas soumise à l'avis du Conseil d'État ni à l'obligation d'étude d'impact.

Proposition de résolution

Texte par lequel l'Assemblée exprime un avis, un souhait ou une recommandation sans valeur contraignante. Depuis 2008, les résolutions peuvent porter sur tout sujet. Elles ne sont pas transmises au Sénat et ne sont pas promulguées.

Question prioritaire de constitutionnalité (QPC)

Procédure permettant à tout justiciable de contester la conformité d'une loi déjà en vigueur aux droits et libertés garantis par la Constitution. La QPC est transmise au Conseil constitutionnel par le Conseil d'État ou la Cour de cassation.

Question écrite (QE)

Question adressée par écrit par un député à un ministre. Le ministre dispose normalement de deux mois pour répondre. Les questions et réponses sont publiées au Journal officiel.

Question au Gouvernement (QAG)

Question orale posée en séance publique chaque mardi et mercredi. Le député dispose de 2 minutes, le ministre répond en 2 minutes. C'est le moment le plus médiatique de la vie parlementaire, retransmis en direct à la télévision.

Questeur

Membre du Bureau de l'Assemblée chargé de la gestion financière et administrative de l'institution : budget, personnel, sécurité, logistique. Il y a trois questeurs : deux de la majorité et un de l'opposition.

Quorum

Nombre minimum de députés devant être présents pour qu'un vote soit valide. En règle générale, il n'y a pas de quorum à l'Assemblée pour les votes ordinaires, mais la Constitution l'exige pour certains votes spéciaux.

Rappel au règlement

Prise de parole par laquelle un député signale une violation du règlement de l'Assemblée au cours d'un débat. Le Président peut accorder 2 minutes au député. C'est souvent utilisé de manière tactique pour intervenir dans les débats.

Rapporteur

Député désigné par une commission pour étudier un texte de loi, rédiger un rapport et présenter les conclusions de la commission en séance. Le rapporteur auditionne les parties prenantes et propose des amendements.

Rapporteur général du budget

Député membre de la commission des Finances chargé de suivre l'ensemble des lois de finances. Il dispose de pouvoirs étendus de contrôle sur pièces et sur place dans les administrations et peut accéder à tout document fiscal.

Référendum

Consultation directe des citoyens sur un projet de loi (article 11 de la Constitution) ou une révision constitutionnelle (article 89). Le Président peut soumettre un texte au référendum sur proposition du Gouvernement ou du Parlement.

Règlement de l'Assemblée

Texte fixant l'organisation interne et les règles de procédure de l'Assemblée nationale : temps de parole, dépôt d'amendements, conditions de vote, discipline en séance. Il est soumis au contrôle du Conseil constitutionnel.

Réserve parlementaire (supprimée)

Enveloppe budgétaire autrefois attribuée à chaque parlementaire pour financer des projets locaux (associations, collectivités). Supprimée par la loi de confiance dans la vie politique de 2017 en raison de son opacité.

Réunion

Rencontre de travail d'un organe parlementaire (commission, délégation, mission d'information…). Les réunions ont un ordre du jour, des participants et peuvent donner lieu à un compte rendu.

Scrutin

Vote solennel et public par lequel les députés se prononcent sur un texte, un amendement ou une motion. Au scrutin public, chaque député enregistre son vote (pour, contre, abstention) et les résultats sont nominatifs.

Vote solennel

Catégorie de scrutin public utilisée pour les votes les plus importants (adoption d'un texte en lecture solennelle, motions majeures, décisions politiques structurantes). Le vote est nominatif et publié, ce qui permet de savoir précisément la position de chaque député.

Séance publique

Réunion plénière de l'Assemblée dans l'hémicycle, ouverte au public et retransmise en direct. C'est en séance que se déroulent les discussions générales, l'examen des amendements et les votes solennels.

Sénat

Chambre haute du Parlement français, composée de 348 sénateurs élus au suffrage universel indirect pour 6 ans, renouvelés par moitié tous les 3 ans. Le Sénat siège au Palais du Luxembourg et représente les collectivités territoriales.

Session parlementaire

Période pendant laquelle le Parlement siège. La session ordinaire unique va d'octobre à juin (170 jours max). Des sessions extraordinaires peuvent être convoquées par le Président de la République.

Sous-amendement

Modification apportée à un amendement lui-même. Le sous-amendement ne peut contredire l'objet de l'amendement principal. Il est discuté et voté avant l'amendement qu'il modifie.

Suffrage exprimé

Vote « pour » ou « contre ». Les abstentions et les non-votants ne sont pas comptés dans les suffrages exprimés. La majorité requise se calcule sur les seuls suffrages exprimés, sauf dispositions constitutionnelles contraires.

Suppléant

Personne élue en même temps que le député pour le remplacer en cas de vacance du siège (nomination au Gouvernement, décès, démission, etc.). Le suppléant ne siège pas tant que le titulaire est en fonction.

Temps législatif programmé

Procédure fixant à l'avance la durée globale de discussion d'un texte en séance. Le temps est réparti entre les groupes proportionnellement à leur importance numérique. Elle permet de maîtriser le calendrier face à l'obstruction.

Texte de loi

Document contenant les dispositions législatives soumises à l'examen du Parlement. Un texte peut être un projet de loi (Gouvernement) ou une proposition de loi (parlementaire).

Triangulaire

Second tour d'une élection législative opposant trois candidats (au lieu de deux). Pour se maintenir au second tour, un candidat doit avoir obtenu au moins 12,5 % des inscrits au premier tour.

Vᵉ République

Régime politique actuel de la France, instauré par la Constitution du 4 octobre 1958 à l'initiative du général de Gaulle. Il se caractérise par un exécutif fort (président élu au suffrage universel) et un parlementarisme rationalisé.

Vote

Acte par lequel les députés expriment leur position sur un texte. Les principaux modes sont : à main levée, par assis et levé, au scrutin public ordinaire (électronique) et au scrutin public à la tribune.

Vote de confiance

Vote par lequel l'Assemblée nationale approuve le programme ou la déclaration de politique générale du Gouvernement (article 49 alinéa 1). Le Gouvernement n'est pas obligé de solliciter la confiance mais il est d'usage de le faire.

Vote personnel

Principe constitutionnel selon lequel le droit de vote des membres du Parlement est personnel. La délégation de vote n'est autorisée que dans des cas limitativement énumérés par une loi organique (maladie, mission…).

Votant

Député ayant participé à un scrutin, qu'il ait voté pour, contre ou se soit abstenu. Le nombre de votants inclut les abstentions, contrairement aux suffrages exprimés.

Article 49 alinéa 3

Disposition constitutionnelle permettant au Premier ministre d'engager la responsabilité du Gouvernement sur un texte de loi. Le texte est considéré comme adopté sans vote, sauf si une motion de censure est déposée et votée dans les 24 heures.

Voir le glossaire complet